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cre (M) , etc. ; mais gardons-nous bien d’avoir sur l’affaire de son salut les incertitudes de l’abbé Rupert (g) , et encore plus de le croire condamné aux flammes infernales , comme faisaient les Tatianites(Zi). Rien ne nous oblige d’adopter le sentiment d’Origène , de saint Augustin , de saint Athanase, et de plusieurs autres , qu’Adara fut des premiers parmi ceux qui ressuscitèrent avec Jésus -Christ (i) : encore moins est-on obligé de croire que sa repentance l’aurait fait mourir de tristesse si Dieu ne lui avait envoyé l’ange Raziel pour le consoler (Ar). Mais la raison veut que nous croyions que sa foi et ses prières lui firent trouver miséricorde , et qu’il fit une belle mort , sans que pour cela il faille s’imaginer qu’il harangua ses en fans avant que de rendre l’âme, et qu’il leur recommanda nommément d’honorer leur mère , et de l’enterrer auprès de lui.
On se donne trop de liberté quand on forge de telles harangues directes (N). Nous avons rapporté ailleurs (/) ce qui se dit de la durée de son état d’innocence.
'g) Ruperti Comment, in Genes., lib. III, cap. XXXI.
(Aï Epiphan. Iïæres. XLYI. Eosebius , Histor. lib. IV, cap. XXVII.
(i) jlpud Cornet, à Lapide in Genes., cap V , vs. 5.
(i) Vide Renchlinum de ArleCahbal. pag.
8; et Heidegger. Ilistor. Patriarch. tom. I, pag. 160.
(/) Dans la remarque (A.) de l'article tf Abel.
(A) De la poudre de la terre. ] Pho* tius , si l’on en croit le père Garasse (1) , a rapporte que les Egyptiens disaient que la Sapience pondit un œuf dans le paradis terrestre , d'ou nos premiers pères sortirent comme une
( 1) G»ra»ic , Doctr. curicurc , pag 232
ADAM
paire de poulets. Je ne pense pas que Photius ait «lit cela , et je serais fort trompé si ce n’est point une paraphrase trop licencieuse de ce jésuite , forgée sur ce que Photius rapporte touchant un certain homnji marin , nommé Oé, que quelques-uns faisaient issu IX TGV ovots (3) ,
c'est-à-dire , selon le P. Garasse , en un autre livre (3) , de la race du premier de tous les hommes qui s’appelait Œuf; ou , selon le P. Schottus , è primo parente "Ciou. Il y aurait mille recherches à faire sur l’œuf qui servit, selon la doctrine des anciens , à la génération des choses lorsque le chaos fut débrouillé. Nous en toucherons quelques particularités sous le mot Akimaniüs.
(B) Et lui âia une câle. ] Un auteur moderne (4), voulant montrer aux catholiques romains qu’ils ont tort de se croire plus habiles que les protestans, leur reproche entre autres bévues celle d’un prédicateur (5) , qui dit qu’Adam avait été formé de l’une des côtes d’Éve. Il rapportait qu’un philosophe , avant proposé ces trois questions à Théodore , disciple de saint Pacôme : Quel homme n’est point né , mais est mort ? Quelhnmmc est né , mais n’est point mort ? Quel homme est né et mort , mais non pas pouri ? eut pour réponse que les trois personues en question étaient Adam , Énoch et la femme de Loth. Adam n’est point né , ajouta le prédicateur , car il a été formé de l’une des cAtes d’Ève, Son sermon a été imprimé à Vienne en Autriche l’an i654 , avec l’approbation du sous-doyen des professeurs eu théologie, qui était alors le père Léonard Bachin , jésuite. Cet approbateur déclare qu’il a lu le livre, et qu’il n’y a rien trouvé contre la foi, ni contre les bonnes mœurs; preuve du peu d’attention avec quoi les censeurs des liv res examinent certains manuscrits.
(C) Ils s’aperçurent qu’ils étaient nus. ] L’Écriture dit que leurs yeux furent ouverts. Cette expression fit
(2) Pbotins ex HelUdio, Biblioth. pag. t583,
num. 579. ,
(3) Somme Théologiaue , pag. 1*6, ou il rapporte ceci avec nulle alterations.
(4) Daniel Francu* , Disqui*. de Indidb. Li- Jjfor. probibil. Epiit. drdtcal.
(5) Nomme' Florentin Schilling, clerc régulier d* Snmt- Paul, et painabite.
croire au peuple qu’Adam et Ève furent aveugles jusqu’à ce qu’ils eurent transgressé le commandement de Dieu: Neque enim cœci citait trahi , ut imprrilum t 'ulgus opinatur ;6 . Saint Augustin réfute solidement celte fausseté en divers endroits de ses écrits
(7) , et dit que cette ouverture des yeux de nos premiers pères consista eu ce qu’ils s’aperçurent de certains mouveinenscorporeisqu’ils ignoraient auparavant, et qui leur donnèrent de la honte : Exstiiil in motu corporis q tarda ta impudens novûas , undè esset indecens nudilas , et Jecit attentosf reddiditque confusns (S).
(D) Ce que l’on dit de sa vaste science. ] M. Moréri ne se contente pas d’assurer en général qu’Adam avait une parfaite connaissance des sciences et surtout de l’astrologie , dont il apprit plusieurs beaux secrets à ses en/ans, il ajoute que Josephe dit qu 'Adam grava sur deux diverses tables des observations qu’il avait faites sur le cours des astres. J’ai cherche' cela dans Josephe; mais j’y ai seulement trouvé ue les descendans de Seth , fils d’Aant, inventèrent l’astrologie, et qu’ils firent graver leurs inventions sur un pilier de brique et sur un pilier de pierre , afin de les préserver de la destruction générale, qui , selon les prédictions d’Adam , devait arriver une fois par le feu et une fois par le déluge (9). Quand on est capable de falsifier de la sorte un auteur qu’on cite , on ne regarde pas assez près au texte de ses témoins pour ne leur rien faire dire que ce qu’ils de'posent. Ainsi je ne m’étonne nullement que M. Moréri attribue à notre premier père d’avoir imposé le nom aux plantes; je ne m’en étonne point, dis*(e, encore que l’Écriture ne le fasse auteur que du nom des bétes. Ceux qui infèrent de cette imposition de noms qu’Adam était un grand philosophe, ne raisonnent pas assez bien pour mériter d’étre réfutés. Pour revenir à la vaste science qu’on attribue à Adam , je dis
Augustin. deCidut. Dei,Uù. XIV , cap.
Ibid, ri lib. XI do Genesi ad Litter. cap. XXXI ; et lib. I , de Nupt et Coneupisc., cap.
V ; cl lib. I Lorutionum in Grues, num. ci ; et lib. II de Pcccat. Merit. et Remis*, cap. XX/I.
(8) td. de Civil. Dei , lib. XIV, cap. XVII.
(9) Joseph. Aotiquit. Ub. /, cap. II.
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que , selon l’opinion commune (ïo) , il savait plus de choses, dés le premier jour de sa vie, qu’aucun homme n'cn peut apprendre par une longue expérience. 11 n’y avait guère que l’avenir casuel, les pensées du cœur et une partie des individus qui e'chappassent a son esprit. Cajétan, qui a osé lui dérober la parfaite connaissance des astres et des élémens, en a été fort censuré. Quelques-uns ayant voulu mettre en dispute si Salomon ne doit point être excepté de la thèse générale qui met les lumières d’Adam audessus des lumières de tous les autres mortels, ont e'té condamnés à reconnaître qu’Adam était plus habile que Salomon. Il est vrai que Pinédo en excepte la politique ; mais on n’a point d'égard à son sentiment particulier ; on prononce que l'entendement spéculatif du premier homme était imbu de toutes les connaissances philosophiques et mathématiques dont le genre humain est naturellement capable , et que son entendement pratique possédait une prudence consommée à l’égard de tout ce que l’homme doit faire , soit en particulier, soit en public ; et outre cela toutes les sciences morales et tous les arts libéraux , la rhétorique, la poésie , la peinture, la sculpture , l'agriculture , l’écriture , etc. Chacun sait les louanges qui ont été versées à pleines mains sur la mémoire d’Aristote, comme si l’on s’était étudié à renvier les uns sur les autres. On avait déjà épuisé toutes les idées et toutes les comparaisons , lorsqu’un bon chartreux, voulant escalader un superlatif auquel on n'eût point encore porté la vue , soutint ue la science d’Aristote était aussi tendue que celle d'Adam (11). Quelques rabbins se sont contentés d’égaler, en fait de science, le premier homme à Moïse et à Salomon (ia) ; mais quelques autres ont soutenu qu’il surpassait en cela les anges, et en ont allégué pour preuve le témoignage de Dieu lui-même (i3). Ils disent que les anges ayant parlé de l'homme avec «quelque sorte de mépris lorsque Dieu
-fi©} Voyi* Salani Annalium tom. /, pag. i#7 » i)3.
(t») H*#n «te Mawa. Il vivait au commencement du XV* . tiède.
fia) Apud I! t v i n i Serpent, tedncl. , pag. 5a. <*3) Ibid , pag. 4q, 56, 5;.
les consulta sur sa création , Dieu leur répliqua que l'homme était plus habile qu’eux, et pour les en convaincre, il leur présenta toutes sortes d'animaux et leur en demanda le nom : ils ne surent que répondre. Tout aussitôt il fit la même question à l'homme, qui les nomma tous l’un après l’autre; et interroge quel serait son nom et quel était celui de Dieu , il répondit toutà-fait bien, et donna à Dieu le nom de Jéhovah. Selon ces mêmes rabbins , voici le sens qu’il faut donner à cet aphorisme de leurs docteurs , lu taille d‘ A dam s'étendait d'un bout du monde a l'autre ; c’est qu’il connaissait toutes choses (i4).
(E) Touchant lu beauté d'Adam. T Si l’on s’était contenté de dire qu’il était bel homme et bien fait , on n aurait rien dit qui ne fût probable ; mais on a donné sur cette matière dans les gaietés de la rhétorique et de la poétique , et même dans la vision.
On a débité que Dieu, voulant créer l’homme , se revêtit d’un corps humain parfaitement heau , et qu’il forma sur ce modèle le corps d’Adam.
Par là , Dieu a pu dire à l’égard du corps , qu’il a fait l’homme h son image. On ajoute que cette apparition de Dieu sous la forme humaine fut le premier prélude de l’incarnation : c’est-àdire que la seconde personne de la Trinité se revêtit des apparences de la même nature qu’il devait un jour prendre, jusqu’à la chair et aux os ; et que , sous l’apparence du plus bel homme qui ait jamais été, il travailla à la production d’Adam , lequel il fit une copie de ce grand et divin original de beauté dont il s’était revêtu :
flanc speciem divinamque pulchritudinem elementissimus Jormosissimus que assumens , quant e.rat post multa tempora usque ad carnem et ossa assumpturus , creabat hominem f largicns ci speciem hatic tantum , ipse primus archetypus , spcciosissimus ipse speciosissimœ prolu creator (\ 5).
Il ne faut pas s’étonner après cela qu’on fasse ces exclamations : Quantum qualemve credas fuisse primi hominis illius vcnuslatem ? quantum in oredecus , quas grattas insedisse( 16)?
(»4) Ibid. , pag. 56.
(i5) Eugtibin. in Co»mop«i« , apud Salian. Aunai., tom. /, pag. 106.
(»6) Id. ibUt.
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Car enfin , cette forme dont le Verbe se revêtit était semblable à la forme qui fut vue par saint Pierre sur le Thabor , et par Moïse sur le mont Sinaï , et à celle que Moïse et ÉJic firent paraître le jour de la transfiguration. Mais ce qu'il y a de plus merveilleux , c'est qu'Adam voyait luimême son propre ouvrier , et la manière dont son corps était forme par les belles mains de sou auteur : Cum fingeretur homo manus illas divinas aspexit ambrosiosque vultus illos , pulcherrima brachia corpus suum fingentia , singulosque artus ducentia (17).
C'est un fort habile homme qui a débité toutes ces visions (18), et il ne manque point de gens qui en approuvent une partie pour le moins.
(F) Il est faux qu'il ait été créé avec les deux sexes . ] Un grand nombre de rabbins ont cru que le corps d'Adam fut créédouble, mâled’uncôté, femelle de l'autre , et que l'un des corps était joint à l'autre par les épaules: les têtes regardaient des lieux directement opposés, comme les têtes de Janus (iq).
Or ils prétendent que Dieu , quand il fit Eve , n'eut besoin d'autre chose que de diviser ce corps en deux .celui où était le sexe masculin fut Adam ; celui où était le sexe féminin fut Eve. Manassé-Ben-Israèl, le plus habile rabbin qui ait vçcu dans le XVIIe. siècle , a soutenu ce bizarre sentiment (20) , si l’on en croit M. Heidegger. Le docte Maimonidcs , l'honneur et la gloire de la nation judaïque, l’avait déjà soutenu (ai) , si l'on en croit le même témoin. Eugubin ne s'en est éloigné qu’à l'égard de la situation des deux corps; car il prétend qu’ils étaient collés ensemble par les côtés , et qu’ils se ressemblaient en tout, hormis le sexe. Le corps mâle était à la droite et embrassait l'autre par le cou avec sa main gauche , pendant que l’autre lui ren-
(17) Id. ibid.
(18) Sali«n. Anna). , lom. 1 , pag. xo6.
(19) Apud Heideggertira , Hi*t. Patriarcb. , lom. I , pag. 138.
(iu) Conciliât. în Geneaim , apud Heideggeruro, Il»4t. Patriarch.. loin. /, pag. ia8- Foret Hoornbceek qui le réfute au chap. I du IF9. ftV. de C.on'rerlendi» Jndtei*.
(si ) In Mo reh Ncborhim, pag. 2, cap. XXX-, apud Heidegger. Hi»l. Patnarcu. , lom. J, pag. 128. Mai» noie*, comme m'en a averti M. Van D<»le , que M. Heidegger ne rapporte pat fidèlement iopinior. que Manat^é-ben-Israrl et MaimomJci ont approuvée le pluj.
dait la pareille avec sa ritain droite. Chacun était animé , chacun tomba dans un profond assoupissement lors-
3 uc Dieu voulut former Eve , c’est-àire la séparer du corps mâle 11 ne faut que savoir lire l'Écriture pour réfuter pleinement toutes ces visions.
Avant que de passer à d’autres choses , je dirai un mot de ces androaynes , dont Platon a parlé assez amplement faa). C’étaient des corps hermaphrodites à quatre bras et à quatre jambes, et à deux visages sur un seul cou, tournés l’un vers l’autre. Cette duplicité de membres leur donnait beaucoup de force , et par là beaucoup d'insolence ; ils ne songeaient pas à moins qu'à faire la guerre aux Dieux. On délibéra dans le ciel sur la manière de les mettre à la raison , et l'avis de Jupiter passa , qui était qu'il les fallait partager en deux. Chacune des pièces conserva une forte inclination
four se réunir avec l’autre ; et voilà origine de l’amour, si l’on en croit ce philosophe. Mais il fallut faire des changemens à la situation de certains membres, afin que la réunion fût féconde. Je remarquerai en passant que ceux qui parlent de ces androgynes de Platon , ne rapportent pas pour l’ordinaire la chose telle qu’elle est.
Us lui font dire qu’au commencement les hommes avaient cette nature-là; mais il ne le dit que de quelques-uns ; il reconnaît qu’il y avait aussi comme à présent des mâles et des femelles. Voyez les remarques de l’article Salmacis. L’auteur d’un livre intitulé le Nouveau P isionnairc de Hotlerdam (a3) assure que , selon les rabbins , Adam et Eve, avant leur péché, étaient tous deux hermaphrodites (a4)- Je ne sache que lui qui attribue cette opinion aux rabbins.
(G) Les Révélations d’Antoinette Rourignon . ] Les livres de cette demoiselle font foi qu’elle a eu des sentimens fort particuliers : mais elle n’a peut-être rien avancé ue plus étrange que ce qui regarde le premier nomme. Elle prétend qu’avant qu’il péchât , il avait en soi les principes des deux sexes et la vertu de produire son semblable sans le concours d’une
(a») PUto in Coarifit , png. ïi85, edtt. Franco f. , ann. 1603.
{a3i Imprimé l'an 168G.
(i4) N OU*. Y mon de hoUrrdtm, pag. 36-
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femme , et que le besoin que chaque sexe a présentement de s'unir à l'autre pour la multiplication est une suite
des changemens que le péché fit au corps humain. Les hommes , dit-elle,
(a 5) crojre/U d'avoir esté créez de Dieu comme ils se trouvent à présent , quoique cela ne soit véritable , puis que le péché a défiguré en eux l'oeuvre de Dieu : et , au lieu d’homme qu ils dévoient estre , ils sont devenus des monstres dans la nature divisez en deux sexes imparfaits , impuissans à produire leurs semblables seuls , comme se produisent les arbres et les plantes , qui en ce point ont plus de perfection que les hommes ou les femmes , incapables de produire seuls , ains par conjonction d'un autre , et avec douleurs et misères. On explique dans un autre ouvrage (26) le détail de tout ce mystère selon qu'il fut révélé de Dieu à la demoiselle Bourignon. Elle crut voir en extase comment Adam était fait avant le péché , et comment il ouvait produire tout seul d’autres orarnes. Bien plus , elle crut apprendre qu'il avait mis eu pratique cette rare fécondité par la production de la nature humaine de Jésus-Christ. Quoique le passage soit un peu long , je ne laisse pas de le rapporter tout entier, afin qu'on découvre mieux l’étendue des égaremens dont notre esprit est capable.
« Dieu lui représenta dans l’esprit , » sans l’entremise des yeux corporels » qui auroient esté accablez sous le « poids d'une si grande gloire , la » beauté du premier monde , et la » manière dont il l'avoit tiré du » chaos : tout estoit brillant , trans- » parent, rayonnant de lumière et de » gloire ineffable. 11 lui fit paroistrede » iamestne manière spirituelle Adam, » le premier homme , dont le corps » estoit plus pur et plus transparent » que le cristal , tout léger et volant, » pour ainsi dire : dans lequel , et au ^ travers duquel , on voyoit des vais- » seaux et des ruisseaux de lumière » qui pénétroit du dedans en dehors » par tous ses pores , des vaisseaux » qui rouloient dans eux des liqueurs
(a5) Préface du livre intitulé , le Nouveau Ciel et la Nouvelle Terre , imprimé à Amsterdam en 1679.
(16) Vie continuée de mademoiselle Bourignon , png. 3i5-
» de toutes sortes et de toutes cou- » leurs , très - vives et toutes dia- » fanes , non - seulement d'eau , de » lait , mais de feu , d’air et d’au- » très. Ses mouvemens rendoient des » harmonies admirables : tout lui » obéissoit ; rien ne lui résistoit et » ne pouvoit lui nuire. Il estoit de » stature plus grande que les hom- » mes d’à présent ; les cheveux courts ,
» annelez, tirans sur le noir, la lèvre » de dessus couverte d’un petit poil :
» et, au lieu des parties bestiales que » l’ou ne nomme pas , il estoit fait d comme seront rétablis nos corps » dans la vie éternelle , et que je ne » sais si je dois dire. Il avoit dans » cette région la structure d’un nés » de raesme forme que celui du visage ;
» et c estoit là une source d’odeurs et » de parfums admirables : de là de- » voient aussi sortir les hommes dont » il avoit tous les principes dans soi ;
» car il y avoit dans son ventre un » vaisseau où naissoient de petits » œufs , et un autre vaisseau plein de » liqueur qui rendoit ces œufs fé- » conds. Et lorsque l’homme s’échauf- » foit dans l'amour de son Dieu , le » désir où il estoit qu'il y eust d’au- » très créatures que lui , pour louer , » pour aimer et pour adorer cette » grande Majesté , faisoit répandre » par le feu de l’amour de Dieu cette » liqueur sur un ou plusieurs de ces » œufs avec des délices inconcevables :
» et cet œuf rendu fécond sortoitquel- » que temps après par ce canal hors a de l’homme en forme d’œuf , et ve- » noit peu après à éclore un homme » parfait. C’est ainsi que dans la vie >» éternelle il y aura une génération » sainte et sans tin , bien autre que » celle que le péché a introduite par » le moyen de la femme , laquelle » Dieu forma de l’homme en tirant » hors des flancs d’Adam ce viscère » qui contenoit les œufs que la femme » possède , et desquels les hommes » naissent encore à présent dans elle, .» conformément aux nouvelles déeou- » vertes de l’anatomie. Le premier » homme qu’Adam produisit par lui » seul en son estât glorieux, fut choisi » de Dieu pourestre le trône de la di- » vinité , l’organe et l’instrument par » lequel Dieu voulait se communi- » quer éternellement avec les boni- » mes. C’est là JÉsrs-CmusT , le pre-
ADAM
» mier né uni à la nature humaine , î> Dieu et homme tout ensemble(27).»
Je vomirais que l'auteur du Nouveau Visionnaire de Rotterdam n’eût pas insulté , comme il a fait d’une manière trop enjouée , les visions de cette tille, et celles du ministre tiu’il attaque. On pouvait tourner en riaicule ce dernier sur ses imaginations du mariage d’Adam et d’Ève , sans égayer si fort ce sujet.
je joins à cela deux petites réflexions seulement. L’une est , qu’Antoinette Bourignon n’a pas dû croire qu’elle ressusciterait j car , selon ses principes, la matière crasse, qui a été jointe depuis le péché au corps de l’homme , et qui pourit dans le tombeau , ne ressuscitera point (a8) , et la résurrection n’est antre chose que le rétablissement de l’homme dans son état d’innocence : état où , selon les belles révélations de cette Antoinette , il n’y avait point de femmes. On condamna autrefois (09) à Paris un hérétique nommé Amaulri , tjui soutenait entre autres erreurs , qu'a la fin du monde , les deux sexes seront réunis ensemble dans une même personne , et que cette réunion avait commencé en Jèsüs- Chhist ; et que si l’homme était demeuré dans l’état où Dieu l’avait produit , il n’y aurait eu nulle distinction de sexes (3o). Faber d'Étaples a cru que, dans l’état d’innocence, Adam aurait engendré de lui-même son semblable , sans l’aide d’aucune femme (3i). La Bourignon n’a donc pas été la première qui ait enseigné ces choses ; mais elle y a mis beaucoup du sien , comme vous diriez cette perpétuelle propagation , qui se fera , ditelle, dans le paradis , de la manière que les hommes auraient multiplié sur la terre s'ils avaient conservé leur innocence. Que dirai-je de Paracelse, tjui croyait que les parties nécessaires a la génération ne sc trouvaient point dans nos premiers pères avant qu'ils péchassent j mais qu’après qu’ils eurent péché , elles sortirent comme une excroissance ou comme les écroucl-
(ar) T.à mémr.
(•28 ) Préface du Nouveau Ciel.
(ay) du commencement du XIII *. tiècle.
(3o Pratroli EIcnch. Ilatret. voce Almnricu» ; et Defenaio UeUtionij de Ant. Rurign. in Act. crudit. l.ip*ien«. in*ert te , pag. i5o
(3i) dpud Cornet, a Lapide in Geue». , cap.
IJ, y. *4-
les viennent à la gorge ? Negabat primos parentes ante lapsum habuisse partes generalionihominis necessarias f poslea accessisse ut strumam gutturi (3a). Ma seconde réflexion est que cette femme attribue à Jésus-Christ né d’Adam toutes les apparitions de Dieu desquelles le Vieux Testament a parlé , et qu’elle croit que quand il voulut se revestirde la corruption de nostre chair ci de noslre sang dans les entrailles de la sainte Vierge , il y renferma son corps , soit en te réduisant à la petitesse qu'il m'oit lors de sa première conception ou naissance , soit d'une autre manière inconcevable a nostre raison grossière (33).
Ces deux réflexions, qui suffisaient dans la première édition de cet ouvrage , ne suffisent pas dans la seconde j car il s’est trouvé des gens si bourrus , qu’ils ont dit que mon article d’AüAM contenait des obscénités insupportables. Il faut leur répondre qu’ils font trop les délicats et les scrupuleux, et qu’ils ignorent les droits de l’histoire. Ceux qui font la vie d’un méchant homme , peuvent et donent représenter en général lesdérèglemcns de son impudicité ; et, quelque choix qu’ils fassent des termes , ils rapporteront toujours nécessairement des choses impures et qui salissent l’imagination. Cela est inévitable. Tout ce qu’ils peuveut éviter, c’est le détail et les phrases trop grossières. Or, c’est ce que j’ai évité. Ceux qui font l’histoire des sectes dont les dogmes ou les actions ont été impures , se trouvent dans la même nécessité. Les plus grands scrupules de style ne pourront jamais empêcher qu’ils ne présentent des images sales et obscènes à leurs lecteurs. Ce qui me justifie ici en particulier, est que je rapporte des absurdités qui sont contenues dans un livre qui se vend publiquement. Outre cela , j’ai pour moi l’exemple des anciens pères qui ont inséré dans leur»
ouvrages les plus affreuses impuretés des hérétiques.
(U) Les narrations romanesques de Jacques Sadeur.] C’est une prétendue relation de certains peuples herma-
(3î) Parareliu* , apud Vottium, de Phiiosopliiâ , cap. IX, pag. 71.
(33) Vie continuée de Mlle. Boorignon , pag.
ADAM. 2o5
{>hrodites de la Terre Australe. Voyez 'article de Sadeur.
(1) De sa taille gigantesque. ] Phi- Ion a cru qu'Adam surpassait tous les autres hommes, et quant au corps et
Suant à l'âme (3|) ; mais les Thalmuistes vont iufiniment plus loin : ils assurent qu'Adam s’étendait depuis l’un des bouts du monde jusqu’à l’autre quand Dieu le forma } qu après qu’il eut péché, Dieu appesantit sa raainsnr lui et lui réduisit la taille à la mesure de cent aunes (35). Quelques-uns disent que Dieu fit cela à la requête des Anges qui avaient peur de ce géant j mais ils supposent que Dieu laissa au premier homme la hauteur de neuf cents coudées. Voyez le premier volume de la Bibliothèque rabbinique du père Bartolorci , a la page 65 et à la 66.
Barcepha fait mention de quelques auteurs qui disaient que le paradis terrestre était séparé de notre monde par l'Océan j et qu’Adam , chassé de ce paradis, traversa la mer à pied pour Tenir dans notre monde , et qu'il la trouva partout guéable , tant sa taille était énorme (36). Voilà justement l’Orion ou le Polyphème des poètes :
• Quant ma g nus Or ion,
Cum pedes incedit medii per maxima Nerei Stagna fiant scindent , hutnero supereminet undar O7).
. Summo cum monte videmus
Ipsum inter pecudet vasld se mole moventem rastorem Polrphemum , et littora nota petentem (38).
Gntditurque per eequor
Jam medium , necd'um Jluclus la ter a nrdua tinxit (39).
Les Arabes n’ont pas une moindre idée de la taille de nos premiers pères que les auteurs de Moïse Barcepna.
Voici ce que nous apprend M. de Monconis : A/on Arabe me dit comme la caravane du Caire arrivait la première à la Mecque , et qn'aprèsy avoir fait sa prière elle allait au pied de la montagne, qui en est distante d une lieue , allé mire les deux autres caravanes de Damas et de Baudet , qui arrivaient Us jours suivons a la Mecque ; et quetant toutes, le neuvième de la douzième lune , qui est Diel lleghe , à la fin ,
(34) PMo, <t« Opilic. Mundi.
35) In libro Sinhr lr m.
36) In TrarUtu de P«r»cli*o.
3?) v'U't Æatid.. lib. X , i*/.763.
3S) 1 d. ibid , hb. III, vs. 655.
39) IJ. ibtd , Ub III , pg. 66 4.
dis-je , du neuvième jour entrant au dixième , qui est à l’Asser , toutes les trois caravanes montent au-dessus de cette montagne , au sommet de laquelle ( qui est fort bas , comme de ces monts de terre qui se trouvent seuls au milieu des plaines ) ils croient qu' Eve avait la tête appuyée lorsque Adam la connut la première fois , et quelle avait ses deux genoux bien loin dans le bas de la plaine sur deux autres , distans l’un de l'autre de deux portées de mousquet , a chaque endroit desquels on a fait mettre une colonne , entre lesquelles il faut , pour être bon Agi , c'csL-a-dire pèlerin , passer en allant et en revenant de la montagne , au sommet de laquelle est une mosquée qui est faite comme une niche où il ne peut entrer que sept ou huit personnes (4o). Je vois qu’on cite un Jean Lucidus ui a cru qu’Adam était le plus grand e tous les géans (4 1), et qu’il l’a voulu prouver par ces paroles de l’Ecriture selon la Vulgate , nomen Hébron ante vocabatur Cariath-Arbe : Adam maximus ibi inter Enacim situs est (4a). Saint Jérôme s’imagine , en vertu de ce passage , qu’Adam a été enterré à Hébron (43). Mais on lui montre que ni l’hébreu ni la version des septante ne disent quoi que ce soit qui concerne Adam ou quelque tombeau (44).
La version de Genève porte : Le nom de Hébron estoit auparavant Karjath - Arbah , lequel Arbah avoit esté fort, grand homme parmi les Hanakins, Il y u dans l’île de Ccilan une montagne qu’on nomme le pic d'Adam , parce que, selon la tradition du pays elle a été le lieu de sa résidence (45). On y trouve encore les traces de ses pieds, longues de plus de deux palmes. Pythagoras ne trouverait point là une taille aussi gigantesque que celle que d'autres attribuent a Adam : Pytnagoras , dis-je , qui par la longueur du ied d'Herculejugea de la taille de ce éros (46). On dit aussi qu'il y a sur
(40) Moncon. Voyage», part. I , pag. 37a, 373 , édition de Lyon.
(41) Joli. Lucidu» de Emendal. Tempor. , lib. I, cap. IV, npud Percnum in Cene». , Ub- I V , quant. III.
Î\y) Josué , cap. XIV , v. ull.
43) Hieron. in Malih. , cap. XXVII.
44) Pererin» in Ornes. , lib. IV, <pue U. III. (45) Ludovic. Roiuanus Patricia* in tud Nr«- Tigtl. apud Rmrliura, ilhwtr. Kuinarum , décade I.
(46) A. Gcllius , Noct. Alt. , Ub. I , cap. I.
ao6
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cette montagne quelques monumens des pleurs qui furent versés sur la mort d’Abel ;mais d’autres disentqu’Adam et Eve pleurèrent cette mort dans une caverne qui est en Judée , où l’on voit leurs lits de pierre longs de trente pieds (47).
(K) De ses livres. ] Les Juifs prétendent qu’Adam fit un livre sur la Création du monde , et un autre sur la Divinité (4$). Masius parle du premier (4g). Ou auteur mahométan , nommé Kissæus , rapporte qu’Abraham, étant allé au pays des Sabéens , ouvrit le coffre d’Adam , et y trouva ses livres avec ceux de Seth et avec ceux d'Édris (5a). Ce dernier nom est celui que les Arabes donnent à Enoch.
Ils disent qu’Adam avait une vingtaine de livres tombés du ciel qui contenaient plusieurs lois , plusieurs
Êromesses et plusieurs menaces de ieu , et les prédictions de plusieurs événemens (5i). Quelques rabbins attribuent le psaume XCI1 à Adam , et il se trouve des manuscrits où le titre chaldaïque de ce psaume porte , que c’est la louange et le cantique que le premier homme récita pour le jour du sabbat (5a). Le bon fcusèbe Nieremberg , la crédulité même , rapporte deux cantiques qu’il a fidèlement copiés de l’apocalypse du bienheureux Amadeus dans la bibliothèque de l’Escurial (53). Adam , dit-on , est l’auteur de ces deux pièces : il fit l’une la première fois qu il vit Ève ; l'autre est le psaume pénitentiel que lui et sa femme récitèrent après leur péché.
(L) De son sépulcre. ] Nous avons déjà vu que saint Jérôme s'est imaginé sans nul fondement qu’Adam avait été enterré à Hébron ; mais on n’aurait pas moins de droit de croire cela avec lui , que de penser avec tant d’autres qu’Adam fut enterré sur le Calvaire (54). J’avoue que cette der-
(4?) Aputl Sahicnum , Otiorum Tbeolog.
pag- 346.
(48) lleidegg. Hi»i. Pair. , tom. I . pag. 481. (49J Vide Salon., tom. I , pag. a3o.
(5o) Apttd Stanleium , Phüosopti. Orient. , Itb. III, cap. III.
(5i) Hotting. Hist. Orient. , pag. 32, citante Ly.ero in Poiygamiâ tnumph. , pag. î^S.
(5a) Caipar. Schoitu», Techn. Curios x , pag.
(53) lib. II, cap. XIII , de Oriç. sacnc Script, apud Schottum , tbid. , pag. 556-
(54) Vojet Salua. Ann. , tom. J, pag. aa5.
nière opinion est meilleure per la predica ; car elle est beaucoup plus féconde en allusions , en antithèses, en moralités, et en toutes sortes de belles figures de rhétorique : mais une semblable raison n’est guère propre qu’à servir de preuve envers ceux qui demanderaient pourquoi le sentiment de saint Jérôme a eu moins de sectateurs que l’autre. Concurrence à part , qu’il nous suffise de savoir que les pères ont cru fort communément que le
Îtremier homme mourut au lieu où érusalera fut bâtie depuis , e t qu’on l'enterra sur une montagne voisine qui a été appelée Goteotha ou le Calvaire : c’est celle où Jésus- Christ fut crucifié. Si vous demandez comment le sépulcre d’Adam a pu résister aux eaux du déluge , et comment scs os ont pu maintenir leur place afin d’y recevoir l’aspersion du sang de notre Seigneur : car c’est là le point et le mystère ,
Jfflc humilient primum suscepimus este sepultum ,
Hic patitur Christus : pia sanguine terra madescit ,
Palets AJa ut possit, veleris cum sanguine Chrisli
Commixlus , tüUaniis aques virtule lavari (55) .
Si , dis-je , vous faites cette question, Bar cep ha vous alléguera un docteur fort estimé en Syrie (56) , qui a dit que Noé demeura dans la Judfée $ qu’il
fdanta dans les campagnes de Sodorae es cèdres dont il bâtit l'arche ; qu'il transporta avec lui dans l’arche les os d’Adam $ qu’après qu’il en fut sorti , il les partagea à ses trois fils ; qu'il donna le crâne à Sein , et que les descendans de Sera, s’étant rois eu possession de la Judée, enterrèrent ce crâne au même lieu où avait «lé le tombeau d’Adam.
(M) D'un arbre planté sur ce sépulcre. ] Cornélius à Lapide dit que les Hébreux content que Seth , par le commandement d'un ange , mit de la semence de l’arbre défendu dans la
où il montre que *aiot Jérôme mime adopte en quelques endroits V opinion commune.
(55) Tertulliani Carat. contra Marcion. , Itb.
//, Vf. 700.
(56) Dominu;* Jacobin Orrohaita (»ive Edc*senus). Saint Fphrem , qui a vreu au 4e. siècle , a Ile son disciple. Fores Satian. Annal. , tom. /, pag. »a6; Cornet, à Lapide »n Genniin , pag. io5
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bouche d’Adam déjà enterré , et que de là sortit un arbre, dont la croix de Jésus-Christ fut faite ; et qu’il était juste que le même bois qui avait fait
Î lécher Adam fût celui sur lequel ésus- Christ expiât le péché d’Adara (57). Ce jésuite nous renvoie à Pinédo
a ni a raconté au long cette fable.
[ais que veut-il dire parles hébreux ?
Il entend sans doute les juifs. Or les juifs conviennent-ils que Jésus-Christ ait expié le péché d’Adam par le supplice de la croix , auquel leur nation le condamna sous Ponce Pilate? Quand un auteur est plein d’une chose , il s’imagine que les autres le sont aussi , et il ne s’aperçoit pas toujours de l’absurdité où il tombe en leur attribuant ses propres pensées. Cette fable , au reste , a été rapportée diversement j car on trouve dans un rabbin qui a vécu long-temps avant Jésus-Christ , et dont l’ouvrage est intitulé Gale Raseiah (58) , que les anges portèrent à Adam dans le désert une branche de l’arbre de vie , que Seth la planta , et qu’elle devint un arbre dont Moïse se servit utilement : car, après en avoir tiré la verge qui lui servit à faire tant de prodiges , il en tira le bois qu'il jeta dans les eaux amères pour les adoucir , et celui où il attacha le serpent d’airain. Quelques-uns disent qu’Adam envoya Seth à la porte du jardin d’£den , pour prier les anges qui en défendaient lYntrée , de lui accorder une branche de l’arbre de vie , ce qu’ils firent (59).
(N) Quand on forge de telles harangues..] C’est au père Salian que j’en veux. Non content de la harangue , il a fait une longue épitaphe pour Adam , où il a désigné son nom par ces trois lettres J. $. P. (60). Il a fait aussi des épitaphes pour Abel, pour Abraham, pour Sara, etc. En vérité, cela n’est guère pardonnable qu'à des auteurs frais émoulus d’une regence de rhétorique • et je suis fort persuadéque les Sirmouds, lesPétaux, les llaraouins, et
(57} Cornet, • Lapide in Genesim , cap. Il , *• 9- PaS 74-
(SS) Voie*. touchant ce rabbin et son ouvra ge , le» Nouvelle» ^e U Kr publique de» Lettre* , juillet 1686. art. III , pag. 770 et saie., tiré de Moebius , de raco Serpente.
(5r^) f'ojet Saldeni Otia Theolog., pag. 608.
(60) Elles veulent dire , Jacobus Salianus poauit-
les autres grands auteurs delà Société des jésuites jugeraient de cela comme j’en juge.
ADAM, archidiacre de la chambre patriarcale, et supérieur des religieux de la Chaldee , fut t •— voyé A Rome au commencement du XVIIe. siècle, par Élie, patriarche nestorien de Babylone.
Ce patriarche, ayant fait examiner par ses évêques la profession de foi <jue le pape Paul V lui avait envoyée , chargea Adam de la présenter à ce pape , avec les changemens qu’ils y avaient faits ; mais il lui donna ordre en même temps d’y corriger ce que le pape y trouverait à redire. C’était une ambassade d’obédience que celle de notre Adam. Ce religieux , étant arrivé à Rome, s’acquitta de sa commission avec le plus de soin qu’il put. Il avait porté avec lui un écrit ou il prétendait allier la foi des Orientaux avec celle de l’Égliseromaine, et faire voir que leurs différens n’étaient qu’une dispute de mots (A). Il avait d’abord montré cet écrit à son patriarche , et puis , par son ordre , à tous les évêques du parti ; et il avait été un an entier à aller de ville en ville pour le faire approuver à ces évêques. Pierre Strozza , secrétaire de Paul V , fut chargé de répondre à cet écrit.
La réponse approcha plus de la dureté que de la condescendance:
il n’expliqua rien favorablement, et il fallut que le légat du patriarche se soumît, non-seulement aux dogmes , mais aussi aux expressions de Rome. Il signa tout ce qui lui fut proposé de la part du pape ; et , ne se contentant pas d’abjurer toutes les erreurs de sa nation , il fit des li-
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vrés , et les adressa à ses compatriotes pour leur communiquer les lumières qu’il avait acquises à Rome. Il en partit après un séjour de trois années , et il porta à son patriarche Élie un bref de Paul V qui rejetait tous les moyens d’accommodement que ce patriarche avait proposés , et l’obligeait à condamner tous les termes qui pourraient couvrir l’erreur (a). Adam fut accompagné de deux jésuites (b) , qui eurent ordre de travailler à l’entière réunion de cette secte.
(fl) Tiré du chap. X du livre V de la Perpétuité de la Foi défendue. M. Arnaud cite le Traité de Pierre Strozza, de Dograatibua Cbaldæorura.
(b) >icol. Godignua, de rebus Abassinorum , Itb. /, apud Aul». Muséum , de Statu Relig. Christ. , pag. 226.
(A) Leurs differens n’étaient qu’une dispute, de mois .] Le 9ieur de Moni (*) dans son Histoire critique du Levant, paraît fort persuadé que le patriarche Éiie avait raison de soutenir qu’il n’y a qu’une pure question de nom entre les nestoriens d'aujourd’hui et lescatholi-
aucs. Le nestorianisme d’aujourd'hui , it-il (1) , n est au une hérésie imaginaire , toute cette diversité de sent iniens ne consiste qu’en des équivoques , d’autant que les nestoriens prennent le nom de personne d’une autrefacon que ne font les Latins. Pourquoi donc n’aquiesça-t-on pas aux érlaircissemens que le patriarche de Babylonc fit donner? C'est que, pour garder le décorum, et par une fausse délicatesse de point d'honneur, il fallait toujours soutenir que le nestorianisme était une dangereuse hérésie : autrement , il aurait fallu prostituer l'honneur des conciles œcuméniques. C’est ce que le sieur de Moni aurait dit en pays de liberté ; mais en France il a fallu qu’il se soit servi d’expressions un peu moins développées. Comme les conciles , a-t-il dit '2) , ont condamné l’hé-
(*) Moni est le pseudonyme de F. Simon.
(1) Moni , Histoire Critique de la Créance et dr* Coutumes de» Nations du Levant, pag. r>3. (a) Moni, Histoire Critique, etc. pag.ÿ 3,
résie de Nestorius , il était ce semble nécessaire qu’on fit voir a Home que le nestorianisme était une véritable hérésie, puisqu'elle avait été condamnée par l Eglise dans un concile général. 11 ajoute avec les mêmes ménagemens que quelques-uns pourraient injerer des actes mêmes des anciens conciles, que le nestorianisme n'est qu’une hérésie de nom , et que si Nés torius et saint Cyrille se fussent entendus, ils auraient pu concilier leurs opinions (3).
(3) Là meme , pag. g4*
ADAM (Jean), jésuite français, a été un fameux prédicateur (A) dans le XVIIe. siècle. Il était du Limousin , et il entra chez les jésuites l’an 162?. , à Page de quatorze ans (a). Scs supérieurs , l’ayant trouvé propre à réussir dans la chaire , l’appliquèrent à cela après qu’il eut régenté les humanités et la philoso-
Shie. Il a exercé le métier de prédicateur pendant quarante ans , et s’est fait ouïr dans les principales villes de France , et au Louvre meme (b). Il commença , comme de raison , p“àr les provinces; mais lorsqu’il s’y fut suffisamment signalé , on l’envoya sur legrand théâtre du royaume. Les conjonctures du temps le favorisèrent ; les disputes du jansénisme avaient déjà fort échauffé les esprits ; et jamais homme ne fut plus propre que le père Adam à être détaché contre le parti en aventurier téméraire. Il était hardi et bouillant, et avait toutes les parties nécessaires à un grand déclamateur. Le carême
3u’il prêcha à Paris , dans l’église e Saint-Paul , en l’année i65o , fit du fracas. Le prédicateur pous-
(«C Sotuel, Bihiioth. Societalû Jezn, pag.
{b) Idem , il ici.
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sa les choses si loin , que , s’il n’eut pas eu de puissans patrons, on lui eût interdit la chaire (B).
Il eut assez de bonne foi (C)pour reconnaître que saint Augustin n’était nullement favorable au molinisme; et il s’échauffa bien . fort contre cet ancien docteur.
Les jansénistes ne laissèrent pas tomber cette incartade (D). Ils publièrent un écrit contre son sermon, et ne se contentèrent pas de faire l’apologie de saint Augustin : ils réfutèrent quelques autres propositions de ce jésuite, et nommément celle qui se rapportait à l’inspiration des écrivains canoniques (E). Le père Adam n’eut point d’égard aux plaintes que l’on fit de son sermon , et d’un livre ou il avait débité beaucoup de choses choquantes contre le meme saint Augustin. Il ne se rétracta de rien , et il continua d’écrire sur le meme ton. Les jansénistes renouvelèrent leurs plaintes et leurs écritures , et il s*éleva un conflit particulier entre eux et le père Adam. Ils critiquèrent les livres qu’il publia , et il en fit quelques-uns à l’usage des âmes dévotes , pour contrecarrer les desseins de ces messieurs. C’est dans cette vue qu’il fit sortir de dessous la presse les Psaumes de David , les Hymnes et les Prières de l’Église , en latin et en français. Personne n’ignoreque les jansénistes cherchèrent à se rendre recommandables par des traductions françaises de cette sorte de livres. Ils critiquèrent les muses du père Adam, je veux dire la version qu’il avait faite des hymnes en vers français (F). Mais ce combat de plume ne dura entre eux et
lui que fort peu de temps. Ses écrits commencèrent eu i65o, et finirent en 1 65 1 (G). Apparemment on trouva qu’il rendait plus de services à l’Église et à sa société par ses autres dons que par sa plume. Il fut envoyé à Sedan afin d’y établir un collège de jésuites. Il en serait difficilement venu à bout pendant la vie du maréchal de Fabert, l’homme du monde le moins bigot , et le plus ferme sur le principe de la bonne foi. Ceux de la religion se trouvaient fort à leur aise sous son gouvernement; les choses changèrent après sa mort (r). Ils furent inquiétés en mille manières
Sar ce jesuite , et obligés de payer es sommes et de céder des fonds qui lui donnèrent moyen d’établir le collège qu’il méditait. Il publia un projet auquel M. de Saint -Maurice , professeur en théologie à Sedan ( d ) , opposa une réponse qui demeura sans repartie. Il demeura quelques années à Sedan , et y avança les affaires de son ordre et le projet des conversions autant qu’il put. Mais enfin les puissances meme se dégoûtèrent de lui ; et , soit que l’on redoutât son esprit hardi et intrigant , soit que l’on vit que sa manière de prêcher n’avait pas toute la gravité requise dans un lieu oii il y avait une académie de protestans , on fut bien aise que ses supérieurs le retirassent : j’ai même ouï dire qu’on en fit quelques instances. 11 avait été en—
(c) Arrivée au mois de mai 1662.
(rf) Il l’a été à Maastricht , depuis sa Sortie de France après la révocation de l’Kdit de Nantes jusqu’à sa mort, arrivée le 2ÿ d’août 1700. Le père Adam lui tendu cent sortes de pièges ; mais il trouva un adversaire qui se démêla de tout habilement.