ADO
des adamites de Bohème qui allaient toujours nus , à ce qu’on prétend, ü faut donc que M. Moréri, s’il a cntcndu ce qu’il disait , assure qu’il y a encore aujourd’hui en Angleterre des gens qui , par principe de religion , vont toujours nus» tant liouunes que femmes. Or, c’est ce que la police ne souffrirait pas» et ne saurait ignorer.
Voilà donc un catholique qui soutient qu il y a des adamites dans les pays protestant Je ne dis rien décos contes vagues et ridicules touchant la Hollande qui se voient dans le Sorbe ri ana , à la page 17. Mais voyons d’autre coté un ministre qui dit qu’il y a des moines en Italie , nommés adamites» qui vont nus en conséquence des vœux qu’ils font conformément aux règles les plus sacrées de leur ordre : sic ne mine quidem1 dit-il (17}, nomen cjus (haeresis Adamiauorum ) ersiard, nisi monachi quidam , qui sc Jalso pietatis cl vitw mtsteritatis prceiextu commenddrunt , horum hmreticorum impudentes prorsùi mores rctinuissent , et inter sa ne lissitua ordinis et regulce suasprœccpta posuissenl; quaL s li qui chaut nunc hodic ndatintœ dicuntur » rigcnlque plurimum in Italid.,. /' ivunl enitn nudi » non ncccssitale quddam ndneti set inopid l'cslimenlorum , s ad ex rôti professions , Je voudrais qu il eût eu plus d'empressement pour prouver ce fait , que pour taire une opposition entre la conduite de ces gens -là» et celle des anciens moines , qui 11e s’étaient jamais vus nus (i8j, et qui disaient qu'un homme de leur profession ne pouvait contempler lui- même sa nudité» sans faire une chose indigne de lui (19). Un casniste moderne » qui n'est pas des plus rigides (ao) , compte néanmoins pour un [»éché véniel , propria serenda ospicere ex quddam curimilate » absçue alid tnald intentions et pericuio : et pour un pèche mortel , aspiccre se~ rendu al tenus sexds operla ses ti bus ità subtihbus , ut parùm aspectui ob~
(17) L.mb. Dancnt , in Augutl. de livres. . •ap. XXXI.
(18) Apud Socret. Hist. Ecries. , Ub. IV, cap. XXIII ; et SaioraeB. » Ub. 1 , cap. XIII.
('9) Voye.x dans l'HutOris ludirru de DiltW ser iiomfuce , pag. »8t , comment saint Jérôme soutenait se quoque ip.am virginnu cruboccre drbrre , nrc se sibi nndam o-iemiere ; et Jet exemples rur cela louis par Théodore!.
Senches, de Matrintoo.» Ub. IX, Dispat.
XLVI , num. *7 et 18.
NI S. t>23
stent (ai). Voir nager une personne nue de différent sexe est , selon lui , un péché mortel. Deux hommes d’un caractère grave , comme deux prélats qui s entrevoient nus, commettent, ditil (aa) % un péché mortel. Le Bernia parle d un homme qui ne portait jamais la main qu’avec le gant à ses parties honteuses (a3). Pourquoi un
casuistenepourrrait-ilpasexigerqu’on s abstint de les toucher à nu, aussi-bien que de les contemplera nu? Un ancien philosophe, par affectation de chasteté, n’y allait ni avec le gant, ni sans gant : il s’éloignait bien en cela dn principe d’Anacharsis fa4). Cet ancien philosophe était le sévère Xénocrate : Aris tote/es y irridens Cbatcedonium Xcnocratem , quod mejendo riritibus non admoverel ma num , inquily « Pur a* quiu dem manns , at inquirata mens (a5). »
Nous dirons dans la remarque (0) de l’article Hadrien VI, que la Mothe-le- Vayer n’a point dû prendre au pied de la lettre le passage de fiernia.
fsi) Ibid. , num. a5 et ad ai) Ibid. num. 17 et aR.
a3) Voyet U Mothe-Ie- Vayer, Hutm. rn*t., PaP 79-
(a4; V ide Flutarchum, d* Carrnlit. pan. SoS; *t (.Iraient. Alexandrin., Stroma!. , Ub. V,pag. JUo.
(a5) Athen. , Ub. XII , pag . 53o.
ADONIS , mignon de la déesse \énus , était jfils de Cinyras , roi de ^yPre (A). Les poètes ont prétendu que Myrrha (a) , fille de ce roi (h) , devint si éperdument amoureuse de sou père , qu'elle se fit introduire dans son lit , sans qu’il sût qui elle était. Quelues-uns disent qu’elle se servit e l’artifice des filles de Lot (c).
Adonis fut le fruit de cet inceste; il était parfaitement beau , et il parut si aimable aux yeux de Vénus , qu’elle l’enleva (B) , et qu’elle quitta tout pour être avec lui. Le ciel même lui sembla un séjour peu agréable , en comparaison des montagnes et des bois oii elle suivait Adonis , qui était
(<*) Voyez Varticle Myrrha.
[b) Ovid. MeUm. , Ub X , us. 33?.
(c) Hy^in. , cap. CLXIV.
un grand chasseur (C). Jugez si les poètes n’ont pas distillé toutes les figures de leur art {d) pour représenter la douleur inexprimable qui saisit le cœur de cette déesse lorsqu’un sanglier lui eut tué son cher Adonis (D).' Jamais deuil n’a été plus célébré ni plus immortalisé que celui-là ; presque tous les peuples du monde en perpétuèrent le souvenir par un grand attirail de cérémonies anniversaires (E). Quelques auteurs disent que ce ne fut pas un sanglier, mais un Dieu, sous la forme de cette béte, qui tua Adonis.
Ce fut Mars , selon quelquesuns (e) ; ce fut Apollon , selon quelques autres ) . Mars , di—
ADONIS
que mâle , jouissait de Vénus 9 et en tant que femelle, se donnait à Apollon (i). D’autres, sans lui donner les deux sexes , n’ont pas laissé de dire qu’il était le favori de Vénus et de Bacchus
(F) . Il y a un scoliaste qui assure qu’ Adonis fut aimé de Jupiter ( k ) , et que Proserpine en devint amoureuse dans les enfers
(G) . Elle ne laissa pas d’avoir quelque compassion pour sa rivale désolée , <jui demandait avec instance la résurrection de son amant (/) ; elle voulut bien consentir à s’en passer pendant six mois en faveur de Venus. Il fut
sent ceux-là , fit
coup
afin de
satisfaire sa jalousie , et pour se venger de Vénus qui lui préférait rival. Apollon , disent ceux-ci , se porta a cet exces de violence , afin de venger son fils Er^rmanthus , qui avait été aveugle pour avoir vu Vénus pendant u’elle se lavait, fraîche sortie ’entre les bras de son Adonis (g). L’endroit de la plaie semble indiquer quelque principe de jalousie (h) ; mais la seconde tradition ne s’accorde pas avec ceux qui ont débité qu’Adonis était un hermaphrodite qui , en tant
(</) Ovidius , Metam. , hb. X. Bion . K<- Mxk *. Voyez aussi Théocrite , biêuKX.
Xct ; et entre les modernes M. Ménage, dans ses Poésies grecques , pag. 167.
(e) Servius iu Kclog- X-, Firm. Matera. t pag. 23 ; Connus Dionysius, lib. XLI ; Cyrilius in Esatam.
(f) Ploiera. Hephvst. apud Photium, pag. 473.
(g) A«ü<ri ï/oi youofxtvti ’Atyo/iT»», àtro *r»ç AJûufoç piii'iceç. Quàd post congressiun cum Adonulc lavantem Vcncrem vidis set. Ibidem.
(A) Tmx aper insequitur , tolosque sub inguine déniés .
Abdidit Ovid. McUm., lib.X, vs. 7 1 5.
donc dit qu’Adonis passerait six mois avec Vénus et six mois avec Proserpine. Le scoliaste que j’ai cité nous dit là-dessus le blanc et le noir (H) , et quelques-uns ne parlent pas si avantageusement de la complaisance de Proserpine (m). On allégorise ce partage a’année , comme s’il fallait entendre par-là, ou le temps que les semences sont successivement sous la terre et sur la terre («) , ou le temps employé par le soleil à parcourir tour à tour les signes méridionaux du zodiaque et les signes septentrionaux (o). Ces explications me paraissent moins solides que la pensée de ceux qui réduisent la fable d’Adonis à l’his— toire d’Osiris (p). Les anciens ne convenaient pas du pays où était
( t, Ptolem. Hcphtest. apud Photium, pag.
(k) Scholiast. Theocriti inSyracus., sire Eidyll. XV.
(/) Vide Seldenum, de Diis S\ri* , lib. Il y cap. XI , pag . 269 , et la remarque (I).
(m) Voyez la remarque (G;.
(n) Scholiast. Theocriti , Eidyll. XV,
(o) Macrobius. Saturnal., hb. I, cap. XXI.
(p Voyez le III9. volume de la Bihliolhé-
que Universelle, pag. r Berkidiu», iuÜlcphanum Byiant. Voyez Ajuxôovt.
ADONIS
la scène d’ Adonis ; les uns la mettaient dans la Syrie; les autres dans l’île de Cypre ou en Égypte, comme on le verra dans les remarques. On a ditd’Hercule deux choses bien opposées par rapport à notre Adonis: l’une, qu’il en tut amouieus , et que la jalousie porta Venus à indiquer au centaure Nessus comment il pourrait dresser des embûches à Hercule (y); l'autre, que ce héros, voyant sortir beaucoup de monde d’un temple dans une ville de Macédoine , y voulut entrer pour y faire ^s dévotions ; mais qu’ayant appris qu’Adonis était la divinité qu’on y adorait , il s’en moqua (r). Quelqu’un débite qu’ Adonis était ne de Jupiter , sans le concours d’aucune femme (j). Saint Jérome a cru ue le prophète Ézéchiel a parlé e la fête d’ Adonis, (I), Au reste, il est difficile de comprendre pourquoi les anciens ont feint que Vénus cacha ou même qu’elle enterra ce sien mignon sous des laitues (K), puisqu’ils observaient que cette plante rend inhabile à l’acte vénérien. On comprendrait peut-être leur allégorie s’ils avaient entendu par-là que Vénus avait mis sur les dents son favori, et qu’elle l’avait fait tellement passer par l’alambic, qu’il n’était plus comparable qu’à la terra damnata , et qu’au caput mortuum des chimistes; mais ils ne parlent pas d’une telle explication; ils n’ont pas dit tous qu’il soit mort de sa blessure (L),
(g) Ptolem. Hepbæat. apud Photium , paS. 4?3.
(r) Scholiast. TUeocrtti, ad vs. 21 , Eitlyll. y . Zenobiua et Apottolius in Proverb.
(jr) Val. Prob. in Ed. X. Virgil. ex Pbiloslcphano.
Il y avait auprès de Byblos une rivière nommée Adonis , qui descendait du mont Liban. Elle devenait rouge une fois l’an , à cause que les vents y transportaient beaucoup de poussière qui ressemblait à du vermillon. Ou ne manquait pas alors de dire que c’était le temps de pleurer Adonis ; que c’était le temps oü il recevait des blessures sur le Liban , et où son sang coulait dans cette rivière (*).
(I) Lucian. de Deââyrii.
(A) Fils de Cinyras , roi de Cjrpre.] | Presque tous les auteurs conviennent que Cinyras régnait en cette île (i ) , encore que quelques-uns aient dit qu’il avait régne' premièrement dans F Assyrie (2). Voyez l’article Byblos. Ovide le fait naître dans Plie de Cypre ; mais il veut que Myrrha, fuyant son père, qui la voulait tuer , après qu’il eut connu son inceste, ait traversé l’Arabie , et soit accouchée d’Adonis au pays des Sabéens (3). 11 n’eût pas mal fait de remarquer en quatre mots , que Cinyras était passé de l’île de Cypre dans l’Arabie, ou que Myrrhasetait embarquée dans cette île. Lorsque Adonis naquit, sa mère avait déjà été métamor ) >hoséeèn l’arbre d’où coule la myrrhe. Nous apprenons de Ptoloméc , fils d’Hénhestion, que Vénus , cherchant Aaonis, dont elle avait su la mort, le trouva à Àrgos, ville de Cypre, dans le temple d’Apollon Érythien. Il y avai^t donc des gens qui disaient qu’il avait été tué dans cette île. Properce est de ce nombre, lorsqu’il dit dans la XIIIe. élégie du H®, livre :
Tettisy qui niveum quondàm perçut fit Ade~ nim
Venante n\ Idalio vertice , durut aper.
Il y avait à Amathonte , dans Hle de Cypre , un teronle d' Adonis et de Venus (4). Strabon dit que Byblos était le séjour du roi Cinyras, et qu’on
(1) Vuyet Meunioj de ImuU Cypro, lilt. II. eap. IX.
(3) Apollodor. , lit. III , pag. a38.
(3) Ovid. Metam. , lit. jt, et. Ifio et 5»$.
(4) P»u«jn. in Brooticn.