‹ Dictionnaire historique et critiqueChapitre 93 sur 134 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

ÀLAMANDUS.

dans les plus grandes affaires sont capables de surmonter les obstacles les plus forts. Cela demande des gens laborieux et détachés des plaisirs des sens , et intrépides. Donnons en latin le témoignage de la fermeté de Louis Alamandus contre la crainte de la peste : Neque ilium preces , neque do mesticorum funcra, flectere poluerunt , volentem potiiis cum vitœ periculn salu arc concilium , quant cum periculo concilii salvare vitam ; sciebat enim , quoniani se recedcnte pauci remansissenl , facilique committi fraus in ejus abseniid poiuissct (a).

(B) On le traita de Jils de la eehenne.'] Dans une bulle donnée à Florence , l’an i44*. on l'appelle iniquitatis filium , rebcllionumet Jacinorum mulinrum reum , et l’on y dit que les conciles de Ferrare et de Florence l’avaient condamné et dépouillé de toutes ses dignités : A Ferrariensi et Florentino conciliis damnatum et uni versis dignitatibus prualum Jouisse (3).

(C) Cependant il ne laissa pas de mourir en odeur de sainteté . ] Cet exemple et celui de Pierre de Luxembourg , béatiffé parla même bulle de Clément VII (4) > sont un Peu embarrassans pour les controversistes du

J>arti romain ÿ car enfin , si , selon eur prétention , tout homme qui n’est point uni au pape , est hors de l'Eglise , comment se peut-il faire que non-seulement on se soit sauvé dans les deux obédiences , mais qu’on y ait aussi mérité le grade de saint r La meilleure réponse qu’on puisse faire est de dire , que la distinction du vrai pape et du faux pape étant au-dessus des forces des particuliers , et une pure question de fait , l’erreur était invincible , et par conséquent ne devait point préjudicier a ceux qui étaient dans la bonne foi quant à la question de droit. Mais gare les répliques et les conséquences qui naissent de là en faveur d’autres erreurs!

(D) I^es jansénistes qui ont critiqué

Buynaldus se sont exposes eux -

mêmes à la censure ] Ils allèguent d’abord les injures dont ce continuateur de Baronius a chargé le cardinal d’Ar-

(a) là. ibid.

(3) Vide I aunoium, Epist. XI partit /, num.

45 , pa%. 80.

(4) y ojet M Claude , Défense de la Réformation , Il /•. parue , vers la Jin.

Ie3 , et ils observent ensuite , qu 'il a esté contraint d'avouer en deux divers endroits , Van 14*6, n. 26 , et l’an i45o , n. 20 , que Dieu a fait reconnaître la sainteté de ce cardinal par des miracles si visibles et si bien attestez , que Clément FU l’a mis au nombre des bienheureux .... (5). La manière dont cet autheur se tire de ce mauvais pas , continuent-ils , est tout à- fait horrible , « et ne peut estre fon- » dée que sur une maxime tres-perni- » cieuse , qui est que des gens coupa- » blés de crimes publics puissent deve- « nir Saints , et estre reconnus pour » Saints par l'Eglise, sans qu'ils ayent » donné aucun témoignage de se re- « pentir de leurs crimes , et que tou- » tes choses, au contraire, fassent » voir qu’ils y ont persévéré. Car si le » cardinal d'Arles a commis des cri- » mes , et a deu estre estimé un très- » meschant homme , en faisant tout » ce qu’il a fait dans le concile de » Basle , jamais homme n’a esté plus » constant dans ses crimes : puisque,

» lors même que les pères du concile » de Basle , ou il présidoit , se réuni- » rent à Nicolas v , ce ne fut point en i> reconnoissant en aucune sorte qu'ils » eussent mal fait , ny de résister à » Eugène , ny de le déposer , ny d’é- » lire Amédée $ mais ce fut au con- » traire, en protestant qu’ils n’avoient » rien fait que pour le bien de FÉ- » glise, et qu’ils ne s’unissoient à Ni- » colas V , qu’en l’élisant de nouveau ,

» après la cession volontaire de Félix :

» et l’union se fit sans qu’on les obli- » geast à rien désavouer de tout ce » qu’ils avoient fait ; mais ce fut , aa >» contraire , Nicolas V qui confirma » ce qui avoit esté fait à Basle. De » sorte que , si tout ce qu’a fait k » cardinal d’Arles dans le concile avoit v esté criminel , jamais homme n'au- » roit témoigné plus d’opiniastrrte x> dans le crime. D’où il s'ensuit que , » si cela n’a pas empeschc qu'ai ne » devinst Saint , il faudrait dire que » la persévérance dans les plus grand!

u crimes n’empesche pas qu’on ne soit

(5) Remarques sur le XVIIIe. tome «3e* Annales Ecclésiastique. , pag. ai 3. Cet Ktniraii^ sont imprimées avec un Recueil d» diverse* Pièces pour la défense des censures de lu Fart Inde Théologie de Paris, contre un bref c-t use bulle d’Alrsandre VII. Je me sers de VfeUùen dr Genève (on a mis au litre , à Munster, ch et Bernard Raesfeld j en 16G7 , sn-8°.

ALAMOS. 355

» Saint $ ce qui est horrible. Et, cev pendant, c’est une suite nécessaire » de ce discours de Raynaldus , l’an » i45o , n. an. Hoc anno , dit-il, Luit dovicum Alamandum atchicpisco -

» pum Artlalenscm vitd cessissc

n tradunt , atque miracu/is posl morss tem coruscdsse affirmant , eunique » Cie mens f7/ vcluti Bealum coli n permisit exarato diplomate Ponti j> jficio g. Apr. an. iSay. Laque ado - » randa est divina miscricordia , qua?

» exiguo tempnris fiuxu Ludovic um » ipsum nefandi et perniciosissimi » schismntts auclorem , propagalorem » hrcreseos , <7111 cjt crroned conscients tid innumera in Dei Kcclesiam mala » indexerai , ac tôt annorum cursu in u pcrlinacid objirmaïus profanaverat » sacmmcnta , pœnitenltm ac rever t> sum in gremium Ecclesiœ ad sancti - » talis cu/men brevi evexit. Si cet aui> theur s’esloit contente de dire que * le grand zèle qu’avoit ce saint hom- » me pour la réformation de l'Église n l'avoit emporté à des actions trop i> violentes , quoy qu’il les fist par un v bon motif, cela auroitesté suppor- *» table, et ne seroit pas si contraire *> aux témoignages que Dieu a rendus » de sa sainteté. Mais de le faire passer *> pour méchant homme, pour un hé* a rétique , et pour un schismatique s» opimastre qui auroit profané les w sacremens par une inimité de sacriu loges , et vouloir qu'eosuite en un » an ou deux il soit devenu Saint â 1* canoniser, sans avoir donné aucune ï> preuve de son repentir de tant de » crimes qu'on luy impute, c’est avoir » une estrange idée de la sainteté , ou » plustost , c’est aimer mieux allier » ensemble la malice et la sainteté, que » d’avouer qu'un pape s'est trompé, » en déclarant un homme méchant , m lors même que Dieu l'a déclaré saint.

» Mais la bulle de Clément VU , de la » béatification de ce saint homme , ai rapportée par Ciacnnius, suffit pour i* confondre cet escrivain , puisque le u pape luy rend témoignage , non d’ai» voir fait une grande pénitence des » crimes qu’il auroit commis , mais » d’avoir rendu à Dieu son «Ime très- » pure , après avoir vescu soixante ss ans. »

Ces messieurs censurent très-justement Raynaldus à l’égard de la hardiesse avec laquelle il assure le repen-

tir d’Aleman , et ils réfutent d’une manière démonstrative sa prétention ; mais ils ont tort de l’accuser de ce dogme horrible qu’ils étalent si pompeusement : il n’est point vrai qu’il joigne ensemble la sainteté et l’impénitence ; car U suppose, au contraire, que ce cardinal se repentit , et il reconnaît en cela une adorable miséricorde du bon Dieu.

Au reste , si je dis ici que M. Claude a reproché aux jansénistes d'avoir soufflé le chaud et le froid touchant Oderic Raynaldus (6) , ce n’est que our faire voir qu’on leur attribue les emarques que je leur ai attribuées.

(6) Claude, Pr/fac • de la Réponse 4 la Perpétuité de 1a Foi défendue, pag. xsviij, xxix.

ALAMOS (Balthasar) naquit à Medina-del-Campo , dans la Castille. Ayant étudié en droit à Salamanque , il entra au service d’Antoine Perez , secrétaire d’état sous le roi Philippe II , et il eut beaucoup de part à l’estime et à la confidence de son maître :

de là vint que l’on s’assura de sa personne, après la disgrâce de ce ministre. On le détint en prison onze ans. Philippe III, parvenu à la couronne, le mit en liberté, suivant les ordres que son père lui en donna dans son testament.

Àlamos mena une vie privée , jusqu’à ce que le comte duc d’Olivarez , favori de Philippe IV, l’appelât aux emplois publics. On lui ( lonna la charge d’avocat général dans la cour des causes criminelles , et dans le couseil de guerre ; ensuite il fut conseiller au conseil des Indes, et puis au conseil du patrimoine royal. Il était chevalier de Saint Jacques , homme d’esprit et de jugement, et qui avait la plume meilleure que la langue. Il vécut quatrevingt-huit ans , et ne laissa que des filles. Sa traduction espagno- / le de Tacite , et les aphorismes

356 ALAMOS.

politiques , dont il en borda les marges , lui ont acquis beaucoup de réputation ; mais non pas sans que les sentimens soient partagés là-dessus (A). Cet ouvrage, publié à Madrid Tan 1614, devait être suivi d’un Commentaire (B) qui n’a jamais été imprimé, que je sache. L’auteur avait composé le tout pendant sa captivité , et il avait même travaillé en cet état à obtenir un privilège pour l’impression (C). Il laissa quelques autres ouvrages qui n’ont pas été imprimés : Advertimienlos al go vierno , adresses au duc de Ler— me , vers le commencement du règne de Philippe III ; el Con— quislador : c’étaient des conseils touchant des conquêtes à faire dans le Nouveau-Monde ; Puntos politicos 6 de Estado. Don Garsias Tell ode de Sandoval , chevalier de Calatrava , gendre d Alamos, a donné connaissance de ces manuscrits à don Nicolas Antonio ( a ) , duquel j’ai tiré la plus grande partie de cet article.

(d) Voyez la Bibliotbeca Scriptorum Hispaniar , tom. I , pag. l^(A) * * * * * * * 1,

(A) Les sentimens sont partagés touchant son travail sur Tacite. ] Ce partage coucerue beaucoup plus les Aphorismes que la traduction , comme on le va voir par les citations suivantes : u Quant aux Aforismes d’Alamos , ce » rrest point ce que l’on pense : car >» vous n’y trouvez presque rien oui » sente l’Aforisme , ni qui approche » même de la force de ce qui est ex-

» prime dans le texte de la version.

» Au lieu que l’Aiorisme devroit être

a plus sentencieux que le texte , les

» paroles du texte sont toujours plus

» sentencieuses que l’Aforisrae. Enfin,

u pour trancher court , l’Aforisme

a n’est le plus souvent qu’une version

» périfrasée de la version même : cho- » se fade et ennuyeuse pour des lec-

p teurs qui ont de l’intelligence et de

» la délicatesse. Cela suppose , jf ne » feins point de dire que la traduction » d’Alamos est beaucoup meilleure » que les Aforismes; et c’est un juge- » ment qu’a fait avant moi l'auteur » de la Bibliograûe Historique-Politi- » que dans l’article des historiens U- » tins. Le Tacite illustré , dit - il u ( c’est le titre de la version d’Ala- » mos ) , est fort estimé de nos voyait tueurs ; mais , a en juger sainement , u les notes n’en valent pas mieux que » les impertinentes Pensées nouvelles » ih j Louis d’Orléans sur cet auteur , m ni que les Remarques auliques et po~ d liiiquts du comte Annihal Scot de » Plaisance , lesquelles Juste Lipse » appelle a bon droit des /Votes de » plomb. Cependant , certain secré- » taire espagnol, nommé Juan Onate,

» n’a pas laissé de prendre la peine » d’arranger ces Aforismes sous des » titres particuliers par ordre alfahé- » tique , et n’a pas fait difficulté de » les intituler , Alma de Cornelio » Tacito : et de plus , un Jérôme a Canini les a traduits en italien , et » les a incorporez à la version itad lienne d’Adriano Politi , comme,

» quelque chose de bien excellent ,

>1 témoin ce titre : Opéré di Corn.

» Tacito t illustrate con notabiussisu » Aforismi del Signor D. Baldassar » Alamo (1). »

Voilà deux auteurs (jui parlent avec mépris de ces Aphorismes ; et deux qui en font beaucoup de cas. On s’étonnera moins de cette différence de sentimens , si l’on se souvient , qu en Tannée i683 , M. Amclot n’avait pas la même opinion là-dessus , qu’il a tait paraître en 1686 et en 1690. Consultons la préface de son Tibère (a). Il est bien vrai , dit-il , qu Alamo s na. pas seulement traduit Tacite , mais y a fait encore un grand nombre de Remarques , qu’il appelle Aforismes , et qu Antoine de Covarruvias, son appixr baieur , dit être la principale partie

de son ouvrage (*) J'avoue que le

sien est excellent , soit pour la tra-

(1) Amclot «le la Houssaje, Disc. C.ririqne, a la tfle de sa traduction des Annales «le Teot*, imprime* à Paru , l an 169^ ^ Diacoor» C.r tique avait déjà paru à la tête de sa Morale it Tacite, en i6f«J. Il est un peu augmenté dans r/dition des Annales.

(a) Imprime à Amsterdam , en i6S3.

(•) Aun es la principal parle , y de mas mémento, de lia Obra.

ALAMOS.

duction , qui est aussi claire que l'original est obscur , soit pour les Aforismes , qui sont a toutes les marges , dont la plupart sont proprement des parafrases et des versions des sentences de Tacite , et les antres des conclusions morales ou politiques , tirées des événement qu'il raconte ; mais quelque applaudissement que ce livre ait eu dans le monde , je ne laisse pas d'espérer que le mien y sera très- bien reçu de ceux qui sont capables d'être juges en cette sorte de matière , et même d'autant mieux que ce que j'ai fait était beaucoup plus difficile a faire que ce qu Alamos a fait . Car tous ses Afonsmes-.-. sont autant de pièces et de morceaux , et, comme dit le proverbe , du sable sans chaux et sans ciment ; au lieu que dans mes chapitres , je fais un discours continu de toutes Us citations latines qui sont aux marges , et même un corps uniforme de toutes pièces differentes. A quoi Juste Idpse dit qu'il faut avoir travaillt : , pour savoir combien cela est difficile. Voici les paroles de Lipse, telles qu’elles sont citées par M. Ainelot : Jycc vero nudas aut s par sa s sententias dedimus , ne diffluerent , et esset , quod dicitur , arena sine c alce : sed eas aut inter se haud indccenter vinximus , aut interdum velut ccemenlo quodam commisimus noslrorum verbnrum , è mille aliqunt particulis uniforme hoc et cohærens corpus formantes. Hoc totum quitm arduum mihi fuerit , frustra dixerim apud non ex pertum ... eu major mihi moUstia quod p>er hœc aliéna vestigia sic iverim , lanquàm in liben imo < agent i cursu(*).

(B) Cet ouvrage devait être suivi d'un Commentaire. ] Le privilège du roi fait expressément mention de ce Commentaire. Antoine Covarruvias en parle comme d’un livre qu*il a lu , et il nous en apprend même la forme et les principales parties ; c’est dans Tapprobation qu’il a donnée à l’ouvrage d’ Alamos , imprimée à lu tête Je lft> traduction. Un autre approbateur parle nommémeut du Commentaire. Alamos , dans ses préfaces , en parle plus d’une fois, et promet d’é- «ilaicir U les obscurités de Tacite :

cependant Nicolas Antoine n'e.'i dit pas un seul petit mot$ et , ce qui est

C) ï-ipii»' . preefatime Dcclr. Civil**

51us étrange , il ne parle pas même e la traduction : il dit seulement mi’Atamos lit des Aphorismes sur les Œuvres de Tacite.

(C) Il avait travaillé en prison à obtenir un privilège pour Vinmression.') Je ne remarque pas cela afin d’allonger l’article comme quelques lecteurs accoutumés à précipiter leurs jugemens se pourront imaginer. Je me propose l’instruction d’un petit procès qu’on a intenté à Don Antonio , avec beaucoup d’apparence de raison.

11 prétend qu Emanuel Sueiro traduisit les OEuvres de Tacite en espagnol, après qu’Antoine de Herrera en eut traduit quelque partie , et après que Balthasarde Alamos, et Carlos Coloma, les eurent traduites toutes entières :

Post Antonii de Herrera aliqualem »

Balihasaris de Alamos , et Caroli Coloma , illustrium virorum , integram operam in hujusmet A uloris interpréta tione positam (3). Or il reconnaît que la version de Sueiro fut imprimée à Anvers en ifii3 ; et il est certain que celle d’Alamos fut imprimée à Madrid, en 1614. C’est la date que Don Nicolas Antonio a donnée aux Aphorismes d’ Alamos (4). D’ailleurs Alamos a exposé dans sa préface les raisons qui ne l’avaient nas empêché de publier son Tacite , depuis que la traduction de Sueiro avait vu le jour (5). 11 ne semble donc pas qu’il soit possible de répondre pour le bibliothécaire des écrivains espagnols à cette objection de M. Amclot de la Houssaie : Témoi en citant

dit-il

ce que je

Sna8e y .

viens de citer , que Don Nicolas Antonio s'est mépris quand il fait la version d’ Emanuel Sueiro postérieure à celle d’Alamos (6). Je ne vois que ce seul rayon d’excuse: c’est de dire que peut-être Sueiro n’ignorait pas , lorsqu’il entreprit son ouvrage , qu'Alaraos avait déjà obtenu un privilège , pour en publier un tout semblable , qui avait été vu et approuvé par Antoine Covarruvias. La nouvelle avait pu lui en venir jusqu’à Anvers ; car , dès l’an ï5q4 > le roi Philippe 11 avait

(3) Ntcol. Antonii Bibl. Hixp., ton. / p. a<j3.

(4) là. ibid. , pag. t$o.

(5) Y auoque agora «vit salido otro Tacito , tradueido por Manuel Suejro , no qnian que dexa*»e de publiearse el mio , etc.

(6) Amelot , Duc. Critique , au-devant de tu Morale de Tacite , et de la rerston do se» Annale»

donne ordre à ce Covarruvias d’examiner tout ce travail d’Alamos; et dès l’an i6o3 , Philippe III avait accordé la permission de l'imprimer. Alamos conte tout cela dans son avis au lecteur : ce qui , pour le dire en passant, renverse la conjecture de ceux qui se voudraient imaginer qu'il ne borda d’ Aphorismes sa traduction , qu'afin d’ enchérir sur celle Je Sueiro (7). Les Aphorismes étaient l’une des parties principales de son travail , dés le temps qu’il fut approuvé par Antoine Covarruvias.

(7) Amelot , là mime.

ALBERT-lf.-GRAND *«, religieux dominicain, évêque de Ratisbonne, et l’un des plus célèbres docteurs du XIII®. siècle, naquit à Lawingen , sur le Danube , dans la Suabe , l’an 1 1 93 ou l’an i?.o5 (A). On pourra voir

dans le Dictionnaire de Moréri les diverses charges qu’on lui couféra , et le succès avec lequel il enseigna dans plusieurs villes (n).

Je m’arrêterai principalement à quelques mensonges qu’on a fait courir sur ce sujet. On a dit qu’il exerça le métier de sage-femme ; et l’on a trouvé fort mauvais qu’un homme de sa profession se fut érigé en accoucheur ( b ). Le fondement de ce conte est qu’il a couru un livre sous le nom d’Albert-le-Grand , où il y a plu-

** Leduc fiat , et après lui Joly , qui ne le cite pas, remarquent que le nom de Grand, donné à Albert, ne lui vient pas de son savoir, mais qu'il est la traduction de son nom de famille G root , qui en allemand signifie Grand. Mais M. Stapfer, dans lu Biographie universelle, dit que c'est une supposition gratuite ; que jamais les comtes de Bollsladt , de la famille desquels était Albert , n’ont porté le nom de Grot ou Groot.

0 Leclerc doute qu'il faille dire 1*93 . et est certain qu'on ne peut dire 12o5. Il serait pour taoo environ.

sieurs instructions pour les sages-femmes , et tant de connaissance de leur art , qu’il semble , qu’afin d’y être si habile, il a fallu l’exercer. Mais les apologistes d’Albert-le-Grand soutiennent qu’il n’est point l’auteur de ce livre (B), non plus que de celui de Secret i s Mitlierum (C) , où il y a bien des choses qui n’ont pu être exprimées qu’en termes sales et vilains ; ce qui a bien fait crier contre celui qui a passé pour l’avoir écrit. Ses apologistes ne peuvent pas toujours recourir à la négation du fait : ils avouent que l’on trouve dans son Commentaire sur le Maître des Sentences quelquesquestions touchant la pratique du devoir conjugal (D) , dans lesquelles il a fallu se servir des mots qui choquent le plus les chastes oreilles (r); mais ils allèguent ce qu’il observa lui -même pour sa justification , que l’on apprenait tant de choses monstrueuses au confessional , qu’il était impossible de ne pas toucher à ces questions. Il est certain qu*Albert-le-Grand a été le plus curieux de tous les hommes. Il a donné prise sur lui *par cet endroit à d’autres accusations. On a dit qu’il travaillait à la pierre philosophale (E), et même qu’il était un insigne magicien (F) , et qu’il avait fabriqué une machine semblable à un homme , laquelle lui servait d’oracle , et lui expliquait toutes les difficultés qu’il lui proposait. Je croirais facilement que , comme il savait les mathématiques , il

(a) Voyez aussi Bullart , Académie dea

Sciences, font. Il , pag . , et ci-dessous la

remarque (H).

(b) V oyez Theophili Raynaudi Hoplotii. , sect. Il, scrm. III , cap, X,pag. 36l.

(c) Idem , Ibid.

* Ces mots , donné prise aur loi , paraissent impropres à Joly , puisque les choses débitées contre Albert sont sans aucun fondement.

ALBERT. 35a

avait fait une tête dont les ressorts pouvaient former quelques voix articulées : mais quelle sottise n’est-ce pas que de fonder làdessus une accusation de magie ?

Quelques-uns prétendent qu’il y a un grand miracle qui a parlé pour sa justification (G). Quoiqu’il fût aussi capable qu’un autre d’inventer l’artillerie , on a lieu de croire que ceux qui lui en attribuent l’invention se trompent (H). On raconte ( d ) que naturellement il avait l’esprit fort rossier , et tellement incapable ’instruction , qu’il était sur le point de sortir du cloître , parce qu’il désespérait d’apprendre ce ue son habit de moine demanait de lui ; mais que la sainte Vierge lui apparut , et lui demanda en quoi il aimait mieux exceller, ou dans la philosophie , ou dans la théologie ; qu’il choisit la philosophie : que la sainte

ierge l’assura qu’il y deviendrait incomparable, et qu’en punition de n’avoir point choisi la théologie il retomberait avant sa mort dans sa première stupidité. On ajoute qu’après cette apparition , il eut infiniment de l’esprit, et qu’il profita dans toutes les sciences avec une promptitude qui étonna tous les maîtres ; mais que trois ans avant sa mort , il oublia tout d’un coup ce qu’il savait ; et qu’étant demeuré court en faisant une leçon de théologie à Cologne, et ayant taché en vain de rappeler ses idées, il comprit que c’était là l’accomplissement de la prédiction. On a donc dit que, par des voies miraculeuses, il avait été métamor-

(</) i oyez le I*T. volume des Annales de Etoviua.

phosé d’âne en philosophe , et puis de philosophe en âne. Il serait très-inutile que je remarquasse que ce sont des fables :

ceux qui m’en croiraient n’ont pas besoin de mes avis , et en feraient ce jugement sans les attendre ; et quant à ceux qui en jugent autrement , ils ne changeraient pas d’opinion en lisant ici que je ne suis pas de leu r goût . Notre Albert était *' fort petit (I). Il mourut à Cologne le i5 de novembre 1 280 , âgé ou de quatre-vingt-sept ans ou de soixantequinze. 11 a écrit un si prodigieux nombre de livres , qu’ils montent à 21 volumes in-folio dans l’édition de Lyon , en it>5i .

Un jacobin de Grenoble, nommé Pierre Jammy , l’a procurée

On ( e ) m’a communiqué deux ou trois particularités que l’on verra ci-dessous (K).

•* Leclerc rappelle que ce fait a été trouvé faux par Pierre de Prusse qui en 1^83 avait assisté à Couverture du tombeau d’Albert , et mesuré ses os.

•3 Joly ajoute que le père de Montfaucon , dans sa Bibl- Manuscriptorum Nova , cite plusieurs manuscrits eC Albert - le - Gi'and , dont quelques-uns ont été inconnus a ceux qui ont parlé de ce fameux docteur.

(e) M. de la Monnaie.

(A) Il naquit tan i ou tan i?o5.]

Vossius a raison de censurer Nicolas heusnerus , qui a mis la naissance d’Albert à l’an 1093, et la mort à l’an i38a : c’est avoir commencé son livre par une bévue. Quœ magna est aiviç-opn<r ia peccantis in ipso operis ingressu, relut canlherius in portdf ut dici solet ; nam ab hoc Alberto Icônes et Elogia sua auspicatur (1). Voilà comment parle Vossius , sans se souvenir qu’à la page 6a , par une faute qui n’est pas moindre que celle-là, il avait mh l’état florissant d’Albei t à l’an ii6o, et sa mort à l’an 87 de sa vie, en iao8j et qui l'avait fait con-

(1) Voimo«, de Scient. Matbcmat., pag. 36a*

temporain d'Urbain IV, et de l'empereur Rodolphe.

(B) Il n’cst point l’auteur d'un livre touchant les accvuchemens. ] Cet ouvrage est intitulé de IVaturd Rerum, et traite amplement , et par le menu, du métier des sages-femmes. L’auteur soutient que cette matière peut très-bien appartenir à la plume d'un religieux, à cause que l’ignorance des accoucheuses fait périr beaucoup d’enfans, et les prive pour jamais de la béatitude céleste. Pierre de Prusse , moine de l'ordre de saint Dominique, soutient que ce livre de JValurâ Rerum a été composé par Thomas de Cantopré, disciple d’Albert-le-Grand ; et il ne nie pas qu’on n’y trouve plusieurs préceptes sur la manière de procurer un heureux accouchement, qui ne peuvent être exprimés sans des termes sales : mais ce n’est point la nature, c’est la sensualité humaine qui a sali ces objets (a) : Admodkm suceenset in blaterones illos , qui Alberto imposuerunt , qubd egissetobstetricem:

J'assus tamen Canlipratanum ad instructionem obstetricum in Opéré perperarn supposito prceceplori ejus Alberto tradidisse modos et vins Jelicis obstetricationis, cujus prceccpta chartis committi nec voce tradi possunt absque expressione multorum quæ libido non nalura fœdavit (3). C’eût été quelque chose de bien singulier , que de voir Albert-le-Grand entreprendre sur le métier des sages-femmes , et mettre la main à l’œuvre *.

Voyez la remarque (A) de l’article Hierophile.

(C) JVnn plus que de celui de Secretis Mulierum.] Naudé se sert de ces deux preuves : i°. Albert ne s’est, pas nommé au commencement de cet ouvrage ; celui qui l’a commenté débite un mensonge lorsqu’il soutient le contraire. a°. On se sert fort souvent de l’autorité d’Albert dans ce livre : il faut donc juger que l’auteur a vescu quelque temps après lui (4).

(i) Petros de Prtmiî , in Albert» Magai Vitf, cap. XVIII.

(3) Theoph. RaynauJi Hoploth. , secl. II , ter. III, cap X, pag. 36t.

* Leclerc remarque i°. aue le traité de Naturl Rerum n’est point imprime; a0, que ce n'est qu'un recueil sur toutes Us mallires de Physique , et non un traite d'accouchement.

(4) Naudé , Apologie des grand» Homme» , pü£. S?4-

Ces deux preuves ne valent rien ; et la conséquence qu’on tire de la seconde est nulle. Cent raisons différentes obligent les gens à ne point mettre leur nom au commencement d’un livre :

il n’y a point d’auteurs qui se citent plus volontiers eux-mêmes que ceux qui suppriment leur nom; il n’est rien de plus ordinaire que de citer des auteurs contemporains Voyez ci-dessous la remarque (K).

(D ) ** Il a traité quelques questions touchant la pratique du devoir conjugal. ] Pierre de Prusse , ne pouvant disputer le terrain sur le fait, se retranche sur le droit, et montre dans le XVIIIe. chapitre de son livre (5), qu’il est avantageux et nécessaire de savoir les choses naturelles , sans exception des impudiques ; et qu’ainsi , Albert-le-Grand , et quelques autres casuistes, ont eu raison de travailler sur des sujets remplis d’ordure : car, sans cela , les confesseurs ne seraient pas en état de remédier aux désordres de leurs pénitens : Qualia item multa ab Alberto de usu conjugti in- 4°. S. d. 3 1, sub finem, scripto comprehensa jatelur , illud ex ipso Alberto ibidem preefatut £ dicendum primo , quod hujusmodi turpes quæsliones nunquam tractari de Ocrent , nisi ilia cogèrent monstra quæ hts temporibus in confessionc audiunlur J ne ergo Confessant rudes sint medtcinae quant facere debent adeo fre uentibus morbis , justurn censuit Alertus in illud oletum slylurn demiltere (6). Il serait à souhaiter , nous dit-on, qu'il n’y eût que les confesseurs qui nourrissent leur esprit de ces puantes écritures ; mais il faut qu’il y ait des livres où l’on trouve la résolution des cas de conscience qui concernent ce vilain sujet : Necessarium est enodationem solidam alque légitimant dubiorum circa feeditates illas emergentium prostare alicubi apud pmbatos doc tore s , cujusmodi fuit Alberlus , qui proindè reprehensione

** Ces raisonnemens de Bar U contre cenx de Naudé ne sont pas du goût de Leclerc. Doses l'espèce , cependant , les uns valent les autres.

** Leclerc et Joly ont renvoyé à l'article S**- CHii la réfutation de ceUe remarque.

(5) Le titre de ce chapitre est : Quod s cire naluralia etiam impudica utile ait et ncccsaariutn.

(6) Theoph. RaynauJi Hoploth. , sert. II , serm. III , cap. X, pctg. 36t.

vacat, eliamsi ilium veluti scriptionis puiorem suis commentariis immiserit (7). Mais il serait encore plus necessaire d'abolir ce qui rend necessaires ces sortes décrits -, car, quelque bonne que puisse être l'intention des auteurs , c’est à des livres de cette nature qu’on peut appliquer mieux qu’à cent autres le peccare docentes nis torias (8).

(E) On a dit qu'il travaillait a la pierre philosophale .1 Naudé nous apprend que Mayer , le grand fauteur des alchimistes, n’a point eu honte d’asseurer en ses Symboles de la table d’or des doute nations {*') , que saint Dominique avait eu premièrement la connaissance de la pierre philosophale ; et que ceux a qui il l’avait laissée la communiquèrent à Albertle-Grand, qui acquitta , par le moyen d’icelle, en moins de trois ans , toutes les debtes de son évesché de Ratisbonne (9). Mayer se fonde sur trois livres de chimie, qu’il attribue à Albert-le-Grand. On lui répond qu’il a tort de les lui attribuer (10) j et on le prouve , tant parce qu’il n’y en a pas un qui soit recueilli dans ses œuvres , ou spécifié par Triihème , que parce

3 uc celui de la Quintessence lui a té faussement attribué par François Pic (**). Pour prouver ce dernier fait on n’imite point Velcurion (*3) , et Guibert (*♦), qui ont soutenu qu’Albert-le-Grand se moque des alchy mistes et de leur transmutation prétendue dans son troisième livre des minéraux (*5) : on n’a garde de se servir de cette preuve, veu qu’il y soustient une opinion du tout contraire ; mais on montre que l’auteur du livre de la Quintessence se qualifie religieux de l’ordre de saint François , et dit qu’il l’a composé lorsqu’il estoit en prison . Ces deux circonstances se doivent indubitablement rapporter a Jean du Rupescissa.

(F) On a dit-, au’ il était un insigne magicien .] Il y a long-temps que Tri-

(7) Idem, ibid.

(8) Horat. Od. r//, lib. III , vt. 19.

(•') Lib. VL

(g) Naudé , Apologie des grands Hommes , pae. 5iq.

(10) Là m/me, pag. Sjo.

I*’) Lib. III de Auro.

(**) Lib. III Pbysic. , cap. XIII.

**) Alcbym. impugnatv lib. //, cap. VII. •*) Traclalu I , cap . IX.

thème l’a voulu justifier de cette accusation. Cela parait par ces paroles :

Non surrexit post eum vir similis ei, qui in omnibus litteris , seientiis et rebus tam doetus , eruditus, et expertus fueril . Quod autem de JVecromantid accusai ur , injuriant palitur vir Deo diiectus (11). Naudé prétend qu’on ne peut fonder cette accusation que sur deux ouvrages qui ont couru sous le nom d’Albert-le-Grand, et sur l’Androïde. Voilà donc deux preuves ; voyons ce qu’il dira de chacune :

i°. Le premier des deux écrits est celui de Mirabilibus , l’autre est le Miroir d’ Astrologie , où il est traicté des autkeurs , licites et défendus , qui ont escrit de cette science (ta). François Pic (*'), et Martin Del Rio (**) , conviennent que c’est faire un grand tort à Albert-le-Grand de le croire autheur de celuy de Mirabilibus ; et qu’ ainsi ne soit, le dernier le descharge en ces propres termes : Alberto Magno tributus liber de Mirabilibus , vanitate et superstitione refertus est , sed magno doctori partus supposititius.

Le Miroir d’Astrologie a esté condemné par Gerson ( *) » et Agrippa (*4), comme superstitieux au possible , et par François Picus (*s) , et beaucoup d’autres , à cause que son autheur maintient en icelui une opinion grandement erronée en faveur des livres de magie qu’il soustient , sauf un meilleur advis , devoir estre conservez soigneusement , parce que le temps appioche , que pour certaines causes , lesquelles il ne spécifie , l'on sera contraint de les feuilleter , et s’en servir en quelques occasions (i3). 11 semble donc que sf notre Albert avait composé un tel livre , il le faudrait prendre pour un magicien ; mais Naudé n’accorde point cette conséquence , vu que le jésuite Vasquez dit formellement (*•) que les livres de magie

(11) Tritbem. de Scriptor. Ecdesiast., p. 19 5-

(13) Naudé, Apologie dei grands Hommes , pag. 5a3 , 5>4.

(*') Lib. VII d# Praraot. , cap. Vil.

(*a) Disquisit. Mag., lib. I , cap. lit.

(*3) Libro de Ltbris Aalrolog. non tolerandis, propoiU. III.

In Epistolis.

*5) Lib. VII , de Prcnot. , cap. II.

i3) .Vau<lé , Apologie pour les grands nommes , pag. 5a5.

(•6) Pan. I, quant. //, art. III, dùput. XX, cap. IV, in princip.

sont nécessaires , et les magiciens permis de Dieu , afin que les libertins soient aucunement retirez de l’athéisme (i4). D’ailleurs, Naudé pose en fait que Roger Baccon est l’auteur de cet ouvrage , comme François Pieu» le soutient dans son premier livre contre les astrologues ( i5ï. Voilà pour la première preuve de l’accusation. Voyons maintenant ce qu’on répond à la seconde :

2°. 11 y a des gens qui ont cru qu’on pouvait faire des testes d’airain sous certaines constellations , et en tirer des réponses qui servaient de guide dans toutes les affaires que l’on avait. Un certain Yepes rapporte (*) qu’Henri de Villeine en avait fait une à Madrid , qui fut brise'e par le commandement de Jean II , roi de Castille. Virgile , le pape Silvestre , Robert de Lincolne, et Roger Baccon, ont eu de semblables têtes, si l’on en croit certains écrivains (16). Alhertle-Grand a été jugé plus habile; car on prétend quai avait composé un homme entier de cette sorte , ayant travaillé 3o ans sans discontinuation à le forger sous divers aspects et constellations : les yeux par exemple...

lorsque le soleil estoit au signe du zodiaque correspondant a une telle partie, lesquels il fondoitde métaux meslangés ensemble , et marques des caractères des mesmes signes et planètes, et de leurs aspects divers et nécessaires; et ainsi la teste , le col, les espaules , tes cuisses et les jambes, façonnez en divers temps , et montez et reliez ensemble en forme d’homme , avoient cette industrie de révéler audit Albert la solution de toutes ses principales difficultez (17). C’est ce qu’on appelle l’Androïde d’Albcrt-le-Grand. Elle fut brisée, dit-on, par Thomas d’Aquin , qui ne put supporter avec patience son trop grand caquet. Henri de Assia et Barthclemi Sibi/le asseurent qu’elle était composée de chair et d'os ; mais par art , non par nature : ce que toutefois estant jugé impossible par tes autheurs modernes , et la vertu des

(i4) Naudé, Apologie pour te* granJ» Homme», fia#. 5a*.

i5) Là tnfmc , pag. 5afi.

*) Âpud F.tnanuel de Moura , seet. II , cap. AK, an. VI.

(16) - Naudé, Apologie de» grands Homme»,

pag. 5a8.

(17) Là meme, pag. 5aç), 53o.

images , anneaux et cachets planétaires estant en grande vogue, l’on a tousjours creu depuis... que telles figures avoient esté faites de cuivre, ou de quelque autre met ail, sur lequel on avoit travaillé avec la faveur du ciel et des planètes (18). C’est sur ce piedlà cpie Naudé réfute les accusateurs d’Albert; c’est-à-dire, qu’il suppose que la prétendue Androïde était composée de métal. Il montre par de trèsfortes raisons, qu’elle ne pouvait, ni entendre, ni parler, ni servir d’instrument au diable pour la parole ; et que si le diable avait parlé dans cette machine , il l’aurait fait sans le concours des organes métalliques qui la composaient. Il n’aurait donc pas été nécessaire d’employer tant de temps et tant de cérémonies pour forger cette machine : une bouteille , ou une trompette , n’auraient pas été moins propres à soudre toutes les difficultés d’Albert - le - Grand. Enfin, Naudé remarque que ceux qui parlent de cette Androïde n’apportent aucune preuve du fait. Tostat , avec tout son esprit et toute sa science , ne laissait pas d’être fort crédule :

ainsi son autorité n’étahlit rien. Si l’on veut soutenir qu’une tradition répandue comme celle-là doit avoir quelque fondement , Naudé en donne un fort plausible (19) : c’est qu’Albertle-Graud peut avoir eu dans son cabinet une tête, ou une statue d'homme , semblable à ces machines de Boece , dont Cassiodore a dit (*) :

Métal la mugiunl , Diomedis in œre rues buccinant, œneus anguis insiilat , aves simulatce Jritinniunt , et quœ propriam vocem nesciunl ab œie dulcedinem probanlur emittere cantilcnce.

(G) Un grand miracle a parlé

pour sa justification. ] Selon le père Théophile Raynauld, les accusateurs d’Albert disent qu’un jour des rois il traita Guillaume , comte de Hollande , et roi des Romains , qui passait par la ville de Cologne ; et que, pour rendre remarquable son repas, il changea l’hiver en un été tout

J>lein de fleurs et de fruits. Uorridum iyemen in florigeram f ructiferamque

(18) T.a même , pag. 53 1 , 53a. Il cite Pcrcg., Qu. III , decad cap. II . Qu. III.

(iq) LU tuf me, pag. 53^ , Sjo.

(*"} Ltb. I Vanarum Ep»*|. XLK.

œstatem vert it , ut scribit Trithemius in Chran. Spanh. ann o ia54 (20).

Trithème le rapporte en effet. On ajoute à cela la tête parlante , le livre de Mirabilibus , et celui de Secretis Mulierum. Le père Théophile ne s'amuse point à opposer à ces sortes d'accusations les éloges que plusieurs historiens donnent à la vertu de l’accusé. Il recourt au témoignage que Dieu lui-même a rendu à la sainteté d’Albert par diverses opérations miraculeuses , en préservant de toute corruption son cadavre, jusques à aujourd hui : Tsstimonium quod ejus sanctitati Deus perhibuit , patratis in ejus graliam mii'is plerisque operibus , et ip»ius Allerti corpore ad hune usque diem a tabe et putrefactione exempta. Cet apologiste ajoute que la métamorphose de rhiver en été , et la tête parlante , sont deux grands mensonges , et que les deux livres en question ont été faussement attribués a Albert -le-Grand , et que saint Thomas n’avoue point (*) qu’il ait autrefois brisé chez son maître cette tête parlante : üyems in veris amœni-

tatem versa , et caput œncum articu latè Inq tiens , ad Deum Fabulinutn sunt ablegatula tanquam cnnficta et faUo jactata de tanta vira... fji b ri autem Magici qui Alberto ajfingebantur sunt supposiütii fai.) Voyez ce mie ce jésuite rapporte de quelques machines qui rendent des sons très-harmonieux.

Il veut bien qu’Albert ait eu une tête si artistement composée, que l’air que l’on y soufflait y ait pu prendre les modifications requises pour former la voix humaine. Quant à l’exemption de pouriture, voici cc que j’en ai lu dans Theyet. : « Nostre Albert, après » avoir vécu 87 ans , mourut l’an de » notre saint 1 180 , à Cologne , où il 7> s’estoit retiré pour estudicr; et là , » au milieu du chœur du couvent des » jacobins, son corps est enterré, et » ses entrailles furent portées à Ra- » tisbonne , lequel , du temps del’em- » pereur Charles le-Quint , estoit en- » core entier , et fut déterré par son » commandement, et après remis en a son premier monument. (22) » Le

(ao) Theopbil. Hurnamli Hophiotb. , sect. Il, term. / , cap. XJ y pag. \La.

(*) III f outre Gtii.. capT CIV.

(ai) Th Raynaud» Hophiotb. , pag . i5o,

(33) T béret, Histoire des Hommes illustres, tom. II , pu g. 87.

jésuite Radérus a fait quelques vers latins sur i’incorruption de ce corps (a3). Ils finissent ainsi :

Hktu (34) doctas mirenlur satcula charUti , Mirer ego satvas posl tria uecla manut.

M. More ri , au lieu de trois cents ans , n’en inet que deux cents. Ce n est , ni sa coutume , ni son génie , d’amoindrir les choses de cette nature.

(H) Ceux qui lui attribuent l’invention de l’artillerie se trompent. ]

« Jean-Matthieu de Luna (*) , qui vi- » voit il y a plus de six-vingts ans » (a5) , soustient , contre l’opinion » toutesfois de Polydore , Magius ,

» Mayer , Pancirole , Flurencc Ri- » vault, Bezoldus, et tous les autlieurs » qui ont escrit de l’invention des » basions à feu, que ce fut Albert-le- » Grand qui trouva le premier l’u- ' » sage du gros canon , de i’arque- » buse et du pistolet (26) j sans néan- » moins que j’aye remarqué dans » tous ces autbeurs aucune chose qui » peust approcher de cette opinion •

» sinon que telles machines furent » mises en pratique de son temps ,

» et par un moine allemand , qu’ils m nomment fierthold Schuuartz , ou » par un chimiste, lequel, au juge- » ment de Cornazanus , auteur assez « ancien , demeuroit en la ville de » CoIoé ;ne , en laquelle il est certain » qu’ Albert -le-Grand demeura tous- » jours depuis qu’il eut pris l’habit de «jacobin. » Voilà comment Naudé réfuté sou Jean Matthieu de Luna. La dernière chose qu’il affirme est fausse; car ceux qui ont fait l’histoire d’Albert le-Grand disent qu’il entra dans l’ordre de saint Dominique l’an 1222 * ;

(a3) Bullart les rapporte , Académie de* Scienc. , tom //, pag. ifa,

(ri) C'est-à-dire , a'Arittote.

(*) Libro de Kerum Inveotorib. , cap. XII , folio 10.

(i5) C’est Naudé qui parle , pag. 5i8 do r Apologie de* grandi Homme*, imprimée à Paris , l’an *6*5 , m*8°.

{16) Moréri , au lieu de cela , ne parle que de la poudre à canon , de quoi Naudé ne dit rien.

* V oici , dit Leclerc , comme 'il faut arranger le tout , suivant le père F.chard , qui est exact. • Albert prit l'habit en Italie à la fin de ■ 1333 , ou en iai3. Après avoir demeure dans • son couvent pendant un an , il fut envor/ pour « etudier à Padoue ou à Boulogne. De là il » passa en Allemagne , ety fut pr/fet des rtu- 0 des , à Ifildesheim , et puis successivement 0 à Fribourg en B ris g asc , à Ratuhanne et à 0 Strasbourg. Ensuite on l'envoya à Cologne

qu’après que ses supérieurs retirent envoyé à Cologne , pour y enseigner la théologie et la philosophie , et qu'il se fut acquitté de cet emploi avec l’étonnemeut de ses auditeurs , il alla sc faire admirer à Hildesheim , à Fribourg , à Ratisbonne , et à Strasbourg ; qu’il retourna à Cologne, l’an 1340; qu’il y eut , entre autres disciples , Thomas d’Aquin , auquel il laissa sa chaire *• , lorsqu’il s’en alla professer dans lé ville de Paris; qu’après avoir enseigné trois ans dans Paris , il retourna à Cologne; qu’il fut fait provincial de son ordre , l’an ia54 **; qu’il fit les visites des provinces à pied; qu’il alla à Rome par ordre d’Alexandre IV ; qu’il y exerça la charge de maître du sacre palais ; qu’il y fit des leçons en théologie; qu’il retourna en Allemagne , l’an ia6o * J; qu’il y fut élu évêque de Ratisbonne; qu’au bout de trois ans , il obtint la permission de quitter son évêché; qubl retourna dans sa cellule de Cologne; que le pape lui commanda peu après d’aller prêcher la croisade *4 par toule l’Allemagne et la Bohème ; qu’en 1274 » R assista au concile de Lyon ; qu'il y eut le caractère d’ambassadeur de l’empereur *5; et qu’enfin il retourna à Cologne (27).

Comment se peut-il faire que Naudé , qui avait tant lu, ignorât toutes ces courses d’ Albert-le-Grand?

(1) Notre Albert était fort petit . ] « Quelques-uns écrivent , que bai- » sant les pieds de sa Sainteté , quand » il fut arrivé à Rome, le pape lui comj» manda de se lever , le croyant cn- » core à genoux, quoiqu’il fût des-

• ou il enseigna d'abord la philosophie , et

• puis ta théologie. Le pire Echard croit aussi » qu'il avait été a Paris vers iaJ8 , et que de » ta il vint à Cologne. • Leclerc , dans sa note, a dit Boulogne , au Heu de Bologne ; remarque qu'il était d'autant plus nécessaire de faire, que Joly, qui, suivant son usage, copie J.eclerc sans le citer, n'a pas corrigé cette locution.

Saint Thomas, dit Leclerc, n'avait alors qu'une année d'étude , et il suivit Albert son maître à Paris. Albert commença à y enseigner au mois d’octobre ia45 , et puis retourna à Cologne, à la fin de 1348, ayant reçu le bonnet de docteur. Saint Thomas le suivit encore celle

foi

* En ia55, dit Leclerc.

*3 Au plus tard en i*5q, dit Leclerc.

Echard n’en dit rien.

*5 Leclerc remarque que Echard a montré qu'on n'avait nulle preuve de ces faits.

(37) Voyex Bullart , Academ. de* Scieoc. , tom. II ,pag. *46, et suiv.

«sus ses pieds (38). » On conte la même chose de quelques autres personnes. Voyez la remarque (U) de l’article de Jean André : et souvenezvous de la distinction des logiciens entre quanlitas molit , et quantitas virtutis. Le petit Albert-le-Grand y fait penser (39).

(K) On verra ci-dessous quelques particularités.'] « Le livre de Sccretis » âfulierum , attribué mal à propos » à Albert-le-Grand , est l’ouvrage » d’un de ses disciples nommé Hcnri- » eus de Saxonia , sous le nom du- » quel il a été imprimé plus d’une fois.

« Voici les termes de Simler : Uenrict » de Saxonia 1 Alberli magni discipu- » li , liber de Secreti s Multerum , im- » pressus Autfustœ anno D. 1498, per » A ntonium Sorg (3o) . Et dans le Ca- » talogue de M. de Thou, vous trouve- » rez Ucnrici de Saxonia de Secreîis » Multerum , de Firtulibus Hcrbarum,

» Lapislum , quorundam animalium ,

» ahnrumque , in- 1 3, Franco /*., 161 5 » (3i). Il est visibleque le nom d’Al- » bert, plusfameuxquecelui de Henri, » adonné lieu à la supposition.... Jean » Pic de la Mirande ait qu’ Albert -le- » Grand condamna dans un âge plus » mûr les livres de magie qu’il avait

» composés étant jeune Androïde

» n’est point le mot dont on se sert » quand on parle de l’homme artiû- » ciel d’Albert-le-Grand. C’est un mot » absolument inconnu et purementde » l’invention de Naudé , qui l’a em- » ployé hardiment comme établi. »

(38) La même , pag. i^ft.

fijl) Dans un autre ordre, le non est in Unie eorporc mica sali* contient la mime distinction.

(3o) Simler, Epitomc Bibliolb. Gesoeri , pag . 33a.

(3t) A lapage *56 de la II*. partie du Calai . Bibliolh. Tbuan. 1679.

ALBRET ( famille). Elle a été pendant quelques siècles Tune des plus illustres de France par les grands hommes qu’elle a produits , dont le mérite a brillé dans les dignités les plus éminentes du royaume. Tout le inonde sait qu’elle a possédé la Navarre et le Béarn. M. Moréri parle au long de cette famille :

ALBU

j’y renvoie mes lecteurs , et je n’examine pas même si tout ce qu’il en a dit est correct. Je remarquerai seulement une» chose qu’il ne dit pas : c’est qu’il ne reste plus de mâle de cette grande maison , depuis que le marquis d’Albret (a) fut tué en Picardie, dans la maison du marquis de Bussi-Lamet. Il avait épousé la fille unique du maréchal d’Albret , son oncle , l’an 1(162; mais il ne vint nuis enfans de ce mariage. Apparemment le maréchal consulta plus les intérêts de sa maison que l’inclination du cousin et de la cousine ; car on dit qu’il n’y eut guère de bonne intelligence entre le mari et la femme. Elle s’est remariée avec le comte de Marsan , l’un des fils du comte d’Harcourt. Le marquis d’Albret , son premier mari , était en état d’ariver aux premières charges de la guerre. Il était déjà maréchal de camp , et il devait achever la campagne de 1678 , sous le maréchal de Schomberg , ui fut envoyé sur les frontières e Champagne , au commencement du mois d’août. Pendant ue son camp volant s’approchait e Charleville , le marquis d’Albret lui demanda congé pour uelques jours. On n’a point oute que ce 11e fut pour une affaire de galanterie. Quoi qu’il en soit, il fut tué chez le gentilhomme ci-dessus nommé, qui se tira fort bien d’affaire, en justifiant son alibi (b). Voilà le lit d’honneur ou périt le seul reje-

(à) Il s'appelait Charles Ainanjeu d'Albret.

(b) y oyez la Lettre CXX de Bussi-Ralmtin , T* . partie y pag. 262 , édition de Hollande.

nus. 365

ton qui restât de tant de héros.

Sa famille avait mérité de finir dans une occasion plus glorieuse.

Le maréchal d’Albret était mort gouverneu r de Guyenne deux ans auparavant. Il avait obtenu , en i653 , le bâton de maréchal de France : ceux qui ont dit qu’il le mérita pour s’ètre assuré de la personne du prince de Condé , ne savent pas bien la chose. Ce ne fut point lui qui l’arrêta (ce fut M. de Guitaud ( c ) ) : il 11e fit ue conduire les princes au bois e Vincennes. Il commandait alors les gendarmes de la garde.

Il avait appris en Hollande le métier de la guerre , et s’appelait le comte de Miossens. C’est sous ce nom-là qu’il reçoit beaucoup d’éloges dans un écrit de M. de Saint-Ev remont ( d) Il fut fait chevalier des ordres du roi , le 1". de janvier 1662, et gouverneur de Guyenne , au mois de novembre 1670. Il avait épousé, en i545, Magdeleine de Guénégaud , fille puînée de Gabriel de Guénégaud , trésorier de l’épargne (e). Il a été l’un des héros de Scarron : cela parait clairement dans les ouvrages de cet écrivain.

(c> y oyez Benjaminiu Priolus, de Rebus Gallicis , lib. y , cap. III.

{d) Ir oyez tes OEuvres diverses de Saint* Evremont , tom. II, pag. 71, 77 et suir. édition de Hollande en 1693.

(e) y oyez le père Anselme, tom. II, p. 285.

ALBUNEA, lieu célèbre proche deTibur(a), en Italie. Voyez la dernière remarque de l’article Tibür.

(a) Aujourd'hui Tivoli.

ALBUTIUS SI LUS (Caius),

orateur célèbre du temps d’Auguste , était natif de Novarre ,

366 ALBUTIUS.

et il s’y était avancé jusqu’à la charge d’édile ; mais il en sortit à cause d’une insulte qui lui fut faite par des gens <jui avaient perdu leur procès. C’était lui qui avait été leur juge , et qui leur prononçait la sentence î dans ce même temps , ils le renversèrent de son tribunal , en le tirant par les pieds. Cet affront l’obligea à sortir tout aussitôt de sa patrie, et à s’en aller à Rome , ou il s’associa avec l’orateur Munacius Plancus. L’émulation les ayant brouillés , il dressa un auditoire à part , et enfin il se hasarda à plaider des causes. Il lui arriva quelques disgrâces dans le barreau (A), qui l’obligèrent à y renoncer. Étant vieux et incommodé d’un abcès, il s’en retourna àNovarre, où, ayantconvoqué le peuple , il représenta dans une longue harangue les raisons qui l’empêchaient de vouloir vivre, et se laissa mourir de faim (a). Sénèque le père , qui l’avait ouï quelquefois , parle de lui amplement , et rapporte plusieurs extraits de ses harangues {b). Il lui donne l’éloee de n’avoir pu ni souffrir ni faire une injure ; et il appelle cela une grande probi té : Homo summce probitatis , qui nec facere injuriam nec pâti sciret. Sénèque le philosophe aurait mieux défini la nature de la probité. Albutius composa une rhétorique comme il est aisé de le recueillir d’un passage de Quintilien (c).

(a) Suetoo. de Claris. Hlielor. , cap. VI.

( h ) Seneca, Prirfalionc libri Ttl Coatrov. et alibi passlm.

(c) Albutius , non obscurus professor atque autor , scicnfiam benè dicendi esse consentit ( Bhetoricam). Quintil. Instit.. hb II, cap. V ■

(A) Il lui arriva quelques disgrâces dans le barreau.'] Il croyait un jour ne pousser qu'un beau lieu commun , en disant à son adverse partie : Jurez par les cendres et par la mémoire de votre père , et vous gagnerez votre cause. Après qu’il eut enluminé et actionné cette pensée le mieux qu’il put, l’avocat qui lui était opposé se mit à dire : /Vous acceptons la condition.

Albutius répliqua qu’il n’avait point offert ce parti , qu’il n’avait dit cela que comme une figure de rhétorique, et que l’on bannirait les figures si l’on prenait ainsi les choses au pied de la lettre. L'autre avocat répliqua qu’on pouvait vivre sans ces figures , et qu’elles n’avaient qu’à périr si elles voulaient. Les juges donnèrent lieu au serment ; et ainsi Albutius perdit sa cause pour s’ètre amusé à de faux brilla ns de déclamation. Il en eut tant de dépit, qu’il renonça au métier (1).

Voici ce qu’en dit Suétone : Cùm in lite quddam centumvirali ab adversario quemut impinmerga parentes meessebal , jusjurandum quasi per figurant sic oblulisset : « Jura per patris ma- » trisque cineres qui inconditi jacent , » et alia in hune mndum , arripiente eo condiiionem , nec judicibus aspernanti bus , non sine magnd su i invidiâ negotium ajflixil (a). Depuis ce tempslà les maîtres recommandèrent à leurs élèves de ne se point servir de ces figures mal à propos (3).

(i) Seneca , prtrfalione libri III Contrrrr.

(a) Sueton. de Clari» Rhetorib. , cap. VI.

(3) Quintil. , lib. IX , cap. II.

ALBUTIUS (Titus) , philosophe de la secte d’Épicure, alla de Rome à Athènes , dès sa première jeunesse, et prit un tel goût aux manières grecques , qu’il aimait mieux passer pour Grec que pour Romain (a) ; ce qui donna lieu à une plaisanterie de Scévola (A) , laquelle Lucilius tourna fort malignement dans l’une de ses satires , comme nous l’apprenons de Cicéron (b). Nous apprenons de ce même auteur , i°. qu’Al-

(a) Cicero in Bruto, cap. 26 et 35.

[b; Idem , hb. I «i« Finit. , cap . 3.

ALBÜTIUS.

butius était un épicurien passionné (c) , et qu’il aurait été meilleur orateur s’il avait eu moins d’attachement à la secte d’Épicure ( d ) ; 2°. qu’il entendait bien l’érudition grecque (c) , et qu’il avait publie quelques Harangues (/) ; 3°. qu’il avait été dans les charges de la républiue; qu’il avait gouverné la Saraigne en qualité de propréteur (#) , et qu’il n’obtint point du sénat la procession (B) qu’il avait demande qu’on fit en action de grâces aux Dieux pour ses exploits ; qu’il fut accusé de concussion (C) et banni (D); et qu’il s’en alla philosopher à Athènes [b). La plaisanterie de Scévola fut une semence d’inimitié entre eux deux (E). Les dictionnaires ne sont pas ici exemptsde fautes(F).

Je ne crois que notre Titus Albutius soit le même que celui dont parle Horace (G) dans la IIe.

satire du IIe. livre. On ne trouve rien de ce médecin Albutius , ui est mis par Pline au nombre es plus célèbres (0-

(cï Idem , lib. I deNaturi Deorum, c. 33.

(</) Idem , in Bruto , cap. at> et 35.

(e) Cicero in Bruto, d. 1.

(f) Ibid.

(g) Idem , de Provinc. Consular. , cap. 7, et in Pisonem , cap. 38.

(A) Cicero , Tuscul. V , cap. 37.

(i) Plia. u», Ub.XXIX, cap. I.

(A) Son gnilt pour les manières grecques donna lieu a une plaisanterie de Scévola.'] Elle consistait en ce que, quand il recevait visite d’Albutius à Athènes, il le saluait en grec, et le faisait saluer eu la meme langue par tout son monde. On ne peut sentir le ridicule qu’il y avait là-dedans, si l'on ne songe à l’action même. Voici comment Cicéron s’exprime : Res verà bonus ver bis electis graviter ornalèquc du tains quis non legal ? nisi qui se plané grœcuni dici vêtit , ut à Scœvold est prœlor salulatus Athenis Albutius

Quem quidem locum cum multd venus laie et omni sale idem Lucilius , apud quem prœclarè Scœvola:

Grœcuni le , Albutî , quàm Romanum atque Sabinum

bfunicipem Ponlt , Trilanni , centurionum

Prœclarorum hominum ac primorum , signijenimque ,

Malunli dici. Grœcè ergà Prœlor Athenis ,

Id quod maluitli, le , ciimad me accédé talulo:

’XAipi , inquatn , Ttte: It dores, turma Omni’, cohorsque ,

H inc hostis Muti Albutius , hinc inimicus ( 1 ).

Voilà Cicéron qui dit positivement qu’Albutius était alors préteur à Athènes , et néanmoins les vers de Lucilius témoignent qu’Albutius , faisant des visites à Scévola , était salué en grec, et avec des airs moqueurs qui le piquèrent , et qui le rendirent ennemi de Scévola. N est-il pas clair comme le jour que, selon Lucilius, c’était Scévola, et non pas Albutius qui exerçait la préture ? Si Albutius eût été préteur, il eût reçu et non pas fait les visites; et s’il en eût fait , on n’aurait pas osé les recevoir avec des plaisanteries piquantes. Je m’étonne donc, ou que Cicéron ait donné la préture à Albutius , ou que, s’il l’a donnée à Scévola , comme il est très-apparent , on n’ait pas corrigé la faute qui s’est glissée dans les éditions. Il faudrait lire , ut a Scœvold est prœlore salutatus Athenis Albutius (a), et non pas, ut à Scœvold est prœlor salutatus Athenis Albutius. M. Dacier cite ces vers de Lucilius, et les traduit de telle sorte, qu’il déclare que Scévola était préteur à Athènes lorsqu’il se moquait d’Albutius qui lui allait faire sa cour (3). Corradus estime qu’Albulitis étudiait à Athènes, et que Scévola v passa, en faisant le voyage de Rhodes, dont il est parlé dans le premier livre de l’Orateur (4)*

(B) Il n’obtint point du sénat la procession , etc.] Cicéron parle de cela afin d’ôter aux amis de Gabinius et de Pison la consolation qu’ils en tiraient. Il leur fait voir que les choses n’étaient point pareilles: Üdc consolatione utun-

(1) Cicer. «te Finib. , lib. I , cap. III.

(i) C orradius , in Brutura Cicer. , pag. 189, veut que Ion corrige ainti. D’ autre s Critiques sont du meme sentiment. Voje% le Ciciroo de M. Cronoviai.

(3) Dacier *nr Horace Satire II , lie. Il , pag 1 a 1 , édition de Hollande.

(4) Corrad. ia Biuturn Ciceronu , pag. 189.

368 ALBUTIUS.

tur etiam T. Albutio supplicationem hune ordinem denegdsse , quod est primùm dissimile : res in Sardinid cum mastrucatis latrunculis à proprœtore , und cohorte auxiliaridgesta , et bellum cum maximis S y ri ce genlibus ac tyrannis consulari exercitu imperioque confcctum. Deindè Albutius , quod a senatu petebut , ipse sibi in Sardinid antè decreverat : constabat enim Grœcum hominem ac levem in ipsd provincid quasi triumphdsse . Itaque hanc ejus temeritatem senatus supplicatione denegatd notavit (5). On croit qu’Albutius commandai t dans la Sardaigne i'an 649 de Rome (6).

(C) Il fut accusé de concussion.'} On n’en peut douter après avoir lu ces paroles : Mutius aulem augur , quod pro se opus erat ipse dicebat , ut de pecuniis repetundis contra T. Albulium.

Js oralorum in numéro non fuit , juris civilis inlelligentid , atque omni prudentiœ genere prœslitit (7). Il n’est pas si certain que Mutius Scévola ait été l'accusateur ; j’aimerais mieux dire qu’il se trouva seulement mêle dans cette cause , et obligé d’éclaircir ou de soutenir quelque chose qui le concernait , et qui allait à la charge de l’accusé. 11 avait assez d’éloquence pour un coup de cette nature ; mais ci ailleurs il n’était point orateur : c’est ce que nous lisons clairement dans les paroles que j’ai citées. Quelques critiques y aiment mieux cette leçon :

Mutius autem augur, quod opus crat , perse ipse dicebat (8) : peu m’importe ; car, en lisant ainsi, on ne laisse pas d’avoir lieu de conjecturer que Scévola ne fit qu’intervenir dans cette cause, et parler sur quelque incident.

Cette conjecture , dont je parlerai encore dans la remarque (E), se confirme puissamment par une raison que Cicéron allégua contre celui qui lui disputait la charge d'accuser Verrès.

11 dit qucCaïus Julius, ayant une semblable dispute contre Cnéius Pompée, dans l’affaire d’Albutius, se servit de deux moyens : l’un , que ce Pompée avait été le questeur d’Albutius ; l’autre, que les habitans de Sardaigne l’a-

(5) Cicero de Provinc. Consister. d. 1.

(6) Proust , Commeotario 1 n usum Delphine, in Ciceronem de Claris Oratorib.

(•jJ Cicero in Bruto , d. 1.

(ft) Corrad. in Brutum Ciceronij , pag. i8q. Doom in I.uCiüum , pag. q<j

▼aient prié d’accuser Albutius (g). Il fut jugé que Pompée ne serait pas l’accusateur. Ou peut donc conclure que cette fonction demeura à Caïus Julius.

Le lecteur, qui ne le savait pas , apprendra ici , en chemin faisant , qu’on n’approuvait point à home qu’un magistrat supérieur fût accusé par son subalterne : Neque ferè unquam venit incontenlionem de accusando qui quœstor fuisset , quin repudiarelur. Itaque , neque L. Pniloni in C. Servilium nomini s deferendi poteslas est data , neque M. Aurelio Scauro in L . Flaccum , neque Cn. Pompejo in T. Alhutium : quorum nemo propter indignitatem répudiai us est , sed ne libido violandes necessitudinis autorilate judicurn comprobaretur ( to). Apulée vient troubler ce que j’ai tâché d'établir $ car il dit dans sa seconde apologie que C. Mutius accusa A. AIduûus.

Mais il est facile de répondre à cette objection $ puisque, d’uu côté, les personnes dont parle Apulée ne s’appellent point comme celles dont il s agit ici , et que , de l’autre, on ne saurait appliquer au Scévola dont il est ici question ce qu’Apulee remarque de son C. Mutius. Il est certain que notre Albutius s’appelait Titus, et non pas Aulus; et que notre Scévola se nommait Quintus Mucius : et, comme il était augure, on le désignait souvent par cette charge , Quintus Mucius S cajola augur. L’accusateur dont parle Apulée était un jeune homme qui faisait son coup d essai pour se mettre au monde, pour se faire connaître dans le barreau : Dleque autem gloriœ causd me accusai ut M. Antonius Cn. Carboncm , C. Mutius A.

Albulium quippi hommes erudi-

tissimi , juvenes laudis gralid primum hoc rudimentum forensis opéra: subibant, utaliquo insigni judicio civibus suis noscerentur , qui mos incipientibus adolescentibus ad illustrandum ingénu florem apud antiquos concessus , diù exolevit (n). C’est ce qui ne convient point, à notre Mutius Scévola $ il fut consul l’an 636 de home (la) : il était vieux quand Cicéron n’avait que dix-huit ans; c’est-â-dire , l'an de home 665 : et Albutius ne fut accusé

(9) Cicero , Dmnatione in Verras», cap iQ

(10) Idem, 1 bid.

(11) Apnl. Apolog. II.

(sa) Cicero , in Lxlio , inil

ALBU

qu’après son retour de Sardaigne , où il était propréteur en l'année Voyez la remarque suivante. Peut être que les copistes d'Apulée ont peu à peu , en passant de faute en faute, converti C. Julius , en C. Mutius. Il est certain que C Julius a été l’accusateur d’Alhutius- et si Apulée l'a\ait nommé , il serait à cet égard dans l'exactitude ; maison ne saurait le justifier en ce qu'il avance , que tous les accusateurs qu'il a nommés étaient de jcunesaventuriers qui cherchaient à signaler par quelque cause célébré leuravénement au monde II emprunte de Cicéron tous ces exemples , comme l'illustre M. Grævius Ta judicieusement remarqué (i3; : pourquoi donc les réduit-il tous à une espèce , puisque Cicéron en a fait diverses classes (i4j? N’est-ce point à cause qu'ils ne lui eussent de rien servi , s’ils eussent été divisés? Voilà une cause très-fcconde de la falsification des faits.

Quand on ne les trouve pas tels qu'on les souhaite, on leur donne , en les alléguant, le pli et l'entorse dont on a besoin.

(D) Il fut banni.'] Nous ne trouvons point cela aux mêmes endroits de Cicéron où il est parlé du procès d’Albutius , et il ne faut point s’en étonner j car, quand on ne fait point la vie d’un homme , on se contente de dire de lui ce qui concerne le sujet présent.

Lorsque Cicéron a dit quelque ch »se du procès d'Albutius, il n avait en vue que les personnes qui avaient parlé ou voulu parler contre l’accusé : il n’était donc pas nécessaire qu’il touchât à l’issue de cette cause. Lorsqu’il a parlé de l’exil d’Albutius, il n’avait en vue que de montrer le bon usage que l’on peut faire de l’exil j il ne fallait donc pas qu’il remarquât pourquoi Albutius avait été exilé. C’est à nous à faire un tissu de ces différons passages^ et, parce moyen , nous trouverons qu’Albutius, ayant été accus» de concussion, à la requête des habitans de Sardaigne, fut condamné et banni :

Albutius cum in Sardtnid triumphdsset , linnue damnatus est (i5). Qutd

(i3) Graeviu» \oti* in Cicer. de Offic. , lib. // , cap. xir.

(«4) fl donne son accusation contre Verras pour un exemple ; il n’a dune point prétendu citer teulem-nl ceux qui avaient accusé dans leur première jeunet se.

(i5) C.icero in Puou., cnp. 38.

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