AGREDA
bon plaisir d’un éphore qui avait vu très-fautifs sur cet article. ] Charles
tomber une étoile , ait subsisté si long temps ?
(D) Il acquit beaucoup de réputation dans cette campagne .] Ayant joint, auprès de Corinthe, Aratus , général des Achéens , il fut d’avis de donner bataille à l’ennemi au delà de l’isthme ; mais il soumit son sentiment à celui de ce général, qui trouva plus à propos de ne point donner bataille. Aratus l’avoue lui-raérae dans livre. Un certain Bâton , de Si-
Éticnne confond cet Agis avec un autre plus ancien , et le distingue de celui que les Lacédémoniens pendirent.
M. flofman ne commet que la première de ces deux fautes. Lloyd n’en corrige aucune.
AGREDA (a) ( Marie d* ) , religieuse visionnaire , et fameuse par un ouvrage que la Sorbonne a censuré , a vécu au dix-septième nope , ne laissa pas de publier qu’Agis siècle. François Coronel son père,
diMuada I. comb,t, au.|oel Aratus et Catherina de Aréna sa mère, était résolu 1.0). A est-il pas bien et ran- . , . . , * ,
son
ge qu un IIUIUIIVU uvw»w MVO vuvav> * „
touchant un général , qui sont dérnen- d’Espagne, fondèrent un couvent
le j anparti-
historien débité des choses (lui demeuraient à Agreda , ville
ties nar les relations de ce général? dans leur maison, le 19 de ian- Est-il b.en croyable que ces relations vier ,g Une révé|at,on parti-
auteur ? On peut souflrir cette bar- culiere les y poussa. Notre Ma— diesse pendant quelques mois, et pour rie y prit l’habit de religieuse le cause j mais quand les événomens ont même jour que sa mère et que sa nasse ce terme, il ne faut plus contre- s e„e filprofcssion avecsa
dire les grands acteurs. . , y pt *. r ...
(E) Morêri ne rapporte pas comme merc \e a de février 1620(6). Elle il faut ce que dit Agis. ] Voici ce que fut elue supérieure l’an 1627 , et dit Agis en voyant pleurer un des pendant les dix premières «années sergeos : Ne me pleure po.nl , car Jfe sa sup(;r;orite el|e reçut de puitqu on me lait mourir avec une ui- n- *, . . -»r . .
justice si criante , je suis d’un plus . de la Vierge Marie plu—
grand mérite que les auteurs de ma sieurs commandemens d’ecrire la mort (7) Au heu de cela , M. More'ri vie de la sainte Vierge. Elle ré lui fait dire : Ne pleure point; car süta à ces ordres jusqu'en Van
à plaindre que moi. Ce n’est point la 1 , 7 quelle commença a l é— seule faute de cet article. M. Moréri crire. E ayant achevée , elle la dit faussement, 1°. qu’au commen- brûla avec plusieurs écrits quelcernent du règne d Agis , un epliore fc avah composés sur d'autres
les pères pourraient déshériter leurs sl*JftS ;f\\e SUi\it en cela le con— enfans ; a°. Qu’^ti rectifia les ter- seil d'un confesseur , qui la mes de celte ordonnance , qui repeu - conduisait en l'absence de son
pla en peu de tempê ta aille ; 3.» que confesseur ordinaire. ' Ses supéles plus considérables donnèrent les . J , . r r
mains au dessein d’Agis. Lisez Plutar- rifures et le premier confesseur
que , vous verrez , i°. qu’il y avait Ven reprirent très- aigrement , long-temps (|u’Épitadeus avait fait et lui commandèrent d'écrire une
passf, T L*,; a°; -qu’^is seconde fois la vie de la sainte
point le bonheur d y faire changer la • J
moindre chose : 3°. que ce furent les
gens riches qui s’opposèrent à son dessein. Est-ce consulter les originaux ?
F.sl-ce les entendre ?
(F) Les autres dictionnaires sont
(Ô) Plutarcli. in AgiJe, pag. 8oa (7) Plut, in Agide , pag. 804.
( a ) On la nomme ainsi ordinairement pour abréger; mais ce n'est point son nom de famille : ce n’est que le nom de la ville ou riait le monastère dont elle était supérieure.
(b) La profession de sa saur fut différée parce qu’elle n’avait pas l'âge. Journal de* Savans du i (j de janvier 169b, pag. Si, Édit, de Hollande.
n-o AG R K DA.
Vierge. Dieu et la Vierge lui réitérèrent le meme commandement. Elle commença d’obéir le 8 de décembre (c) i655. Elle divisa cet ouvrage en trois parties contenues en huit livres , qui ont , été imprimés à Lisbonne , à Madrid , à Perpignan e( à Anvers.
Le premier a, été traduit d'espagnol en français sur l'édition de Perpignan , par le père Croset , récollet. Cette traduction fut imprimée à Marseille l’an 1696 ( d ).
Il y a tant de folies dans cet ouvrage (A), si capables néanmoins de plaire aux dévots outrés de la sainte Vierge , que la faculté de théologie de Paris jugea à propos de le censurer (B). Elle en vint à bout , malgré les oppositions et les vacarmes épouvantables d’une partie des docteurs qui la composent (C). Cette censure, quelque juste qu’elle soit, n’a pas laisse de scandaliser une infinité de gens. On croit.que la prévision de ce scandale obligea la compagnie à insérer dans son acte une déclaration (D) , qui eût été sans cela bien superflue , puisqu’il ne s’agissait point des choses spécifiées dans cette déclaration. N’oublions pas que le père de Marie d’Agreda se fit moine dans un couvent de l'ordre de Saint-François , où deux de ses fils étaient déjà religieux , et qu'il j- vécut avec un grand exemple et jr mourut saintement ( e ).
Encore moins faut— il oublier qu’on travaille à Rome à faire canoniser Marie d’Agreda. Voyez
(c) C’est le jour de la Conception de lu y ierge , dans le calendrier.
(1 d ) Tut du Journal des Sa vans , du 16 de janvier 1696.
(«?} Journal de* Savant . du 16 de janvier lüyti, pag. 5l.
la remarque (C) , au commencement.
(A) Il y a tout de folies dans cet ouvrage.] « On y voit qu’aussitôt que » la Vierge fut venue au monde , le » Tout-Puissant ordonna aux anges >» de transporter cette aimable enfant » dans le ciel empyrée ; ce qu’ils fi- » rent plusieurs fois. Que Dieu assigna » cent de chacun des neuf chœurs des >» anges , c’est-à-dire neuf cents pour » la servir , et qu’il en destina douze » autres pour la servir en forme visi- » ble et corporelle , et encore dix-huit » des plus relevés qui descendaient » par l’échelle de Jacob , pour faire » les ambassades de la reine au grand » roi Que pour mieux ordonner cet » invincible escadron , on y mit à la » tête le prince de la milice céleste , » saint Michel. Que la première con- » ception du corps de la très-sainte » Vierge se fit en un jour de diman- » che correspondant à celui de la créa'- » tion des anges. Que si la Vierge ne » parla pas dès sa naissance , ce n’est » pas quelle ne le pût faire; ccst qu’elle » ne le voulut pas. Qu’avant l’âge de » trois ans elle balay. ît la maison et les » anges l’aidaient, etc.» 11 y a je ne sais combien de pareilles imaginations.
Voilà les extraits qu’un journaliste protestant en a donnés (1). Un autre journaliste qui est un bon catholique , nous assure (2) , qu’on ne trouve dans les six premiers chapitres que des visions par lesquelles la sœur Marie de Jésus dit que Dieu lui découvrit les mystères de la sainte Vierge , et les decrets qu'il fit de créer toutes choses... que, dans le vingtième chapitre (3) , elle fait le récit de ce qui arriva a la sainte Vierge , pendant les neuf mois quelle fut dans le sein de sainte Anne ; quelle vient ensuite à la naissance de la sainte Vierge , au nom qui lui fut donne , aux Anges qui furent chargés de sa garde , aux occupations des dix-huit premiers mois de son enfance , h l'entretien quelle eut avec Dieu a la fin de ces dix-huit mois , a ses conversations avec saint Joachim et suinte Anne , et aux saints exercices
(1) Histoire «te» Ouvrages des Savans, novetnbre 16*/) , pag. *4°» ,4I*
(a) Journal des bavans du 16 de janvier îliyfi,
yag. 5a.
<x3) T.ti même, png. 53»
AGREDA. 2n
auxquels elle s’ occupa jusqu' à ce qu’elle lu neuvième proposition explique à la fdt mise dans le temple de Jérusalem, lettre de la sainte Vierge les paroles Si quelqu’un s’imaginait que parmi du VHP. chapitre des Proverbes , et tant de visions , il n'y a rien qui con- insinue que par elle les rois sont élecerne l’apocalypse , il se tromperait vez et maintenus sur le trône , les lourdement ; car notre Marie , non princes commandent , et les puissans contente d’avoir expliqué le XII*. cha- de la terre administrent la justice (y). pitre des révélations de saint Jean , 4°* Que l(l treizième proposition est , s’est fort étendue à expliquer le XXe. que si les hommes avaient des yeux par rapport a la conception de la sainte assez pénétrons pour voir les lumières Vierge (4). Il serait bien surprenant de la sainte Vierge , elles suffiraient qu’elle eût pu voguer sur cette mer pour les conduire a l'éternité bienheuplusieurs années sans donner dans cet reuse (8). 5°. Qu 'outre ces propositions , écueil. Si vous souhaitez de connaître H y en a plusieurs autres comprises le titre de son ouvrage dans la traduc- sous i article quatorzième , et qui sont tion de Thomas Croset , lisez ce qui respectivement condamnées comme tésuit : La mystique cité de Dieu , mi- meraires , comme contraires à la saracle de la Toute-Puissance , abîme (fesse des règles que V Eglise prescrit , de la grâce , histoire divine de la vie a quoi il est ajouté que la plupart resde la très-sainte Vierge Marie mère sentent la J'able et les rêveries des aude Dieu , notre reine et maîtresse , ma- leurs apocryphes et exposent la religion nifeslée dans ces derniers siècles par catholique au mépris des impies et des la sainte Vierge a la sœur Marie de hérétiques (9). 6°. Qu’au reste , lafa- Jcsus , abesse du couvent de l’Imma- culte déclare qu'elle ne prétend pas culée Conception de la ville d' A greda , approuver plusieurs autres choses conde l’ordre de saint François , et écrite tenues dans ce livre , et principalement par cette même sœur par ordre de ses les endroits ou l'auteur abuse du texte supérieurs et de ses confesseurs. de l' Ecriture , en l’appliquant à son
(B) La faculté de théologie de Paris propre sens , et ceux où il assure <jue jugea à propos de le censurer. ] La des opinions qui sont purement scolascensure qu’elle publia ne m’est connue tiques lui ont esté révélées. Faisons làque par le journal des Savans , où j’ai dessus quelques petites réflexions, vu, i°. que la sixième proposition con- !• En premier lieu , les scolastiques damnée porte, que Dieu donna h la enseignent communément que le casainte Vierge tout ce qu’il voulut, et lui ractère distinctif de Dieu et des créavoulut donner tout ce qu’il put , et lui turcs est que Dieu n’a rien qui vienne put donner tout ce qui n était pas l’être d’ailleurs , et que les créatures p’ont de Dieu (5). a°. Que la septième propo* r*en qui ne procède d’ailleurs. C’est sition est conçue en ces termes : « Je ce qu’ils expriment par les mots bar- » déclare , par la force de la vérité et bares dî’aseitas et d’ abalieitas : d’où ils » de la lumière en laquelle je vois tous conciuentque tous les attributs de Dieu u ces mystères ineflaoles , que tous les soûl communicables à la créature, hor- » privilèges , les grâces, les préroga- mis Vaseitas; et par conséquent qu’il est » tives , les faveurs et les dons de la possible qu’une créature soit éter- » très-pure Marie , y comprenant la nt>llc > a parte ’ ante , et a pacte post » dignité de mère de Dieu , dépen- (IO)> Çt infinie quant à la science ,
» dent et tirent leur origine d’avoir quant à la puissance , quanta la pré- » esté immaculée et pleine de grâce scucc locale , quant à la bonté , quant » en sa conception ; de sorte que, sans ^ justice , etc. Ils enseignent coni- « ce privilège , tous les autres paroî- munément que par la puissance obé- *» troient défectueux , ou comme un dienliellc , les créatures sont suscep- » superbe édifice sans un fondement tihles de lu faculté d opérer tous les a solide et proportionne (6). » 3°. Que miracles, et même de la vertu de
créer. Si donc Dieu a conféré efi’ecli-
(4) Journal de» Savant du 16 de janvier 1696, /».»£• 53.
(5) Journal des Savant du 26 de novembre i&jO, pag. 717.
(Oj Joarnal det Savant du 36 de novembre
(") Z* même , pag. 718.
(8) Là même, pag. 719.
(91 Là même , pag. 720.
(10) C'esl à-dire , qu'elle n'ail ni 1 ummer.eemenl ni fin.
ÀGREDA.
vement à la sainte Vierge tout ce qu'il a pu lui conférer , il s’ensuit , selon les dogmes de l’école , dont la sœur Marie de Jésus faisait grand cas , que la sainte Vierge a existé de tout temps, qu’elle peut tout , uu’ellc sait tout , qu’elle remplit tous les lieux , et qu’à tous égards elle est infinie. Je n’ai que faire de supposer que notre abbesse d’Agreda s’est réglée sur les dogmes des scolastiques espagnols ; car peu m’importe qu’elle les ait sus ou qu'elle les ait ignorés. Elle enseigne nettement que Dieu a donné à la sainte Vierge tout ce qu’il a pu , et qu’il a pu lui donner tous ses attributs , hormis l’essence même divine. Cela me suffit pour tirer la conclusion que j’ai tirée; et, cela étant, ne doit-on pas s’étonner que la Sorbonne ait seulement dit que cette proposition est fausse, téméraire , et contraire à la doctrine de l’ Évangile (i *)? Une telle censure ne sent-elle pas la mollesse ? Fallait il se contenter de ces faibles qualifications ? Suffisait-il d’assurer que l’on se trompe témérairement lorsqu’on applique à la sainte Vierge le sens littéral de ces paroles de Salomon : Par moi régnent les rois , et les puissans de la terre administrent la justice (i a) ?
II. Voici ma deuxième réflexion. * Ceux qui ont examiné attentivement tout ce qui s'est dit de la puissance de la sainte Vierge , et toute la part qu’on lui donne au gouvernement de l’Univers , ont pris garde que les derniers venus, voulant enchérir sur les auteurs précédens , ont été cause que l’on a trouvé enfin les dernières bornes de la flatterie. Mais comme les raisons d’aller toujours plusavant n’ont jamais cessé ; car lorsque la dévotion des peuples doit servir de revenu à beaucoup de gens qui veulent vivre à leur aise , il la faut réveiller , et la ranimer de temps en temps par des râgoûls d’une nouvelle invention : comme , dis-je , cela fait qu’il est utile de franchir les bornes , il y a lieu de s’étonner qu’on n’ait pas rompu la barrière , et qu’entre plusieurs religieux
(il) Journal de» Savant, novembre îtxyG» p. <717.
(13) Là meme , pag. 718.
! • J. Leclerc et Jolr , qui le plus souvent n’est que son répétiteur, disent que celte réflexion est une imagination treu»e, pour ne rien Aire de pin».
et plusieurs nonains qui ont taut cherché à raffiner, il n’y ait eu encore personne qui ait dit que la sainte Vierge gouvernait seule le monde.
D’où vient que l’Espagne n’a point encore produit des écrivains qui se soient vantés de connaître par révélation , qu’une longue exjtérience ayant fait connaître à Dieu le père la capacité infinie de la sainteVicrge, et le bon usage qu’elle avait fait de la puissance dont il l'avait revêtue , il avait résolu d’abdiquer l’oinpire de l’Univers ; et que Dieu le fils , ne croyant pas pouvoir suivre uu meilleur exemple, avait suivi la même résolution : de sorte que le Saint -Esprit , toujours conforme aux volontés des deux personnes dont il procède , approuvant ce beau dessein , toute la Trinité avait remis le gouvernement du monde entre les mains de la sainte Vierge , et que lv cérémonie de l'abdication , et celle de la translation de l’empire, s’étaient faites solennellement en présence de tous les anges ; qu’il en avait été dressé un acte dans la forme la plus authentique ; que depuis ce jour-là , Dieu ne se mêlait de rien , et se reposait de tout sur la vigilance de Marie ; que les ordres avaient été expédiés à plusieurs anges d'aller notifier sur la terre ce changement de gouvernement , afin que les hommes sussent à qui et comment il fallait avoir recours à l'avenir dans les actes d'invocation ; que ce n’était plus à Dieu , puisqu’il s’était déclaré lui-même emeritus , et rude donatus , ni à la sainte Vierge comme à une médiatrice , ou à une reine subordonnée , niais comme à l’impératrice souveraine et absolue de toutes choses ? D’où vient , encore un coup , au'une telle extra vagance est encore a naître? En avezvous jamais ouï parler? me demandat-on un jour. Non, répondis-je; mais je ne voudrois pas jurer que cette pensée n’ait jamais paru , et encore moins quelle n’éclora jamais de quelque cerveau malade de dévotion ; et peutêtre que si Marie d'Agreda eût vécu encore dix ans , elle eut enfanté ce monstre (i3) , et nous eût donné une
(i3) Notes qu’aburant comme elle faisait de V Ecriture ( vojret le Journal de* Savan* de novembre illtjü, pag. 730, ) elle n’eut pas manque' de se prévaloir de ce qui est dit dans saint Jean, chnp. K, v. ai l.ePèrr ne ju^e personne; ma<*