TOME I
(ia\ Pliniu. , F.pitt. XVIII , Ub. FUI.
m 3) Puni l'une des remarques de l'article dr
Mkctnii.
(i4) Juvcnal., S»t. y y es. ti'}.
Suçaient connatlre leur honte ; on loua h* défunt , et l’on jugea que sa conduite était bonne pour un siècle aussi corrompu que celui-là. Servonsnous encore du pinceau de Pline :
V a ni totii civil aie sermoncs : aliijic tum , ingrotum , immemorem, loquuntui , se que ipso» , dùm insectantur ilium , turpissimis confessionibus produnl , qui de illo , uti de pâtre , uvo , proavo, quasi orbi querarttur : alu contra hoc ipsum Imtdibus ferunt , qu 'od sit J'rustratus improbas spes ho minum , quos sic decipere pro mori bus temporwn prudentia est (»5).
(i5) Pliai» EpUtoU XVIII , lib. VIII.
AFRANIUS (Qüiwctianus), sénateur romain , perdu de réputation à cause de ses irnpudicités infâmes , entra dans la grande conspiration contre Néron , qui coûta la vie à Sénèque , l’an de Rome 818. 11 avait une raison personnelle de vouloir du mal à ce prince, qui avait fait contre lui une cruelle satire en vers. Il nia long-temps qu’il fût de cette conspiration ; mais il le confessa enfin , trompé par l’espérance d’avoir sa grâce. Il témoigna en souffrant le dernier supplice plus de fermeté que l’on n’aurait dû s’en promettre de la vie qu’il avait menée (a).
(a) Tacit. Annal, lib. XV , cap. XLIX , LVI , LXX. •
AGAR , servante et puis concubine du patriarche Abraham , était Égyptienne (u). Il y a quelque apparence qu’il la prit à son service lorsqu’il revint d’Égypte, après avoir recouvré sa femme , que le roi Pharao avait enlevée.
Mais c’est une fable que de dire , comme font les Juifs (A), qu’Agar était fille de ce roi. Chacun sait que Sara , se voyant stérile
(a) Gonè»e, cl ap. XVI , v. t.
depuis long-temps (B) , pria son mari d’essayer s’il pourrait avoir des enfans de cette servante, et qu’ Abraham, vaincu par ces sollicitations, et faisant meme , selon la version de quelques interprètes, un acte d’obéissance (C) , s’approcha d’Agar avec tout le succès que sa femme s’en pouvait promettre ; sa femme , dis-je, car c’était pour son compte qu’elle souhaitait que sa servante fît des eufahs ; et , n’en pouvant donner par elle-même à son mari , elle voulait du moins lui en donner par procureur (b). Ceux qui trouveront peu conforme aux manières de notre siècle qu’il ait fallu employer de grandes prières auprès d’Abraham pour de telles choses , et surtout que ces prières soient venues de sa propre femme , doivent une bonne fois se bien mettre dans l’esprit que tous les temps et tous les peuples du monde ne sont point semblables. Quoi qu’il en soit, Agar se sentant grosse devint si fière , qu’on eut dit qu’elle venait de faire un très-grand exploit ; mais on rabattit bientôt son insolence.
Sara , qui ne put souffrir de s’en voir traitée de haut en bas , la maltraita de telle sorte qu’elle la contraignit de déserter la maison (D). Agar n’y rentra qu’après s’être humiliée, suivant l’ordre que lui en donna un ange qui lui annonça qu’elle accoucherait d’un fils qui aurait des querelles avec tout le monde (E). Elle accoucha
(A) Eece. conclusif me Dominus ne pare— rem , ingreiiere ad ancillam maam , si foriè sa llem ex i lia suscipiam Jîlios ; c’est-à-dire , scion la version de Geneve : Voici VÉtemel m'a empeschee d'enfanter ; riens , je te prie , vers ma servante , pcut-eslre serai-je cdifîêe de par elle. Genèse, c hap. XVI , v. a.
un peu après d’Ismaël , qui fut élevé chez son pere jusqu’à l’âge de quinze ou seize ans pour le moins (F). On ne sait pas si la concorde des deux femmes fut bien grande pendant ce tempslà; mais on sait qu’eufin Agar fut obligée de décamper avec son fils. Sara le voulut absolument, et cela pour avoir vu qu’Ismaël se moquait de quelque chose (G).
Abraham congédia la mère et l’enfant , avec un très-petit viatique ; la bouteille d’eau qu’il leur donna ayant été vidée, la pauvre Agar vit l’heure que son fils mourait de soif (H). De peur d’être présente à ce spectacle , elle s’écarta du lieu ou elle avait mis Ismaël. Un ange vint à son secours, et lui découvrit un puits ou elle remplit sa bouteille ; par ce moyen elle sauva la vie à son enfant. Elle le maria ensuite à une femme d’Égypte. Voilà jusqu’ou l’Écriture conduit son histoire. C’est sans aucune raison que plusieurs rabbins prétendent qu’Agar est la même que Kethura, qui fut femme d’ Abraham après la mort de Sara (c).
Mais cette erreur est infiniment plus supportable que la ridicule superstition des Sarrasins, qui honoraient comme une sainte relique la pierre sur laquelle Agar (I) , disaient-ils , accorda la dernière faveur à Abraham. Leurs écrivains ne marquent pas cette raison, et ne reconnaissent qu’un rapport très-éloigné entre Agar et cette pierre (K). Un auteur cité par Eusèbe voulait sans doute parler d’Agar lorsqu’il disait
Tantum Jonathani* . Parapliraiis Hiero*ol>imtana , Jarchius , R. Elicirr , apud Hcideg. Hist. Patriarch. , tom. U,pag. l36.
cju’ Abraham épousa une servante égyptienne, dont il eut une douzaine d’enfans qui s’emparèrent de l’Arabie , et la partagèrent entre eux {d). Les rabbins ont avancé une autre fable , savoir qu’Ismaël ressuscita avant que de naître; car, disent-ils , sa mère per dit son fruit en punition de sa vanité et par les fatigues du voyage; mais sa déférence pour lange , qui lui conseilla de s'humilier sous sa maîtresse y obligea Dieu à ranimer son enfant.
Cornélius à Lapide assure dans la page 17 1 de son Commentaire sur le Pentateuque, que Tostat a cru cette rêverie. C’est à tort que l’on accuse Calvin d’avoir vomi les injures les plus grossières contre Abraham et Sara , au sujet du concubinage d’Agar; mais on a plus de raison de trouver faible l’apologie de saint Augustin pour cette conduite du patriarche.
Voyez les remarques (I) et (K) de l’article de Sara.
[d] Melo, apud Alexand. PoljhUt. citante Eujeb. Pr®p. Et. , lib. IX , cap. XIX.
(A) Comme font les Juifs. ] On croit que le paraphraste chaldéen est le premier qui ait publié cette fausse tradition. Il prétend que Pharao , ayant enlevé Sara , lui donna sa propre fille Agar pour servante , et que Sara la fit venir avec elle au pays de Chanaan ; c'est aussi la pensée du rabbin Josué (1). Un autre rabbin conte la chose comme si Pharao, ayant remarqué les prodiges qui s'étaient faits sur sa personne depuis qu'ii avait enlevé Sara , avait dit à Agar :
Ma fille , il vaut mieux que tu sois servante dans cette maison-là que maîtresse dans une autre l'i). Mais Abraham Zachuth ne la fait point d'une si bonne maison ; il se contente de
(1) R. Jo*o» ,/iliut Karclu, in Pirke Eliezer, cap. XXri, apud Iteidegg-, Histor. Patriarch. , ( on*. II, pag. 19a.
(a} Salon Jarchi, apud Heideg. , ibidem.
dire qu’elle e'tait servante de Churia , rôles de l'Écriture ; car après avoir
femme de Pharao , et que Churia , après la mort de son mari , la donna à Sara (3). Saint Chrysostome veut
3ue ce soit Pharao lui-même qui ait onnë cette servante à Abraham (4)* En effet , l’Écriture observe qu’entre autres présens qu’il lui fit, il lui donna des servantes (5). S’il lui donna ceUeci , ne doutons point qu’il ne la choisit entre les personnes dont la condition était de servir. Je croirais volon-
observé qu’Abraham eut tour à tour la complaisance de s'attachera A par , et de la quitter , selon que Sara changea de désirs , il fait cette exclamation : O virum viriliter ut entent fe~ minis , conjuge temperanter , ancilld obtempérantes , nulld intemperanter (n) ! 11 s’était déjà servi de cette expression , usus est ed ( concubinâ ) , non ad explendatn libidinem , nec insultans , sed poilus obediens con-
garue de le nier ni de lutlirmer. à ceux qui persécutent les ! Ce sont des mystères dont il ne faut Cependant l’esprit fécond et point être curieux : il faut supposer qu'ils se passent sous les voiles de la nuit ou derrière le rideau , et les laisser dans leurs ténèbres naturelles. Les Juifs , toujours guindés sur les miracles , attribuent la conversion d’Agar aux prodiges qui se firent chez Pharao , à cause du rapt de Sara (7).
(B) Depuis long-temps. ] 11 est dit
tiers ce que dit Philon , qu’elle avait jugi (la), embrassé la religion d’Ahraham (6) $ (D) La maltraita de telle sorte ,
mais quant à ce qu’il ajoute , que ce quelle la contraignit de déserter la patriarche cessa d’en jouir dès qu’il maison. ] Qui aurait jamais deviné se fut aperçu qu’elle était grosse , je que cela servirait un jour d'apologie n’ai garde de le nier ni de l’aflirmer. à ceux qui persécutent les sectes ?
imaginatif de saint Augustin y a trouvé ce secret. Il a soutenu par la conduite de Sara envers Agar que la vraie Eglise peut infliger des cliâtimens à la fausse , l’exileY, la tourmenter , et ce qui s’ensuit. On l’a relancé en peu de mots bien fortement dans le Commentaire Philosophique sur les fameuses paroles , contrains-les den~ dans la Genèse qu’Abraham avait ha- trer (i3).
bitc dix ans au pays de Chanaan , lors- (E) Qui aurait des querelles avec qu’il coucha avec Agar j d’où les Juifs tout le monde .] Ce sera , lui dit l'ange ont inféré qu’un mari ne doit plus ( « 4^ , un brutal ou un dne sauvage. habiter avec sa femme lorsque , pen- Sa main sera contre un chacun , et les dant dix ans il l’a éprouvée stérile mains d’un chacun seront contre lui% (8) ; absurde conséquence, tant parce S’il était permis de chercher ici des qu’il y avait plus de dix ans qu’A- types à la saint Augustin , ne diraitbraham était marié avec Sara , lors- on pas qu’ismacl a été l'emblème de qu’elle lui proposa sa servante (9) , certains controvcrsistes misanthropes que parce qu'il ne songeait à rien qui ne font que mordre le tiers et le moins qu’à la quitter lorsqu’il eut quart , et qui , pour mieux déclarer la vécu dix ans avec elle au pays de guerre au genre humain, sortent à Chanaan sans procréation de lignée, tout moment de leur sphère, écrivent (C) Faisant même, selon la version sur toutes sortes de matières à tort et à de quelques interprètes , un acte d’o- travers , et toujours en style de libéissance.'] La Vulgate porte : Clinique belle diffamatoire ? Tous les âges et ille acquiesceret deprecunli ; et la ver- tous les pays fournissent de ces copies sion de Genève : Et Abraham obéit à d’ismaël. fl y a meme de ces copies la parole de Saroï (10). Saint Augus- qui diffèrent de l’original en ce qu'entin a donné ce dernier sens aux pa- core qu’elles jettent des pierres sur
(3) In libro Juchanin , apud Ifeideg., ibidem.
(4) 4pud Cornet, à Lapide in Gen. , p. i»x.
(5) Genèae , chap. XII , v. «6.
(6) In libro de Abrahamo.
(7) Apud Cornet à Lapide in Geo. , p. 171.
(8) Abenexra in Gen. XVI , 3, apud Hcideg. Hi»t Patriareh , paz. 197.
(9) La stérilité' de Sara / tait connue avant qu Abrahao. tvrtil de ton part pour venir à Charan. Voret Genèse. X/, 3o.
lia) Genèae, chap. XVI , *. 2,
tout le monde, peu de gens prennent la peine de leur en rejeter : on le* laisse jouir en repos de la malheureuse impunité qui augmente leur audace et leur frénésie,
Çti) AugusL de Civil. Dei, Ub. XVI , cap.
(la) Ibidem.
(i3) Comment. Philo*. , part. III , pttg 6«.
(«4J Genève, XVI, ta.
(F) Jusqu b l’dge de quinze ou seize ans , pour le moins. ] En voici la preuve. Ismaël avait quatorze ans lorsque J>aac naquit ; car il était né lorsqu’ Abraham avait quatre-vingt six ans (i5;, et Abraham était âgé de cent ans lorsque Sara enfanta Isaac (16).
Or celui-ci était sevré avant que l’on chassât Ismaël ; donc , etc. Je ne m’arrête point à l’opinion de ces Juifs
ui croyaient qu’lsaac avait tété pen-^ ant douze ans ou pendant cinq ans (17) j car si j’y faisais quelque fond , j’aurais donné une plus longue durée au séjour d'Jsmaël chez Abraham que celle qu’on vient de lire. Voyez la remarque (U).
(G) Qu' Ismaël se moquait de quelque chose. J La version des Septante porte que la mauvaise humeur de Sara yint de ce qu’elle aperçut Ismaël jouant avec Isaac. La Vulgate les a suivis en cela , cùm vulisset Sara filium Agar Ægypliæ ludentem cum Jilio suo. Le texte hébreu ne particularise rien ; il nous-laisse à deviner si le fils d’Agar se moqua de Sara ou d’1- *aac, ou au festin qui fut fait quand on sevra Isaac, ou de telles autres choses j ou bien s’il fit trop le familier et le supérieur avec Isaac, ou enfin s’il le voulut battre. 11 y a des interprètes qui ont là-dessus bien des pen- »ées frivoles ; car ils croient que Sara vit , ou qu’lsmaël faisait des actes d'idolâtrie, ou qu’il poussait le jeu à des irnpudicitcs , ou qu'il voulait battre Isaac : Hebrœi nonnulli accipiunt de lusu idololalriœ , quasi videlicet idola fingentem et colcnlem Ismaëlem vi-
disset Sara A là venercum hune
fuisse lusum staluunt et detectio-
nem turpitudinis. Ncque désuni qui Ismaëlem fralri necem molitum esse eristiment ( 18). Il faisait bien plus, selon quelques tins , que le vouloir battre, car ils prétendent qu’il-lui tira un coup de flèche pour le tuer (19).
ti5) G«.i*«, XVI , 16.
u6) GtD«f , XXI , 5.
(17) Apud Hitronymum, cap. XXI , in Trahit. Hebraici». Vide Salian. Annal., (om. I , pag. 4:4- l orncliu» à Lapida, in Gêna*., pag. IC/Q , tient pour certain qu Isaac ne fut sevré quà cinq ans ; Salian . pag. 474* clU pour la même opinion , qui est la sienne , saint Jcrùmr, Uel Rio , Pereriu».
J[i8) Heidegg. Ilist. Patriarcb. pac. ao5.
19) H. F.lieser, PirVe, cap. XXX , dans le me ouvrage d'Heidegger , qui cite aussi te liaal llatburiia.
Le mot hébreu, dit-on (ao), signifie quatre choses dans l’Écriture : le passe-temps , l’idolâtrie , le jeu d’amour, et un combat à outrance. Pour prouver la troisième signification , on se sert du chapitre XXVI de la Genèse, où il est dit ad* A bimelech regardant par la fenêtre vit Isaac se jouant avec Rébecca sa femme. Mais c’est étendre la signification de ce mot au delà de ses justes bornes que de prétendre qu’il signifie en cet endroit-là l’œuvre de la chair. Il suffit de le prendre pour une certaine privauté qui prouve entre honnêtes gens qu’on n’est point frère et sœur, mais mari et femme $ car c’est la conclusion qu’Abimelech en tira. Je ne trouverais rien de plus plausible que ceci :
c’est qu’ismaëi avait témoigné des airs de mépris qui firent craindre à Sara qu’il ne voulût un jour disputer le droit d’aînesse si l’on n’y remédiait de bonne heure.
(H) Qtte son fils mourait de soif, j En supposant que la moquerie dont Sara fut si choquée se passa à l’occasion du festin qui fut donné lorsque l’on sevra Isaac, il faudrait qu’lsmaël eût été chassé à l’âge d’environ seize ans. Que si l’on suppose que cet le moquerie fut de beaucoup postérieure au festin, on augmentera d’autant l’âge au’il avait en sortant de chez son pere. Mais prenons la chose au pis , ne lui donnons que seize ans :
n’est-il pas bien étrange qu’à cet âgelà sa mère soit contrainte de le porter sur ses épaules, de le mettre sous un arbrisseau , de le lever, de le prendre dans ses mains, et de lui donner a boire ? Qu’on lise cet endroit de l’Écriture, tout y porte , par rapport à Ismaël , l’image d’un enfant qui est au maillot , ou peu s'en faut. On ne saurait sortir de cet abîme en supposant que ce fait n'a pas été mis à sa place ; car il est expressément déclaré que Sara fit chasser Ismaël , parce qu’elle ne vonlait point au’il partageât 1 héritage avec Isaac. Ismaël ne fut donc chassé qu’après la naissance d’1saac- et par conséquent il devait être aussi propre que sa mère à chercher de l’eau , et il n’était plus, oToi 1Z1 Pfotoi »i«» , un petit enfant à être porté
(îo) Lvranu* , apud Pereriam in Gene*. , cap. XXI.
îa6 à G A R.
sur les épaules, etc. (ai). Je prévois que l’on ine dira que la version des Septante, ni la Vulgate, ne disent nas qu Ismaél ait été mis sur le dos d’Aear , et qu’ainsi l’on doit conclure que le texte nébreu ne favorise pas nettement ma supposition. Ile bien , abandonnons la : le reste du narré me suffit, et je m’en rapporte au jugement de tous les lecteurs qui considéreront la chose sans préjugé. La meilleure solution serait peut-être de dire que, comme l’on vivait plus long-temps en ces siècles-là , on ne sortait pas de l’enfance aussitôt que nous en sortons.
Voilà qui serait fort bien, s’il n’en résultait qu’Ismaè'l avait vingt ans lorsqu’il fut chassé; car il faut que, selon cette réponse , Isaac ait tété plus longtemps que l’on ne tétait au siècle des Macnabées* Or dans ce siècle on tétait trois ans (aa) : il faudrait donc croire avec saint Jérôme et avec plusieurs modernes la vieille tradition hébraïque dont j’ai parlé; savoir que l’on ne sevra Isaac qu’à cinq ans. Je m'étonne que ceux qui la suivent (a3) ne sentent pas la difficulté ; car elle ne laisse pas d’être grande , quoique l’on suppose comme je fais qti’Isaac téta moins ae temps que les Machabées.
(I) La pierre sur laquelle sfgar. 3 Quels contes ! comme si Abraham , qui était un grand seigneur et dont le train montait à plus de trois cents domestiques capables de porter les armes, n’avait pas eu un lit à donner à une concubine de cette espèce ! Il ne la prenait qu’à la sollicitation de son épouse; c’était Sara qui faisait en quelque manière les fonctions de paranymphe; cela ressemblait plus à des noces qu’à toute autre chose ; et l’on nous viendra dire qu’un tel mariage se consomma sur une pierre !
Ce conte serait bon à débiter s’il s’aissait d’un maître qui aurait eu peur e sa femme, et que cent raisons auraient obligé à faire son coup à la dérobée partout où il en aurait trouvé l’occasion, persuadé que s’il la laissait échapper pour attendre un meilleur gîte il ne la retrouverait peut-être de
(ai) C’eat-i-dire', de la manière que les gens font fait* aujourd'hui.
(sa* l.a mire des Machab/rt du h ton Jilt etj'rlle ta allait / trois ans. Il Machab. , enap .
y h. vt. 37.
(23} Morcri est de ce nombre.
sa vie. Quoi qu’il en soit , nous ap-
f>renons d'Euthymius Zigabenus que es Sarrasins honoraient et baisaient une pierre qu’ils nommaient Bràclithan , et que , quand on leur en demandait la raison, les uns répondaient que c’était à cause qu’Abranam avait connu Agar sur cette pierre ; les autres que c'était à cause qu’il y avait attaché son chameau en allant immoler Isaac (a4). Le même auteur dit que cette pierre était la tête de la statue de Vénus, la divinité que les anciens Ismaélites avaient adorée. Le formulaire des anathèmes que doi«T réciter un Sarrasin qui embrasse le christianisme conGrme tout ce que dit cetauteur;car il marque que cette pierre est une figure de Vénus (a5) , et que les Sarrasins en parlaient comme d’une chose qui avait servi à Abraham pour ce que dessus. Par occasion, je dirai que la pierre qui était adorée par les Arabes , et qu’ils prenaient pour le dieu Mars , était toute noire et toute brute : To fi x/ôoe »$■*
/UiheLt, ntrfxyenoc , etruyrotroç. Simulacruni aillent est lapis niger , quadratus , nullam Jiguram incisant habens ( aG) . Ridctis temporibus priscis Persas Jluvium coluisse... I>formem Arabas lapident (27). Maxime de Tyr, qui l’avait vue, dit seulement qu’elle était carrée (a8). La mère des dieux , que les Phrygiens adoraient avec un ''zèle tout particulier , n’était qu’une simple pierre , et ils ne donnèrent qu’une pierre aux ambassadeurs romains qui souhaitaient d’établir à Rome le culte de cette divinité : Is legatos comiler acceptas Pessinuntem in Phrygiam deduxit , sacrumque iis lapident qutm matrem Détint incoLe esse dicebant tradidit , ne deportare Ramant jussit (39). Quelque mauvaise que fût l’idolàtrie de ceux qui adorèrent la pierre dont Jacob fil un monument qu’il oignit et qu’il consacra à Dieu (3o) ,
(a4) Euthymiu» Zigabenus, in Panoplie, apud Vossium <)e ;OriB. I loi. , lib. II, cap. XX XI . et U. VI, cap. XXXIX.
Caî) ’ExTuvaj//* tÏc 'A^oJituc î^tir , effiftirm V rnrrit habere. Vossm» , <ie Origine fdololatrÎK, lib. II, cap. XXXI, pag. 467 , edit. Francofurt.
(16) Suidas, in ô*0Ç £tHÇ.
(37) Arnobiti*, lib. VI , pag. tq fi.
(38) Maxim. Tyriu» , D.ssert. XXXVIII , pas. 384.
(jçj\ I.irius . Hirtor. , lib. XXIX , cap. XI. (3o) Grnèae , XXVIII, *. ,8.
elle était plus tolérable que celle des Sarrasins ; car la pierre de Jacob lui avait servi de chevet pendant une nuit qu’il avait passée, pour
maèl (36). Cette dernière pierre est enfermée dans un coffre de fer. Ahmed Efm Y usef se vante de l’avoir vue et baisée , et d’y avoir bu de l’eau du
ainsi dire, avec Dieu , tant les songes puits Zanzam , et d’avoir pris garde et les visions qui l’occupèrent repré- que la trace du pied droit est plusensentèrent les choses célestes. Les Sa r- foncée que celle du gauche, et que rasins n’auraient osé en dire autant les doigts y sont aussi longs que ceux par rapport à leur prétendue pierre de la main (37). On cacha cette pierre d’Agar. Scaliger a ramassé une éru- dans une des montagnes de la Mecdit ion très- curieuse touchant cette que lorsque les karmatiens firent mille pierre de Jacob (3i) $ mais ce que le profanations dans le temple , et en ensavant Pocock a dit touchant celle que levèrent la pierre noire (38). Or, puisles Sarrasins honoraient n’est pas que Euthymius et le Catéchisme a l’umoins considérable. J’en vais rappor- sage des Sarrasins convertis remarier quelque chose. quent que la pierre sur laquelle on
(K) Qu'un rapport très-cloigné en- prétendait qu'Abraham avait eu aftre Jigaret cette pierre. ] Pour savoir faire avec Agar , ou à laquelle il avait exactement leur religion là-dessus , il lié le chameau , était au milieu de l’ofaut consulter Pocock (3a). La pierre ratoire , in medio owot/ aïe *ûx*t j noire qu’üs vénèrent est au temple n’est point de la pierre noire qu’il de la Mecque , à l’un des coins, à deux faut entendre cela , car elle est fichée coudées et un tiers de “terre. Ils sup- dans un coin du temple : mais de la posent que c’était l’une des pierres pierre où se voit la trace des pieds
Srécieuses du paradis , et qu’elle en d’Abraham. De plus , encore qu’auescendit avec Adam ; qu’elle y fut cun écrivain arabe ne disje que la
iv iiuam « j » v» « tsVIU vvl l V ui kj rtiaiM. un
reportée au temps du déluge $ .qu’elle raison pourquoi çn vénère cette pierfut renvoyée au monde lorsque Abra- re est qu’elle a fourni à ce patriarche hatn bâtissait le temple $ et que ce fut les usages dont Euthymius a parlé , il l’ange Gabriel qui la mit entre les est à croire que la tradition rapportée
par Euthymius regarde plutôt la pierre où les "pieds d’Abraham sont imprimés que la pierre noire ; d’où For
ange UaDriel qui mains de cet architecte (33). Elle avait été au commencement plus blanche que la neige , et plus brillante que le soleil ; mais elle devint noire pour
doit conclure deux choses : i°. Qu'Eu -
avoir été touchée par une femme qui thymius et le catéchiste des Sarrasins avait ses mois. D’autres disent que les n’ont guère connu distinctement les
péchés des hommes lui firent perdre sa blancheur et son édat i dutilrcs avouent qu’on l’a salie à force de la baiser et de la toucher. Ce que saint Jean Damascène et Euthymius assu-
erreurs
de
ces
?ar ra
pport
gens-là , p
au culte des pierres -, a°. Que les écri vains arabes ne reconnaissent point de rapport prochain et direct entre Agar et la vénérable pierre de la Mecrent , qu’on y a gravé une tète qiii est que. Agar n’y a que voir, qn’en tant celle de Vénus , serait fort difficile à qu’ Abraham y posa ses pieds , pen * prouver par les livres des Arabes. Il dant que la femme d’Ismaël lui lavait y a une autre pierre qu’ils estiment la tète. Il y a une troisième pierre sacrée , et sur laquelle ils prétendent considérable à la Mecque : elle est que se voit une figure ; mais c’est une blanche , et passe pour être le sépulfigure de pied , et non pas une figure cre d’Ismaël ; elle est dans une espèce de tête : c’est la trace aes pieds a A- de panffeet , proche les fondemens du braharaquis’appuyaitsurccttepierre, temple. De toutes ces choses , on peut ou en bâtissant le temple (3$) , ou pen- recueillir
qu'il est très-facile de tromdant que sa bru (35) lui lavait la tête per l’homme en matière de religion , lorsqu’il eut été faire une visite à 1s- et très-difficile de l’y détromper. Il
aime ses préjugés , et il trouve des conducteurs qui le favorisent là-dedans et qui disent dans leur âme :
(3 1> Seâlîjî Animed*. ia Eu»eb. , num. *i 5o. (in) Porockii Noue ta Spcejraioe Hitlorur, Aral»., pag. *ll et teq.
4 3 J) ri)/n la remarqua (F) de l'article A»*t>
OA) Ex AbulfedA.
(ii) ta J triunf d' tintait
Ex Ahmed F.ba Yu*ef , et Safiodmo (3-) Ahmed Ebn Yiucf. in Vill ttmaelis. (38; Vajtn l'article AtoititANeii.
248 AGATHON
Quandnqnidem pnpulus ouït de dpi , decipintur. Ils v trouvent leur compte, et quant è l’autorité , et quant au rofit : les plus désintéressés appréendent, lorsque la maladie est invétérée , que le remède ne fût pire que le mal. Ceux-ci n’osent guérir la plaie: les autres ne la voudraient pas guérir. C’est ainsi que l’abus se perpétue :
les malhonnêtes gens le protègent j les honnêtes gens le tolèrent.
AGATHON , poëte tragique et poète comique (A) , disciple de Prodicus (a) et de Socrate îo) , est fort célèbre par sa beauté dans les Dialogues de Platon (c) , où d’ailleurs on lui attribue un bon naturel (cf). H yn quelques auteurs qui rapportent qu’il était fort honnête homme, et que sa table était magnifique (<?;. Ils se fondent peut-être sur les festins qu’il donna après que Sji première tragédie eut remporté la victoire ( f ), et qu’il eut été couronné en pré- . sence de plus de trente mille hommes 'g, , l’an 4 de la 90e. olympiade (h). Platon suppose que les discours qu’il raconte sur la nature de l’amour, dans l’un de ses
livres (/) , furent tenus le jour d’après ce couronnement, au second festin qu’Agatlion donna.
Les pièces de ce poète étaient si remplies d’antithèses , qu’il dit un jour à un homme qui les en
(a) Vide inter Pial on is opéra ejus Dialogurn , cui titulus Protagoras , pag. 220.
(b; SchoLiastcs Amtophanis iu Ranas , act. /, scen. II.
(C; Pl.no in Protagorâ , pag. 90, et in Convivio , pag. 1173.
( d) Plato 1 n ProUfforâ , pag. 220.
(e) ’A} «Soc toi Tp&Toy Ksti jui T f> àdriÇen Xstjurpç. Moribus bonis , et mensd lautus. Scholiast. Ariütoph. in Ranas, act. I, sc. II. Voyez aussi Suidas in A} at5»y.
(y) Plato in Convivio . init .pag. W)l\.
(g) Id. ibid. . pag. 1 176.
(h) Voyez Ailicnée, lia. V , pag. 21J ; et Casaul>ou. sur Athén. , pag. 379.
(» Dans son Coovivium.
voulait ôter : J^ous ne prenez pas garde que vous arrachez Aga thon à Agathon ( k ). Il fut le mignon de Pausanias le Céramien , et il le suivit à la cour d’Archelaüs j roi de Macédoine II se brouillait souvent avec lui ; mais c’était afin de lui procurer par la réconciliation un plaisir plus vif.
C’est ainsi qu’il s’en expliqua à ce prince, qui lui demandait la cause de leurs fréquentes querelles , comme nous l’apprenons d’Élien , au chapitre XXI du second livre de son Histoire diverse. J’ai dit ailleurs (m) ce que l’on conte de la passion d’Euripide pour Agathon. La réponse ae celui-là est mal rapportée dans les dictionnaires historiques (B). 11 semble que le. scoliaste d’Aristophane nous apprenne qu’ Agathon mourut à la cour d’Arclielaüs (C) : et l’on pourrait conclure des paroles d’Aristophane qu’il ne vivait plus lorsque la comédie des Grenouilles fut jouée (D) , c’est-àdire , l’an 3 de la 93e. olympiade (n). Il ne nous reste d’Agathon que ce qu’on en trouve dans Aristote , dans Athénée , etc. , qui l’avaient cité. Ce sont d’assez belles sentences, et qui confirment ce que l’on a dit ae sa passion pour les antithèses (E). J’en rapporterai un exemple oii l’on verra une maxime de très-bon sens sur la tromperie des apparences (F).
(b) Ælian Var. Histor. , lib. XIV , cap. XIII. Voyez aussi Athénée , lib. V , p. 187
(/) Plato in Protagorâ, pag. 220 ; Athen., lib. V , pag. 216; Maximus Tyriu», Sermon. X, pag. 106 ; Ælüni Var. Hut., lib. II, cap. XXI.
(m) Dans la remarque (O) de l’article Euripide. Voyez aussi Scholiast. in Ranas Aristophaim , act. I,seen. II.
(n) Voyez Samuel. Petili Misccll. , lib. I . cap. XIV , pag. 5o.
AGATHON
Aristophane le satirise beaucoup du côté des mœurs dans Tune de ses comédies ( o ). Je crois que nous le d&ons distinguer de cet Agathon que le philosophe Platon aima tendrement (G). La faute de Budé fut sans doute volontaire lorsqu’il dit, dans le chapitre XXV de l’Institution du Prince, qu’Euripide, à la table d’Archelaüs , baisa une dame qui avait nom la belle Agathe.
(o) In Thesmophoriasutis.
(A) Poète tragique , et poêle comi-
Ee. ] Personne ne doute qu’il n’ait it des tragédies : il suffit donc de prouver qu'il a fait des comédies. J'ai a citer là-dessus le scoliaste d’Aristophane sur la IIe. scène du Ier. acte des Grenouilles. Ovrot è 'Ayiôesv xm- /AuSon-oiOçrot/^stxfsLrovç MkaxÔMo. Hic Agathon comicus , Socrate docente. Notez qu’il parle du même poète qui est l’un des interlocuteurs de Platon dans le Festin , et qui très-certainement composa des tragédies. Je cite aussi ces paroles de Philostrate , K*i 'Ayâôott St o vît vpctyotS'IeLt tooitxc * ov * xapetSUt avqôi vt Kcti x<t\Kitnî of/t , croxxatfcoi/ vétr i&pÇticcv TopyiaÇu (i). Knimvero etiam Agatho tragicus , quem comeedia sapientem et elegantem a g no fit , in ïambis suis sœpè Gorgiœ stylum imitatur. Je sais bien que ces paroles peuvent signifier qu’on le loua dans les comédies; mais elles peuvent aussi être prises en ce sens: c’est qu’il fit paraître son habileté et son élégance dans les comédies qu’il composa. ^ Un docte critique conjecture que c’est en faveur de notre Agathon que Socraie dit qu'il appartient à un même homme de composer des tragédies et des comédies ; et que si quelqu’un nossède l’art des tragédies , il est dès Jà poète comique (a) T&<7 <tùvoû Jtr/fOC tireti xapjUûtSiur kcli VfttytaJtctt tiriç-a.<rôxt voiw, xai tôt vfa^uSo-
a-oiè» crT«t xai xtspm^vrroio'i «o<ti (3;. Hjusdem viri ojficiunt esse tragœdiam comœdiamque cornponere , eumque qui
i) Pliilojtr. de VîU* Soubitt. , h b. I.
7) Kohniiu, in Æliani Var. Hutor. , lib. II eap. XXI t pa*, 104.
(3) Plato tn Convivio , in fin* , pag. *307.
arte tragicus est , este quoque comi cunt. Je trouve assez vraisemblable que l’on multiplie les êtres sans nécessité lorsqu’on nous donne un Agathon poète comique , différent dn nôtre. C’est ce qu’ont fait Vossius (4) . Moréri , Hofman , etc.
(B) La réponse d’Euripide est mal rapportée dans les dictionnaires historiques. ] Je la donne ailleurs (5) comme elle doit être : la voici dans un
frand désordre : Agatho philosnphus y-thagoricus , Jrequens aniithetis , adhibitus quondam convivio ab Archelao Rege , cujus erat familiarisaivuis , inter rogatusque ab eo , cùmjam eiset annorum octoginta , si robur adhuc ullum servaret? « Sanè , inquit , » non solùm ver , sed autumnus solet » bona et prosperitatem adfcrre (6), >»
Comptons les fautes. i°.L’Agathon qui aimait les antithèses , et qui fut à la cour d’Arcbelaüs , n’était point pythagoricien. a°. Il 11’avait qu’environ quarante ans lorsque Archelaüs donna heu à la répouse dont il s’agit (7).
3°. Ce ne fut point Agathon , mais Euripide qui fit la réponse. 4°. La question ne roulait point sur la force, mais sur la beauté ; et la réponse ne roulait pas sur les biens de la fortune. 5°. Ce serait une absurdité que de
5 rendre pour l’automne de la vie l’Age c quatre-vingts ans. 6°. Je ne pense
S oint qu’aucun philosophe de la secte e Pythagore se soit nommé Agathon.
1 ontes ces fautes de Charles Etienne se rencontrent dans la seconde édition de Lloyd , et l’on y voit même plus exactement marqué le prétendu témoignage d’Elien (8). Cette exactitude nuit à l’auteur ; car , puisqu’il n'ignorait pas en quel chapitre se pouvait trouver la chose , il est. plus inexcusable d’avoir copié tous les mensonges du dictionnaire qu’il corrigeait.
M. Hofman l’a suivi lettre pour lettre, et a distingué de cet Agathon celui qui alla à la cour d’Archclaüs. M. Moréri a parlé aussi d’un Agathon philosophe pythagoricien , qui , à l’âge de quatre-vingts ans , répondit à ce rao-
(4) Voiiin», de Poeti* GrxcU, Pag. 3t), 5o.
(5) Dans la remarque (O) de l'article Eoat-
mi.
(6) Carolui Stephana* in voce Koatho, p. un,
(7) P remarque (O) de rarticle K Datât d*.
(8) Ælian. Var. H»»tor. , lib. XIII , sa p. IV , Llojd, voce Aoatxq.
a5o AGATHON.
n arque que l’automne donne des fleurs et des fruits aussi-bien que le printemps.il parle ensuite d’Agathon poète tragique, et d’Agathon poëtecomique.
(C) Qu Agathon mourut h la cour d’Archclaiis.'] ’Ae;£iXct» t» Camxi? fxi- Xpt tixiütïc ptrù i xx»» flroxxâ» «/»»» <* MatxecTov/ot (9) : c’est-à-dire , il demeura avec plusieurs autres dans la Macédoine auprès du roi Archelaiïs jusqu’à sa mort. Cela peut signifier , ou jusqu’à la mort d’Archelaüs , ou jusqu’à la mort d’Agathon. C’est pourquoi je ne donne point ces paroles comme une preuve certaine.
(D) Qu’il ne vivait plus lorsque la comédie des Grenouilles fut jouée. 3 Nous y trouvons ces trois vers :
H P. ’Ayx <Ji tov’ç'IT A I. arroxirrii [x otTW^tTati ,
’AyaSot itouitÀç, xtu îtoSiitoc to Tf ql- X0I(.
H P. IIo» yüç 0 TXÎtywa» ; A I. iç paev iùe»xJ“.v ( to).
Ht. Vbi verts est Agatho ? B*. Reliquit me, et abiit ,
Bonus poêla , et a mi ci. t optatif s imut.
Ht. Quà abiit miser ? Ba. Ad bealorum convivium.
(E) Qui confirment, ce que l’on a dit de sa passion pour les antithèses, 3 M. Kuhnius a rapporté trois sentences d’Agathon dans la vue de faire sentir ce goût (n). Les deux premières ont e'té citées par Aristote , et l’autre par Athénée. Le sens de celle-ci est : Si je vous dis la vérité , je ne vous plairai point ; et si je vous plais, je ne vous dirai pas la vérité (la). Celles qu’ Aristote allègue signifient , l’une , que la seule chose qui est impossible à Dieu , est de faire que ce qui a été fait n'ait été fait (ï3) : l’autre , que la fortune aime l’art , et que l’art aime la fortune (14.) Vossius s’est imaginé que cette dernière sentence est d’Agathon le comique (i5) ; mais il eût mieux fait de la donner au tragique et de prendre garde que l'esprit d’antithèse la lui aajuge. Je dis ceci, sa us prétendre
(9) Sctiol. Aristoph. in Ran. , act. I, seen. II.
(10) Arislophan. in Ranis, act. I , scen. II , vs. (fi.
(it) Gwltini antühr lorum Agathonis dare potsumut. Kuhnius in Æliani , lio. XIV , cap. XIII, pag. 735.
(12) Àtben. , lib. V , cap. XIII , pag. an.
(13) Ariu. Elbic. F.udemior. , lib. V , cap. II , pag. 182.
(»4) là. ibid. , cap. IV, pag. 18?.
(i5) Vouius, de Poétis Grsrcis , pag. 5g.
qu’il soit certain qu’Âgathon poctu tragique diffère d’Agathon poète comique. M. Moréri, selon sa coutume , a copié Vossius. Je m’éttmne que Al.
Kuhnius n’ait pas allégué Ceci :
To [xii iriptpy ov Spyov eiç xoioû/xt^ et ,
To f' Scy 0» aiç viftpy 0» *X7ro»o Cjut- Qcl (! 6).
Operis loco ducimut accessorium,
El in opéré taUtgunus ut accessorio,
(E) Uns, maxime de très-bon sens sur la tromperie des apparences. ] Agathon observe qu’il est vraisemblable que plusieurs choses arrivent qui ne sont pas vraisemblables. Eixo; yhtvQctt flroXXat x*i ‘Tetpà. to »ixoç. Ÿ crisimile est et multa fari prêter verisimile. C’est ainsi que Vossius rapporte cette sentence , et il observe qu’ Aristote l'a alléguée en plus d’un endroit (17). Voici de quelle manière ce grand philosophe l’a citée dans le chapitre XXIV du 11e. livre de sa Rhétorique.
IdiX, Têt HKOÇ CLUTO TOUT tlTÆlAe^GI,
B^otoio-» woXXcc 'TvyXÔ.vtiv ©i/x «»xô-
Tat (18).
Fortassi aliquit verisimile id ipsum esse disent ,
Mortalibus multa ev entre non verisimilia.
On peut comparer à cette maxime cel^ ae saint Bernard : Ordinatissimum est , minus interdUrn ordinale Jieri (19) : c’est-à-dire , il est toul-hfait de l’ordre que de temps en temps il se fasse quelque chose contre l’ordre. M. de Balzac rapporte si mal cette pensée d’ Agathon , qu'il fait d’une très-belle maxime un mensonge affreux. Combien que les affaires du monde , dit-il (ao) , changent qucUjucfois de cours , prenant un autre chemin que le leur accoustumé , et que cela seulement soit vraisemblable , ainsi que disoit Agathon , que beaucoup de choses arrivent contre la vraisemblance; toutes fois , communément par lant , semblables entreprises produisent semblables événemens . L’adverbe seulement produit là un monstre ; et , si c’était une faute d’impression (a 1 ), je
fi6l Agalh. apud Athro. , lib. V, inilio.
(17) Vossins, Institut. Poetic. , lib. I. p. 16.
(18) Ae*th. apud Arist. Rhetoric. , lib. II, ca XXIV , pag. 448.
( ig) Berna rdi Episl. CCLXXVI adKagen. III.
(20) Balzac, dant son Prince , nunt. «4* , pag , «oo Édit, de Rouen, rn iü3a , in- 4.
(il) Seulement, au lieu de sûrement. Notez qu\l j a des gasconismes ou seulement signifie
AGATHON
«n’étonneraisqu'iin correcteur d'imprimerie n’en eût pas etc épouvanté. Car qu’y a-t-il de plus énorme que de soutenir qu’il n’est jamais vraisemblable qu'une chose arrive conformément à la vraisemblance ? Voilà le bel axiome que l’on prête à notre Agathon dans * le Prince de Balzac ; mais la suite du discours témoigne que si la pensée de ce poète a été gâtée sur le papier , elle ne l’a nas été dans l’esprit de l'écrivain : il est sftr que Balzac a voulu dire avec Agathon , que cela même est vraisemblable , que beaucoup Je choses arrivent contre la vrai semblante. Euripide trouvait si beau cet aphorisme , qu’il l'a répété cinq fois ; car , dit H. Costar (aa) . il a fini sa Médée , son Alceste , son Androma que , ses Bacchiques et son Hélène par cette sentence (*) : « Les dieux se s» jouent de la prévoyance des hom- » mes , et trompent également leurs » espérances et leurs craintes. Ils dé- » tournent quelquefois des ésénemens 3> que tout le monde attendait; et, ou- » vrant des passages et des chemins » inconnus , font réussir des desseins » apparemment impossibles. » Sénèque s’est très-bien servi de cette pensée pour rassurer Ceux qui s’étonnent des approches apparentes et très-probables de la mauvaise fortune : Combien de choses , dit-il , sont arrivées que personne ri attendait ; combien d’autres riant jamais paru , quoique tout le monde les attendu? U riy a rien de si assuré parmi celles que Von redoute , qu'il ne soit encore pins certain que nos craintes et nos espérances riant quelquefois aucune suite. Les paroles de Sénèque ont plus de force , il vaut mieux les copier î erisimile est aliquid futurum mali ? Non slatim verunt est . Quant mut ta non exspec lata venerunt , quant mutin cxspcctata nunqu'am cnmparuerunt !... multa interveniunt quibus vicinum periculum vel propc athnntum , aut subsistât , aut desinattautmal ienum ca put transeat...
hahet etiam main fortuna levitntem t fartasse erit , fartas sè non crit. Intérim
intac. Voy n tet Rrratrqat» de Yaugel»», tom. //', pag. iSo.
(■»■*} r«ur, «uilr <ie la Défcone de Voiture, pag. 143»;.
f*) IT &>.>.«. J' àt>.TT&( x.frivt>uct Qui. Kl** IstuAirr ôé» «TixfrOs f dJl- TbfM suffi- Ôîîf.
dum non est meliora propone.... nihil tam certum est ex his quœ timentur , ut non certius sit etformidata subsidere , et sperata deciperc (a3). Le cardinal Pallavicin s’est fort emporté contre Era-Paolo , qui a pris la réception de la doctrine de Zuingle par les cantons évangéliques , comme une preuve manifeste qu’une cause plus relevée que Zuingle s’était mêlée là -dedans. Je laisse là les réflexions du Pallaviéin ; mais je copie ce qu’il emprunte d’Aristote , qu’il arrive quelquefois que les choses les plus probables sont fausses ; car , si elles étaient toujours séparées de la'- fausseté , elles seraient certaines, et non pas probables. Vous allez voir qu’on se fonde sur cette maxime pour accuser de témérité et de présomption ceux qui se mêlent de juger de la providence de Dieu. Un tel est chrétien et dévot ; donc il est prédestiné au salut : un tel est mahoraétan et scélérat ; donc il est prédestiné à la damnation. Conséqueuccs téméraires, puisqu'elles trompent quelquefois. C’est le cardinal Pallavicin qui le remarque; voici le passage tout entier: Per tanto chi ascrive le pros perita délia miglior causa ad una volonté che Dio habbia di farla stabil mente prevalere alla rea ; discorre con pieth probabile e saggia : quantunque talora s’inganni , secondo Vinsegnamento del filosofo : che tatvolla il pi u probabile i falso , percioche se da fat sttafosse esenle , non s aria probabile, ma certo . E se basta il potersi ingan tiare accioche ogni giudicio , quantun que dubitative délia Providenza divi na chiantis i presontuoso ; chiamerassi presontuoso chiunquc dalC haverlo Dio fatto nascere fra' Cristiani e viver divotamente , prende conghiettura che l habbia destinato alla vita eterna ; e ’l contrario s’awisa di chi nacque Sara ce no e vive scelerato : essendo mani- Jesto poter suocedere che il primo si danni , c 7 secondo si salvi (a4)*
Non-seulement les médecins doivent profiter de la sentence d’ Agathon , mais aussi les nouvellistes. Un professeur de Leipsick exhorte les médecins a ne parler qu'avec beaucoup de précaution , s'ils veulent faire honneur à la médecine. Il veut qu’ils ne promet
(a3) Seneta , Fpist. XX JF , pag. 187.
(*4) Patlaricioi, Infor, itcl Concilio, lil . 111% i„P. FUI, pag. 3o3.
252 ÀGAT
tant point trop y qu'ils n’épouvantent pas aussi excessivement , et qu’ils parlent toujours conditionnellement y et avec un peut-être (a5). Tout cela , en vertu de la maxime de Sénèque , qu’on a vue ci-dessus. On peut donner un semblable avis aux grands raisonneurs sur les nouvelles : je parle des raisonneurs qui ont beaucoup de saacite et beaucoup de jugement. Ils evinent juste en mille occasions : il leur arrive cent fois l’année de n’avoir pas lien de se repentir du ton décisif avec lequel ils se sont moqués des espérances ou des menaces des gazetiers.
Cela les rend plus hardis à rejeter magistralement toutes les nouvelles
3ui choquent la vraisemblance; mais s s’y échaudent quelquefois : car l’événement confirme en quelques rencontres les nouvelles les plus impertinentes et les plus extravagantes qui se puissent débiter, et qu’ils avaient condamnées comme des chimères ou comme des démarches incompatibles avec la sagesso qui a tant paru dans le conseil d’un état. Cette règle se dément ; elle attrape les raisonneurs qui s’y fient trop. Il est donc de la prudence d’aller un peu bride en main , èt de ne pas prononcer des arrêts définitifs, sous prétexte que l’on a pour soi les apparences les plus plausibles.
Mais si, même dans ce cas là , il est juste de ne point faire le dictateur .
quel blâme ne méritent pas ceux qui se mêlent de promettre , contre toutes les apparences , les plus grands succès , et de publier ces promesses comme fondées sur l’Apocalypse?
(G) Cet y/gathon, que le philosophe Platon aima tendrement Ce philosophe fit un distique tout-à-fait tendre et si plein de sens , qu’un poète latin y trouva de la matière pourdix-sept vers. Rapportons ici tout un chapitre d’Aulu-Gelle (a6) : Celebrantur duo isti grceci versiculi , multorumque doctorum hominum memorid dignantur , uod sini lepidissimi et venustissimœ revitatis. IVcque adeo pnuci sunt veteres scriplores , qui cos Platonis esse philosophi affirmant y quibus ille adolescens lusent , quùm tragœdiis quo-
(a5) Bibliotbéqnr Universelle , tom. XIV , pag. do, 81 , dans l’extrait de* Mucellanei curie»! Medica de Chri»tiaaui Langiua.
(*6; Le XIe. du XIXe. livre.
que eodem tempore f attendis prœlu deret :
Tàv ■\vXsSy 'A ytâacya. , »7r/ £u-
xia-iv ix£or.
vHxô« yeu « oîç «h*Cs<ro/ui-
Poe distichon amicus meus ovk ipoum adolescent in plures versiculos licen tiiis liberiusque vertit ; qui quoniam mihi quidem visi sunt non esse me moratu indigni , subdidi.
Dum semihulco savio Meum puellum savior ;
Dulcemqur Jlortm spiritds Duco ex aperto Iramile :
A ru mu la eegra et saucia Cucurrit ad labiat mihi ,
Pictnmque in oris pervium ,
Et labra Jiueri mu l lia -y fitmala ilineri transitas ,
L’t transiliret rutitur.
Tum si morte quid plus culte Fuis sel in esxtu osculi t Amoris igni per cita Traruissety et me linquerel:
Et mira prorsum res foret y Vt ad me fierem moituut ,
Ad puerum al iiiliss vtverem.
Notez que Platon n’était âgé que de quatorze ans lorsque notre poète Agatnon remporta le prix de la tragédie (a8): il n’y a donc pas beaucoup a’apparencc qu’il ait soupiré pour lui : ce fut pour un Agathon beaucoup plus jeune.
(»") Note* que Diogëoe Laërce , I«V. III, num. 3a, en rapportant ces deux vers grecs, dit qu'ils furent faits par Platon , pour Isathon. On les a traduits ainsi dans l’édition grecqut-laline de Biogène Laèrce :
Suivis dan» Agalhoni , a ni marri ipse in labra tenebam :
-PF.gra etenim properan» tanquàm abilura fuit.
(a 8) Atben. , lib. V , cap. XVIII , p. 317.
AGÉSILAÜS , premier du nom , roi de Sparte , succéda à son père Doryssus , qui était le cinquième roi depuis Eurysthènes. Le règne de cet A^ésilaüs a été fort long (A), et néanmoins il ne fournit presque rien à un auteur. Les histoires de ces temps si reculés (a) ne se sont pas conservées. Pausanias ne devait pas
(rt; Le règne (P Agé silaüs commence T an du monde 2993 , selon Helvicun , 2^ an> aPrve la mort de Salomon.
AGÉSI
dire que Lycurgue ait donné des lois à Lacédémone (B) sous ce règne (b). Charles Étienne, Lloyd et Hofman confondent cet Agésilalis avec Agésilaüs II : car Lis disent de ce dernier qu’il fut le sixième roi de Lacédémone.
(b) Patuan. , lib. III , pag. 82.
(A) Son règne a été fort long."] En disant cela , je dëfère plus à l’autorité d'Eu.'cbequ’à celle de Pausanias. Celui-ci assure que Doryssus et son fils Agésilaüs n’ont fait que se montrer sur le trône : A' oxiyou o-qâii to Xpteli iirixaCti àptqo'ripeuç. Mon brcv\ ulrurnque oppressit (1); mais Eusèbc les fait régner soixante-treize ans : il donne vingt-neuf ans au rëçne du père, et quarante-quatre au régné du fils. Calvisius cite Pausanias pour cette durée : c’est bien choisir ses témoins.
(B.) Que Lycurgue ait donné des lois à Lacédémone .] Mcursius prouve dans ses Antiquités de Lacédémone, que Lycurgue publia ses lois l’an trentième d’Arcbelaüs, fils et successeur d’ Agésilaüs. *
(1) Pauian. , lib. III , pag. 8a.
AGÉSILAÜS , second du nom , roi des Lacédémoniens, était fils d’Archidamus. Il avait peut-être assez d’ambition pour souhaiter de régner à l’exclusion d’Agis, son frère aîné; mais, quoi qu’il en soit, on ne s’aperçut qu’après la mort d’Agis qu’il eût envie que, pour l’amour de lui , on troublât l’ordre de la succession. Cette envie eut tout le succès qu’il pouvait attendre; car on fit l’injustice à Léotychide ( A) , fils d’Agis , de l’exclure de la couronne, en faveur d’ Agésilaüs (a). Celui-ci répara , par un grand nombre de belles actions, ce qu’il y eut d’irrégulier daus cette première démarche; et tout petit qu’il était,
(a) Ceci arriva , selon Cal t «sms , l’an 3 de la p5V Olympiade.