DES ACCORDS
te, la seigneurie des Accords est un fief imaginaire qu’il ne fonda que sur la devise de ses aïeux (E).
Remarquez que Guillaume Tabourot , son père , qui fut avocat au parlement de Dijon , conseiller du roi et maître extraordinaire de la chambre des comptes, est fort loué par Pierre de Saint- Julien dans le livre de l Origine des Bourguignons (d). Il mourut le 24 de juillet 1 5^ 1 *•*, dans sa quarante-sixième année (e).
(</] rojres la Croit du Maine, pag. 1 56
(e) Voyci son épitaphe dans les Bigarrures de son Jïls , pag. 3aa.
* Son epithapht dit en i5go , à 43 ans.
(A) L’ ouvrage i qu’il intitula Bigarrures , dont ta première édition est de Paris , en i58x] il marque cette année-là , dans l’avant-propos de la seconde édition ÿ et il doit être plus croyable que la Croix du Maine , et que du Verdier Vau-Privas, qui mettent la première édition des Bigarrures à’ l’an 1 583. Le premier livre de ces Bigarrures est divisé en vingt-deux chapitres , qui traitent , entre autres choses, des tiebus de Picardie , des Equivoques y des Anti-strophes , des P ers relrngadesy <Jes Allusions , des Acrostiches y de V Echo y des y ers léonins y des autres sortes de yersfolastremenl et ingénieusement pratiqués y des Epitaphes y etc. Tout cela est rempli de facéties et joyeuselez , comme l'assure la Croix du Maine (i).
L'imprimeur ne manqua pas d’exposer qu il publiait cet ouvrage sans la permission de l’auteur, qui déclara tout ouvertement , dit - il (a) , que Page , le temps et sa profession , lui avaient fait changer d'humeur y et la volonté y et qu'il lui serait malséant d advouer ce qu'il avoit fait en ses premiers ans et verdeur de folastre jeunesse y aiant à grand' peine accomply dix-huict ans ÿ et qu après qu'il avoit donne preuve de sa suffisance en quelque brave et docte subject y il adviseroil de ne point es. loujfer ses petits enfans naturels et il-
(i) L* Crois du Maine , Bibl. française, p. 8o.
(ai André Pâaquet , A?i» au lecteur à la l(u des Bigarrure*.
légitimés , conceus hors ihariagc : car ainsi nommoit-il ses trois premiers livres. De sotte que j’ay conneu apertement que c'etoit une excuse recherchée y pour nous entretenir , qui m’a occasions de mettre en lumière ce que j'en avois de copié. L’auteur , de son coté, ne manqua pas de prétendre cause d’ignorance. » Je fus fort eston- » né, déclara-t-il (3), quand je vy w la première impression de ce livre, » duquel je pensuis que la mémoire » fiistfes teinte. Mais, le relisant quasi » comme chose nouvelle , que je n’a- » vois veu y avoit quatorze ans , je » conneu incontinent, et mon eenie, « et mon style du temps que je l'a vois w basti pour me chastouiller moy-mes- >» me, atin de me faire rire le pré- » mier, et puis après les autres : tel- » lcmetit que je n avais observé autre « ordre , smon d’entasser peslc-mesle » les exemples, selon qu ils me ve- » noient en fantaisie. N estant ce li- #%re que pièces rapportées , sans au- » cune curuartté, et fait seulement J» pi r petits papiers, à diverses fois » adjoustez, desquels je reconneu tou- » tes fois qu’une grande partie avoit
esté perdue. Tellement que, comme » chascun est amateur de son ouvra- » ge , je me délihéray lors d’envoyer le » surplus des adjonctions qui estoient » crues depuis ce temp$-ià , avec cel- » les que l’on avoit omises. » Quoi qu’il en soit , il avoue et il adopte celte seconde édition. Occasion de quoy y continue-t-il (4), j’ay releu ce Jotaslre livre , de bout a autre , ce que jamais auparavant je n’avnis fait ; afin de le remettre en lumière , selon ma vraye conception. Et , pour ce que depuis ce temps-là quelques petites curiosilcz me sont venues en mémoire , et autres m'ont este amiablcmcnt envoyées par un des plus doctes de nostre France , sur le mesme suject , je les ay adjnustees par forme d'adjonction t auteur.
Pasquier ne trouva pas bon que Tabourot eût augmenté ses Bigarrures.
C’était faire voir qu’on s’arrêtait trop long-temps à des endroits par où il ne fallait que passer. 11 faut tes considérer comme des hôtelleries de voyais) Avant-propos d • l'auteur sur les édition» des Bigarrure» Il est daté de Verrou ey , le jomsième de «rpu-inlir* 1684.
(4 J Là même y folio A r.
des ACCORDS. 121
Sir , et non pas comme son logis. Ce vent être des promenades, et non pas un séjour fixe. La jeunesse peut excuser ceux qui donnent quelques heures â ces badinages : mais si, quelques années après , on s'applique à les retoucher, et à y faire des additions, il semble que l'on ait dessein de blanchir sous ce harnais , et tanquam ad S irtnurn scopulos consencscere.
Voilà le sens que je donne à ces paroles de la lettre qui fut écrite par Pasquier au sieur Tabourot , l'an i5fc>4 J ay leu vos belles bigarrures , et les ay leues de bien bon cœur , non-seulement pour i amitié que je vous porte , mais aussi pour une gentillesse et naïveté d’esprit dont elles sont pleines : ou, pour mieux due , pour estre bigarrées et diversifiées d’une infinité de beaux traits. J'eusse souhuile qu a la seconde impression on n’y eusl rien augmenté.
S'il m’est loisible de deviner , il me semble que ion y a a j ouste plusieurs choses qui ne se ressentent en rien de voslre naïf ; et croirais aisément que c'eusl este quelque autre qui vous eusl mal à propos preste cesle nouvelle chanté. il Jaulen tel. sujets que ion pense que ce soit un jeu , non un vœu auquel fichions toutes nos pensces. JS ou s cognoistrts par la que je vous aime et honore ; puisque , pour la première J'ois , je vous parle si librement (5).
Je crois que des Accords ne profita uère de cet avis, et qu’il lit encore autres additions à ses Bigarrures , nandou le* réimprima. J’ai l'édition e Paris, en iG 1 4 « où l’on voit, nonseulement , le i r*. livre des bigarrures , mais aussi les Contes J'acciieux du sietu Gau'ard , gentil-homme de la Franche- Comte bourgutgnole , et les Escraignes Uijnnnmses , recueillies par le sieur des Accords. Ce quatrième livre n'est précédé ni du second ni du troisième. L'auteur donne plusieurs raisons pourquoi il le nomme neanmoins le quatrième 6) j et il dit , entre autres choses , que ce volume entier ne serait pas bien bigarré , s’il suivait la façon des ordinaires escri vains. il avoue que, pour le taire mieux veudre, il y a joint les Contes du sieur Gaulard. Ceux , dit-il (7) ,
(5) Pasquier , Lettres, lie. Vl II , tom. /,
(6y Dans ta préfacé du IV*. Uv. dtt Bigarrure*. C7I La même , fvlto b. uj.
qui n’ont achepté que le premier livre pour gausser et rire , seront contraints d’achepter aussi cestuy-cy , allèches par ce que j’y ayentremesle de Jollastre , comme sont les apophtegmes , autrement pmpos niais , ou plutost considérations absurdes de M. Gaillard , sur le moule duquel on en a voulu figurer quelques autres par la France , comme j’ay esté adverty : mais ceux qui le font ont tort d'os ter la gloire à nostre Comtois Bourguignon. Fl par ainsi je ferai comme la veuve du Castillan , qui ne vouloit vendre son cheval sans son chat. .
Note/ que le quatrième livre des Bigarrures est plus sérieux que le premier. 11 est divisé en trois chapitres.
Le 1er. contient quelques traits utiles pour l'institution des enfans; le IIe.
regarde le changement de surnom : et le lllr. plusieurs particulières observations sur les vers français. L’ouvrage linit par un discours des J aux sorciers et de leurs impostures. Tout cela est plein de choses curieuses, et que l’on peut lire utilement. Ce caractère particulier du quatrième livre est une des raisons que l’auteur emploie pour se justifier de l’avoir donné au public avant le second et le troisième. Il faut que je cite scs paroles. Elles témoignent qu'il n avait point abandonné ses badinages, depuis la lettre que Pasquier lui avait écrite; <Xar il s’excuse d’y persévérer. Ce que j’en ai faict (8j, dit-il (9), a esté principalement afin de J aire entendre , pur les discours de ce livre , que j'ai l’esprit disposé a autres choses qu’a des lasci vêtez , pour fermer la bouche a un tas de calomniateurs ignorants , qui me l’ont malignement objecté. El , pour le regard de ceux qui trouvent à dire qu’un homme de nui profession se rtiesle encore de Jhlluslrer , tanlosl en prose , lanlost en vers , je les renvoyé a la docte cpistre liminaire des épistres françaises du sçavunt Pasquier , qui a bien monstre , tant par vives taisons qu exemples , comme il ne faut pas assubjeclir l’esprit à une seule profession si opiniastrement que l'on ne luy permette s' égayer en la source abondante de la vivacité d’iceluy. Je loue
(8) C'eil-à-dire , en publiant le IV*. livre de tei Bigarrure» avant le II*. et le III*.
(g) Préface du IV* livre de 1 Bigarrure*, fol
128 des ACCORDS.
certainement ceux qui , h la façon des Alternons , se peuvent contenir a n’embrasser qu'une seule profession : mais il ne faut pas aussi blasmcr ceux qui , ayant l'esprit capable d'en manier diverses , les scavent si bien exercer , qu’en chaque espèce ifs ne devront rien ou peu de reste à chacun des particuliers qui s'adonnent a une. L’on scait assez que l'esprit du François est plein de telle vivacité et variété y que c’est malgré luy si l'on l’attache a une science seule . Pourquoi donc trouve-t-on mauvais que je laisse aller le temps (i que les autres jouent) a cette honnesle occupation , qui ncsl pas du tout vaine et sans fruit y si l'on y regarde de près f
Voici une autre raison qui marque en particulier qu’il ne pliait que pendant un temps sous les attaques de ses censeurs , et qu’il n’avait pas dessein de supprimer le deuxième livre, quoiqu’un peu lascif. « Au second, dit-il , » (to),je traictedemesme les periphra- » ses , hyperboles , métonymies , meta- » phores y synecdochcs , etc. t a\cc la tt plus propre diction françoise que « j’ay peu choisir, ctsi gracieux exem- » pies qu’on ne les pourrait lire sans » plaisir. Mais pour ce qu’il y en a » d’aussi lascifs et chatouilleux aux >» oreilles de nos veaux critiques que ï» les premiers , je les laisse pour une » autre saison , et suis expressément » sauté au quatriesme de plein vol , » pour contenter les plus sérieux es- » prits qui auront dequoy mcscavoir >» gré d’aucunes inventions non tou- ■»> chées, que je sçache, par aucuns cy- » devant. »
(B) L’ouvrage qu’il intitula les Touches fut imprimé a Paris , l’an î 585. ] Il le divisa en trois livres, et dédia le premier à un prélat , à Pontus de Tyard , seigneur de Bissy et évêque de Châlons. 11 se vante (i i ) de les avoir faits en deux mois , à Verdun sur Saône, Pan 1 585 (ta) , et il dit que ce sont des èpigrammcsy à qui le surnom de 7 ’ouches convient véritablement ; car cesl une espèce de légère escrime où, avec l'épec rabattue, je donne simplement une louche qui
(10) VrrfaceduIV*. livre des Bigarrures, fol.
#iij.
(11) Dans l’rpftre drdicaloire.
(ta) Ceci confirme qu'il ne de fera point aux
am d Ltiennc Païqiiitr.
perce à grand’ peine la peau , et ne peut vivement entamer la chair (i3). On avertit ailleurs (i4) que toücues, selon l'auteur , est un mot tiré des escrimeurs qui appellent touche le coup qu’ils donnent avec leurs épées rabattues , duquel la marque apparoist sur l'habit de celui qui est touché , à cause de la craie dont on blanchit l’épée y etc. Les Touches du seigneur des Accords , qui s’impriment ordinairement à la suite de ses Bigarruresy sont différentes de celles dont je viens de parler.
(C) On lui fil des reproches sur ses obscénités qui l'obligèi'ent h se justifier. ] J’ai cité ailleurs (i5) sou apologie , et j’ajoute ici que son imprimeur lui a rendu un témoignage qui la pourrait confirmer. « Qui m’a occasionné,
» dit-il (16) , de mettre en lumière ce » que j’en avois de copié avec les li- » bres adjonctions des mots tant sales » et lubriques que vous pourries dire , » pourveti qu’ils soient ingénieux: car » encore que l’auteur ayt voulu avoir » égard aux chastes aureilles, et sciem- » ment obraettre plusieurs (tropos , si » est-ce que luy, ayant ouy dire à luy- >» mesme que c’étoit ipsum evilare » Priapum , et qu’il y a voit infinis » beaux traits qui perdoient leur » grJce sans celte liberté ; j’ay enfin » mieux aymé suivre sa conception » que sou conseil. Il me pardonnera » si je sonde si avant ce qu’il a dans » le cœur, et prendray pour ma dé- » fense envers luy ces vers de Ca- » tulle :*
• Cartum este decet pium poctam
• Tpium ; verticulox nihil necesse est,
» (jui lion de nique habenl.talem et leporem,
» Si surit moUtcult et parion pudici : *
» Et oseray bien dire que tant s’en » faut que cela offense personne ( hor- » mis quelques hyppocrites ) , qu’au » contraire cela servira à la jeunesse » d’advertisseraent de ne se pas tant » amuser à ces recherches curieuses , » puisqu’elles les verra ici toutes » aprestées , et eu telle quantité que
(13) Epître de'dicatoire des Touche*.
(14) Avertit semeni des Touche* imprimt'cs avec les Bigarrure*.
( 1 5) Dans la remarque (M) de Varticle Ma-
IOT.
(iG) Amlré P*iquet , Avis au lecteur, au-devant des Bigarrure*.
* Caria. XVI , vs. 5.