‹ Dictionnaire historique et critiqueChapitre 54 sur 134 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

voyé à Loudun pour y prêcher en quelle année le père Adam fut pendant que ceux de la religion le procureur de la province de y tinrent un synode national * Champagne à Rome : la Bibliosur la fin de l’année 1659. Ce fut théque des jésuites ne le marque apparemment ce qui l’engagea à pas (^); mais elle m’apprend qu’en la composition d’un ouvrage qui 1674 il était supérieur de la raail’a fait connaître aux protestans son professe à Bordeaux. Je pense de France plus qu’autre chose, qu’il mourut dans cet emploi enet plus que bien des auteurs de viron l’an 1680. 11 avait publié la première volée n’en sont con- quelques sermons de controverse nus. Un ministre de Poitiers (e) , sur la matière de l’eucharistie.

ayant changé de religion peu après la clôture de ce synode , écrivit une lettre où il critiqua fort malignement le jeûne que cette compagnie avait ordonne à toutes les églises réformées du royaume (F). M. Daillé, qui avait été le modérateur de cette assemblée , répondit à la lettre de cet ex-ministre. Celui-ci lui répliqua:

le père Adam voulut être de la

Îjartie, et publia une réponse à ’écrit de M. Baillé (H), l’an 1660.

M. Daillé leur répondit à tous deux dans un même livre. Il n’a peut-être jamais fait d’ouvrage qui lui ait mieux réussi que celui-là , ni qui ait été tant lu par toutes sortes de gens , parmi ceux de la religion ; et voilà pourquoi le père Adam , qui s’y trouve presque à chaque périoae , et souvent sous un caractère d’esprit qui fait impression , leur est plus connu que cent auteurs qui le surpassent. Cet ouvrage de M. Daillé demeura sans repartie (I) , et il ne faut pas s’en étonner : ceux qui auraient dû répliquer n’étaient pas de la force d’un tel adversaire , qui , même dans une mauvaise cause , aurait pu les mener battant. Je ne sais point

(«) Tl s'appelait M. Cottibi.

( f) Voye* la Vie de M. Dailld, pag. 33 et sui v.

qui fut l’évangile du jour par toute la France pendant la querelle de M. Arnaud etdeM. Claude : il les avait, dis-je, publiés depuis l’impression de l’ouvrage du père Sotuel , et il les avait prêchés , je pense , dans le fort de cette contestation. Ils ne sont pas mal tournés ; mais ils tiennent un peu trop du dramatique par le pe rson n âge d’i ri ter 1 ocu teu r qu’on y donne quelquefois à M. Claude.

Je n’en parle que par ouï-dire.

Le pète Adam passa par les mains du père Jarrige , mais beaucoup plus doucement que plusieurs autres , et il en fut quitte à bon marché (K). Au reste, il ne fut pas le premier qui parla peu obligeamment de saint Augustin (L), et qui tâcha de persuader que saint Paul outrait les choses * par son tempérament trop vif (M).

(g) Itra.it collegium Sedanense in pmvincié Campaniœ , à quâ electus est Procurator ad u r item. Sotuel, BiLlioth. Societ. Je&u, pag. 397.

• Au chapitre II du livre II de la Confession de Sancy , il est parlé d'un frère Gilles qui disait que S. Paul sc serait bien passé de dire beaucoup de choses qui sentaient le fagot. Rem, Cuit.

/. J. Leclerc ni e que le père Adam ait pris à lâche de persuader que saint Paul outrait les choses.

(A) A été un fameux prédicateur 3 Voyez la lettre que M. de Balzac lui

écrivit le i5 de janvier (*), après

(1) Celle Lettre et lia onxiime du livre III de

ADAM

avoir la les quinze sermons que ce jésuite lui avait envoyés.

(B) On lui etll interdit la chaire .] C’est ce que nous apprenons d'une lettre de Guy Patin t écrite le la d’avril i65o. N Jire archevêque , dit-il , a défendu la chaire à Al. Broussel , docteur de Navarre et chanoine de Saint-Honoré , qui est grand janséniste et point du tout mazariny pour avoir prêché depuis trois jours un peu trop hardiment . Le père Adam jésuite eût éprouvé la même rigueur pour avoir prêché contre saint Augustin dans l’é-

Îlise de Saint- Paul , et C avoir appe - ■ l’Africain échaudé , et le docteur bouillant, sans le crédit des jésuites et des capucins , qui en ont détourne l’archevêque (a).

(C) Il eut assez de bonne foi , etc.] Il faut entendre ceci cum grano salis , avec quelque restriction : et l’on se tromperait si l’on s’allait figurer que ce jésuite ne retint rien des obliquités artificieuses de ceux qui ont prétendu que saint Augustin n’est favorable, ni aux calvinistes, ni aux jansénistes $ car dans le même sermon qui excita tant de plaintes, et qu’il divisa en deux parties, il destina la seconde à montrer par la doctrine de ce père ,

Ce Jésus-Christ était mort pour tous hommes , sans en excepter aucun ; et il avait déjà publié un livre intitulé Calvin défait par soi-même , et par les armes de saint Augustin , qu’il avait injustement usurpées sur les matières de la grdre , de la liberté , de la prédestination (3). Or, il ne faisait aucune difficulté de dire que Jansémus et Calvin enseignent la même chose sur les matières de la grâce , et il ré-

Îondit peu de jours après son sermon quelqu’un qui lui en reprochait l’excès : Je ne crains rien ; personne ne peut attaquer mon sermon ni mon livre de la Grdce , qu’il n’entreprenne de soutenir Calvin (4). Qu’est-ce donc que l’on doit entendre par la bonne foi que je lui donne? On doit entendre que la liberté avec laquelle il expliquait ses pensées sur les défauts de

Im première parti» drt Lettres choisies , par.

S 09. édu. de Hollande. ’ 5

(a) Palin, Lettre XXXVII, pag. 16a du som. /, /dil. de Genève, en 1691, in- ta.

(3) Dt.fensc de saint Anges tn contre le pire Adam , pag. t.

(4) Là mSme.

saipt Augustin marquait clairement qu il voulait bien que l’ou sût qu’il ne tenait pas saint Augustin pour un" k°/n de dans ces matières.

(D) Les jansénistes ne laissèrent pas tomber celle incartade. ] Peu de jours après ils publièrent un écrit de soixante pages in quarto, dont voici le titre : Défense de saint Augustin contre les erreurs , les calomnies , les in vecti ves scandaleuses que le père Adam jésuite a préchées dans l église de S ai ni- Paul y le second jeudi du carême f sur ce texte de l’ évangile de la Chana née : « Je ne suis envoyé qu'aux bre- >> bis perdues de la maison d’Israël. » Ils 1 accusèrent d’avoir dit : « i®. Que » saint Augustin était embarrassé et » obscur en ses écrits , qu’étant un » esprit africain, ardent et plein de » chaleur, il s’était souvent trop em- » porte , était tombe dans l’excès » avait passé au delà de la vérité, en

« combattant les ennemis de la grâce,

» comme il arrive quelquefois qu’un homme qui a dessein ue frapper son » ennemi , le frappe avec tant de vio-

* lencc, qu’il le jette contre un ar- » bre, et lui donne un contre-coup,

» contre son intention. a°. Que saint

* Augustin même, en établissant con- » I re les pélagiensle péché originel, s’é- » tait emporté jusqu’à l’excès de l’erw reur , en disant que le péché origi- « nel était puni dans les enfans qui » mouraient sans baptême , de la » peine du feu et du dam. 3°. Que « saint Augustin n'était pas bien assu-

» re en ce qu’il a écrit, puisque, se- » Ion la remarque de M. Gamache ,

» il a changé trois fois dans la ma- » tière de la grâce. » Ces reproches et quelques autres de cette nature a*alent déjà paru dans un livre du père Adam. Ceux qui n’auront pas ce livre les trouveront dans un ouvrage qu il est facile de consulter • je veux dire dans les f^indiciœ Augushmanœ , où le père Adam est le premier des adversaires moderues de saint Augustin que le père Noris ait réfutés.

(E) Qui se rapportait à V inspiration des écrivains canoniques.'] « Que per- » sonne ne s’étonne si le père Adam a » dit en son sermon , que saint Au- » gustin a excédé par l’ardeur de son » zele , puisqu’il a écrit dans un mé- » chant livre plein de faussetés et

2i2 ADAM.

x> d’erreurs (*), que celle faiblesse J» ri est pas si criminelle que Dieu ne » la souffre en la personne des auteurs >> qu’il inspire , et que nous appelons » canoniques .... et que le Jeu naturel » de saint Paul était bien capable de u le porter dans des expressions de cets» te nature.... Pour prouver qu’il y a » quelquefois de ta faiblesse dans les v auteurs canoniques , et qu’ils par- » lent suivant leur imagination dans » V expressiondes choses que Dieu leur » a révélées . il dit que lorsque le » prophète Plie se plaint de l’impiété j) de son siècle , il dit a Dieu , que la » foi est éteinte dans le cœur de tous » les hommes , et qu’il est resté seul de i> tous ceux qui l’adoraient sur la » terre... David assure que l’on n’a » jamais vu plus de désordre et plus j> de corruption que de son temps , » qu’il ne se trouve pas un seul homme » qui fasse une bonne action. » Voilà le dogme que les censeurs du père Adam lui reprochèrent. Il en résultait que la doctrine inspirée, et Impression de l’inspiré , étaient deux choses différentes ; que Dieu était l’auteur unique de la première ; mais qu’il laissait l’autre à l’imagination de celui qu’il inspirait, et qu'il n’empêchait pas que cette imagination n’allât plus loin que le Saint-Esprit. C'élait sans doute la pensée du père Adam; car l’exemple u’Élie et de David , qu'il allègue, ne servirait de rieu à un homme qui serait persuadé que Dieu révéla qu’Elie était le seul adorateur du vrai Dieu , et qu’au temps de David il n’y avait pas un seul honnête homme sur la terre. 11 faut donc que celui qui emploie ces exemples soit persuadé que Dieu n’avait point révélé cela , mais seulement que le nombre des cens de bien était petit.

Sur ce pied-là , l’imagination de l’inspiré rend universel ce qu’on lui donne avec restriction : elle tombe daus le sophisme, à dicto sccurulüm quid , ad dictum iirnpliciier ; en un mot , elle sophistique la révélation, elle trompe l’Église, elle ment. Les jansénistes ne manquèrent pas de s'écrier que cette doctrine était impie , et qu’elle ouvrait la porte à mille attentats contre l’autorité de l’Écriture (5; : Car si Dieu

(*) Troisième partie, chap. VII, pag. 6aa.

(5) Défense de saint Augustin contre le père Ailaai , pag- il.

souffre , dirent-ils (6) , quelque faiblesse tlans les auteurs canoniques qu’il inspire ; s’il y a un Jeu naturel en saint Paul , qui ne soit point celui de Dieu , tout ce qu’un libertin ou un hérétique trouvera dans les livres saints contre son sentiment , il dira que c’est ce qui vient de la faiblesse nu du feu naturel de l’homme et non de l’esprit de Dieu... V ouloir reconnaître dans l’Écriture quelque chose de la J'aiblcsse et de l’esprit naturel de l’homme, c'est donner la liberté a chacun d’en faire le discernement . et de rejeter ce qu’il lui plaira de l’Ecriture , comme venant plutôt de la faiblesse de l’homme que de l’esprit de Dieu.... Le libertin dira que le Jeu de l'enfer ne durera pas toujours , et que lorsque saint Matthieu a dit , allez maudits au feu éternel , c'est une expression excessive , pour marquer la longue durée et la grandeur des peines préparées aux méehans, suivant l’ imagination de cet évangéliste (7). Ces messieurs prétendirent que le père Adam n’en avait jamais usé ainsi que pour se pouvoir déjà ire des expressions de saint Paul , qui lui sembleraient dures et contraires h ses staliniens , et pour enseigner l’art de se jouer de la J'orce invincible des paroles du docteur des nations sur ta grâce et sur la prédestination divine , aussi-bien que celles de saint stugustin. S’il se voit pressé par le chapitre neuvième de l’cpître aux Romains , où saint Paul dit , que Dieu fait miséricorde à celui qu’il veut, etendurcit celui qu’il veut , il pourra répondre que c'est le feu naturel de saint Paul qui l’a porte dans des expressions de cette nature j que c'est la faiblesse que Dieu souffre dans les auteurs canoniques ; que c est l'expression d’une chose révélée suivant i imagination , le naturel et le tempérament de saint Paul (8). Je ne rapporte point ce qu’ils répondaient sur ce qui avait été cite d’Élic et de David : je dirai seulement qu’ils trouvèrent une grosse erreur de fait dans la première de ces citations; car l’auteur canonique (|ui a rapporté la plainte d’Éiie , 11e 1 a point rapportée comme l’expression d'un homme inspire, mais comme l’expression d’un homme qui se

(6) Là meme. i

(7; La même, pag. 16.

(8) Confères ce qui est dit page 3?4 de TAvi» •«x üéfugiè».

ADAM

trompait, et à gui Dieu révéla qu’il se trompait. Ainsi cet auteur, en rapportant une fausse plainte d’Élie , ne s’esl nullement écarte' de l’exactitude la plus historique. Ces messieurs firent souvenir le public , que « entre » les propositions extraites des leçons » publiques des jésuites de Louvain ,

» reconnues par eux, et censurées par j> les facultés de Louvain et de Douai ,

» l’an i588 , l’on voit les deux sui- » vante? : t®. Ajin que quelque chose » soit Ecriture sainte , il n’est pas néi) cessaire que toutes les paroles soient » inspirées du Saint-Esprit . a®. Il » n'est pas nécessaire que toutes les » vérités et toutes les sentences soient D immédiatement inspirées par le Saint ■ » Esprit a l’auteur sacré, u Mais ces deux proposition s-1 à , quelque qualification qu’elles méritent (Tailleurs, sont bien differentes du domine du père Adam , et infiniment moins dangereuses (9).

. Je me suis étendu sur ceci , parce que j’ai remarqué que c’était* un fait qui a été ignoré de ceux qui, à l’occasion des sentimens de quelques théolo -

Siens de Hollande , ont tant écrit penaut ces dernières années sur l’inspiration des livres sacrés. Au reste, toutes les communions ont leur père Adam : il se trouve partout des écrivains , à qui d autres doivent faire la même leçon qui fut faite à ce jésuite.

Yoici celle que M. Saurin , ministre d’Utrecht , a faite à M. Jurieu , ministre de Rotterdam (10): « La corapa- » raison qu'a faite M. J. , del’imagina- » tiou des prophètes , laquelle a reçu » des impressions d’en-haut avec une » roue qui, étant mise en branle , ne v cesse nas d’aller quand la main » cesse de la remuer (1 1), est encore » une autre profanation. Car, s’il ne a l’a jpoint appliquée aux grands pro- » phètes , cela y va de plein droit :

» ou bien il devait montrer que leur » imagination cbranlce ne roulait pas u au-aelà de l’impression, par sa pro- >» pre impétuosité , de mente que la » roue que Ton a mise en branle,

- (g) Voyez là Réponse de M. Simon nus sentitaeus de quelque* théologiens de Hollande , chap. XI t; et ton Histoire critique du Nouveau ToUrneut, chap. XXIII. V oyez aussi la Bibliothèque universelle, lom. X, pag. i3a, loin. XI, pag. 80 , et tom. XIX , pag. 499.

(us) En lf»Q3.

(11) Voyez laXX*. Lettre pastorale de 1689,

» comme il dit que cela arrivait à d’au- » très inspirés , en qui Dieu produit » ces mouvemens extraordinaires pour » signe et pour prodige , et qui vont » souvent plus loin quils ne de- » v raient. A quelle marque veut-il que » Ton reconnaisse ces gens là que Dieu » envoie pour signes , si leur iroagi- » nation une fois remuée confond » ce qui vient de Dieu avec leur folie,

» et s’ils débitent le vrai et le faux » avec l’extérieur de gens hors du j> sens , et qui sont dans un mouveu ment déréglé. Ce mélange d’inspira- » tion divine et d’extravagance ca- » chées sous le mémeextérieurqui res- » semble À la manie , blesse l’idée que » nous avons de la sagesse de Dieu » (ta) ». 11 y a des gens d'une imagination si ardente , qu'ils ne rapportent

Jamais, sans l’outrer, cequ’on leur a dit. ls se conteutent de retenir la chose , et ne se chargent pas des expressions de celui qui leur a parlé : ils en substituent d ^autres, qui sont revêtues de tout leur feu, et par conséquent une image peu fidèle de ce qu’on leur avait dit. Ces gens-là croient aisément que les prophètes et les apôtres ont ainsi traité les idées que le Saint-Esprit leur communiquait.

(F) La version qu’il avait faite des hymnes en vers français (1 3).] Ce qu’on trouve là-dessus dans la IXe. nartiedes difficultés proposées à M. Steyaert, mérite que je le rapporte : « Il y a » long temps qu’un livre de prières n’a » été plus estimé que celui qui a pour >» titre : L’ Office de l’Église et de » la Vierge , en latin et en fran - » cais , avec les Hymnes traduites en » vers : qu’on appelle autrement Les » Heures de Port-Royal. Il s’en fit en » un an quatre éditions : ce qui donna » tant de jalousie aux jésuites, qu’il » n’y a rien qu’ils n’aycnt fait pour m les décrier. Ils y firent de méchantes » objections , qui furent aussitost re- » poussées. Ils y opposèrent les Heures » du père Adam, sous le nom d 'Heures » catholiques , comme si les autres » eussent esté hérétiques. Les hymnes »y estoient aussi traduites en vers; » mais si ridiculement, que cela ne fit

(ta) Saurin, Eiamen «te la Doctrine de M. Jurieu, pour servir de réponse à un libelle ioutulé Seconde Apologie de )/. Jurieu , pag. ai.

(t3) Voyez la République de M. Daillé, part II , pag.’ 19 ; part. III , pag. aï.» et 4*4-

ADAM

» nue relever l’éclat de celles de Port- » Royal. Enfin, ils les déférèrent à n l'inquisition de Korne , et employè- » rent tout leur crédit pour les y faire » condamner (i4)- M Le cardinal Spada fit entendre à M. de Saint-Amour, que si l’on accusait au tribunal de l Inquisition cet ouvrage du père Adam, elle le condamnerait. Ai. de Saiut- Amour répondit , que si les Usures qu'il défendoit avoicnt a eslre flest ries.... il aimoit autant quelles le fussent seules , que dans la compagnie de celles du père Adam , et qu’il ne jugeoit pas qu’il fallust accoutumer ces pères a composer un méchant livre , dès qu’ils en verroient paroistre un bon , qui ne leur plairait pas , dans V espérance qu’ils auroienl de faire condamner l’un et l’autre , sous ombre de tenir la balance égale , et de mettre la paix entre les uns et les autres (t5).

(G) Commencèrent en i65o , et finirent en i65i.] Le père Sotuel ne marque que cinq ouvrages du père Adam*. Le dernier est sa Réponse h une lettre de A/. D aille , et parut en 7660 ; et voici les litres des précédées : Calvinus a seipso et h sancto Auguslino profligatus , Parisiis , i65o, in-8°. ; Psalmi Davidis , latinè et gatlicè , cum canticis undecim , quibus utitur Ecclesia, Parisiis , i65i , in-ia ; F idc. hum Régula , ex sacré Scripturd et sanctis Patribus deprompta , Pansus , if»5 1 , in-ia: Preces catholicœ , latine et gallicè , Parisiis, i65x , in-8 et ia.

(H) Une réponse h l’écrit de M.

D aillé. ] Le père Sotuel intitule cet ouvrage, Rtsponsum ad Epislolam D.

Alla Ministri Charentnnensis Hœrctici. C’est latiniser misérablement le nom de M. Daillé; et c’est une marque que le père Sotuel ue lisait çuére les livres de controverse. Car ou est le controversiste à qui les livres latins de M. Daillé soient inconnus , et qui ne sache, par conséquent , que ce ministre se nommait en Latin Dal heu s ? Tous ceux qui savent confusément qu’il y a eu un ministre de

(14) Difficultés proposées à M. Steyecrt, IX*. pan. , pag. 4a.

(15) Là même , pag. 45*

* Jolr donne te titre d * or.tr. Le quatrième , intitulé, le Tombeau du Jaa>éui<me , et les cinq derntert avaient etc omis par Sotuel.

Charenton nommé M. Allix , croiraient, sans hésiter, que le père Adam a fait un livre contre lui , s’ils n’avaient

f>oint d’autres lumières que celles que 'article de ce jésuite fournit dans le continuateur d’Alegambe : et voilà comment les moindres fautes sur les noms propres sont capables de faire illusion aux lecteurs, lin homme qui aurait pris une fois M. Allix pour Y Allius de ce continuateur, serait capable de le mettre au catalogue des enfans célèbres , et de l’envoyer à M. Baillet(i6), comme une addition; car il le croirait imprimé dès l’année 1660 , et réfuté par un jésuite fameux.

(I) Cet ouvrage de M. Daillé demeura sans repartie .] Les curieux ne seront pas fâchés de voir ici ce que le fils de cct habile ministre a observé touchant ce livre. U est entre les mains de tout le monde , dit-il, et il n été si bien reçu , qu’on en a déjà fait deux éditions. Ceux de notre contniu nion , pour lesquels il était fait principalement ,y trouvent avec satisfaction la plupart de nos controverses traitées d'une façon fort capable de les instruit* , et notre religion justifiée de tous les blâmes dont ses ennemis la chargent ordinairement. Et si l’on peut tirer quelque avantage du silence de nos parties , il semble qu’ils aient passé comlamnation eux -mêmes , puisque jusqu’à présent ils n’y ont rien opposé, ni l'un ni l’autre , quoiquils aient souvent promis le contraire , et qu’on leur en ail fait des reproches plus d’une fois (17). M. Daillé le fils venait de dire une chose , qui insinue manifestement que le père Adam fut le convertisseur du ministre Cottibi. Je dois donc la remarquer comme l’une des prouesses de celui qui fait le sujet de cet article. Ecoutons donc encore une fois l’historien de M. Daillé :

« Non-seulement le néophyte romain, » qui était la partie intéressée, se dé- » fendit lui-même, en mettant au » jour une assez grosse réponse ; mais , » de plus , comme si sa cause n’eût « pas été en sûreté entre ses mains , u il vint à son secours un fameux

(16) Il publia en 1688 un livre intitulé , De» Enfao* devenu» célèbre» p«r leur» élude», ou per leur» écrit».

(17} Abrégé de la Vie de M. D»illé , pag. 3v Il fut imprimé Can 1670.

ADAM. t 21 5

» jésuite, de qui quelqu’un de sa dans son Anatomie (ai). Le second » communion a dit qu’il n'est le pre- contient ces paroles : Tous ceux qui, » rnier homme du monde que de nom l'an i6£6 , estaient dans le college de «seulement. On entend assez par Poitiers, scavent les querelles de Jean » là que c’est le père Adam , qui , Adam et de Jacques Biroat , deux » pour soutenir son prosélyte , fit pa- personnes les plus considérables de » raître en même temps que lui une l’ordre. Us se sont si hostilement atta - « seconde re'ponse , à peu près de quez, qu’ ils ont fait paroislre, par un » même taille et de même force que la secret de lu Providence de Dieu , » sienne. » leurs puantes ordures, et Jacques Bi-

Ce premier homme du passage qu'on roat a demeuré convaincu , etc. (aa). vient de lire m’a fourni dans la pre- Le troisième porte que le plus excel ni i ère édiîior de ce dictionnaire une lent de leurs hommes de chaire* nommé

note marginale, qui fera présentement une partie du corps de cette colonne.

Voici ce que c'est : « J’ai ouï dire que « la reine mère, ayant demandé à un « grand seigneur, qui l’avait accom- « pagnée à un sermon du père Adam,

» ce qu’il en pensait, il la remercia » d’y avoir été si bien convaincu de » l’opinion des préadamites. On lui » demanda l’explication de cette é- » nigme ; il répondit : Ce sermon ni a » fait voir très-clairement qu Adam » ri est pas le premier homme du » monde. » Vous trouverez ce conte dans la suite du Ménagiana (18) , et vous y apprendrez que le grand seigneur qui répondit cela à la reine était le prince de Guémené, et que le sermon qui donna fieu à ce bon mot , fut très - mat reçu a la ville et a la cour (tQ). Le père Adam y lit une comparaison fort odieuse des Parisiens avec les Juifs qui avaient crucifié IVotre- Seigneur. Il compara la reine à la Pierge, et le cardinal M marin a saint Jean l'évangéliste. Notez que d’autres donnent ce bon mot à Benscrade. Lisez sa Vie , au-devant de la dernière édition de ses Œuvres (ao).

(K) Il en fut quitte à bon marché .] Je trouve trois passages qui le concernent, dans les libelles de l’ex-jésuite Jarrige. Voici le premier : Ae père Jean Adam , l'un des meilleurs prédicateurs qu’ils ayent , interprétait a une ur su line du couvent de Saint- Macaire le Traité de la Génération , et parlait avec autant de clarté des parties qui contribuent à la procréation

des enfant , que le sieur du Laurent

(îft Page 3g de V édition de Hollande.

(iq) Ce fui un Sermon de la Positon , prêché par le père Ad»m, a Saint-Germain de V Aux erroit.

(10) Celle de l'an

Jean Adam, est fils d’un couturier (a31. De ces trois passages, il n'y a que le premier qui puisse faire du tort à la mémoire du père Adam; car le second fait tombersur la tête du seul lfiroat les ordures qui se découvrirent en conséquencede leur démêlé. Ainsi touteeque la chronique scandaleuse et les anecdotes avaient révélé au père Jarrige , concernant le père Adam, se réduisait à quelques leçons d'anatomie, faites à une religieuse, sur la génération des eufans. encore un coup, c’est sortir à peu de frais des mains de Jarrige, on me l’avouera, pour peu que l’on lasse réflexion sur le caractère de son ouvrage. Si cet auteur nous avait dit l'âge de la religieuse, nous pourrions plus sûrement juger de la faute. Parler de ccs chosesavec une jeune religieuse est sans doute un grand péché , à cause qu’il est moralement impossible qu’une telle conversation n’excite des sentimens impurs; mais je voudrais bien qu'un casuiste de bon sens , nui ne fût ni trop relâché, ni trop rigide, examinât cette question : Une religieuse , d’un âge si avancé quelle

écoulerait une leçon d anatomie sur les

organes de la généralionavec la même indifférence que l’explication des parties de l'oreille , pècherait-elle par la curiosité d'entendre cette leçon? Je crois qu’on m’avouera qu’il est fort permis à une femme, de quelque condition qu’elle soit , de savoir tout ce qui se dit touchant la circulation du sang. Ce n’est ppint un péché à elle de savoir que les plus subtiles parties du chyle passent des intestins aux veines lactées, et de là successive -

(31) Jarrige, jésuite , rois sur l'échafaud, Chap. X.

(aa) Là même.

(aï) Jarriee, Réponse à Jacques Beauté» , chap. XI F.

2 1 6 » ADAM

ment dans le réservoir de Pëqnet , dans le canal thorachicjue , dans la veine souclavicre, dans fa veine cave, dans le ventricule droit du cœur , dans l’artère du poumon , dans la veine du poumon, dans le ventricule gauche du cœur, dans l’aorte. Elle peut savoir sans péché le jeu des valvules tjui sont aux extrémités des veines et des arlères, les anastomoses, la sécrétion de l’urine, etc. Pourquoi serait-elle donc criminelle d’achever tout son cours d'anatomie , et d’étudier exactement tout ce quisedit sur les parties , tant intérieures qu’extérieures, qui sont destinées à la procréation des enfaus ? Le crime ne saurait consister dans la simple connaissance de ces choses : il faudrait donc qu’il consistât dans les pensées impures qui accompagneraient , qui précéderaient, qui suivraient cette étudc-là :

mais j’ai supposé qu’on fût dans le même calme que si l’on étudiait l’anatomie de l’oreille. Voilà le cas et l’espèce sur quoi il faut raisonner. Ne m’érigeant point en casuiste, je donne la chose à décider à qui il appartiendra 5 et je dis seulement que . pour

Jouer au plus sflr, il vaut mieux que es personnes qui ne sont pas de profession à devoir connaître ces choses , et surtout celles qui ont fait vœu de continence , n’aient jamais une telle curiosité, et ne la contentent jamais : de sorte que le père Adam n’aurait pu convenir du tait , sans avouer qu’il était tombé en faute. La plus grande charité des gens n’irait guère qu’à ceci : c’est que son auditrice en était logée à la maxime , amare liceat , si potiri non licet.

D 'um caremus veris , gaudia falsa jurant.

(L) 11 ne fut pas le premier qui parla

S eu obligeamment de saint Augustin.’}

[. Sarrau écrivit à M. de Satimaise , en 1646, que les jésuites disaient tous les jours en chaire, que saint Augustin u’etait point la règle de la foi, et que, pour se débarrasser des objections -u’on lui faisait, il avait avancé bien es choses indiscrètement. Non est hic pater régula fidei. U tse expediret ab argumcnlis hœrelicorum sui temporis , mulla liberiùs et inconsideratiiis flixit , quibus non tenemur (24).

(a<j) Vide Eputol. Sarraviî, pag. 196.

Le père Adam, quatre jours après son sermon , avoua à une personne qui lui représentait le préjudice que cette prédication pouvait causer, Que Gabriel à Porta , jésuite , disait souvent qu’il serait a désirer que jamais saint siu-

£ us tin n’eût écrit de la Grâce (a5).

ong-temps avant la naissance du jansénisme, il y avait eu des théologiens qui avaient déclaré fort librement que saint Augustin poussait les choses trop loin , et que, quand il avait en tête certains adversaires , il s’éloignait de leur erreur si ardemment, qu'il semblait passer jusqu’à l’extremité op-

r»osée : par exemple, qu’en combattant erreur des pélagiens, il semblait s’avancer trop vers celle des manichéens, et qu’en combattant les manichéens , il semblait adopter l’hérésie de Pélage. Un Irlandais, nommé Paulus Léonardus , cite là dessus Génebrard , Cornélius Mussus, évêque de Ilitontc , Cajelan, et Sixte de Sienne (a6). Mais le

f»ère Annat en cite bien d’autres, dans e même livre où il s'efforce de prouver que saint Augustin n’est point du sentiment de Jansénius (27). Voyez ce que le père Noris a répondu à cette grande nuée de témoins, produite contre ce grand évêque d'Hippone. Quelques protestans 11e s’éloignent pas de cette pensée, que saint Augustin outrait les choses. Je 11e parle pas du Commentaire Philosophique (*8)» où l’on approuve en quelque manière le jugement du père Adam \ ni de la Bibliothèque Universelle (29), où saint Augustin est représenté tout te! que le

5 ère Adam l’aurait voulu : je parle e M. Daillé, qui , non-seulement enveloppe saint Augustin dans l’accusation générale qu’il fait aux Pères , de sembler donner dans un précipice , quand ils en fuient un autre (3o):

mais qui l'accuse aussi d’avoir traite trop les choses à la manière flottante des philosophes académiciens (3i). Il a paru depuis quelque temps un petit livre intitulé Avis importons a Al. jlr-

(i5) Défense de saint Augustin contre le père Adam , pag. «4*

(aÔJ Paulus Leonard. Respons. ad Eapostulationes contra scientiam mediarn , pag. 117, 1 18. (37) Anoati Atiguslinus rindicatus à Bajanis. (28) Pari. III, pag. 4* Vojeta ussi le Supplément, pag. 2.

(39) Tome \IV , pag. 387.

(3o) Daillé, de l’Emploi des Pères, pag. *5 J. (3i) Là même, pag. 3g'S.

A D AM. * 217

naud sur le projet d’une nouvelle lit- ils ont une si vivo jalousie contre quelbliothéque d’auteurs jansénistes , dans ques parties de l'Éscriture , et surtout lequel on parle d’an tiers parti qui se contre les épistres de saint Paul, que forme, qm ne sera ni janséniste , ni quelques jésuites naguères en publimoliniste, ctqui mettra saint Augustin ques prédications et autres leurs f au entre ciel et terre , ni trop haut, ni tours en conversations privées , estai-*

trop bas. Ce milieu pacifierait les trou- tans saint Pierre comme un esprit ex blés, si l’on voulait être bien raison- cellent, censuraient saint Paul comme nable. Par là , il serait permis d’étre personne de cerveau bouillant et fou janséniste ou moliniste, selon que le gueux , qui s’estoit laissé emporter en cœur en dirait. Ne doit-il pas suffire la pluspurl de ses disputes si immodé aux jésuites que saint Augustin ne soit rément aux saillies de son zèle, et à point la règle de la foi ? En deman- i acrimonie de son esprit , qu’il ncfaldaient-ils davantage dans les livres loit pas faire grand estât de ses asser dont les députés des jansénistes (3a) lions : ains, que sa lecture est fort /retirèrent plus de cent propositions qui rilleuse , sentant l'héretique en divers attaquaient l’autorité de ce père ? endroits; et que peut-eslre ileust mieux

(M) De persuader que saint Paul valu qu’il n’eust jamais escril. En cnnoutrait les choses par son tempéra - formilé de quoy , j’ai ouy dire à des ment trop vif.} Il y a dans la censure catholiques romains plus d’une fois , du sermon du père Adam (33) un pas- qu’on a ja souvent et par plusieurs sage du père Caussin , où saint Paul fois consulté bien a certes entr’eux de et saint Augustin sont comparés à censurer en quelque manière, et réfordeux grandes mers , qui s'enflent par mer les épistres de saint Paul : qugyimpéluosité d'esprit tellement en une qu’a dire ce que j’en pense , je njr rive , quils semblent vouloir laisser puisse presterfoy ; tant est l’entreprise l’autre a sec pour un temps ; mais , en soy * blasphématoire et abominable , comme l’Océan, après s'estre large- et tant seroit désespéré le scandale en ment répandu d'un rosté , retourne dans ces temps. Mais , comme tpi il en soit , les limites que Dieu lui a ordonnées , aussi ceux-r.i, après avoir couru sur les esprits rebelles , qui s’élèvent contre la vérité , retournent dans une égalité paisible , pour édifier la maison de Dieu (*). Voilà cette roue qui fait plus de tours qu'on ne lui commande , à

il est certain qu’ils estiment saint Paul au-dessous de tous les escrivains sacrez : et je sçay de propre science , et ouïe, que quelques-uns d’ entr’eux enseignent en leurs chaires , que ce saint apostre n’avoit autre assurance de sa prédication , que la conférence

laquelle nous avons vu qu’un ministre qu'il en fit avec saint Pierre ; et qu’il a comparé l’esprit prophétique (34). n’osa publier ses épistres, que tout pré-

c ii i * i k ~ • . ri1

Saint Paul et saint Augustin se débordent de temps en temps ; mais ils rctoumentensuite comme la marée dans les bornes que Dieu leur marque. 0 le beau moyen de répondre à tous les passages de saint Paul, qui incommodent! On n’a qu’à dire qu’il avait alors inondé tonte la campagne , et qu’il faut l’attendre à son retour dans le lit que Dieu lui avait donné. Le chevalier Edwin Sandis m’apprend une chose qui n’y être pas bonne part

(3a) En i653. Veye » le Méniori»! historique U,a.-K*nt Ic« cinq Proposition# , pag- 8».

(33) Pag. i».

(*) De la Cour Siialr, tom ■ II I , maxime VI de la prSJcttinalion , mun. 3u

(34) Ci-tleisui remarque (K), vers la fin-

i 3 5 , R dation de ta Religion, chap. XXVI , /ȣ. U 5,

mier saint Pierre ne Us eust approuvées. Voilà des gens bien maladroits; car, si les épîtres de saint Paul furent approuvées par saint Pierre, elles ont toute l’authenticité qu’on peut souhaiter.

ADAM ( Melchior) a vécu dans le XVIIe. siècle. Les soins infatigables qu’il a pris de recueillir,

lui rendît un semblable office ; et cependant je ne pense pas que personne le lui ait rendu. M. Moréri s’était engagé à parler de lui ; mais il né se souvint plus de sa

ADAM

Ïiromesse lorsque le temps de imprimé l’an 1619 ; celui des ju- ‘exécuter se présenta (a). L’en- risconsultes vint ensuite , et enfin gageaient et la non-exécution celui des médecins. Ces deux deront subsisté jusqu’ici dans toutes niers furent imprimés en 1620. les éditions de son dictionnaire Tous les savans dont on voit la

{b). Il était difficile d’oublier un écrivain dont 011 empruntait si souvent beaucoup d’articles. Pour moi , qui me sens très-redevable à ses travaux , je voudrais lui témoigner ma gratitude en donnant un long détail de sa vie * mais je n’ai su trouver nulle part les matériaux nécessaires. Voici ce que j’ai trouvé. Melchior Adam naquit dans le territoire de Grotkaw en Silésie , et fit ses études dans le collège de Brieg , ou les ducs de ce nom avaient grand soin de faire fleurir les belleslettres , et surtout la religion réformée (c) : j’entends celle qu’un catholique romain appellerait le calvinisme. Le jeune homme apprit dans cette école à être bon réformé. Il eut part , pour continuer ses études , aux libéralités u’un grand seigneur (d) avait estinées à l’entretien d’un certain nombre d’écoliers. 11 devint recteur d’un collège à Heidelberg { e ); et ce fut dans cette ville qu’il publia, en l’année i6i5, le premier volume de ses Hommes illustres. Ce premier volume , qui contenait les philosophes , et, sous ce nom-là, les poètes, les humanistes, les historiens , etc. , fut suivi de trois autres : celui qui contient les théologiens fut

(a) Sous le mot Adam , il dit : cherche* Melchior Adam ; mais quand on va à Melcbior , on ne trouve rien là-dessus.

; b ) On a écrit ccci en juin >698

(c) Melch. Adam., in Epist. dedicat. Ger-

mao. Theol. ,

(d) Joachim Bergerus. Vnyes CÊpîlre dôdicaloire de ses Philoîoph»*» d'Allemagne.

(c?) Ucno. Witle , Dianum Biograph.

vie dans ces quatre tomes in-b°. , * ont vécu * * au X\ Ie. siècle , ou au commencement du XVII*. , et sont Allemands ou Flamands ; mais il y a une vingtaine de théologiens des autres pays , dont notre auteur publia les Aies séparément, en l’année 1618 *B. Tous ses théologiens sont protestans.

Quoiqu’il 11’ait composé que peu de ces Vies, il n’a pas laisse de donner beaucoup de temps à cet ouvrage , et d’y prendre beaucoup de peine, parce qu’il a mis en abrégé les écrits qui lui fournissaient les matériaux , soit que ce fussent des Vies proprement dites , soit que ce fussent oraisons funèbres , programmes , éloges , préfaces , ou mémoires de famille. Je 11e dis rien des sommaires qu’il a mis aux marges en fort grand nombre. Il a oublie quelques personnes qui n’étaient pas moins considérables que plusieurs de celles dont il a parlé (A).

Les luthériens ne sont pas contens de lui (J) ; ils le trouvent trop partial , et ne veulent pas que son recueil serve de règle pour juger de l’Allemagne savante

** Au lieu de ont vécu, Joly dit qt fil fallait écrire sont mort* , ce qui , à itt lettre , ne serait pas plus exact, puisqu'il y en a un du XIIIe. siècle , un du XIVe. , et quatorze du XVe.

** Bayle a déjà compté quatre autres volumes. Celui-ci est le cinquième dont il parle. Joly a donc tort de lui reprocher d'aiuiir omis la mention d’un volume. Tous les cinq , réimprimés en (653 , in-S°., l’ont été aussi en 170 5, in-folio en cinq parties.

if) Vide Kooig. Bibhath. vctur. et nov., page 8, uhi citatur Ileuu. Witte piaf ai. Mcmor. Theologorum , pag. 17 et l8.

tjg) Morhofius, Polybiitor.,/»^ 19*1 209.

ADAM

Il mourut l’an 1622. Il a fait d'autres ouvrages (B). Consultez M. Baillet, à la page 177 et 178 du IIe. tome des Jugemeus des Sa vans.

(À) U a oublié quelques personnes qui n’étaient pas moins considérables que celles dont il a parlé.'] 11 l'avoue lui-même; mais il déclare qu'il n'y a point eu en cela quelque affectation , et que le défaut de mémoires en a été la seule cause. Il se proposait de suppléer ces oublis dans d'uutres volumes. Voici ses paroles : Quœdam mihi monen dus aul rogamlus es , mi leclor. Primùm, ne prœterilos a ut omissos non paucos queraris , haud. indignas qui ' hoc in thealro apportant. In eo me a , mi leclor , cutpa nulla est ; sed pcnuria Jecit historiée : quant nancisci nul Un n uspiani potui. Malui ilaque prorsùs tucere de mullis pnestanlibus s* iris, quant, ut ille de Carthagine, puuca dicere ; et trita ilia, Natus est , obiit , scribere. Suppleri lumen patent hic defeclus , volenle Üeo , et muluas opéras tradentibus bonis patriieque amanlibus , si hujus voluminis tomus secundus Jueril adornalus. Quod Hem diclumvolo, dercliquis itis J «iris consulte ru m et politicorum, medicorum ac philosophorum (1).

( B ) U a / ait d autres ouvrages. ] Savoir: Apographum Monumentorum Heiilelbcigensiuru. IS'oIœ m ( Irait one/n Juin Cevsaris Scaligcri pra iVI . T. Cicérone contra Ctceranianuni Erasmi. Parodies et Mctapluases Hor a liante (2). U n'est pas vrai, comme on l'assure dans le catalogue d’Oxford , qu il soit l'aoteur d'une Historia Ecclesiastica Ecclesia?

Hamburgensiset llremensis. C’est l’ouvrage d’un chanoine de Brême, nommé Adam, qui vivait dans le XIe.

siècle. Conringius et Po.seviu qui l’ont mis daus le Xe. se sont trompes. Voyez Mollérus à la page C5 de la lrC. partie de l’ Isagoge ad Ùistonnm Chersonesi Cirnhncæ.

(1) Melcli Adam , prssjai. Tiieolûg. Gerauaorum.

(7) Ex Diario Biogrspli, ffennmgi Wille.

ADAM, menuisier de Nevers, et poëte français. Cherchez Bil-

LAVT.

ITES. 219

ADAMITES (a) , secte ridicule qui , selon quelques auteurs , était une branche des carpocratiens et des Valentiniens (b). Théodoret lui donne un certain Prodicus pour fondateur (À). Saint Épiphane témoigne que le nom a’ad ami tes * leur venait d’un certain Adam qui vivait au temps qu'ils furent ainsi appelés (c). Il

Îr a plus d’apparence qu’Adam , a tige de tout le genre humain , était la source de ce nom-là , comme nous l’apprend saint Augustin (tf); car ces misérables imitaient la nudité dans laquelle nos premiers pères vécurent pendant l’état d’innocence , et condamnaient le mariage , par la raison qu’Adam ne connut Ève qu’après son péché , et après sa sortie du paradis. Ils croyaient donc que , si 1’homme eût persévéré dans son innocence, il ne se fût fait aucun mariage. Aussi faisaient-ils profession de continence et de vie monastique (<?). Quant à la nudité, ils 11e l’observaient que lorsqu’ils étaient assemblés (B) pour les exercices de leur religion {f).

Ils s’assemblaient dans un poele, afin de chasser le froid par le moyen du feu qu’ils allumaient sous la chambre : ils quittaient leurs habits en y entrant , et se mettaient , aussi-bien les femmes que les hommes , aussi-bien les

(W) Saint Augustin les nomme Adamiaui , après saint Epiphant* , qui les appelle ’A<f*-

fJtla tVOI.

{b) V ide Danaeum in August. de Hreres. cap XXXI.

* Chaufepié conteste l’existence des ver U tables Adaruites avant la Jin du IV*, siècle.

( C ) Epipban in Synopsi , tom. 1 , lib. //, pair. 397.

(d) August. de Ilæres. , cap. XXXI.

(e) Voyez la remarque (C).

[/. Epiph. Htcrcj. , Itb. LII.

ADAMITES

ministres que les laïques , au meme état que l’on est en sortant du ventre de la mère. On s’asseyait pêle-mêle sur des bancs qui étaient les uns au-dessus des autres , et l’on faisait ses dévotions; après quoi l’on reprenait ses habits , et l’on retournait chez soi.

Si quelqu’un faisait quelque faute, on ne le recevait plus dans l’assemblée (C) : on disait qu’ayant mangé , comme Adam , du fruit défendu , il devait être chassé comme lui du paradis ; c’est ainsi tjue ces gens-là nommaient leur église. Voilà ce que saint Épipha- 11e en rapporte (D) , non pas pour l’avoir lu dans quelques livres , ou pour l’avoir appris de quelqu’un d’entre eux ; mais sur ce qu’il en avait ouï dire à plusieurs autres personnes. Il ne sait point si de son temps cette secte était entièrement abolie , ou si elle subsistait encore. Évagrius fait mention de quelques moines de la Palestine qui , par un excès de dévotion , et pour bien mortifier leur corps , s’en allaient , tant hommes que femmes , dans des solitudes , tout nus , excepté les parties que la pudeur défend de nommer, et s’exposaient là d’une manière fort étrange (E) aux rigueurs du chaud et du froid (g).

Nous parlerons des adamites modernes sous le mot Picards. Je vois que les catholiques et les protestans se reprochent les uns aux autres (F) d’avoir de ces adamites dans leurs pays : peut-être n’ontils pas plus de raison les uns que les autres de se le reprocher. Si

i*e n’avais pas d’autre caution que jindanus (à) , je ne croirais pas

(p) F.vagr. ITist. Eccl., lib. /, cnp. WT. (A) L diUd DubiUulii Dial. ll,pag. 171.

qu’en i535 on vit des adamites à Amsterdam , riches et de fort bonne famille, courir tout nus, et qu’il y en eut d’assez fanatiques pour monter sur des arbres où ils attendirent vainement que le pain leur tombât du ciel, jusqu’à ce qu’ils tombèrent eux-mêmes à demi morts sur la terre. Je citerai ailleurs (i) un écrivain ( k ) qui atteste une partie de ces faits.

(i) Dans la remarque (B) de l'article Picards.

(Æ) Lambertus Ilortensiu», in Hist. Tumult. Aoibaptiit.

(A) Tfiéodoret lui donne un certain Prodicus pour fondateur (1).] Baronius le place sous Tannée iao, et le fait antérieur à Valentin; ce qui l'oblige de censurer en un autre endroit (a) ceux qui le mettent entre les disci-

1>les de Valentin. Selon cela , Lam- >ert Daneau que j’ai cité ne serait pas digne de creance. Je parlerai à part de ce Prodiccs.

(B) Ils ne l’observaient que lorsqu’ils étaient assemblés. Daneau s’est donc abusé lorsqu'il a mis au nombre de leurs erreurs, qu’il faut que les chrétiens de l’un et de l’autre sexe aillent nus par les rues. Oportcre christianôs homines versa n in Pcblico, in cœtu Kcclcsiœ , in precibus, nudos > sive mares sint , sive feeminœ (3).

(C) On ne le recevait plus dans l’ assemblée.'] Saint Épiphanc témoigne que ces gens- là professaient la continence et la vie monastique, et qu’ils condamnaient le mariage. Mc»*£&vTtç

Tt Kfitl HfXTtuijUiVOI Ô»T*Ç XsÙ ytlfMf JU.il

(4). Alonachorum ac continent ium instituta sectantur nujitiasque condemnant. Une faut donc poiut douter que leur discipline ne condamnât la fornication et 1 adultère ; et qu’ainsi , ils u’cxcommuniassenl et ue chassassent de leurs assemblées ceux qui commettaient cette faute. Et il est à

(1) TbroUoret. Haeret. F*bul. , lib. I.

(1) Baroniu* ad an. 1-5 , num. 33.

(3) Danjru» , in Augualin. Ue Hirrea. , cap. XXXI , folio 83.

<4) EpiptiAO. in Synopai , lom. /, Lb. IJ , rag *r-

ADAMITES

remarquer , au’encore que cet ancien père ne veuille pas convenir de ce que disaient les adamites; savoir, qu'ils se dépouillaient à cause qu'ils n'avaient point de honte de leur nudité , non plus qu'Adara : il est, dis-je, à remarquer qu’encore que saint Èpiphane aime mieux attribuer leur conduite à une lasciveté insatiable, qui voulait procurer des amorces à la vue (5) , il ne dit pas néanmoins qu'il se fit des actions impures dans leurs assemblées.

C’est donc faussement que Baroniu9 lui impute de les avoir appelées des bordels , lupanar ia : il s'est servi du terme de qa\toç , lalibulum , et de celui de rgnixvvy*, caverna (6) ; et cela dans la signification de tanière, d'antre, et de caverne simplement, comme il

}>aratt de ce qu'il remarque que c'est e nom qu'il voudrait donner aux conventicuJesdes hérésies. Manifestement il fait allusion à ce qui est dit dans l'Évangile , qu'on avait fait de la maison de Dieu une caverne de brigands (7). La notion d’impureté corjx>relle , ou de commerce charnel entre les deux sexes, u'a point lieu ici. Le père Gaultier a donc grand tort de dire , en citant saint Èpiphane, que les adamites , ayant laissé leurs habits à la porte de leurs assemblées , se mêlaient indifféremment avec les femmes qui leur tombaient sous la main, mulieribus promiscuè utentes (8). Pour ia citation d'Alphonse de Castro , qu'on ▼oit après celle de saint Épiphanc à la marge du père Gaultier, elle ne peut que multiplier le nombre des faux accusateurs. Lambert Daneau , qui accuse de la même impureté les ada mites , ne cite point saint Épiphane, mais Clément d'Alexandrie cité par Théodoret : Ëxstinctis in suo cœtu lucernis promiscuè coëunt , quemadmodumex ClementeStrom. notât Théo dore lus (a). On verra bientôt que ce passage n'a pas été bien allégué. Il est assez étrange que saint Epiphane et saiut Augustin n'aient rien ouï dire

{$y'EvMUt dxopiç’ou ji/ovïç itoi'jLtç

fAUi iyUTOioèrnç «r»? ôixf»». W iniatiatw li- Hdini trihuuni <}ua> ejusmotli oculis illecebrtu • bjicU . Fpipbao. Hnrrr>i /.//, paj{. 4&>.

(6) F.pîph. livre*. T. II , pag. 4^9-

(7) iU.ub. chap. XXI . i3.

(8) (.«ulter. Tabal. Cbrooocr. , seculo II t cap. XXXIII .

fq) Dan vas , in Augnjlia. de Hxrc*. , cap. XXXI, foLo 83.

de cela; car ce sont des choses que la renommée ne laisse point périr, lorsqu'une fois elle s’en trouve saisie , à moins que la fausseté n'en devienne tout-à- fait palpable. Encore n’arrivet-il pas toujours, en ce cas-là , que la renommée lâche prise. Voyez dans la remarque suivante le moyen d’accorder ces deux pères avec Clément d’Alexandrie.

(D) y oilk ce que saint Èpiphane en rapporte .] 11 ne dit point que chacun se ruât sur sa chacune , dans leurs assemblées: c’est ce (lui a été touché dans la remarque précédente. 11 leur impute encore moins les hérésies de Prodicus, dont le père Gaultier donne la liste (10), et que Moréri leur impute pour la plupart. Moréri n'est pas aussi blâmable en cela, qu'en ce qu'il assure que saint Epiphanc nomme leurs temples des lieux infâmes , a cause des crimes abominables quil commettaient dans ces cavernes d’horreur et de prostitution. Cet auteur ajoute , qu’ils rejetaient la prière. Daneau le dit aussi sur la foi de Clément d'Alexandrie :

Deum a nobis precandwn et orandutn esse negant , quia scit ipse per se quibus egeamus. Clemens hoc de itlis tradit lib. 7 St rom. (1 1). Cependant saint Èpiphane et saint Augustin disent le contraire: Ti/pvoi ydpoiç in unt pet... o-t/rayorreu, non otérve rdc drayrct- <n ic n<tï iùx,dt kxi -xii cTioâv Ils s’ assemblent tout aussi nus qu’ils étaient au sortir du ventre de leurs mères , et en cet étal ils font leurs lectures , leurs Oraisons, et leurs autres exercices de religion. C’est ainsi que parle saint Epiphane , dans le sommaire du IIe livre du tome lrr. ; et voici les termes de saint Augustin : JVudi itaque mares feninœque conveniunt, nudi lectiones aiuhunt , nudi Orant , nudi célébrant sacramenla (la).

Le moyen d’accorder ces deux derniers pères avec Clément d’Alexandrie serait de supposer que les adaraites, auxquels celui-ci donne Prodicus pour fondateur, ne suivaient pas toules les erreurs de Prodicus. Cette supposition n’a rien d’extraordinaire ; il ne faut quelquefois que trente ou quarautc

(10) Gantier. Tabul. Cbtonogr. , lecuto II , cap. XXXIII.

fn) Danxu*. ia Aagust. de livres., cap. XXXI, folio 83.

(13) Aagutt. de livres-, cap. XXXI.

*22 ADAMITES.'

ans , pour rendre one secte fort dissemblable à celui qui l’a fondée. Ainsi l’on n’est point exact lorsqu’on attribue aux adamites toutes les extravagances de Prodicus, sous prétexte qu’il a été leur fondateur. Eu effet, il est constant par le témoignage de saint JÊpiphane, et par celui de saint Augustin , qu’ils se dépouillaient totalement dans leurs assemblées ; mais Clément d’Alexandrie , bien loin de dire rien de semblable des sectateurs de Prodicus, observe qu’avant que d’en venir aux prises, ils faisaient ôter les chandellesqui leurauraient donnéde la honte : To x«tT4i9‘/££y»oy ttini y T«y iropttttiii Ten/Txy «fixatioTwysy ixirsJSi Tromro^uiyoï/ç to v hvXyw irtpirpoir* juîyvurê au (i3). Luminc amolo quod eorum forme aloriarn hanc juslitiam pudore nfficiebat aversd lucernd cotre. Ainsi Daneau n’a pas eu raison d’appliquer aux adamites ce que ce père avait dit des sectateurs de Prodicus. En un mot, quand je considère les calomnies des païens contre les premiers chrétiens et celles des catholiques contre les nrotestans , par rapport aux assemblées nocturnes , je ne crois pas de léger tout ce que le gros de l’arbre impute.

(E) D'une manière fort étrange.'] Ils renchérirent sur les autres moines, dont le môme Ëvagrius fait mention , qui, n’ayant pas un habit en propre , vu que celui qui avait été porté un jour par un religieux servait le lendemain à un autre, avaient du moins l’usage de quelque habit (i4)> Les solitaires dont je parle se contentèrent de porter une ceinture; et quant au reste ils renoncèrent, autant qu’ils purent, à l’humanité : ils ne voulurent point se nourrir des alimens qui servent aux autres hommes : ils se mirent à paître comme font les animaux ; et ils ne paissaient qu’autant qu’ils en avaient besoin pour ne mourir pas.

Ils devinrent enlin semblables aux bêtes : leur figure changea , et leur sentiment aussi. Dés qu’ils voyaient d’autres personnes, ils prenaient la fuite; et s’ils se voyaient poursuivis, ils se sauvaient à toutes jambes , ou dans quelque trou inaccessible. Quelquesuns rentraient dans le monde, et faisaient semblant d’être fous, afin de

(i 3) Clern. Alex Stromat. , /«A. III , p ■ 43o.

(i4j Evagriu», Hiit. Ecdca. lib.I , cap. XXI.

témoigner plus de mépris pour la gloire. Ils allaient manger dans les cabarets, ils entraient dans les bains publics , ils conversaient et iis se lavaient avec l’autre sexe; mais avec tant d’insensibilité , que ni la vue , ni le toucher, ni môme l’embrassement d’une femme ne leur causaient aucune émotion. Ils étaient hommes avec les hommes , et femmes avec les femmes ; ils voulaient être de tous les deux sexes : Mit* ivfpSi fi *y<fp*c «?y«i, /ut rà yuy*ix»v t« au yt/vatÎKxç , tK&ripttç ti /ut- T«^«IV *ô*/.*»y QUTtOlt KOLt fuit fJUdit «IV«|( 1 5).

Cum vint quidem viri tunt , f émincé vero cum Jeminis , non enim unius sed utriusque simul sertis esse cupiunt. Il y a de l'apparence qu’ils n’avaient pas beaucoup de peine à contrefaire les fous , et qu’ils l’étaient effectivement ; c’est à eux pour le moins qu’on peut appliquer ce que Rutilins Numatianns n’a pas eu raison de dire de toutes sortes de solitaires :

Qutwnam perverti rahies lam siulla cerebri , Dum mala jortniiiet , ne c bona posta pâli (16) ?

Au reste leur nudité était bien contraire aux principes de ces religieux dont je parlerai dans la remarque suivante, et ne pourrait pas môme bien s’accorder avec la doctrine du père Sanchez.

(F) So reprochent les uns aux autres.] M. Moréri assure qo’il y a des adamites en Angleterre , où ils font leurs assemblées de nuit , et n’apprennent que ces mots : « Jure , parjure , et ne découvre point le secret. » On a eu raison de lui dit e dans l’édition d’Amsterdam qu’il n’y a point de telles gens en Angleterre ; que la police y est trop bonne pour y souffrir une infamie de cette nature , qui ne pourrait pas demeurer cacher , et qu’il n’y a guèi e d’apparence non plus , quily en ait en Pologne ; car il avait dit qu’il s’y trouve encore de ces dévoyés. 11 ne pourrait pas se défendre, en disant qu’il ne prétend point que ces gens-là se montrent nus au public, mais seulement qu’ils se déshabillent dans leurs cooventicules nocturnes , ce qu’une bonne police peut ignorer : il ne pourrait point , dis-je , alléguer cela pour sa justification , puisqu'il venait de parler

15) Evagriu», IIi«t. Errlm hb. /, cap. XXI-

16) Kutii. ilincr. , lib. /, «v. 445-

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