‹ Dictionnaire historique et critiqueChapitre 66 sur 134 · POLIS · texte numérisé non relu

POLIS

à M. Moréri (E). Agcsilaüs ne fut point aise de cette perte, comme on l’aurait cru (F) : il en pleura , et en eut un long regret , à ce que dit Xénophon ( p ). Notez qu’Agésipolis ne laissa point de postérité {q) , et que Cleombrotus, son frère et son successeur, fut jpère d’AcÉsiPous II (r), qui ne régna qu’un an ( s ), et de qui les apophthegmes ont été lus mémorables que les actions, ersonne ne parle de celles-ci, et l’on trouve dans Plutarque (/) un petit recueil de ceux-là.

(p) Voyez la remarque (F) .

(q) Pausan., lib. II, pap. 86.

(r) Pausan. , lib. II , pop. 86.

(s) Diod. , lib. XV, cap. LX.

(I) Plut in Apophlh. Lacon.,p<r^. 2i5.

(A) Si le sentiment d’Apollon serait conforme a celui Je Jupiter ] Recueillons de ceci une vérité qui estd'ailleur? assez manifeste ; c’est que la religion des païens était fondée sur des idées de Dieu aussi fausses que l'athéisme.

Je ne parle point des sentimens du commun peuple ; je ne parle point de l’abus de quelques particuliers , je

fiarle du culte public pratiqué par es personnes les plus éminentes, et soutenu par la majesté de fétat. Voici un roi de Lacédémone qui , après les sacrifices que l’on offrait solennellement , et comme des préliminaires d une expédition (1), et après même la réponse favorable du plus grand des dieux , va consulter une autre divinité , incertain si elle réfutera on si elle confirmera cette réponse- Il croyait donc que les décisions de Jupiter n’étaient pas telles que l’on pût toujours les suivre en sûreté de conscience, et il supposait que les lumières d’Apollon n’étaient pas toujours conformes à celles de Jupiter. N'étaitce pas croire que tous les dieux, sans

(1) tjÎ S'tuCttr Mf tac. ttr»

iytv i<ro, èvraiv eiç t»» ’0>.upi7rittç X f*~

YOC* Quiim pro felici tiansitn sa cri - Jicdssety Ohmpuuu. oracutum consultant r prefitiscitur. Xcuoph. de Gesti* Or*c. , lib. IV, p. 3n,

ÀGÉSIPOLIS. *63

exception du plus grand , étaient bornés dans leurs connaissances, et que d’eux aux hommes il n’y avait que la diflérence du plus au moins ?

Le tôt capila tôt sensus , autant Je senti me ns que Je télés, avait lieu , selon cela , dans le ciel à peu près comme sur la terre. On consultait Jupiter comme l'on consulte le plus fameux avocat d’un parlement lorsqu’on a dessein de s’engager à un procès. La réponse de cet avocat n’assure pas les laideurs prudens : ils sont bien aises 'avoir l'avis de quelques autres jurisconsultes ; et il y a tel homme qui fait consulter son affaire dans toutes les cours du royaume aux plus habiles docteurs. Les païens en usaient ainsi à l’égard de leurs oracles; ils en consultaient plusieurs sur les memes cas . afin de voir si les dieux se contrediraient les uns les autres , et afin de prendre mieux leurs mesures par la comparaison des réponses. Ainsi leurs dieux étaient aussi chimériques que la divinité de Spinoza; car il est aussi impossible qu’une nature bornée soit Dieu , qu’il est impossible que le monde soit l’Etre suprême qui gouverne toutes choses par une sage providence. Confirmons ce que j’avance sur la fausse idée que les païens se formaient de Dieu. Ils n’étaient point scandalisés du sort différent qu’avaient les victimes. Celles qu'on offrait à une divinité faisaient espérer, pendant que celles que l’on offrait à une autre faisaient craindre. Apollon et Diane, enfans jumeaux de Jupiter, se contredisaient quelquefois: le frère rejetait une victime; la sœur l’admettait. Le paganisme ne trouvait rien là de scandaleux : il cftt bien voulu plus de concorde dans les promesses du bien ; mais enfin il ne croyait pas que la nature divine donnât l’exclusion à l'ignorance, au caprice, à la discorde; il acquiesçait donc à cela comme à des effets inévitables de la nature des choses. Ne croyez pas que les objections de Cicéron aient dessillé les yeux à beaucoup de gens.

Ç)ui<l quiun pluribus diis immola tur , qui tanJvm evenit ut litetur aliis , aliis non litetur ? Quœ autem inconstantia Jeorunt est , ut printis mincnlur extis , benè promittant secun- Jis ? Aut tanta inter eos d:ssensio , sivpc etiam inter proximos , ut Apol-

linis ex ta bona sint , Diancc non bo nu (a) ?

Un auteur moderne s’est servi de cette conduite de notre Agésipolis pour faire voir que par rapport aux oracles le plus grand des dieux du paganisme ne conservait point son avantage ni sa supériorité. Les oracles Je Jupiter , dit-il (3), tels qu’esloient ceux Je Trophonius , Je DoJone et Je Hammon , n’ avaient pas tant Je crc- Jit que celui Je Delphes... car , ni en Jurée , ni en estime , ils n’ont jamais égalé ce dernier, lït cela se prouve , outre le consentement Je la plus part des auteurs qui en ont parle , par ce que rapporte Xénophon Je Agésipolis (*), qui , après avoir consulté. Jupiter olympien et reçu sa réponse , fut h Delphes trouver Apollon , lui demandant, comme a un juge Je dernier ressort , s’il estoil du mesme avis que son père. Aristote attribue cette espèce Je raillerie dévote a un Hégésippus , au second livre de ses Rhétoriques. Ce passage fournit la matière de deux notes.

La première est que les idées de l’église gallicane touchant le concile, et sur le pape , parlant même ex cathedra , peuvent être comparées à celles du paganisme touchant les oracles de Jupiter et celui de Delphes. Le Jupiter olympien , répondant à une question , trouvait dans l’esprit des peuples beaucoup de respect; on rendait bien des hommages a son autorité ; mais enfin son jugement , quand même il aurait été rendu ex cathedrâ , ou plutôt ex tripode , ne passait pas pour irréformabie ; voilà le pape de l’église gallicane. L’Apollon de Delphes était le juge de dernier ressort : voilà le concile. Ma deuxième note est qu’Agésipolis y procéda tout de bon : il n’y eut point dans son fait une raillerie dévote. Pour ce qui est d’Hégésippus, je n’en réponds point. 11 fut peut-être assez malin pour vouloir tendre des pièges aux oracles, afin de les insulter s’ils ne s’entre-accordaient pas. C’est une honte, aurait-il pu dire, que vous répondiez le oui et le aon.’HywViTToç iy A|X^o7( iTMidret ÔtOV, KiXp»y.t10t Xponpot ‘OxvjuriATri , ti ctùrù rttvrx «foxi» étrtp ru -rctrpiy ûç alr^pos 9V TotvatVTix

(a) Cicero , dr Divinal. , Itb. lï , cap. 38.

(3) La Mollif-lc-Vayer, Lcltrc CVI, font. XT.

pou 44‘J-

(*) /.(A. IV Iܫt3riar.

AGÉSIPOLIS.

#èr*îr (4). Hegesippus Delpliis interrogabal Dcum , < üm accepisset priiis oraculum Ofympiœ , num ipsi eadem vidercntur quœ pab i, quasi turpe esset contraria dicere. Si notre Agésipolis avait eu un mauvais dessein contre Apollon , à lfezemple de ce malin personnage dont Esope a fait l’histoire (5) , il y aurait etc attrape'; car la réponse de Delphes fut semblable à celle d’OIvmpe.

(li) L’es pédient dont U se servit est trop curieux pour nétre pas rapporté .] Il boucha le cours de la rivière qui passait par le milieu de la ville : cela causa une inondation qui affaiblit de telle sorte Icsfondemcns des maisons et des murailles, que les habitais craignirent cju’elles ne tombassent; et comme ils virent que , si uuelque pau de muraille se renversait, leur ville serait emportée d'assaut, ils capitulèrent. Ils n’obtinrent que des conditions très-dures ; car on les força d’aller demeurer à la campagne , divisés en quatre cantons, et l’ou démantela leur ville : on aurait puni de mort leurs magistrats si le père d’Agésipolis n’eût intercédé pour eux (G). Xénophon , qui narre toutes ces choses , ne touene point une circonstance que Pausanias rapporte. Agésipolis détourna vers les murailles de la ville le cours de la rivière. Or la bricjue de ces murailles n’étant pas cuite se fondait dans l’eau comme la cire se fond par la chaleur du soleil. La raison pour quoi les Mantiucens avaient préféré la brique crue à la brique cuite , est qu’elle ne se brisait pas et ne se dérangeait pas lorsqu'on battait les murailles. Agésipolis n’inventa point ce straiagème ; il ne s’en servit qu’après avoir su que Cimon l’avait employé pour se rendre maître de la ville d’Eione sur le Strymon (7).,

(C) Que Pélopidas et K p ami non das furent dégagés du péril. ] Plutarque raconte que les Thébains envoyèrent du secours aux Lacédémouiens

(4) ArUtotel. Rhetor. , lit. //, cap. XXI II ,

pafi 445,, F.

(5) J.wpm , Fabula XVI, cujus Ttlulut KstxCiT iaè} jttsrv , Mali^nu'. CYlait un homme qui avait un moineau à la main , et oui deman • dait à l'Oracle : Ce que je tiens vit-il, ou non? Son destein était d'éioujfer le moineau , en cas que l'Oracle eût répondu , Il vit, etc.

(li) Xeuoplion, lit. V , pag. 3a3.

(-) Pausanias, Ut. VIH y pag. 3$!, s43.

dans l’expédition de Mantinée, et que l’aile où ces deux braves combattirent ayant plié , ils ne reculèrent point. Pélopidas reçut sept blessures, et tomba sur un monceau de corps morts. Epaminondas courut à lui, et s’opposa seul à plusieurs , bien résolu de mourirplutôt qued'abandonner son ami. Il fut blesséen deux endroits, et se défendait néanmoins vigoureusement, lorsque Agésipolis, menant des troupes de l’autre aile de l'armce , les dégagea l’un et l’autre (8). Vous me direz que Xénophon ne parle d'aucune bataille quand il raconte ce qui se passa dans cette guerre de Mantinée : mais je vous répondrai que Pausanias observe qu’Agésipolis avait gagné une bataille avant que de mettre le siège devant la ville, ’nçji $KfXT»nv 0 Ayanroat

T* p.â.X'*! ■> rntt «if TO T»i^o( XatT*xX*ia-*

towc Mayamatc (9). Cùm veto Age sipolis iWantinenses prœlio superatos in tra nurnia compulisset ; et j’ajouterai que Xénophon meme remarque qu’il

f avait des troupes auxiliaires dans armée de Lacédémone (10). Notez que l’événement dont Plutarque fait mention précéda la supercherie avec laquelle Phéhidas se rendit maître de la forteresse des Thébains (ji). Ce caractère chronologique convient à l’expédition d Agésipolis contre Mantinee.

(D) Il fui envoyé quelques années après y e/c.] Je ne fais cette remarque que pour censurer Pausanias , qui conte qu’Agésipolis, abandonnant à regret la guerre d’Argos , tourna toute sa colore contre lesOlynthiens. Otéree /un <fi ix T»c ’Apyshlfbç àiiÇ*t/Çn autan ,

Jt ’Oxi/vSiot/c ifrcifïro etZQit çfoL'riat.v. (ia) Invitissimus itaque ille ex Argivorum Jinibus castra movit , et contra Oljn thios belli impetum convertit. Oui ne croirait en lisant cela que l’expédition d’Olynthe fut une suite immédiate de celle d’Argos ! Qui ne s'imaginerait qu’Agésinolis , en sortant de l’Argolide , prit la route de la Macédoine r Cependant cela est faux. Il se passa quelques annéesentrecesdeux expéditions.

La guerre de Mantinée, dont le xncrae Pausanias a dit quelque chose , suivit

(8) PiuUrchm in VîtS Pelopidat, pag, 380. (9) Pausan. , lit. VIII , pag. 34».

(10) Xtnoplion , hh. V , pag. 3*3.

(11) Plut, in Pelopid. , pag. 380.

(13) P»"*ania* , Ul>, H y pag. 8 <>.

. AGÉSI

celle d’Argos, et précéda de six ans relie d’Olynthe. Notons ici une faute de Calvisius. il place la guerre d’Argos sous l’an 4 de la.9fir. olympiade , peu après la mort de Pausanias, roi de Macédoine (1 3). Or, Agésipolis monta sur le trône la même année que mourut ce Pausanias (i4)î et parce qu’il était mineur, on le mit sons la tutelle d’Aristodémus h 5). 11 faudrait donc . si Calvisius était exact , que la guerre d’Argos concourût , ou à peu près, avec la première année du règne d’Agésipolis , et que cette guerre eût été conduite par Aristodémus ; car il est certain que , sous la minorité d’Agésipolis, on mit son tuteur à la tête des armées lorsqu’il échéait à ce roi d’aller en campagne (i 6). Calvisius ne manque pas d’observer qu’Aristodémus y alla l’an 3 de la q6c. olympiade , à cause du bas âge a Agésipolis (17). Voici en quoi il se trompe : c’est qu’il met la première année de son règne à l’an 1 de la 96e. olympiade, et la guerre d’Argos trop peu après la mort de Pausanias , roi de Macédoine.

(E) y oyez ce que je critique a M. Moréri.'] « Agésipolis fut surpris d’une fièvre ardente , et revint toujours à la fraîcheur des eaux d’un certain temple de Bacchus qui était à Aphite; il s’y fit porter, et mourut le septième jour de sa fièvre , après être sorti de ce temple , pour ne le

!>oint souiller pari* mort .» Ce sont es paroles de M Moréri. Il y aurait de l’injustice à critiquer l’expression revint toujours a la fraîcheur ; car il est aisé de voir que les imprimeurs ont mis revint au lieu de rêvant (18). Mais on peut dire deux choses. L’une, qu’il aurait fallu s’exprimer ainsi : Se souvenant du temple de Bacchus , qu'il avait vu à Aphile , il souhaita de jouir de V ombre ét de la fraîcheur des eaux claires de cet endroit-la- Il y fut porte en vie , mais il mourut hors du temple ,

(i3) Setfai Calvisii Chronol. , ad ann ■ mundi 3557, pag. 16a.

(>4) Diodorus Sicul. , lib. XIV , cap. XC,p. 63 j.

^ 1 5) Xénophon , de Reb. geali* Gr*cor , lib. JH, pag. 3oi. Pausaaia», lib. II , pag. 8G.

( 1G) Xeoopboo, de Rcb. ge»li» Gnecor. , lib. iv , p«a 3«*.

(17) Calvisius, Chronol. , pag- 160,

<18) On a mis rivant dans Us éditions de Hollande.

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