‹ Dictionnaire historique et critiqueChapitre 37 sur 134 · ACCO · texte numérisé non relu

ACCO

«lecegoût-Iâ (Ci). On n’est point sujet aujourd’hui à cette sorte de maladie, et l’on trouve beaucoup plus de gens qui se dégoûtent trop tôt d’un mot ordinaire , ou qui courent trop ardemment après les mots nouveauxnés, qu’on n’en trouve qui veuillent retenir avec trop d’affection (6a) les vieux termes. Si l’on emploie le vieux langage , c'est par forme de plaisanterie j c’est par jeu d’esprit , c’est pour un ouvrage burlesque. Ce u’est qu’en latin qu’il se trouve encore des auteurs qui se plaisent à débiter les plus vieilles phrases. 11 y avait sans doute parmi les anciens Romains une autre espèce de gens lorsque le latin fut venu à sa perfection. Ces genslà étaient admirateurs perpétuels des vieux poètes, sans se servir, ou sans vouloir que l'on se servît de leurs expressions surannées : ils voulaient seulement mortifier les écrivains de leur temps , en les mettant au-dessous des vieux auteurs. Horace avait bien compris leur intention ;

Sic fauter vetemm , ut tabulas peccare veinules ,

Quas bis quinque viri sanxerunl : fadera regum

Vel Gabiis, vel cum rigidis sr quota Saluais,

Pontifieum libro* , annota volumina vatum ,

JDiclUel Jlbano Musas in monte locuias.

Juin S al tare JSuma carmen qui laudat , et illud

Î)uod mecum ignorât, solus vult scire videri , ngeniis non ille favet , plaudiiqur sepuU.it , Ko tira sed impugnat , nos nos traque livtdut odu ^63).

C’est encore une maladie dont notre siècle est exempt. On se contente de mettre la Grèce et fancicnne Rome audessus de notre siècle; mais on ne préfère pas les harangues et les poésies du XVe. et du XVIe. siècle à celles qu’on fait aujourd’hui.

(6i) /ipud A ni. Geli. , lib. /, cap. X , quem •■ide etiam ibul. cap. VII. «

(6s) L'orateur Sisrnna avait crtlr ajfèi talion. tirer, in Ornto. S.-illmir en a e't/ accuse. Suctou. in Au*. , cap. LXXXVI , et in Vil» Gramm. , cap XV ; et de V affectation contraire , c'est-àdire, de forger des mou nouveaux. Aul. Ccll. hb. I, cap. XV.

(63) Horat. Epiai. I , lib. II , vt. a3 .... et 86.

ACCO. Charles Étienne débite ue c’était une vieille femme qui evint folle de chagrin en vo3rant dans un miroir de quelle manière

la vieillesse l'avait enlaidie. 11 cite le chapitre XV du livre VIe.

de Cœlius Rhodiginus; mais on n'y trouve rien qui approche de cela (a). Le continuateur de Moréri ajoute que cette femme se plaisait à parler avec son image devant un miroir , et que souvent elle faisait semblant de refuser ce quelle souhaitait fort . Plutarque ajoute , poursuit-il, que cest un mot dont les mères se servaient pour épouvanter les petits enfans et les retenir en leur devoir. Il cite leXVI*. livre de Cœlius Rhodiginus, et Cicéron II ad Atticum . Je ferai ci-dessous la critique de ce passage (A). En attendant , voici ce que dit Rhodiginus dans un lieu qu'on ne cite point ( b ). Acco radotait de telle sorte , que , lorsqu'elle se regardait dans le miroir, elle s'entretenait avec son image comme si c’eût été une autre femme : on la voyait user de signes , de promesses , de menaces , de souris , et de tout ce qui a lieu dans une conversation. D’autres écrivent

Îiu'elle tâchait quelquefois d’enoncer un clou à coups d’éponge , comme si elle eût tenu un marteau. Rhodiginus n’en dit pas davantage. Pour ce qui est de Plutarque, il dit seulement que Chrysippe n’approuvait point que l’on nous fit peur de la justice de Dieu pour nous détourner du péché (c); cor, disait-il, on ne manque pas de raisons qui combattent ce qui se dit sur les punitions divi-

( a ) Lloyd ne change rien . si ce n'est qu'il cite Rliodigious au livre XVI , chap. Il,

{b\ Ia ü chap. II du XV IV. livre. Il dit qu'il a lu cela dans /’Kpilurue des adages de Tarncus cl de Didyme.

(c) Flut. de Sloiroruin répugnant, pag.

lo\o , R.

des ACCORDS. 125

nés , et qui montrent que ce dis cours ressemble à celui des bonnes femmes , qui font peur d7 A cco et d' Alphilo aux petits enfans (B) , afin d' empêcher qu ils ri abuseni de leur loisir. Plutarque fait voir ensuite que Chrysippe se contredisait lui-même.

(A) La critique de ce passage .] ï°. Kul des trois auteurs qu’on cite n’a \ dit, qu’Àcco devint folie pour s’étre vue dans un miroir, et qu elle faisait semblaut de refuser ce qu’elle souhaitait fort. C'est à Plutarque nommément que l’on attribue d'avoir dit cela; puisque, après avoir rapporte la folie d’Acco , ses illusions touchant son image et sa dissimulation, on s’exprime ainsi, Plutarque ajoute. C’est dire que Plutarque a débité ces trois faits , et par conséquent c’est tromper le monde, vu «pie cet auteur dit '•eulrtuenl rr <juc j'.ii cité de lui. u°. Quelle négligence n’est-ce pas , que de citer Cicéron 11 adAtticum? Veuton citer la IIe. lettre, ou bien le IIe. livre ? Faut-il laisser deviner cela aux lecteurs? Faut-il leur laisser la peine de chercher quelle lettre c’est, quel livre c’est? Ceux qui auront la patience de le chercher perdront bicu leur peine. Ils trouveront dans la XIXe. lettre du 11e. livre , Certi sumus pe r tisse omnia : quid enini duuuÇô/utb*.

tamdiù? C'est ma IIIe. censure. Cicéron est cité à faux : il n'a rien dit d’Acco. Le mot grec dont il s’est servi, et dont plusieurs autres auteurs se servent pour signifier ce que nous appelons pateliner , biaiser, faire le diiiicîle sur des choses que l’on souhaite passionnément ; ce mot , dis je , qu'Érasme a mis entre ses proverbes (i), a fait soupçonner qu’Acco avait etc un hv pocrile ; mais ce n’est qu’une eoojcctare, et il ne doit pas être permis de citer Plutarque , ni Cicéron , ni ffii'mc Ccelius Kliodiginus, pour des conjectures que d’autres gens ont avancées.

Qui font peur d’Acco et d’Atphtto aux petits en fans .J Je ne pense pas qu’il y ait de pays au monde , où Ton n’ait une semblable coutume. J’ai

(i) Voyez Accissarc in Adagior. chil. Il , refit. Il , nu/n. gg.

ouï condamner cela par de fort habiles docteurs. Les anciens Romains avaient leur Manducus, dont ils menaçaient les enfans, comme je le dirai sous ce mot-là.

ACCORDS (Étienne Tabourot, seigneur des ) , avocat au parlement de Dijon , et puis avocat du roi *l au bailliage et à la chancellerie de la même ville, naquit Tan 1 549 (a). Ce fut un homme d’esprit et d’érudition , mais qui donna trop dans les bagatelles.

Cela paraît par l’ouvrage qu’il intitula Bigarrures , dont la première édition est de Paris , en t58?. (A). Je l’ai cité quelquefois (b). Ce 11e fut point son premier livre; car il avait fait imprimer quelques sonnets ** (c) : ce que n’ont point su ni la Croix du Maine, ni du Verdier Vau-Privas. L’ouvrage qu’il intitula les Touches fut imprimé à Paris , Pan 1 585 (B). G’est un recueil de poésies ingénieuses , à la vérité , mais la plupart sur des matières obscènes, et qu’il traitait trop librement, selon la mauvaise coutume d’alors. 11 règne un semblable esprit dans ses Bigarrures.

On lui en fît des reproches qui l’obligèrent à se justifier (C). On lui attribue un Dictionnaire des rimes françaises (D). Au res-

**// était procureur du roi, dit Joly.

(a) On voit autour de sa taille-douc « , qu’en 1 584 ^ avait 35 ans. [ Joly remarque qu’à ce portrait de i 58A on laissa r inscription mise à celui de 1 5o» , Æta. 35 ; de là l’erreur de Bayle, ISépilaphc de Tabourot apprend qu’il naquit en i5fyj , et quil mou rut en 1 5t)O.J

(b) Voyez la tahlc des matières , au mot Accords.

** Ces sonnets , dit Joly , furent imprimés en 1.572.

(c) Voyez le livre IV de ses Bigarrures, édition de Parts , chez Muucroy , en i6()2, iff-ia. pat;. 477.

* 1 Joly donne U titre de quelques autres opuscule i.

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