IS. 2C
admirable à tout le monde (c).
Léonidas se contenta de faire exiler son gendre, après quoi il s’appliqua tout entier à la ruine d’Agis. Un des éphores , qui souhaitait de ne point rendre ce
?u’Agé$istrata lui avait prêté , ut le principal instrument de l’infortune de cette famille. Agis ne sortait de son asile que pour aller se baigner. Un jour qu’il • retournait du bain à son temple , cet éphore l’entraîna dans la prison. On lui fit son procès, on le condamna à mort , et on le livra à l’exécuteur. Sa mère et sa grand’mère demandaient avec instance que , pour le moins , on accordât à un roi de Lacédémone la permission de plaider sa cause devant le peuple. On craignit que ces paroles ne fissent trop d’impression , et l’on se hâta dès l’heure même d’étrangler Agis.
L’éphore, débiteur d’Agésistrata, permit à cette princesse d’entrer en prison : il permit la même chose à la grand’mère, et puis il les fit étrangler l’une après l’autre. Agésistrata mourut d’une manière tout-à-fait glorieuse (d).
L’épouse d’Agis (e) , princesse très-riche , et fort sage , et l’une des plus belles femmes de la Grèce , fut arrachée de son logis par le roi Léonidas , et contrainte d’épouser le fils de ce prince. C’était un jeune garçon peu capable encore du mariage. Il régna après son père, et eut une fin pour le moins aussi tragique que celle d’Agis, dont il avait tâché d’exécuter les desseins. 11 s’appe-
(c) Elle s’appelait ChkloXis. Voyez son article.
(</) Voyez l’article Ampiurès.
( e ) Elle se nommait Agialis,
a68 AG
lait Cléomène (/). M. Moréri ne rapporte pas comme il faut ce que dit Agis (E) à ceux qui plaignaient sa destinée. Les autres dictionnaires sont très-fautifs sur cet article (F). Meursius ne devait pas dire que cet Agis régna neuf ans (g) ; car le passage de Diodore de Sicile, qu’il allègue , regarde un autre Agis. Celui dont il est ici question perdit la vie dans la i35e. olympiade. Les considérations de Plutarque sur le supplice de ce roi se verront dans l’article Ampharès.
(/) Tiré de Plutarque , in Vitâ Agidis et Cleomeuu.
(g) Meurs, de Regno Lacedæm. , p. 87.
(A) Par un désir de gloire assez raffiné.] La narration de Plutarque (1) nous insinue clairement qu'Agésistrata fit voir à son fils le préjudice qu’il se ferait à lui-même par son plan de réformation, vu les grands biens qu’elle possédait ; mais il la pria de vouloir sacrifier ses richesses à la gloire de son fils. Car jamais , lui dit-il , je ne pourrai aller du pair avec les autres monarques sur le chapitre des richesses : les valets des satrapes , les valets des financiers de Seleucus et de Plolcmce sont plus riches que tous les rois de Lacédémone .- mais si , par ma tempérance et par la grandeur de mon dme je m'élève au-dessus du luxe de ces princes , et si je puis introduire dans mon royaume l’ égalité des biens , j’arriverai à la véritable grandeur, je passerai pour grand prince.
C’est là un raffinement de l’amourpropre. On vous surpasserait, quelque progrès que vous fissiez par une certaine route; prenez-en une toute contraire, où vous n’aurez pas de rivaux : ceux qui vous mettront en balance avec d’autres pourront soutenir qu’en son genre votre mérite ne cède point à celui d’autrui. Mais, l’oserait-on dire, si la dispute roulait sur des qualités de même espece , les unes visiblement inférieures, et les autres visiblement supérieures , comme l’au-
{1) PluUrch. in Agidc, pag. 798.
raient été l’opulence d’Agis et celle des rois de Syrie ?
(B) De la part des femmes .] Les Lacédémoniens étaient les meilleurs maris du monde : ils coramuniquaicut à leurs femmes les affaires de la république, beaucoup plus qu’elles ne communiquaient à leurs maris les affaires du ménage (2). Au temps dont nous parlons , presque toutes les richesses de Lacédémone étaient tombées en quenouille : elles se trouvaient à la disposition du sexe; et c’est ce qui fit echouer le dessein du prince.
Les dames craignirent de perdre tout à la fois leurs richesses , leurs plaisirs et leur crédit ; et peut-être ne se trompaient-elles pas. Mais laissons
Sarler Plutarque. Or, faut-il notler , it-il (3) , que la plus-part de la richesse de Lacédémone estoit pour lors entre les mains des femmes , ce qui rendit l'entreprise plus difficile : car les femmes y résistèrent , non-seulement pource que par icelle elles venaient a perdre leurs delices , esquelles , pour n’avoir pas cognoissance du vray bien , elles constituaient leur félicité; mais aussi parce quelles vojroient que l'honneur qu’on leur faisait et la puissance et autorité quelles avoient à cause de leurs richesses , leur venoient a estre retranchées de tout poinct.
(C) Les signes cèles tes.] Voici ce que c’est. Une fois tous les neuf ans les éphores contemplaient le ciel pendant une nuit sereine et sans lune ; et, s’ils voyaient tomber une étoile , ils jugeaient que les rois avaient péché contre Dieu , et ils les suspendaient de leur dignité jusqu’à ce qu’il vînt un oracle ou de Delphes ou d’Olympe qui les réhabilitât (4)- Lysander, se vantant d’avoir vu ce phénomène, intenta un procès au roi, et produisit des témoins qui déclarèrent que Léonidas avait eu deux enfans d'une femme asiatique. Or, il y avait une ancienne loi qui défendait aux Héraclides (5) de faire des enfans à une femme étrangère. Quelle bizarrerie qu’un gouvernement, comme celui-là , où la fortune des rois n'était attachée qu'au
(a) Idem , ibid. ,
(3) Plut. , là meme. Je me sert de la version d* Amyot.
(.4 Plutarcb. in Agule, pag. 800.
(5) C’est-à-dire, aux descendant d' Tî rreufe, du nombre desquels étaient les rois de Lacédémone.