LLE
qu’après la correction de ce passage , Isaac Vossius se soit avisé d'accuser Pline de mettre le tombeau d’Achille au rivage de Khétée , et celui d’Ajax au rivage de Sigée (ia3). Pline a fait tout le contraire. Solin, par un abus qui lui est assez ordinaire , a transporté ce sépulcre sur un autre cap voisin , savoir sur celui de Rhétée , où était le tombeau d’Ajax (ia4)* Cette méprise se trouve dans les Emblèmes d’Alciat.
Æ. acid ce lumulum Bhalco in litlore cernu (n5).
Ses commentateurs avouent qu’il s’est trompé, à la réserve de Pignorius , qui a soutenu le contraire. Il est pourtant certain , par le témoignage unanime des auteurs , que le tombeau d’Achille était au rivage de Sigée.
Nous avons déjà dit ou’ on y allait tous les an£ lui offrir des sacrifices : la tradition était que son fantôme s’y faisait voir armé et en posture menaçante: ce qui n’empêcha point Apollonius oe vouloir s’aboucher avec lui (ia6). Je crois même qu’on a dit qu’il se faisait des miracles à ce tombeau.
Voyez l’article suivant.
(L) Son nom devint celui de la suprême bravoure. ] M. Moréri, sans citer livre, ni chapitre, prétend qu’Aulugelle a dit que , quand on veut parler de quelque soldat généreux , on dit que c’est un Achille : mais il est faux qu’Aulugelle dise cela. II dit seulement au chapitre XI du IIe. livre que Sicinius Dentatus, pour avoir fait des actions fort surprenantes à la guerre, fut nommé l’Achille romain. Notre auteur en rapporte quelques circonstances prises de cet endroit d’Aulugelle , sans nous avertir d’où il les prend ; de sorte qu’il le cite , non
Îjuand il le faut , mais quand il ne le aut pas ; non quand il lui emprunte son bien , mais quand il lui donne ce qui ne lui est point dû. S’il avait cite Servius (127) , il eût allégué de meilleures preuves. Or , ce n’était point seulement la vigueur martiale , c’était aussi celle qu’on faisait paraî-
(ia3) Vossiu» in Melain , pag. 98.
(ia^) Solini Poljbistor. cap. XL.
(u5) Alciati Hmblrma CXXXV ’.
(ia6) Philostr. in Vit* Apollon, lib. IF , estpï III et IV.
(lîi) Servius in Virgilii Eclog. IU 1 **■ T9. et in Éclog. IV , vs. 34-
Ire au service de Vénus qui faisait donner Je nom d'Achille $ témoin ce débauche qui, se sentant déjà mort quant aux parties qu'on ne nomme pas, dit dans Pétrone, funerata est ilia pars corporis qud quondàm Acuilles eram (*). Il avait apparemment plus de regret à cela que Milon à la perte de la force de ses bras, et il aurait paru plus blâmable à Cicéron que cet athlète , pour de très-bonnes raisons.
Quœ vox potest esse conlemptior quant Milonis Crotoniatæ , qui cùm jam senex esset , athletasque se in curriculo exercentes vider et, adspexisse lacertns suos dicitur , illacrjrmansquc dirisse : At hi quidern jam mortui sunt ! IV on veto tam isti quant tu ipse nugator , neque enint ex te unquàm es nobilitatus , sed ex laleribus et lacertis luis (128).
Le dictiontiaire de Charles Étienne, dans l'édition de Paris, en 1620 , revue et corrigée par Frédéric Morel , professeur royal , et dans celle de Genève , en 1662 , corrigée encore d’une infinité de fautes , à ce que le titre porte , attribue à Aulugelle bien cité, non pas que les soldats généreux , mais que (es capitaines d'une valeur extraordinaire étaient appelés Achille, et que l’argent s’appelait achillécn,
Gr ce qu'il était insurmontable , ou rsqu'il était insurmontable. Tanta fortitudinis fuisse fertur (Achilles) ut, teste Gellio , lib. a, cap. 11 , insigni fortitudine duces Achilles appellent tur , et argentum vocetur achilleum ,
Zuod sit insuper abile et insolubile{ 1 29).
etexte latin de Charles Étienne peut s’entendre en ces deux façons , et j’avoue même qu'aux dépens d’une mauvaise situation de paroles et de beaucoup d'inexactitude dont on se reconnaîtrait coupable, on se pourrait sauver de l'accusation d'avoir imputé à Aulugelle ce qui regarde ce prétendu argent achilléen . Mais ni Charles Étienne, ni ses correcteurs, ni M. Lloyd , ni M. Hofman , qui l’ont suivi pied à pied , ne peuvent se justifier d’avoir pris argentum pour argumentum. fcar c’est pour une objection insoluble qu’on se sert de l’épithète à'achillea , et r on appelle ordinairement dans les
(*) Petron. Sityr. C. 139.
(118) Cicero de Seneclute , cap. IX.
(i«|) Car. Suphanu* in Diclionario , Voc Achilles.
écoles le principal argument d’une secte , son Achille. Ce qui ne vient pas tant de ce qu’Achiile était un invincible guerrier, que de la difliculté tout-à-fait embarrassante que Zenon d’Elce proposait contre l’existence du mouvement (i3o). Il mettait une tortue en comparaison avec Achille, pour montrer que jamais un mobile lent qui précéderait tant soit peu un mobile vite n'en pourrait être devancé. Calepin , citant d’ailleurs fort mal Aulugelle , met argumentum et non pas argentum ; ce qui nous apprend que le mal vient d'une ancienne source , qui a formé comme deux branches de copistes. Les uns ayant à moitié chemin perdu argumentum , apparemment par la faute de l’imprimeur qui substitua argentum , ont e^té cause que leurs descendans conservent de main en main ce dernier mot j les autres , à cet égard , n'out point encore forligné. Ainsi ceux qui vont à eux , comme ont fait les correcteurs de Calepin , évitent le défaut qui s’est glissé dans l’autre branche.
(M) Aimait beaucoup la musique. 3 M. Moréri en a parlé avec très peu d’exactitude. Il a dit qu' Homère fait souvent connaître que le son de la ly re avait un merveilleux pouvoir pour faire passer la colère d’Achille et calmer cette passion furieuse qui avait tant donné de peine aux Troyens. Il ajoute qu’ Athénée l’a remarque aussi après Théopompe. Mais il est certain qu’on ne remarque dans Homère sinon que les députés de l’armée trouvèrent Achille chantant sur la lyre les belles actions des grands hommes, pour se divertir.
Tèr J tvpov qpire t Tipjré/uivo» <po p/uryyt hsyutf
T» cyt ôiz/xo» trtpvty ctu«f* àpe t
ÀiS'pôèv (l3l).
Achille, offensé par Agamcmnon , avait alors abandonné, de dépit et de colère , la cause commune. C’est tout ce qu’Homère nous en apprend Pour des réflexions , il n’en fait point sur l’occupation où les députés trouvèrent Achille ; c’est Athénée qui en conclut qu'Homère a voulu signifier que la
(i3o) Aristote!. lib. PI Pkiytie. cap. IX , cl ibi Simplicité et Themiatiiu. Diogene* l.»ert. lib. IX , in Zeaone.
(i3j) Monter., lliad. tib. IX , et. 186.
lyre était d’un grand secours à ce héros pour modérer l’ardeur violente de sa colère (i3a). 11 n’est pas vrai qu’ Athénée fasse cette remarque après Théopompe , et je suis fort trompé si la cause de l’égarement de Moréri n’cst un passage de Vossius au Traité de la Musique. Ce savant homme, ayant cité Athénée pour l’observation qu’on vient de voir, dit tout de suite que les ambassadeurs des Gètes, qui allaient pour quelque traité de paix ou de treve , vers des gens dont il fallait apaiser l’irritatioiy; se présentaient jouant de la lyre (i33), et allègue pour son garant Athénée , qui rapporte cela du livre XLVle. de rhistoire de Théopompe. M. liofman est à peu près dans la même erreur que je viens de remarquer. On eût trouvé un peu mieux son compte dans Philostrate ; car il observe que Chiron ayant aperçu qu’Achille ne pouvait vaincre sa colère , lui enseigna la musique ( 1 34).
11 y a eu des gens qui ont voulu dire qu’Achille chantait sur la lyre , non les beaux exploits des grands hommes, mais les maux que l’amour lui faisait souffrir.
Talis canlatd Briseide venit Achille*
Acrior , et positif erupit in ffectora plectris (i35).
Il Le Pelethroniam cecinit miserabile carmen Ad cilharam, cilhard tenuor ipte sud(iiti).
Ce sont, je crois, des médisances qu’on peut réfuter par la réponse que fit Alexandre-le-Grand à celui qui lui offrait la lyre de Pâris : Je m’en soucie peut lui dit-il; mais je verrais volontiers celle d! Achille, sur laquelle il chantait les actions des héros du temps passé . Plutarque, qui rapporte ainsi la chose dans la vie de ce prince, lui attribue ailleurs (i3?) une autre réponse , savoir celle-ci : Je n’ai que faire de celle-lh ; car j’ai celle d’ Achille, au son de laquelle il se reposait en chantant les louanges des vaillans personnages ; mais celle de Pdris avait une
(i3a) Athenwu», U. XIV, pag. 6a4<
il 33) V os'iu», de Musice, pag . ^5. Le passage lhenée est page 637.
(i34) In Heroïc. pag. -o5 , C. Vide etiarn Æliani Hi»t. Var. Ub. XIV , cap. XXIII.
(»35) Statio» , Silv. IV, Ub. IV, v,. 35. (i36) Priapeior. cirai. LXIX.
(l3r) Plutarque , de U Fortune d’Alriaudre , lie. I , thap. VI.
harmonie trop molle et trop féminine , sur laquelle il chantait des chansonnettes d'amour. Ce n’est pas le seul exemple qui montre que Plutarque se rendait tellement maître de certains faits, qu’il les tournait et les appliquait tantôt d’une façon , tantôt de lautre. Assurément Alexandre n’a point répondu ces deux choses, et aparemment c’est la dernière qui est e l’invention de l’historien. Pour ce qui regarde ces paroles, car j’ai celle d'Achille , on croit aisément qu’Alexandre eût voulu l’avoir; mais qui doute qu’il ne soit très-faux qu’il l’ait eue ? Élien rapporte le fait conformément à la première narration de Plutarque ( 1 38). Un commentateur d’Élien assure qu’Homère représente en divers endroits Achille chantant sur la lyre les exploits des grands capitaines (139). Il se trompe : Homère ne le fait qu’en un seul lieu, et son erreur étant celle d’un homme tout autrement fort de reins que Moréri en fait de littérature , pourrait consoler Moréri, s’il était envie. Kuhnius ne corrige point cette faute 04o). St ace qui , contre les termes formels d’Homère , suppose qu’Acbille pendant sa retraite chantait ses amours et sa firiséis , témoigne en d’autres endroits que, des sa plus tendre jeunesse , il avait employé ses instrumens de musique dans l’antre de Chiron, à célébrer les grandes actions des anciens.
Nec mai or in istis
Sudor , Apolline o quant fila sonantia plectro C'wn q ualt rem , priscosque vinim tnisarer honores (141).
Ce furent les combats d’Hercule, ceux de Pollux et ceux de Thésée , qu’il chanta devant sa mère , qui l’était allée voir dans cet antre, à quoi il joignit les fameuses noces de son père :
Canit Ule libens immania laudum
Semina, qui lunudee suprrdnt jussa nooen.it Amphitryonades : crudum quo Bebryca cmslu ObruerU Pollux : quarto circumdala nexu Buprril Ægides Minai brachia Tauri , Maternox infine thoros, ruperiique gravalutn PeUon («41).
J’avoue cependant que Philostrate le
(i38) Æliani Hiitor. Var. Ub. IX , cap.
(1 3g) Schcfier. in hune locum Æliani.
f «4o) Kubniua, in Ælian. ibid.
(i4i> Statiu» , Acbill. Ub. Il, es. 44*.
(14*; Idem , ibidtm, Ub • l , et. 188.
if>5
fait chanter, sous la discipline de Chiron , diverses matières qui avaient infiniment moins de rapport à la guerre qu’à l’amour; Hyacinthe, Narcisse, Adonis, Hilas, etc. 043).
Achevons cette remarque par quelque chose qui concerne la lyre même a'AcbiUe. Quelques-uns disent que Corybas, fils de Jasus et de Cybèle , étant passe' en Phrygie avec son oncle Dardanus , y établit le service de Cybèle, donna son nom aux Corybantes, qui étaient les prêtres de cette déesse, et v transporta la lyre de Mercure 044)- Elle lut gardée a Lvrnesse, d’où Achille l’emporta lorsqu'il se saisit de cette ville. Homère n'est pas de ce sentiment , puisqu’il dit que la lyre de ce héros avait été trouvée dans la ville d’Eetion , c’est-à-dire dans Thèbes de Phrygie lorsque les Grecs la pillèrent (i45).
(N) Le plus bel homme Je son temps, Au lieu de ce fait, dont on a des preuves si authentiques , M. Moréri s’est contenté d’observer que Philostrate dit qu' Achille était de belle taille.
Achille se vante lui-ruéme , dans le XXIe. livre de l’Iliade, d’être grand et beau, x&Xoc rt juttyai <ri : et lors qu’Homère a voulu parler de Nirée , il a remarqué qti'après Achille c'était le plus beau de tous les Grecs :
Ntptùt , ôç xbLmiç’oç eir'xp i/tto “ïXiot ?x9i
T Si *XX«v Aatvatar , /utr oquu/uùtct n»-
XfiûMTci 046).
Si reut , qui Jormositsimut vir ad Ilium venit
Ceelerorum Danaorwn , posl laudalittimum Peltdem.
Voyez le scoliaste d’Homère sur le vers i3i du Ier. livre de l’Iliade, où il dit qu’Achille, le plus beau de tous les héros, avait tellement le visage d’une femme , qu il lui fut aisé de passer pour fille a la cour de Lycoméde(i4i7).
.... Plunmut illi
Iruicid viriute décor fallitque tuentos
(»43) PbibMr.te in Heroic. , pag. 7o5, le » nomme TOt/C cifâeUOt/Ç nklKA C , Ce que Vigé- “ ère traduit, le» «ncieos qui e.tnicnt «a mcimr qu Adulte. Cela est tres-equivoque : il eut mieux valu le servir du mot de siècle que de celui d'âge ; et sans doute Philostrate a voulu dire, non quds étaient contemporains avec Achille , mais qu'ils l'eiaient entre eux,
(»44) Diodor. Sienl. , hb. VI.
(*45) Homer. Iliad. lib. IX , et. 188.
(»4*>) Ibid. lib. Il , vs. 673.
047) V °7 ** b Banquet de Platon.
Ambiguut , tenuique latent discrimine sexus (148).
(C’est Siace qui parle. )
Pour ce qui est de la taille, je ne remarquerai point ce que Philostrate dit dans la vie d'Apollonius, que l’ombre d’Achille, évoquée par ce philosophe , parut d’abord de cinq coudées et puis de douze , et d’une beauté qu’il n’était pas possible d’exprimer (»4q). Je ne dirai point non plus , avec Lycophron, qu’Achille avait neuf coudées ; ce n’est point ce qu’on nomme belle taille , cela n’est bon que pour Quintus Calabcr qui l’a converti en géaot (i5o) , et ce ne serait pas le moyen de justifier le sieur Moréri. Disons donc qu’il est fort vrai que l'auteur qu’il cite ( 1 5 1 ) donne une belle et haute taille à ce héros , et un visage d’où il sortait des rayons , un net ni aquiltn ni crochu ; mais tel qu'il douait tou jours demeurer. C’est ainsi que Vieénère a traduit, sur la version latine apparemment. J'aimerais mieux traduire tel qu il devait être , et donner au verbe /xtkkt» cette signification.
(0) Il ne les aimait pas moins de son côté. ] La lubricité d’Achille fut un fruit précoce et de durée. Nous avons vu que dés l’âge de dix ans il engrossa Déidamie. Les suites furent dignes d’un si prompt début. 11 ne tarda pas long temps à traiter de la même sorte Iphigénie (1 5a); et si Diane crut qu’on lui avait ofl’crt une vierge pour victime en la personne de cette fille d’Agamemnon ,elle fut prise pour dune : Achille avait mis bon ordre quau pis aller Jphigénic ne sortît point de ce monde avant que d’avoir goûté les joies de la conception et les douleurs de l'enfantement. J1 vit Hélène sur les murailles de Troie, et en devint si furieusement amoureux qu’il en perdit le repos , et qu’il rc*. courut à sa mère pour la prier de trouver quelque moyen de le faire jouir de cette femme (i53) • bel cra-
I, vs. 335. Dictys
048) StAtioi , Acbill., Hb.
Cre terni», hb. I.
(149) Pbilo.tr. te, de la Vie d’Apollomu, , Uv. IV.chap. V . Vigénère cite le h, re /// et dit que rombre apparut premièrement de la hauteur de sept coudees.
(150) Q. Câiaber, lib. I
vs. 716
. ». 5l4 ; hb. Il /,
(i5i) Pbilo.tr.te in Heroic. , pag. «o5.
(i5s) Vide Tietzetn in I.ycopbroo/ (t53) Tzctze» io Lycopbron.
i66 ACHILLÉA.
ploi pour une mère J Thétis ne laissa pas de l’accepter, et d'inventer une manière de maquerellage qui consista à faire accroire :i son fils qu’il jouissait de lu belle Hélène ; niais ce ne fut qu'un songe , et néanmoins ce régal imaginaire apaisa les tounnens d’Achille. On eut beau lui dter sa Briséis, il ne coucha pourtant point seul : il avait eu trop ae soin de ses provisions de lit. H pouvait trouver des relais chez lui en cas de besoin : Diomédée prit la place de Briséis ( 1 54) - Dès qu'il eut vu Polyxène , tille de Priam , il voulut en faire sa femme: et n’ayant pu satisfaire ce désir pendant sa vie , il demanda après sa mort qu’on la lui sacrifiât , afin qu'il en pût jouir aux Champs Élysées (i55). Il avait si bien mérité en ce monde d’étre nommé
(i56) ifotrmoç, âxtkyat , «ixpct'ràç, ipatn- *«TatToc (157) , qu on crut que même dans l’autre il avait besoin de femmes , et c’est pour cela qu’on l’y a marié avec Médce et avec Hélène. 11 fut accusé d’étre devenu amoureux de l'amazone Penthésilée , peu après lui avoir ôté la vie, et d’avoir assouvi sa passion sur ce corps do femme frais tue ( 1 58). Nous en parlerons dans l’article de Thersitk . Voyez aussi l’article de Trnes.
(P) S’étuient répandues sur les personnes de son sexe. ] 11 y en a qui veulent que Troïlus , fils de Priam , soit mort étouffé entre les bras du lascif Achille, qui le voulait violer, et qui trouva trop de résistance (i5<)). On a donné un tour fort malin au choix qu’Ajax suggéra à Ménélas ; il lui conseilla de faire porter à Achille
Jiar le bel Antilochus la nouvelle de a mort de Patrocle. Philostrate, qui dit assez clairement quelles pouvaient être les liaisons du héros avec le messager choisi, s’est trompé sur l’auteur du choix (160) ; car ce ne fut point Ménélas , comme il le dit , qui jeta les yeux sur Antilochus; ce fut Ajax qui
Î,54) Homer., Iliad. Itb. IX, vt. 660.
1 555 Seneca in Troad. vt. g45.
i56) Libania» , Progymn. pag. tôt. B, et pag. 127 , Ai Declam. IV , pag. a56 , B; et Orat. IX , pag. a58 , C.
(i5y) PluUrch. in Amator. pag. 761, D.
(i58) Tacites in Lycopbr. Libania* , Progymn. pag. 101 , C ; et pag. i53 , A.
* Bar le n'a point donné d'article Tatmiri. Ç«5y) Servias in Æneid. Lycophroo, vt. 3oy, cl ibiTxette».
(1G0) In Antil pag. 670, et Icoa. p -89, D.
le proposa à Ménélas (161). Mais c’est principalement envers Patrocle qu’on a donné un tour criminel à la tendresse d’Achille. Platou prend son parti làdessus contre Eschyle (16a). Xénophon est en cela de l’avis de Platon (i63). Sextus F.mpiricus traite la chose en homme de sa profession , je veux dire pyrrhoniquement Mais Lu-
cien et Philostrate (i65) y mettent tout leur venin ; l’un d eux prétend qu’ Achille ne se tint point assez sur ses gardes en pleurant la mort de son aini , et qu’il se laissa échapper la vérité par ces paroles : papAv v% rAi <r»v tCrt'èaç à/utkist. JtatAAia»» ( 1 66 ) , femorurps et tuorum sancta conversatio melinr.
Que dirai-je de ces deux vers de l’épigra mme XLiV du livre oozième de Martial ?
Brrte h mnlûim quamvit averta jaceret ,
Aï acuité piopior Irvit amicut rrat.
(161) Homrr- Iliad. lib. XVI , vt. 6a8, 65l, 653 , 655.
fi6a} In Convir. tom. III , pag. 180 , A.
fi63l In Con»iv. pag. 898 , A.
(164) Seal. Etnpir. Pyrrh. Hyp. III , pag. »5a , A.
Pbilo»lr. in Epist. pag goî , A.
(iGrtj I.ucian. in Amorib. pag. 1071 , tom. I, etlil. SaLnuricntit .
ACHILLÉA, (le du Pont- Euxin , que l’on a nommée aussi Pile des Héros , l’île Macaron (a), ou Pile des Bienheureux , Leuce , etc. , était , selon quelquesuns, vis-à-vis du Borysthène, et, selon quelques autres, vis-à-vis du Danube. Le nom d’Achillea lui fut donné à cause que l’on y voyait le tombeau d’Achille (ù), et qu’elle était consacrée à ce héros. Thétis ou Neptune la lui donnèrent (c) , et il obtint les honneurs divins , temple , oracle , autel , sacrifices et ce qui s’ensuit. Quelques-uns parlent de cette île comme si elfe avait été inhabitée , et s’il n’y avait eu
(a) Plitm Hùt. Natur- , lib. IV , cttp. XII et XIII. Pausan , lib. III, pag. 10a.
( [b ) Mêla , lib. II , cap. VII. Scylax, p. 28.
(c) Auttir Peripli Ponti Euiioi ah I*. Vo*- *io editus; Quml us Calaber, sub fin. Ub. III.
ACHILLÉA.
aucune sûreté à vouloir y passer cultivait alors avec d’autant plus la nuit (J); c’est ce qui faisait que de soin le talent delà poésie dont les gens qui y prenaient terre se Calliope l’avait gratifie (B) , qu’il rembarquaient vers le soir, après n’en était point détourné par avoir vu les antiquités du heu , des occupations belliqueuses. II le temple et les dons qui avaient ajoute encore que ceux qui pasété consacrés à Achille. Ce héros saient auprès de ce rivage entenn’y était point seul , les âmes de daient une musique qui leur plusieurs autres héros y avaient donnait une admiration mêlée aussi leur demeure (A); et quant d’horreur, et qu’ils entendaient à lui, il fallait bien qu’il y fût en aussi un bruit de chevaux, un corps et en âme , puisqu’il y épou- cliquetis d’armes et des cris comsa Hélène et qu’il en eut un fils me à la guerre. Maxime de Tyr qui s’appela Euphorion , que Ju- et Arrien ne disent pas des chopiter aima criminellement etsans ses moins surprenantes (C). Il succès, et qu’il tua d’un coup de ne faut point douter que ce ne foudre pour le punir de son re— fut là qu’ Achille fit le miracle fus (e). D’autres disent qu’ Achille dont Tertullien a parlé (D). Il y avait pour femme Iphigénie , en fit bien d’autres , dont celui que Diane y avait transportée , qu’il exploita contre l’impiété après lui avoir communiqué le des Amazones (E) , qui voulaient don d’une immortelle jeunesse piller son temple, ne fut pas le avec la nature divine {/). D’au- moins éclatant. Celui qui contres enfin veulent que la femme cerne le vol des oiseaux (F) a été
?u’il épousa dans l’autre monde mal rapporté par M. Moréri, qui iût la fameuse Médée (g); mais d’ailleurs nous fait un article à la plus commune opinion lui don- part d’une fontaine Acïiilléf. (G), nait Hélène pour femme : c’est dans laquelle Achille s’était lavé, le sentiment que Philostrate et et qui avait une propriété mer— Pausanias ont suivi (h). Le pre- veilleuse. Achille n’était pas le mier raconte que si les étrangers seul qui fît des miracles dans Pile qui abordaient dans cette île ne de Leuce ; Hélène sa femme s’en pouvaient point faire voile le mêlait aussi ( k ) , comme nous le jour même , il fallait qu’ils pas- dirons dans l’article de Stesichosassent la nuit dans leurs vais— re *. L’abondance est ici plus nuiseaux, oh Achille et Hélène les sible que la disette (H), venaient voir , buvaient avec eux et chantaient non — seulement leurs amours, mais aussi les vers d’Homère (1). Il ajoute qu’ Achille
(Ar) t'oyez la remarque (D).
* Cet article n’a jamais existé.
(A) Les âmes âe plusieurs autres héros y avaient aussi leur demeure.
(î). ] C’est ce qui paraît par un passage de Pausamas , où il raconte que Léonyme , général des Crotomates , étant allé ù Ptlc de Leuce pour y ap-
¥ t prendre le remède qui le guérirait
\ g j Tfteiim in Ljcophr. schol. Apollon, d’une blessure, rapporta qu’il y avait lib. IV . tu Achille, les deux Ajax, Patrocle ,
(h) Pa osa nias , lih. IîJ , pag. 10».
\i] PUiloslrat. lu Heroic. (<) Dioojs. Peri<*ai.
(d) A mm. Marcell. lib. XXII , cap. VIII. Vous trouverez ses paroles dans la remarque (A).
(«) Ptol. Hephæst. apud Photium, p. 480- (f) Anton. Liberal is , cap. XXVII.
ACH ILLÉA.
Antilochu* , etc. (ï). Je m’étonne cru’Ammien Marcellin oublie cela dans l'endroit où il rapporte que cette île était un lieu dangereux. In hdc Tauried , dit-il (3) , insula Lsuce sine habilaloribus ulhs Achil/i est dedicata ; in quant si fuerinl quidam forte dilati , pi sis anliquilatis t estigiis lemploque et donariis adem hcroi consecratis , vesperi repetunt naves , ai uni enini non sine discrimine uitœ illic qucmquam pcrnoctare. Peut-être aussi ignorait-il cette particularité.
(B) Le talent de la poésie , dont Calliope l'avait gratifié.'] Il y ados gens qui veulent que quand Plutarque rapporte que Minerve , la déesse des sciences, coula des gouttes de nectar et d’ambroisie à Achille , qui ne voulait rien manger , il nous insinue que ce héros avait une science universelle. ‘H ’AÔx-
v£ T» ’A^lAMl TIJtTetfÔç Tl XXI À/LKfifQelxç iiiç’a.Çt ptx Trpcrttjuivt» Tfo<?»v (4). Mincrva A chilien nulrimenlum respuenlem nectare et ambrosid inslillatis aluit. C’est une des autorités employées par Lorenzo Crasso (5) pour prouver qu’Achille doit tenir rang parmi les poètes grecs. Dans le langage des pointes , ce serait de la science infuse , ou bien il n'y en aurait jamais eu. Mais , quoi qu’il en soit , les paroles de Plutarque ne servent de rien à prouver ce que Lorenzo Crasso en infère J il s’agit là d’une véritable nourriture du corps, comme il paraît par le XIXe. livre de l’Iliade d’où elles ont été prises. Homère nous conte que Jupiter s'étant aperçu qu’Achille , apres Ja mort de Patrocle , ne voulait ni manger ni boire, dit à Minerve de lui infuser du nectar et de l'ambroisie dans le corps, afin qu’il ne mourût pasde faim.
O» vixmp T« xxi àptfipoelxy ifxrtlyxy.
Xrei^oy ivi ç-iîôtov' ira /u'n puy xipt'oç
UCNTAI.
Fi nrctarqu e et ambrosiam amabiUm
Instilla in peclora, ut ne ipsum James occupé (6).
C’est à Philostrate qu’il faut recourir pour prouver que ce Héros a été
(а) Pantin, lib. J IL paç «oa.
(S) Amm. Marcrll. lib. XXII , cap. VIII.
(4; Plutarch. de Facie in orbe Lun*, pag. g38. edil- Farts, anno iGa4-
(5) Utoria de’ Poeti Greci , pag. 6 , où il rapporte la version latine de Plutarque comme s'il 7 avait aluit , et non allait. Aluit est pour le moins aussi bon.
(б) Homer. lliad. lib- XIX , vs. 34?«
poète (7). C’est un témoin qui parle fort clairement là-dessus.
(C) Max ime de Tjrr et Arrien ne disent pas des choses moins surprenantes. ] Celui-là dit qu’Achille demeurait dans une île proche du Pont- Euxin , à l’opposite du Danube , et *qu’il y avait clés temples et des autels ; qu’on aurait eu bien de la peine à y descendre avant que d’avoir offert des sacrifices \ que l’équipage des vaisseaux avait souvent vu Achille sous la figure d'un jeune blondinqui, avec ses armes d'or , dansait une danse guerrière: quelques-uns l’entendaient chanter sans le voir; d'autres le voyaient et l'entendaient tout ensemble. 11 arriva que quelqu'un s’étant endormi sans y penser dans cette île , fut éveillé par Achille , et conduit dans une tente où on lui donna à souper. Patrocle versait à boire , et Achille jouait de la lyre : Thétis et les autres Dieux étaient présens (8).
Arrien avait ouï dire , et le croyait , que ceux qui étaient jetés sur cette île par quelque tempête , allaient consulter l’orarle d’Achille pour savoir s’il leur était expédient de lui immoler la victime qu’ils choisiraient euxinémes au pâturage ; qu’en meme temps ils consignaient sur l'autel le prix qu’elle leur semblait valoir 5 que si l’oracle rejetait leur proposition , ils ajoutaient quelque chose à ce prix jusqu'à ce qu’ils pussent connaître, par son acquiescement , qu’ils avaient atteint la juste valeur ; que cela fait , la victime se présentait d’clle-même au temple , et ne s’enfuyait plus j qu’Achille apparaissait en songe à ceux qui s’approchaient de i'île , et leur montrait le lieu qui était le plus commode pour l’abordage ; qu’il se montrait aussi quelquefois à ceux qui veillaient, etc. (9). Arrien trouvait cela digne de foi , entre autres raisons , parce qu’Achille était mort jeune , et qu’il avait été extrêmement beau , et si constant en amour et en amitié , qu’il voulut même mourir pour l’objet de ses amours , oôç xau i7rx'roQxyùy ixirôeci Toîf TreLtftxùt. L’équivoque de ce dernier mot , et la moindre réflexion sur le péril où il s’exposa afin de ven-
(7) Philoilr. Hernie. in Achille, fol. 3l9; et in Neoptol. fol. 338.
(8) Mnxunus Tjrius , Oratione XXVI l,
(9) Arrian. in Periplo Ponti Euxuii.
ACHILLÉA.
:er la mort (3e Patrocle, suffiront à bien vrer la vue. Il est clair que cette bises genspourmcttreArrien parmi ceux toire et celle que Pausanias (i4) et
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et ci-dessous ; ( i i) 1 une des merveilles nyrae et qui le guérit. Dans Conon , qu Arnen a débitées. C’est celle de ces ce n’est point Léonyme qui fut blessé oiseaux qui balayaient chaque jour le et guéri par cet Ajax , mais Autoléon. temple de 1 île d Achilléa. Il y a quelques autres diversités que je
(D) Le miracle dont Tertullien a ne remarque point , me contentant cle Par^-1 Tertullien , comme le remar- conjecturerqueleCléonymedeTertulque M. Moréri , nous apprend qu’A- lien est venu de ce Léonyme. Au reste, chille guérit en songe un athlète nom* l’auteur cité par Léon d’AUazzi (16) mé Cléonyme (ia) : c’est-à-dire, très- dit une chose que je ne dois pas 011apparemment , que Cléonyme crut blier: c’estqu’Homeregardant des brevoir en songe Achille qui lui ensei- bis auprès du tombeau d’Achille , obgnait le remède nécessaire. Tertullien tint par ses otfrandeset par ses supplise sert de ce fait et de plusieurs au- cations, que ce héros se montrât à lui; très semblables contre les épicuriens mais il se fit voir environné de tant de qui ne voulaient reconnaître rien de lumière, qu’Homère n’en put soutenir surnaturel dans les songes. Cette aven- l’éclat. Il fut non-seulement ébloui turc n est guère connue; car on n’en de cette vue, mais aussi aveuglé, trouve rien dans un grand nombre (E) Celui qu’il oxploita contre l’im-
ZYST ï” T1 anÿle,nent Parl* piete des Amazones. ] Qu’il me soit a Achille, ramelius , dans son corn- permis de conter le fait selon la vermentaire sur Tertullien , ne fait que sion de Vigénère : elle a ses grâces et nous i envoyer a Homere, qui, autant ses agrémens , quoique en vieux eauqu il men peut souvenir , ne parle lois. Voici donc comment parle cet v ff.,on.6e; ï? Passage cite par auteur , après avoir dit que les Amaon d Allazzi (t3) donne quelque zones firent faire des vaisseaux pour jour a ce fait : il porte que Leonyme , aller piller le temple d’Achille. Æjgeneral de ceux de Crotone dans la tant abordées en l’isle. dit-il fin) , la guerre contre ceux de Locres , fut première chose qu’elles firent fut de blessé sans savoir par qui , en atta- commander à ces estrangers del’Helquaut une partie des troupes ennemies lesponte d’aller coupper tous les arqui ne se retranchait jamais, parce 1res plantez en rond aultour du temqu on la consacrait aux héros , dont pie : mais les coignées se venons remon croyait que la protection lui devait barrer contr’eux mesmes les extermi- .5e fierai ne pouvant nèrent là sur la place , et tombèrent !L; 7.^: î* A ^ C. ei i ^ C Vdphes , tous roiddes morts au pied des arbres.
les autres lui ordonnèrent de faire savoir aux hommes certaines choses; et au’ Hélène en particulier le chargea de dire à Stésichorus, qui était devenu aveugle pour avoir écrit contre elle , qu’il se rétractât s’il voulait recou-
(,0) Quelques savant ont pensé qu'Krritn fait I éloge d' Adonis , tout le nom d’ À chille , 'afin défaire ta cour à V empereur Adrien. Vojet (latjttbon. in Spartianum , Vil. liadriaoi , cap.
et Triilan , Comment. hi*toriq. tum. I . dans Hadrien.
f*0 Dans la remarque (F).
(«a) Tertull. Lib. de Anima , cap. XLKI. (i3) Aliatiiu , de Palrià Homcn , pag. >45.
de la mesme sorte que quand de vont J lion il s alla ruer sur le Scamandre , donna un tel es pouvante à.
leurs chevaux , que ceste frayeur se
(»4) P«n»an. lib. III y pag. 10a.
(i5) Pbot. Biblioüi. codice 186, narrai. 18. Voyea Métiriac, tur lea E pitre* d'Ovide , pas. 33a, oit il relève quelques bévues faites par V 1géucre sur le passage de Pau»ania*.
(ifi) Il se nomme Hermias : le passage que Leon d'Allaxzi en rapporte est tiré d'un Commentaire in Phirdrom Platonis, non imprimé.
(17; Pbiloitrate dans le tféoptolèœe de la Ira duel, de Vigéncre , tonu II , fol. 3qi de t édition in- 4.
170 ACHILLÉA.
retrouva assez plus forte que la bridde , si que se cabrons ils rebondirent en arrière , estimons que ce qu’ils porto it ni sur leur dos fust une charge extraordinaire et estrange ; et h guise de bestes sauvages se retournèrent contre leurs cavalcatriccs , les jetions par terre et foulions aux pieds , les creins hérisses de la furie où ils estaient et Us oreilles dressées encontremont , ainsi que de cruels { yorts les desmembroient a belUs dents et leur dcvoroient bras et jambes , faisans un fort piteux carnage de leurs entrailles. Après donques qu’ils se furent saouUez de cette chair , ils se prindrent a bondir et 'agalopper a travers l'isle , pleins de rage et forcenerie , et les babines teintes de sang , tant qu’ils parvindrent au hault d’un cap , d’où descouvrans la marine applanie en bas , et cuiddans que ce fust une belU large campaigne , ils s'y jettèrent à corps perdu et ainsi périrent. Quant aux vaisseaux des Amazones y un impétueux tourbillon de vents estant venu donner a travers * daubant me s me s qu’ils estoient vuid des et destituez de tout appareil pour les gouverner , ils venoicnt à se froisser l’un contre l’autre , ny plus ny moins qu’en quelque grosse rencontre navalle , dont ils se orisoient et mettaient à fonds , spécialement ceux qui estaient investis et choquez en flanc de droit fil par les espérons et proues des autres , comme il advient ordinairement en des vaisseaux desgarnis de leurs conducteurs , de manière que le bris de ce naufrage se venant rencontrer vers le temple où il y avoit force personnes a demy-mortes respirantes encore , et plusieurs membres horriblement dispersez çà et là avec la chair que les chevaux inaccoutumé* à telle posture avaient rejeltée , ce lieu sainct devait estre bien prophané : mais Achilles Veut bientost purgé, réconcilié et expié comme il estoit aisé à faire en une isle de si peu d’estenduë où les flots batiment de toutes parts à i environ , si qu’ Achilles y ayant attiré le sommet des ondes , tout fut lavé et nettoyé en moins de rien.
(F) Celui qui concerne le vol des oiseaux. ] Ce que Moréri fait dire à Pline , qu’on n’y voit point voler ét oiseau , est mal rapporte. Voici les paroles de Pline : Perdices non transvo lant Bœotûe fines in Atticd , ne c ulla
avis in Ponti insu/d qud sepultus est Achilles , sacratam ei œdem (18).
C’est-à-dire , les perdrix ne volent pas au delà des frontières de la Béotie dans l’Atlique , ni aucun oiseau ne vole au delà du temple d’Achille , qui est dans une lie du Pont-Euxin. M. de Saumaise prétend qu’il faut entendre par ces paroles qu’aucun oiseau n’élevait jamais son vol au-dessus de ce temple; et il prouve, par un passage d’Antigonus Carystius, qu'on débitait cela anciennement ( 19 ). Et comme d’ailleurs il prouve , par un passage formel d’ A rrien , que les oiseaux entraient dans ce temple tous les matins , afin d’y faire tomber l’eau dont ils s’étaient mouillé les ailes , et afin de balayer ensuite le temple avec leurs ailes (ao) , il insulte Solin, pour avoir dit qu’aucun oiseau n’entre dans le temple d’Achille , et que s’il arrive à quelqu’un de s’en approcher , il s’en éloigne au plus vite tout aussitôt.
M. de Saumaise veut que Solin n’ait rien qu’il n’ait emprunté de Pline , et que celui-ci ait dit la même chose qu’Antigonus Carystius : mais il est plus vraisemblable que Pline n’a point eu «n vue la pensée d’Antigonus Carystius , et que Solin avait lu ce fait ailleurs revêtu de circonstances plus particulières que celles de Pline. Car quelle négligence ne serait-ce point à ce dernier , si , pour nous faire connaître que les oiseaux ne volaient jamais au-dessus d’un temple , il s’était servi d’une expression qui signifie
au’ils ne volaient jamais au delà ? Ces eux choses sont si peu la même, qu’il n’y a rien de plus aisé que de ne passer jamais par-dessus une maison , et néanmoins de la laisser derrière soi.
Il n’est pas plus difficile de s’élever en volant jusqu’au-dessus d’une maison , sans passer plus outre. De plus , les anciens aimaient si fort à diversifier les miracles , qu’il n’est guère appa-
(18) Plinii Hiit. Nat. lib. X , cap. XXIX. (iq) Salma». Exercit. Plinian. in Solin- cap, XIx , pag. ai 5.
(ao) In Periplo Ponti Euxini. Pbilostrate a dit à peu prit la même chose. En cetle isle ,
i selon la traduction de Vigénére, ton*. II , foio 337 , verso de l’édition m-4- ) . U J • certaine engeance d’oiseaux tous blancs , nais aquatiques et scnlans leur marine , dont Achille «e sert à nestoyrr son sacré bosquet , le ballians de l’érentement de leurs a isle» , et l’arrousans de leur pennsge mouillé d'eau de mer ; car ils volletent pour cest eflect un bien peu soubdevet de terre.
ACHILLÉA.
rent , après ce qu’on débitait dès le temps a Antigonus Carystius , qu’on ait attendu jusqu’à Solin à débiter
3ue les oiseaux s’enfuyaient à la vue u temple d’Achille. Quoi qu’il en soit, on ne pourrait pas prouver, par Pline contre Solin , que les oiseaux y entrassent ; et , en tout cas , M. Moréri fera dire à Pline plus qu’il n’a dit , et se sera laisse tromper par ces paroles de Charles Etienne dans les deux éditions ci-dessus cotées (ai) , Achillis insulam nu lia avis transvolat. Plin.
io. 39. 10. Mais il prendra sa revanche avec usure sur M. llofman , qui attribue la même chose à Strabon aussi.
C'est sans doute pour avoir vu que M. Moréri citait Strabon immédiatement après Pline , et pour n’avoir pas pris garde que oette citation de Strabon , avec celle de Pomponius Mêla , qui la suit , se rapporte a d’autres choses contenues dans l’article.
Pi ullam hic avem vnlare , ( dit-il ) Plin. I. 10. c. 19. habet et Strabo .
/. i3 (aa).
(G) Un article à part d'une fontaine Acmillée. ] Cet article m’avait paru d’abord un sujet à critiquer : il me semblait que cette fontaine ne s’appelait pas ainsi en nom propre substantif ou substantifié ; mais , en épithète ou en nom adjectif , commun à toutes les choses qui appartiennent à Achille.
En un mot , fons Achilleus , et fontaine d’Achille, me semblaient la même chose. Or , comme il serait ridicule de faire un article de Jacobéc pour cette fontaine de Jacob dont il est parlé au chapitre IV de saint Jean (u3) , laquelle un traducteur latin pourrait appeler, s’il voulait, fonlem Jacobœum , il me semblait aussi qu’ou n’en devait pas faire un de l’épithète à' Achilleus , dont Freinshemius se sert en parlant de la fontaine d’Achille. Mais , après avoir consulté Athénée (a4) , j ai trouvé que cette critique serait douteuse , parce qu’il m’a paru qu’on peut mettre en contes-
fai) Dans la remarque(L) de Partiel* Acan.it, *ert le nutieu.
(aa) Ilofmtn. Voce Achille*.
(ai) Ceux qui traduisent , il y avait U une fonuioc «le Jacob , feraient mieux de dire, la fontaine de Jacob était là ; ou, comme le Port - Payai , il y avait là un puits qu'on appelait la fontaine de Jacob.
(a4) ’Ew MiArt-ro* Kpninv tJvatt ’A£iX\iiov Atben».», lit. JIt cap. Vf.
tation si cette fontaine s’appelait ’Ajfc/x* xtio» substantivement ou adjectivement , et si elle ne peut pas entrer en son ordre alphabétique avec autant de raison que les îles a'Achilléa. Elle y entre dans leTrésor géographique d’Ortélius (^5), sous le mot Achillœum , et puis sous le mot Achillius fons ; ce qui, en tout cas , vaut mieux que l’Achillea tfons Mileti , de M. Hofman.
Je nVxamine point si Freinshemius a bien expliqué le passage d’Athénée
Î[ui regarde les singularités de celte ontaine (36). Je me contente de dire qu’au moins on devait citer Athénée comme Freinshemius l’a cité , c'est-àdire au VIe. chapitre , et non au IIe. du IIe. livre. M. llofman cite comme M. Moréïi, et ils avaient été précédé* en cela par Ortélius. C’est peu de chose si on le compare avec l’erreur de nous donner Aristobule « fils de Cassander , au lieu d’Aristobule natif de Cassandrie. C’est ce que fait M. Moréri.
On ne saurait trop se plaindre de la négligence de ceux qui font des additions aux dictionnaires : car bien souvent ils y cousent des choses qui sont contraires à celles qui y sont déjà $ et, en général , ils oublient d’accommoder de telle sorte l’addition au fond sur quoi ils la posent , qu’il n’en résulte point de dissonance :
Primo ne medium , media ne discrepet imum (17).
Par exemple , ceux qui ont augmenté le dictionnaire de Charles Étienne , n’ont point fait difficulté d’y fourrer, sous le mot A chilien , ces paroles d’Ortélius toutes crues et sans le moindre changement : Video a Nebrissetisi Cac cariant , et à Carolo Stephano Cacariam in suis dictionariis poni , sed pro Ponti insuld , quant dicunt apud Melam Collisarta dici , ex depravatà fortè lectione , etc : ce qui fait un sens assez singulier ; car c’est faire parler Charles Etienne de son propre dictionnaire dans le dictionnaire même , comme si c’était un autre ouvrage qu il citât : et encore paraît-il incertain en se citant de ce qu’il avait avancé sans nulle marque d’incertitude dans l’endroit qu’il cite.
(U) L' abondance est ici plus nuisible
*5) Edit. Hanor . ann. 1611 , «1*4.
06) F reinjhem. Supple m. in Q. Curt. 3, 7, j4* 1*') Horal. de Arle poct. vs. i5a.