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bouffonne , exprimant, par les attributs qu'il lui donne , le caractère et les habitudes du personnage qu'il veut représenter. Chacun de ces tableaux est un chef-d'œuvre d'invention. — Il est incroyable avec quel art il donne l'expression de la vie et du sentiment à ces squelettes hideux, à ces figures décharnées. Toutes ses morts vivent, pensent, respirent; toutes ont le geste, la physionomie, j'allais presque dire les regards et les couleurs de la vie. ■ — Holbein avait ajouté à l'idée populaire de la Danse des Morts; le peintre inconnu du Pont de Lucerne a ajouté aussi à la danse d'Holbein. Ce ne sont pas des peintures de prix que les peintures du Pont de Lucerne , mais elles ont un mérite d'invention fort remarquable. Le peintre a représenté, dans les triangles que forment les poutres qui soutiennent le toit du Pont, les scènes ordinaires de la vie, et comment la mort les interrompt brusquement. Dans Holbein, la mort prend le costume et les attributs de tous les états, montrant par là que nous sommes tous soumis à sa nécessité. Au Pont de Lucerne, la mort vit avec nous; faisons-nous une partie de campagne, elle s'habille en cocher, fait claquer son fouet; les enfants rient et pétillent : la mère seule se plaint que la voiture va trop vite. Que voulez-vous? C'est la mort qui conduit; elle a hâte d'arriver. Allez-vous au bal , voici la mort qui entre en coiffeur, le peigne à la main. Hâtez-vous, dit la jeune fille, hâtez-vous! Je ne veux point arriver trop tard. — Je ferai vile ! Elle fait vite : car à peine a -t-elle touché du bout de son doigt décharné le front de la danseuse, que ce front de dix-sept ans se dessèche aussi bien que les fleurs qui devaient le parer. — Le Pont de Lucerne nous montre la Mort à nos côtés et partout : à table, où elle a la serviette autour du cou , le verre à la main et porte des santés; dans l'atelier du peintre , où en garçon barbouilleur elle tient la palette et broie les couleurs; dans le jardin où , vêtue en jardinier, l'arrosoir à la main , elle mène le maître voir si ses tulipes sont écloses; dans la boutique où, en garçon marchand , assise sur des ballots d'étoffe , elle a l'air engageant et appelle les pratiques; dans le corps-de-garde, où le tambour en main elle bat le rappel ; dans le carrefour où en faiseur de tours elle rassemble les badauds ; au barreau où, vêtue en avocat, elle prend des conclusions, le seul avocat (dit la légende en mauvais vers allemands placés au bas de chaque tableau ) qui aille vite et qui gagne toutes ses causes ; dans l'antichambre du ministre où, en solliciteur, l'air humble et le dos courbé, elle présente une pétition qui sera
) — DAP
écoutée; dans le combat enfin, où elle court en tête des bataillons, et, pour se faire suivre, elle s'est noué le drapeau autour du cou.... »
Danse du Sabbat. — Pierre Delancre assure que les danses du sabbat rendent les hommes furieux, et font avorter les femmes. Le diable, dit-on, apprenait différentes sortes de danses aux sorciers de Genève ; ces danses étaient fort rudes , puisqu'il se servait de verges et de bâtons, comme ceux qui font danser les animaux. Il y avait dans ce pays une jeune femme à qui le diable avait donné une baguette de fer, qui avait la vertu de faire danser les personnes qu'elle touchait ; elle se moquait des juges durant son procès, et leur protestait qu'ils ne pourraient la faire mourir ; mais elle déchanta1. — Les démons2 dansent avec les sorcières en forme de bouc ou de tout autre animal. — On danse généralement en rond , dos à dos, rarement seul ou à deux. Il y a trois branles : le premier se nomme le branle à la bohémienne ; le second s'exécute comme celui de nos artisans dans les campagnes, c'est-à-dire en sautant toujours, le dos tourné ; dans le troisième branle, on se place tout en long , se tenant par les mains et avec certaine cadence. On exécute ces danses au son d'un petit tambourin, d'une flûte, d'un violon, ou d'unautre instrument que l'on frappe avec un bâton ; c'est la seule musique du sabbat; cependant des sorciers ont assuré qu'il n'y avait pas de concerts au monde mieux exécutés.
Danse du Soleil. — C'est une croyance encore répandue dans beaucoup de villages que le soleil danse le jour de Pâques. Mais cette gracieuse tradition populaire n'est que de la poésie , comme les trois soleils qui se lèvent sur l'horizon le matin de la Trinité.
Danses épidèmiques. — Au quatorzième siècle il y eut une secte de danseurs qui parcoururent le Luxembourg, le pays de Liège, le Hainaut et les provinces Rhénanes, dansant avec fureur et se prétendant favorisés pendant leurs danses de visions merveilleuses. On croit qu'ils étaient possédés, puisqu'on ne les guérit que par les exorcismes.
Daphnéphages, — devins qui, avant de répondre aux questions qu'on leur faisait, mangeaient des feuilles de laurier, parce que, cet arbre étant consacré à Apollon , ils se croyaient de la sorte inspirés de ce dieu.
1 Delancre, Tableau de l'inconstance des démons, etc., îiv. m, dise. 4, p. 204.
2 Bodin, Démonomanie, Iiv. i<>, ch. 4.