‹ Dictionnaire historique et critiqueChapitre 81 sur 134 · AGU · texte numérisé non relu

AGU

/msus , tibi ista prœdicem , aut taie quoi mihi arrogare velim , vel conctuli posse s pet cm , qui haclcnus hurnano sanguine sacratus miles , semper ferè aulicus , tum carnis vinculo charissimæ uxofi alligatus , omnibusque inslabilis fortunée Jialibus expositus i totusque à carne , a mundo , à dornesticis curis transversum ne tus , tant sublirnia immorlaliurn deorum dona non surn adseculus : sed accipi me vola velut indicem , qui ipse semper prœ foribus marie ns , aliis , quod iter ingredicrulum sit , ostendo (iaa).

(X) Mutilée dans un endroit qui pouvait déplaire aux gens d'église. ] L auteur déclamé daus cét endroitlà contre la loi du célibat , et dit que peut-être ceux qui en sont les protecteurs , aiment mieux souffrir le concubinage que le mariage des prêtres , parce qu’ils retirent un gros revenu de la permission qu’ils leur donnent de tenir des concubines. Il ajoute qu’il a lu qu’un certain prélat se vanta à table d a *oir dans son diocèse onze mille prêtres concubinaires qui lui donnaient un e'cu chacun tous les ans.

Voilà on passage qui ne paraît pas dans 1 édition de Lyon. M. Crénius , qui a tait cette découverte , s'est bien plaint de cette supercherie. Voici scs paroles : Alald fuie , per Beringos Jratrcs , Lugduni anno M 1)C in- 8°., édita surit Uenrici Corne lii Agrippas.... Opéra; utpote in qud rnultaomissa surit editione, quæ in prioribus erant. Alque ne hoc gratis dixisse videar , copias exemptant è Tractatu de Incertitudine et / anitatc Scientuirum atque Artiiim , in cujus C. LXIV , pag. m. 189 , de Lenonid , sequentia hæc , quœ ex optimd , *recognitd , picnd , et schohis marginariis ( relineo vocem in titulo libri positam ) illuslratd editione , sine loci adjectione , anno M DXXXt^I , in- 8°. , excusa , admodiim rara , daturus sunt , in Lugdunensi plané dempta sunt. Jam verb etiam lenociuiis militant leges atque canones , cùm iu potentum favorem pro iniquis nuntiis puguant , et justa matrimonia uirimunt : sacerdotcsque sublatis lionestis miptiis turpiter scortari compcllunt :

raalueruntquc illi legislatores sacerilotcs suos cum infami.1 haberc concm binas , quàru cum honestà famà

Agr. Epia. XIX libri V , p 909,910.

[R RE. 3og

uxores , forte quia ex concubinis proventus illis est amplior. De quo legimus gloriatum in convivio queradara episcopum, habere se undecim millia saccrdotura concubinariorum , qui in singulos annos illi aureum pendant.

iltcc omnia f et alia forte plura , neque enim integrum fiacteniis contuli , pro more eraserunt adversarii , clarum relinquentes documentant iltorum quid editionibus tribuendum sit (ia3).

(ia3) Thomas Crenius, Animadvers. Pbilolog. Uisloric. , part. //, pag . i3, 14.

AGÜIRRE. La Bibliothèque des écrivains espagnols fournit cinq ou six auteurs qui ont ce nom-là. Le plus considérable de tous est, ce me semble, Micfiel dk Aguirre , natif d’Aspeitia , au diocèse de Pampelonne , dans la province de Guipuscoa. C’était qn jurisconsulte qui , pendant qu’il était membre du collège de Saint— Clement , à Bologne, écrivit pour les prétentions du roi d’Espagne Philippe II sur la couronne de Portugal (A). Il exerça la charge de juge en divers tribunaux du royaume de Naples , etpuis il eut en Espagne la charge de conseiller au conseil de Grenade. Il mourut en i588 ( a ).

Ceux qui continueront l’ouvrage de don Nicolas Antonio auront un Aguirre infiniment plus célèbre à y placer. Je parle de Joseph Saenz de Aguirre *, bénédictin , l’un des savans hommes du dix-septième siècle. Il était censeur et secrétaire du conseil suprême de l’inquisitiou en Espagne, premier interprète de l’É-

(<*) Ex N. Antonii Bihliolhccû Scriptorum IlispanuR , tom //, pag. 102.

* Ce Joseph Saenz d’. Aguirre, né , dit Leclerc, à Logrogno, le 2:j mars l63o, mourut le 19 août 1H99. Dncéron lui a donné un fort bon article dans le tome III de ses Mémoires. Chaufepié lui a aussi donné place dans dictionnaire .

son

ÀGUIRRE.

criture dans l’université de Salamanque , et avait été plus d’une fois abbé du collège de Saint- Vincent , lorsqu’en 168‘i il fut honoré du chapeau de cardinal par le pape Innocent XI. Il avait entrepris un très-grand ouvrage (b) , et il n’a pas laissé de s’y appliquer tout de bon depuis son cardinalat. Ceux qui voudront s’en former une juste idée doivent lire 1 c Prodrome qu’il publia à Salamanque , l’an 1686 , ou , s’ils ne l’ont pas, les extraitsqu’en donnèrent les journalistes (C).

On l’a cru pendant quelque temps l’auteur d’un ouvrage fort docte contre les décisions du clergé de France de l’an 168?. (D) ; mais on a su enfin le contraire (c). Les conjectures n’étaient pas sans apparence , vu l’attachement de ce cardinal aux doctrines des ultramontains , et l’ardeur qu’il a fait paraître pour éloigner l'accommodement de la cour de Rome avec la France, qui fut néanmoins conclu au mois d’octobre i(x,3. La dépense qu’il a faite pour l’impression de deux volumes de don Nicolas Antonio, son ancien ami, est fort louable. J’en parlerai dans l’article Antonio.

{/,) L'édition de tous les conciles tenus en Espagne.

(c) Voyez la remarque (D).

(A) Il écrivit pour les prétentions du roi d' Espagne.... sur la couronne de Portugal. ] Son livre fut imprime à Venise , l’an 1 58 1 , sous ce titre : Besponswn prn succcssione regni Portu galliœ proPhilippo His paru arum Rcge , advenus Bononiensium , Palavinorum et Perusinorum collegia. Besoldus 1 a insère dans son Recueil de Conseils,

(B) Le Prodrome qu’il publia a Salamanque ,en 1686.] En voici le titre : iVotitia conciliorum Uispamœ atque novi Orbis , Epistolarum decrelaltum

et aliorum Alonumentnpim sacrce an iiquilatis ad ipsam speitantium , magna ex parte hacleniis inedilnrurn , quorum editio paratur Salmanticœ cum Notis et Disseitationibus , sub auspictis Catholici Alonarchœ Caro/i II:

studio etvigU.iis AI. Fr. Josepht Saenz de Aguirre Salmanticœ , apud Lucam Ferez , CJniversitaiis Typographum , 1686 , in*#0.

Notez que ce cardinal n’a pas suivi en toutes choses dans l'exécution les idées de son projet. Ceux qui n'auront point les quatre tomes in-folio, qu’il a publiés à Rome , sous le titre de Collectio maxima Conciliorum omnium Hispaniœ et novi Or Lis , etc. , n’auront qu’à lire les extraits que les journalistes de Leipsick en donnent dans leurs Acta Fruditorum de l'an

(C) Les extraits qu en donnèrent les journalistes .] Messieurs de Leipsick en parlèrent dans leurs Acta du mois de février 1688. L’abbé de la Roque en donna un extrait dans son journal du i3 de janvier 168^. Je m étonne que ce journal n'ait point paru dans les éditions de Hollande. L'article qui concerne l’ouvrage dont je parle ici est très-curieux :fon y donne d«-s avis fort adroitement à M. le cardinal de Aguirre, sur ce qu’il a déclaré qu’il voulait garantir pour bonnes plusieurs décrétales que tous les savons jugent supposées.

(D) On l’a cru l'auteur d'un ouvrage fort docte (i) contre les decisions du clergé de France de l'an 1682.] En voici le titre : Tractalus de Ltbertalibus Ecclesicc G dlicanœ , continens am plam discussionem Declaratiorùs Jaclœ ab Illustrissimis Archiepiscopis et Episcopis , Parisiis mandato regio congregalis , anno iG8a : Auclore AI.

C. S. The oing. Doctore. Leodii , apud Afatthiam Hovium, 1684 , Su.penorum permissu. J’ai Hi une préface de l’Abbé Faydit (a), où, entre autres choses , il fait espérer la réfutation des principales maximes du l'raité de Libertatibus Ecclesiae Oallicanæ advcrsùs quatuor propositiones Cleri ,

(1) Voyc% ce qui en fut dit dont les Nouvelle* de la République de» Lettre» , mois de juillet i685 , article /•

(a) Voies r extrait d'un sermon prrché le jour de saint Voir carpe à Saint-Jean en Grive , à Paris , imprimé a Liège , en i68q.

AGUIRR1Î.

imprimé à Liège , et attribue a monsieur le cardinal d' Aguirre , et à monsignor Cazzoni. Et voici comment il parle dans la page 1 84 ’ L’auteur du 7Ya<<é de Libertatibus KcclesiæGallicanie, ou plutôt les auteurs; car j’apprends qu ils sont plusieurs qui ont travaille it cet ouvrage , et que tous les docteurs romains y ont épuisé toute leur science , quoique ce soit un très-médiocre ouvrage : ces auteurs , dis-je , soutiennent y etc. Mais voyons un peu ce <jue dit l'auteur delà Lettre d’un abbé a un prélat de la cour de Rome sur le décret de l’ inquisition du 7 décembre 1690, contre trente-une propositions.

« Nous-mêmes (3) , dans nos nssem- « ble'es , nous n'avons pas seulement » la liberté de proposer ce que nous «jugerions d’avantageux pour notre « cause. Vous savez à qui il tient.

» C’est ce qui a fait qu’un des livres « qui aurait dû être plus fortement « réfute* par nos théologiens, et même « flétri par une censure épiscopale , « court la France impunément , et w que ceux qui en suivent les senti- « mens le répandent et en font par- >» tout l’éloge , se vantant qu’on n’a « osé y répondre. Il me nomma aussi- » tôt le livre de Libertatibus Ecclesiœ « Gallicanœ , qui est un in- 4°. , dont « l’auteur n’est pas si inconnu qu’il » s’imagine. C’est une chose honteuse, » continua-t-il , que le clergé de Fran- » ce souffre , sans dire mot , que cet » auteur , qui est un religieux Fran- »> çais , enseigne une doctrine que » nous tenons tous comme hérétique ; » car il soutient tout franc cjue nous » n'avons pas de droit divin notre » juridiction épiscopale. » L’anatomic de la sentence contre le père Qnesnel m’apprend (4) que le livre de Libertatibus Ecclesiœ Gallicanœ fut composé à Rome , à l’instance des ministres du saint siège , et imprimé

£ar leur ordre et par les soins de L l'internoncc de Bruxelles , dans Bruxelles même , quoique sous le nom de Liège. Mais , si le cardinal d’Aguirre n’est pas l'auteur de ce traitélà , il est toujours vrai qu'il a écrit contre les décisions de l’assemblée de 1 68a. La lettre qu’on vient de citer , me l'apprend d’une manière qui uié-

(3) C'est un tyfiiu* que l'on fait parler . p. 5ç. '4) Pages 76, 77.

rite d’être rapportée , afin que mon lecteur sache le jugement que l’on fait en f rance du livre de ce cardinal :

« A peine nos quatre articles eurent- >* ils paru , ajoute-t-on (5) , qu’une « foule d’écrivains s’élevèrent pour les » combattre ; et à peine s’est-il trouvé » quelqu'un en France qui ait pris la >> plume pour les défendre. Je ne dis « pas que les ouvrages qui les com- » battent soient formidables. Ils font » pitié la plupart $ mais ils ne laisssent » pas de faire du mal dans les pays où « l'on est déjà disposé en faveur de la » doctrine qu'ils défendent.... Et en- » fin , les récompenses éclatantes dont « la cour de Rome sait payer le zèle de » ceux qui se déclarent pour elle , » donnent du prix et du lustre aux « ouvrages les moins considérables et « les plus obscurs. N’est-ce pas par-là » que le cardinal d’Aguirre est deve- » nu ce qu’il est, de moine espagnol « qu'il était auparavant ? L’abbé de y Saint-Gai n'avait-il pas été nommé » à un évêché , et n’avait-on pas des- » sein de le faire cardinal (G) , pour » récompense d’un ouvrage tait contre y les quatre articles, aussi-bien que y celui du cardinal d’Aguirre ? « Au reste , trois ans avant que la lettre d'où ce passage est tiré fût imprimée , on s’ctait plaint publiquement (7) de ce que les pensionnaires du clergé laissaient le Tractatus de Libertatibus Ecclesiœ Gallicanœ sans y répondre.

L’Histoire des Ouvrages des Sa vans nous a appris (8) , que Fauteur de ce Tractatus est un prêtre français, nommé Antoine Charlus , réfugié à Rome à cause de la régale. Peut-être le faudrait-il appeler Charlas * ; car apparemment , il est de la même famille (|u'un religieux de ce nom , natif de 1 Ile-en-Jourdain (g) , mort dans son exil , après avoir souffert plusieurs disgrâces pour les affaires de l’évèque de Paraiers (to).

(5) Lettre «l’un Abbé à un Prélat, pag. 55, 56.

(6) Il te fut fait Van Il s’appelait Sfon-

dratc. Il mourut quelque temps après.

(7) Dans tes Sentiment H’Krasrae , publiés a Cologne, l'an 1688 , pag. i55.

(8) Dans le mou de mai 1696 , pag. 4*6.

La conjecture de Barle sur ce nom est juste. Jolv dit que ce prêtre s’appelait Antoine Cbarlas ; qu'tt riait prébendter it Cotiserons , ei mourut en 1(198.

(9) Au diocèse de Toulouse.

(10) François de Caidet.

AJAX , fils d’Oïlée , fut un des principaux seigneurs qui allèrent au siégé de Troie. Comme il était fils d’un prince dont les états avaient beaucoup d’étendue aux pays des Locricns , il ne lui fut pas malaisé d’équiper quarante vaisseaux pour cette fameuse expédition (a). Il se signala en.

plusieurs rencontres , et on prétend qu’il y a trois vers dans le IIe. livre de l’Iliade qui ne sont point d’Homère , parce qu’ils donnent une insigne supériorité à Ajax , fils de Télamon , sur i’Ajax de cet article (b) ; ce qui ne s’accorde nullement avec ce qu’Homère a dit d’eux en un autre endroit (c). Il est sûr que notre Ajax peut être comparé à tout autre prince qui fût dans l’armée grecque (</), pour ce qui regarde le courage, lahardiesse, lapromplitudc (A). Quant au jugement et à la conduite , c’est une autre chose, et ce n’était point son fort.

Les poètes l’ont fait si intrépide, qu’ils ont même dit que les dieux tombant sur lui avec leurs loudres et leurs tempêtes , ne pouvaient dompter son audace , de sorte qu’il leur fut plus facile de le perdre que de l’humilier (B).

L’action qui l'exposa à cette colère des dieux était infirme et brutale au dernier point. II avait violé Cassandre, fille de Priam , dans le temple même de Minerve, oii elle avait cru trouver un asile.

Les Grecs même furent choqués d’une violence si profane, et Llysse fut d’avis qu’on le lapidât

(a) Humer. Iliad. , lib. //, 41 » *rt Dés-

ert pt.

(b) Sclioliast. Iloin. in Iliad., lib. II, «. 3ô. ci Descri p t.

(c) llomcr. Iliados lib. XIII , ÿS. "OI.

il) l’hüostr. in Ileroic.

(e). Il paraît par quelques passages des anciens auteurs qu’Ajax n’avouait point le lait , et qu’il s’en voulut purger par serment (/). Il avoue bien qu’il enleva cette fille dans le tem-

}>le même de Minerve , et qu’il ’arracha du simulacre de cette déesse qu’elle tenait embrassé (g); mais il soutient qu’il ne la viola pas , et que ce fut Agamemnon qui fit répandre ce mauvais bruit afin de pouvoir garder Cassandre dont il s’était saisi , et que lui Ajax réclamait comme le premier occupant. Nous verrons dans les remarques comment Minerve tira raison de cette injure (C). Le corps d’Ajax fut jeté par les vagues de la mer sur l’île de Délos, oii Thétis l’enterra (D). Quelques auteurs ont débité qu’il se sauva de la tempête , et qu’il arriva en bonne santé chez lui (E). Les Locriens ont eu une singulière vénération pour sa mémoire (h).

Nous dirons daus l’article de Cassandre comment ils furent obligés d’expier son crime. Il avait tellement apprivoisé un serpent long de quinze pieds , qu’il s'en faisait suivre comme d’un chien. Il le faisait manger à sa table (/}.

( e ) Pausan. , lib. X , pag. 347.

{/) Id. ibid. , pag. 343.

( g ) Pbilostr. in Heroicu.

(//) Voyez la remarque (D) de l'article Achille a.

(i) Philostr. in Hcrotcis.

(A) La promptitude. ] Homère loi donne ordinairement l'épithéte velox (1). Les trois maius , que d'autres lui ont données , ne signifiaient que la rapidité' de son action dans le combat. A mullis historicis grtzrcis tertiam rnanum dicilur post lergum habuissc , quod ideo est fiction quia sic ederiter utebatur in prœlio mam -

(1) Voyez, surtout les derniers vers du XIV** line de l’ILadc.

bus , ut tertiam habere putaretur (a).

Plusieurs interprètes entendent de lui -- ces mots d'Horace , et celerem sequi A j accru (3). M. Hofman adopte leur explication ; car il confirme par ces

1 paroles l'O rx^vç </<oc d’Homère, e ne savais ce qu’il voulait dire , en confirmant par ces mots grecs ce que le compilateur de son Dictionnaire avait dit touchant la vitesse des pieds d'Ajax : Quod autem supra , Ajacem petit bus velocem fuisse scribit hujusce Dictionarii compilatnr , Homerum habel authorem. Je trouvais étrange, je trouvais incompréhensible , que M.

Hofman parlât du compilateur de son Dictionnaire , comme d’un auteur dis* tinct de lui j mais enfin , j’ai rencontré la solution de cette énigme.

M. Hofman avait tiré mot à mot du Dictionnaire de Lloyd ce que je viens de citer. Dans Lloyd , la chose n’a point de difficulté , parce que cet auteur n’a donné son Dictionnaire que comme une augmentation et une correction de celui d’un autre. II y a dans les livres un grand nombre d’obscurités qui procèdent du même principe que celle de ce passage de M. Hofman.

On ne change point ce qu’il faut changer quand ou abrège, ou quand on transplante les passages d’un auteur (4).

(B) Il fut plus facile de le perdre que de l’humilier. J Minerve avait en quelque manière joué de son reste pour le punir : elle avait excité une tempête furieuse ; il avait vu périr son s aisseau : et néanmoins , il s’était sauvé sur un rocher:

K xi xv x*y ix$t/^i x»px , xxs i^Ôoyutvôç xrtp ’AÔ »VM.

ht jum vrtpqixAov *: rotïxCxlt , xxi piy • etstrO».

Et sani effugisset morlem , quantum* i s mvisut Fallait i ,

Nui unpium diclum protulistel , et grave faci nus palrdsset (5).

Alors il avait chanté le triomphe avec un blasphème horrible : Malg ré les Dieux , s’écria-t-il (6) , fen réchapperai :

4*i» f eitxx'n 6i®v qvytur piyx ?.xîr//x Sx XXTTXÇ.

(j) Servi, is, in .T.neid., hb. I , vt. 4 f. fïy Hor»t. Oit. W Itbri /, %’s. 19.

Ci) Voy ex la remarque [ G) de l’article Acu il- Ut, vert la fin.

(S) Homer. Odyssea; lib. IV , ♦*/. 5oa.

\G) 14. ibtd , vi. 0o'|

Dixit vel invitis Dut fore ut rffugeret ingéniés Jluctus maris.

Neptune , indigné de cette audace , fendit le rocher en deux avec sou trident , de sorte que la portion sur laquelle Ajax était assis tomba dans la mer. C est ainsi qu’Homére le conte dans le IVe. livre de l’Odyssée.

Quintus Calaber particularise les choses avec beaucoup plus d’étendue : il est si prolixe, que ce seul endroit témoigne qu’il n’était pas un grand maître. Quoi qu’il en soit , il nous ap-

Ïirend que Minerve, non contente des oudres que Jupiter lui mit en main , voulut encore que Neptune lui prêtât tous ses orages. La tempête fut la

B’us horrible qu’on se puisse figurer : inerve lançait la foudre à tous moraens, elle mit en feu et en pièces le vaisseau d’Ajax : ce furieux homme ne laissa pas de se sauver au travers des ondes les plus agitées , et de braver tous les Dieux sur le rocher qu’il gagna.

«ï>»i Ji x«ti «î uxr.x rrxyrtç ’OXw/utio» tiç II ixoïTati

Xvoyuivai , kxi 'Txaxi cLvxçxTtexi Qxyxa-Txi ,

’fcxçn/yMiv (7).

Jaclavit autem , etiamsi cuncti caducs in unum convertirent ,

Irali , et totum ex imo eruerent mare , Ejfiigilurum se.

Il fallut , pour venir à bout de lui , l’accabler sous la chute d’une montagne , comme l’on en avait usé autrefois envers Encelade. Séncque , dans la tragédie d’Agamemnon , s’accorde à cela : lisez la première scène du troisième acte , vous y verrez la description d’une résistance et d’une fierté poussées jusqu’aux dernières bornes. Le Festin de Pierre ne donne rien qui en approche. On ne souffrirait pas aujourd’hui que les poètes portassent si loin leursfictions sur le théâtre. Voilà donc un poète latin , et deux poètes recs, qui attribuent à Neptune la mort ’Ajax; mais Virgile et lîygin (8) , en donnent toute la gloire à Minerve :

Fallasne exurere classem

Argivtlm , atque ipsos poluU submergereponto , IJ mut ob no ram et furiat Ajacit Dite t ?

Ipsa Jovit rapulum jaculala è nulnbttt ignem, Difjrcitqne rates , everlitque trquora venus. Ilium expirantem Irantfixo pe clore Jlarnmat Turbine corripuil, scopuloquc infixtl ncuto (9).

(?) Qoint. Ctltber. . lib. XIV , vt. 5G 4.

(’S) flvgin. , cap. CXVI.

(*.') 'i«5*t. -Locid. , lib. /, vs. 2g.

(C) Comment Minerve lira raison de cette injure .J , Voyez la remarque prudente. J’ajouterai seulement ici que la tempête qu’elle excita fit périr un grand nombre de vaisseaux proche des rochers de Caphare'e, au voisinage de l’île d’Eubec , qui s’appelle aujourd’hui Négrepont. On ne pourrait, sans une extrême imprudence, et san* supposer un faux principe , condamner les poètes grecs, qui ont fait chAtier par cette déesse toute une nation pour le crime d’un particulier :

L'nius ob noxam el furiat Ajacis Oilei ;

ou, comme dit un autre poète,

Çuierjuid OïLrlrs commiterai , omnibus unus Pcccai-il Danaity omnibus ira nocens (i o).

L’objection prouverait trop, et pourrait être rétorquée contre l’histoire de David. 11 est vrai, non-seulement dans les écrivains profanes, niais aussi dans les écrivains sacrés, que

Quidquid dr tirant rrges plecluntur Achivi (ti).

(D) L'tle de Détos , où Thctis l’enterra.] Lycophron nous apprend cette particularité (la), depuis que les interprètes l’ont arrachée du milieu de scs énigmes. Voyez ce que Cantcrus et Meursius ont dit là-dessus : mais ne vous fiez pas à tout ce qu’ils disent ; car ils se trompent sur le passage de Pausanias , qu’ils emploient pour confirmer leurs conjectures. Pausanias ne

{>arle point du tombeau du fils d’Oïée (i3) , il ne parle que de celui d’Ajax, fils de Tétaraon. La critique de Meursius sur le grec de Pausanias n’est point juste : il voudrait qu’au lieu de lire t*v troJov Trfoç tô /uviuct où 'XoÛtcu, on lût t>iv LroJov wpoç rojuviud oi ^atMcr»» ?r oiÏtcli. Selon cette correction , le Mysien , qui parlait à Pausanias , lui aurait dit que la mer lui avait, rendu malaisée l’approche de ce tombeau ; mais, au contraire , il racontait à Pausanias que la mer avait été cause qu’on y avait vu la rosseur d'un des os d’Ajax. 11 faut onc entendre que la mer, ayant fait ébouler des terres, avait rendu cet endroit plus accessible, moins escarpé , etc.

(io) Sabinu», in Fpist. /, Uly»»ii. vs. ioi.

(ii) Horat. Epi a lot. II hbri /, vs, i\.

(n) Lycophron., vx. /Joo.

(i3) Pansan. , lib. /, pag. 34

(E) Quelques auteurs ont débité qu’il se sauva de la tempête , et qu’il arriva en bonne santé chez lui. ] M. Lloyd a cité ces paroles de Tirnams Locrus, Hist. lib. a. Mità tÎç Tfop »*ç èihoùTi y ttoAAoi tom? Aoxfâv 7rt:i txç frf tac VAt/x^nectyaaer iviqiÔairaiv, oi > >.o»toi tvy

AiatyTi //ôxiç it AoxpiVat J'isretôtiTXY. C’està-dire, après la prise de Troie , plusieurs Locriens f irent naufrage , et périrent auprès des Gires ( 1 4) -i le reste se sauva h peine avec x4jax , et revint dans le pays. 11 y a quelque apparence qu’au lieu de Timœus Locrus , il aurait fallu citer Timceus Tauromenita.

(«4) Rocher t dr la mer Égée. Voyez les Peinture» de Philoàlrale.

AJAX , fils do Télamon (a) , était après Achille le plus vaillant capitaine grec (A) qui fut au siège de Troie. Il y commandait les troupes de Salamine ( b ) , et il y fit plusieurs beaux exploits ue Ton peut lire dans l'Iliade , ans Dictys de Crète, dans Quintus Calaber, et au XI IIe. livre des Métamorphoses , dans la harangue qu'il fit au sujet de la dispute touchant les armes d’Achille. I!

perdit sa cause , car elles furent adjugées à Ulysse son compétiteur ; il en fut si indigné qu’il en devint fou (c). Il se rua sur des troupeaux, et y fit une grande tuerie, s'imaginant qu'il tuait ceux qui l’avaient offensé en lui disputant les armes d’Achille , ou en les donnant à un autre. S'étant aperçu qu’il n’avait tué que des bêtes, il devint encore plus furieux , et se tua. On a dit que sa fureur fit beaucoup de bien aux assiégeans (B). Il fut condamné ,

(n) Voyez . dans la remarqua (A) de V 'article TÉLAMON , la généalogie ctdjax , tant du côté paternel que du maternel.

(b) Son père régnait dans celle île. Il donna douze vaisseaux à Ajax. Horoeri lliad. , lib,

(c) Sopbocl. in Ajactr. Quintus Calaber , lib. V.

À J A X. 3ia

selon quelques-uns , non par les suffrages des princes grecs , mais par la décision des Troyens, auxquels on avait demandé lequel leur avait fait plus de mal, d’Ajax ou d’Ulysse (</). Le fondement de cette opinion est expressément contenu dans le onzième livre de l’Odyssée. Ajax ressemblait en plusieurs choses à Achille; il était colère et mal-endurant comme lui (e) , et invulnérable par tout le corps , à une partie près (C).

On connaîtrait peu la mythologie, si l’on croyait que les causes et les circonstances de sa mort n’ont pas été rapportées en plusieurs manières , dont les unes détruisent les autres (D). Un des caractères d’Ajax était l’impiété (E) : ce n’est pas qu’il crût que les dieux n’avaient pas un grand pouvoir; c’est qu’il s’imaginait que, les plus lâches pouvant vaincre par leur entremise , il n’y avait point de gloire à vaincre de cette façon. 11 ne voulait être redevable de la victoire qu’à son courage. On a feint que son àme , ayant la liberté de choisir un corps {f) pour retourner dans ce monde , préféra celui d’un lion à celui d’un homme :

tant elle détestait le genre humain en se souvenant de l’injustice qu’on lui avait faite touchant les armes d’Achille. Nous dirons ailleurs (g) quelque chose de la postérité qu’il laissa , d’où sortit la famille de Miltiade. Les poètes ont donné à Ajax le même éloge

(d) Euslatliius, et Scholiasles in Odyssrse lé b. XI ; Scholiast. ArUloplian. iu Equit.'

(e) Plutar. Symposiac. , lib. I , sub Jln. ,

6 29. Ciccro, de Ufficiis , lib. I, cnp.

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