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Déserts. — C'est surtout dans les lieux déserts et abandonnés que les sorciers font leur sabbat et les démons leurs orgies. C'est clans de tels lieux que le diable se montre à ceux qu'il veut acheter ou servir. C'est là aussi qu'on a peur et qu'on voit des fantômes. Voy. aussi Carrefours.
Desfontaines. — En 1695, un certain M. Bezuel ( qui depuis fut curé de Valogne), étant alors écolier de quinze ans , fit connaissance des enfants d'un procureur nommé d'Abaquène, écoliers comme lui. L'aîné était de son âge ; le cadet, un peu plus jeune, s'appelait Desfontaines; c'était celui des deux frères que Bezuel aimait davantage. Se promenant tous deux en 1 696, ils s'entretenaient d'une lecture qu'ils avaient faite de l'histoire de deux amis qui s'étaient promis que celui qui mourrait le premier viendrait dire des nouvelles de son état au survivant. Le mort revint, disait-on, et conta à son ami des choses surprenantes. Le jeune Desfontaines proposa à Bezuel de se faire mutuellement une pareille promesse. Bezuel ne le voulut pas d'abord; mais, quelques mois après, il y consentit au moment où son ami allait partir pour Caen. Desfontaines tira de sa poche deux petits papiers qu'il avait tout prêts, l'un signé de son sang, où il promettait, en cas de mort, de venir voir Bezuel ; l'autre où la même promesse étaitécrite,fut signée par Bezuel. Desfontaines partit avec son frère, et les deux amis entretinrent correspondance. — Il y avait six semaines que Bezuel n'avait reçu de lettres, lorsque, le 31 juillet 1697, se trouvant dans une prairie à deux heures après midi, il se sentit tout d'un coup étourdi et pris d'une faiblesse, qui néanmoins se dissipa ; le lendemain, à pareille heure, il éprouva la même chose; le surlendemain, il vit pendant son affaiblissement son ami .Desfontaines qui lui faisait signe de venir à lui. Comme il était assis, il se recula sur son siège. Les assistants remarquèrent ce mouvement. Desfontaines n'avançant pas, Bezuel se leva pour aller à sa rencontre ; le spectre s'approcha alors, prit son ami par le bras gauche et le conduisit à trente pas de là, dans une rue écartée. « Je vous ai promis, lui dit-il, que si je mourais avant vous, je viendrais vous le dire : je me suis noyé avant-hier dans la rivière, à Cuen, vers cette heure-ci. J'étais à la promenade; il faisait si chaud, qu'il nous prit envie de nous baigner. Il me vint une faiblesse dans la rivière, et je coulai au fond. L'abbé de Ménil- Jean, mon camarade, plongea; je saisis son pied, mais soit qu'il crût que ce fût un saumon, soit qu'il voulût promplement remonter
2 — DES sur l'eau, il secoua si rudement le jarret, qu'il me donna un grand coup dans la poitrine, et me jeta au fond de la rivière qui est là très-profonde. » — Desfontaines raconta ensuite à son ami beaucoup d'autres choses. Bezuel voulut l'embrasser, mais il ne trouva qu'une ombre; cependant, son bras était si fortement tenu qu'il en conserva une douleur. Il voyait continuellement le fantôme, un peu plus grand que de son vivant, à demi nu ; il portait, entortillé dans ses cheveux blonds, un écriteau où Bezuel ne put lire que le mot in. Il avait le même son de voix ; il ne paraissait ni gai ni triste , mais dans une tranquillité parfaite; il pria son ami, quand son frère serait revenu, de le charger de dire certaines choses à son père et à sa mère; il lui demanda de réciter pour lui les sept psaumes qu'il avait eus en pénitence le dimanche précédent, et qu'il n'avait pas encore récités; ensuite il s'éloigna en disant : Jusqu'au revoir, qui était le termeordinaire dont il se servaitquand il quittait ses camarades. — Cette apparition se renouvela plusieurs fois. On l'expliquerait peut-être par les pressentiments, la sympathie, etc. L'abbé Bezuel en raconta les détails dans un dîner, en 1708, devant l'abbé de Saint-Pierre, qui en fait une longue mention dans le tome iv de ses Œuvres politiques.
Desforges ( PIERRE-JEAN-BAPTISTE ChOU-
dard), — né à Paris en 1746, auteur plus que frivole. Dans les Mille et un souvenirs ou Veillées conjugales, livre immoral qu'on lui attribue, il raconte plusieurs histoires de spectres qui ont été reproduites par divers recueils.
Deshoulières. — Madame Deshoulières étant allée passer quelques mois dans une terre, à quatre lieues de Paris, on lui permit de choisir la plus belle chambre du château ; mais on lui en interdisait une qu'un revenant visitait toutes les nuits. Depuis long-temps madame Deshoulières désirait voir des revenants ; et, malgré les représentations qu'on lui fit, elle se logea précisément dans la chambre infestée. La nuit venue, elle se mit au lit, prit un livre selon sa coutume ; et, sa lecture finie, elle éteignit sa lumière et s'endormit. Elle fut bientôt éveillée par un bruit qui se fit à la porte; elle se fermait mal; on l'ouvrit, quelqu'un entra, qui marchait assez fort. Elle parla d'un ton très-décidé, car elle n'avait pas peur. On ne lui répondit point. L'esprit fit tomber un vieux paravent qui tira les rideaux du lit avec bruit ; elle harangua encore l'âme, laquelle s'avançant toujours lentement et sans mot dire, passa dans la ruelle du lit,
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renversa le guéridon et s'appuya sur In couverture. Ce fut là que madame De?houlières fit paraître toute sa fermeté. « Ah! dit-elle,
je saurai qui vous êtes! » Alors, étendant
ses deux mains vers l'endroit où elle entendait le spectre , elle saisit deux oreilles velues, qu'elle eut la constance de tenir jusqu'au matin. Aussitôt qu'il fut jour, les gens du château vinrent voir si elle n'était pas morte. Il se trouva que le prétendu revenant était un gros chien, qui trouvait plus commode de coucher dans cette chambre déserte que dans la basse-cour.
Despilliers. — Le comte Despilliers le père, qui mourut avec le grade de maréchal-decamp de l'empereur Charles VI , n'était encore que capitaine de cuirassiers, lorsque se trouvant en quartier d'hiver en Flandre, un de ses cavaliers vint un jour le prier de le changer de logement, disant que toutes les nuits il revenait dans sa chambre un esprit qui ne le laissait pas dormir. Despilliers se moqua de sa simplicité et le renvoya ; mais le militaire revint au bout de quelques jours, et répéta la même prière; il fut encore moqué. Enfin il revint une troisième fois, et assura à son capitaine qu'il serait obligé de déserter si on ne le changeait pas de logis. Despilliers, qui connaissait cet homme pour bon soldat, lui dit en jurant : « Je veux aller cette nuit coucher avec toi, et voir ce qui en est. » — Sur les dix heures du soir, le capitaine se rend au logis de son cavalier, et, ayant mis ses pistolets armés sur la table , il se couche tout vêtu, son épée à côté de lui. Vers minuit il entend quelqu'un qui entre dans la chambre, qui, en un instant, met le lit sens dessus dessous, et enferme le capitaine et le soldat sous le matelas et la paillasse. Après s'être dégagé de son mieux , le comte Despilliers , qui était cependant très-brave, s'en retourna tout confus et fit déloger le cavalier. Il raconta depuis son aventure, pensant bien qu'il avait eu affaire avec quelque démon. Néanmoins il se trouva que le lutin n'était qu'un singe.
Desrues. — empoisonneur, rompu et brûlé à Paris, en 1777, à l'âge de trente-deux ans. Il avait été exécuté depuis quinze jours, lorsque tout à coup le bruit se répandit qu'il revenait toutes les nuits sur la place de Grève. Onvoyaitunhommeenrobedechambre, tenant un crucifix à la main, se promenant lentement autour de l'espace qu'avaient occupé son échafaud et son bûcher, et s'écriant d'une voix lugubre : Je viens chercher ma chair et mes os. Quelques nuits se passèrent ainsi, sans que personne osât s'approcher d'assez près
; — DEU pour savoir quel pouvait être l'auteur de celte farce un peu sombre. Plusieurs soldats de patrouille et de garde en avaient été épouvantés; mais enfin la terreur cessa ; un intrépide eut le courage de s'avancer sur la place; il empoigna le spectre et le conduisit au corps-de-garde , où l'on reconnut que ce revenant était le frère de Desrues, riche aubergiste de Senlis, qui était devenu fou de désespoir.
Destinée, — VOIJ. FATALISME.
Desvignes, — parisienne qui avait, au commencement du dix-septième siècle , des attaques de nerfs dont elle voulut tirer parti pour se faire une ressource. Les uns la disaient sorcière ou possédée , les autres la croyaient prophétesse. Le père Lebrun, qui parle d'elle dans son Histoire des superstitions, reconnut comme les médecins qu'il y avait dans son fait une grande fourberie. Le bruit qu'elle avait fait tomba subitement.
Deuil. — Les premiers poètes disaient que les âmes après la mort allaient dans le sombre empire : c'est peut-être conformément à ces idées, dit Saint-Foix, qu'ils crurent que le noir était la couleur du deuil. Les Chinois et les Siamois choisissent le blanc, croyant que les morts deviennent des génies bienfaisants. En Turquie , on porte le deuil en bleu ou en violet; en gris, chez les Éthiopiens; on le portait en gris de souris au Pérou quand les Espagnols y entrèrent; le blanc, chez les Japonais, est la marque du deuil, et le noir est celle de la joie ; en Castille, les vêtements de deuil étaient autrefois de serge blanche. Les Perses s'habillaient de brun, et se rasaient avec toute leur famille et tous leurs animaux. Dans la Lycie, les hommes portaient des habits de femme pendant tout le temps du deuil. Chez nous, Anne de Bretagne, femme de Louis XII, changea en noir le deuil, qui jusque-là avait été porté en blanc à la cour. — A Argos, on s'habillait de blanc et on faisait de grands festins. A Délos, on se coupait les cheveux, qu'on mettait sur la sépulture du mort. Les Égyptiens se meurtrissaient la poitrine et se couvraient le visage de boue. Ils portaient des vêtements jaunes ou feuillemorte. Chez les Romains, les femmes étaient obligées de pleurer la mort de leurs maris, et les enfants celle de leur père, pendant une année entière. Les maris ne pouvaient pleurer leurs femmes , ni les pères leurs enfants s'ils n'avaient pas trois ans. — Le grand deuil des Juifs dure un an , il a lieu à la mort des parents. Les enfants ne s'habillent pas de noir; mais ils sont obligés de porter toute l'an-
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née les habits qu'ils avaient à la mort de leur père, sans qu'il leur soit permis d'en changer, quelque déchirés qu'ils soient. Ils jeûnent tous les ans à pareil jour. Le deuil moyen dure un mois ; il a lieu à la mort des enfants, des oncles et des tantes. Ils n'osent, pendant ce temps, ni se laver, ni se parfumer, ni se raser la barbe, ni même se couper les ongles ; ils ne mangent point en famille. Le petit deuil dure une semaine : il a lieu à la mort du mari ou de la femme. En rentrant des funérailles, l'époux en deuil se lave les mains, déchausse ses souliers, et s'assied à terre, se tenant toujours en celte posture, et ne faisant que gémir et pleurer, sans travailler à quoi que ce soit jusqu'au septième jour. — Les Chinois en deuil s'habillent de grosse toile blanche, et pleurent pendant trois mois. Le magistrat n'exerce pas ses fonctions; le plaideur suspend ses procès. Les jeunes gens vivent dans la retraite, et ne peuvent se marier qu'après trois années. — Le deuil des Caraïbes consiste à se couper les cheveux et à jeûner rigoureusement jusqu'à ce que le corps soit pourri; après quoi, ils font la débauche, pour chasser toute tristesse de leur esprit. Chez certains peuples de l'Amérique, le deuil était conforme à l'âge du mort. On était inconsolable à la mort des enfants, et on ne pleurait presque pas les vieillards. Le deuil des enfants, outre sa durée, était commun, et ils étaient regrettés de tout le canton où ils étaient nés. Le jour de leur mort, on n'osait point approcher des parents, qui faisaient un bruit effroyable dans leur maison, se livraient à des accès de fureur, hurlaient comme des désespérés, s'arrachaient les cheveux, se mordaient, s'égratignaient tout le corps. Le lendemain, ils se renversaient sur un lit qu'ils trempaient de leurs larmes. Le troisième jour, ils commençaient les gémissements qui duraient toute l'année, pendant laquelle le père et la mère ne se lavaient jamais. Le reste de la ville, pour compatir à leur affliction, pleurait trois fois le jour jusqu'à ce qu'on eût porté le corps à la sépulture K Voy. Funérailles.
Deumui ou Beumo , — divinité des habitants de Calicut , au Malabar. Cette divinité, qui n'est qu'un diable adoré sous le nom de Deumus, a une couronne , quatre cornes à la tête et quatre dénis crochues à la bouche, qui est fort grande ; elle a le nez pointu et crochu, les pieds en pattes de coq, et tient entre elles une âme qu'elle semble prête à dévorer 2.
1 Muret, Des Cérémonies funèbres, etc.
2 Leloyc r, Histoire des spectres ou apparitions des esprits, liv. ni, ch. 4, p. 207.
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Devaux , — sorcier du seizième siècle, à qui l'on trouva une marque sur le dos de la forme d'un chien noir. Lorsqu'on lui enfonçait une épingle dedans, il n'en éprouvait aucune douleur; mais lorsqu'on se disposait à y planter l'aiguille, il se plaignait beaucoup, quoiqu'il ne vît pas celui qui portait les doigts audessus de la marque ».
Devins , — gens qui devinent et prédisent les choses futures. Dans un siècle aussi éclairé que le nôtre prétend l'être, il est encore des personnes qui croient aux devins; souvent même ces personnes si crédules ont reçu une éducation qui devrait les élever au-dessus des préjugés vulgaires. — Deux dames d'un rang distingué entendirent parler d'une devineresse pour qui l'avenir n'était point caché ; elles résolurent de la consulter, et se rendirent chez elle en allant au spectacle, c'est-àdire dans toute leur parure. Les bijoux qu'elles étalaient frappèrent la sorcière : « Mesdames, leur dit-elle, si vous voulez lire dans l'avenir, il faut vous armer de courage. Apprenez que nous avons tous, dans ce monde, un esprit qui nous accompagne sans cesse, mais qui ne se communique qu'autant qu'il y est forcé par une puissance supérieure. Il ne tient qu'à moi de vous procurer un entrelien particulier avec le vôtre ; mais il ne cédera point à mes conjurations si vous ne consentez à certaines conditions absolument nécessaires. » Les dames demandèrent avec empressement quelles étaient ces conditions : « Les voici, poursuivit la vieille ; il s'agit de dépouiller les vêtements qui vous couvrent, et de déposer un instant ces ouvrages de luxe, qui prouvent combien le genre humain s'est perverti. Adam était nu quand il conversait avec les esprits. » — Les deux dames hésitent; elles sont d'abord tentées de se retirer; mais elles s'encouragent, et la curiosité l'emporte. Les robes et les bijoux sont déposés dans une chambre, et chacune des dames passe dans un cabinet séparé. Elles y restèrent deux heures dans une impatience difficile à exprimer. Enfin , ne voyant point paraître l'esprit, elles commencent à croire qu'elles ont été trompées. La frayeur les saisit, elles poussent des cris; leurs gens, les voisins accourent, et on les tire de leur prison. La prétendue sorcière, après les avoir enfermées, avait déménagé avec leurs hardes et les siennes 2. — Un plat d'argent ayant élé dérobé dans la maison d'un grand seigneur, celui qui avait la charge de la vaisselle s'en
1 Delancre, Tableau de l'inconstance des démons, etc. , liv. m, p. 185.
2 Madame Gabrielle de P***, Démoniana, p. 24.
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alla avec un de ses compagnons trouver une vieille qui gagnait sa vie à deviner. Croyant déjà avoir découvert le voleur et recouvré le plat, ils arrivèrent de bon malin à la maison de la devineresse, qui, remarquant en ouvrant sa porte qu'on l'avait salie de boue et d'ordure, s'écria tout en colère : " Si je connaissais le gredin qui a mis ceci à ma porte pendant la nuit, je lui rejetterais tout au nez. » Celui qui la venait consulter regardant son compagnon : ■ Pourquoi , lui dit-il . allonsnous perdre de large nt? cette vieille nous pourra-t-elle dire qui nous a volé, quand elle ne sait pas les choses qui la touchent *1 » Voy. Cristallomancie. Astrologie. C mancie. Cartomancie, Prédictions.
Dévouement. — mouvement - - - :
se dévouent, ou sort de ceux qu'on dévoue. Les histoires grecque et romaine fournissent beaucoup de traits de dévouement. Nous ne rappellerons pas ici le dévouement de Décius [ Voy. ce nom), ni celui de Codrus, ni tant d'autres. Il y avait aussi des villes où l'on donnait des malédictions à un homme pour lui faire porter tous les maux publics que le peuple avait mérités. Valere-Maxime rapporte l'exemple d'un chevalier romain, nommé Curtius, qui voulut attirer sur lui-même tous les malheurs dont Rome était menacée. La terre s'était épouvantablement entr'ouverte au milieu du marché; on crut qu'elle ne reprendrait son premier état que lorsqu'on verrait quelque action de dévouement extraordinaire. Le jeune chevalier monte à cheval, fait le tour de la ville à toute bride, et se jette dans le précipice que l'ouverture de la terre avait produit, et qu'on vit se refermer ensuite presque en un moment. — On voit dans Servius. sur Virgile, qu'à Marseille, dès qu'on apercevait quelque commencement de peste, on nourrissait un pauvre homme des meilleurs aliments: on le faisait promener par toute la ville en le chargeant hautement de malédictions . et on le chassait ensuite afin que la peste et tous les maux sortissent avec lui 2. — Les Juifs dévouaient un bouc pour la rémission de leurs péchés. Voy. Azazel. — Voici des traits plus modernes : Un inquisiteur, en Lorraine, ayant visité un village devenu presque désert par une mortalité, apprit qu'on attribuait ce fléau à une femme ensevelie, qui avalait peu à peu le drap mortuaire dont elle était enveloppée. On lui dit encore que le fléau de la mortalité cesserait lorsque la morte, qui avait dévoué le village, aurait
1 Bardai, dans l'Argems.
3 Lebrun, Histoire des superstitions, t. Ie'. chap. 4, p. 413.
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avalé tout son drap. L'inquisiteur, ayant assemblé le conseil, fit creuser la tombe. On trouva que le suaire était déjà avalé et digéré. A ce spectacle, un archer tira son sabre, coupa la tète au cadavre , la jeta hors de la tombe , et la peste cessa. Apres une enquête exacte, on découvrit que cette femme avait été adonnée à la magie et aux sortilèges1. Au reste, cette anecdote convient au vampirisme. — On lit ce qui suit dans Us Grands et redoutables jugements de Dieu, de Chassanion : a Un soldat qui passait par l'Allemagne, se sentant malade, demeura dans une hôtellerie, et donna son argent à garder à son hôtesse; quelques jours après qu'il fut guéri, il le redemanda â celte femme, laquelle avait déjà délibéré avec son mari de le retenir : elle le lui nia donc et l'accusa comme s'il lui eût fait injure. Le soldat de son côté taxa l'hôtesse d'infidélité ; ce que l'hôte ayant entendu, il jeta le pauvre homme hors de sa maison , lequel tira son épée et en donna de la pointe contre la porte. L'hôte commença à crier au larron, disant qu'il voulait forcer sa maison , ce qui fut cause que le soldat fut mis en prison et son procès fait par le magistrat, qui le voulut condamner à mort. — Le jour étant venu que la sentence devait être prononcée et exécutée, le diable entra en la prison, et annonça au prisonnier qu'il était condamné à mourir; toutefois, que s'il se voulait donner à lui, il lui promettait qu'il n'aurait aucun mal. Le prisonnier répondit qu'il aimerait mieux mourir innocent que d'être délivré par ce moyen. Le diable derechef lui ayant représenté le danger où il était, et voyant qu'il perdait sa peine, lui promit de l'aider gratis, disant qu'il ferait tant qu'il le vengerait de ses ennemis. Il lui conseilla, lorsqu'il serait appelé au jugement, de remontrer son innocence, en déclarant le tort qui lui était fait; et que. pour cette cause, il priait le juge de lui bailler pour avocat celui qu'il verrait là présent avec un bonnet bleu : c'est à savoir, lui, démon, qui l'assisterait. Le prisonnier accepta cette offre. Étant donc au jugement, après qu'il eut entendu l'accusation qui lui était faite, il ne faillit point à demander l'avocat qui s'était présenté à lui : ce qui lui fut accordé. Alors ce fin docteur èslois commença à plaider et à défendre subtilement sa partie . disant qu'elle était faussement accusée, et par conséquent mal jugée ; que l'hôte lui retenait son argent et l'avait forcé; et il conta comme le tout s'était passe. Qui plus est, il déclara le lieu où l'argent avait été mis. L'hôte, étonné, ne s'en défen-
1 Sprer.ger. Ma.ieus maîene.< par*. 1, qn**:. i5.
dait pas moins fort et ferme, et niait impudemment en se donnant au diable; c'était là ce qu'attendait le gentil docteur au bonnet bleu, qui, ne demandant pas plus, laissa la cause, empoigna l'hôte, l'emporta hors du parquet et l'éleva si haut en l'air que jamais depuis on n'a pu savoir ce qu'il est devenu. Ainsi le soldat fut délivré de peine, et mis hors de procès par un moyen étrange, au grand étonnement de tous les assistants '. — On cite beaucoup d'histoires de ce genre, entre autres l'aventure d'une riche demoiselle d'Anvers, coquette et orgueilleuse, qui vivait au temps où le duc d'Alençon dominait pour quelques jours en Brabant. Irritée de certains contretemps survenus à sa toilette, dont elle s'occupait fort, elle se mit en fureur et se donna au diable dans son emportement. Elle tomba étranglée. Voij. Envoûtement.
Diable. — C'est le nom général que nous donnons à toute espèce de démons. Il vient d'un mot grec qui désigne Satan, précipité du ciel. Mais on dit le diable lorsqu'on parle d'un esprit malin, sans le distinguer particulièrement. On dit le diable pour nommer spécialement l'ennemi des hommes. — On a fait mille contes sur le diable. Nous n'en citerons que deux ou trois. — Un chartreux, étant en prières dans sa chambre , sent tout à coup une faim non accoutumée, et aussitôt il voit entrer une femme, laquelle n'était qu'un diable. Elle s'approche de la cheminée , allume le feu, et, trouvant des pois qu'on avait donnés au religieux pour son dîner, les fricasse, les met dans l'écuelle et disparaît. Le chartreux continue ses prières, puis il demande au supérieur s'il peut manger les pois que le diable a préparés. Celui-ci répond qu'il ne faut jeter aucune chose créée de Dieu, pourvu qu'on la reçoive avec action de grâces. Le religieux mangea les pois, et assura qu'il n'avait jamais rien mangé qui fût mieux préparé 2. — Nous ne dirons rien de ce petit trait. En voici d'autres qui font voir qu'on a pris souvent pour le diable des gens qui n'étaient pas de l'autre monde. — Un marchand breton s'embarqua pour le commerce des Indes, et laissa à sa femme le soin de sa maison. Cette femme était sage ; le mari ne craignit pas de prolonger le cours de son voyage et d'être absent plusieurs années. — Or, un jour de carnaval, la dame voulant s'égayer donna à ses parents et à ses amis un petit bal qui devait être suivi d'une collation. Lorsqu'on se mit au jeu, un masque habillé en procureur, ayant des
1 Chassanion, liv. l", p. 170, après Wicrus liv. III, ch. 17.
7 Le cardinal Jacques de Vitry.
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sacs de procès à la main, entra et proposa à la dame de jouer quelques pistoles avec elle ; elle accepta le défi et gagna : le masque présenta encore plusieurs pièces d'or, qu'il perdit sans dire mot. Quelques personnes ayant voulu jouer contre lui perdirent; il ne se laissait gagner que lorsque la dame jouait. — On fit d'injurieux soupçons sur la cause qui l'engageaità perdre. « Je suis le dieu des richesses, dit alors le masque en sortant de ses poches plusieurs bourses pleines de louis. Je joue tout cela , madame , contre tout ce que vous avez gagné. » La dame trembla à cette proposition et refusa le défi en femme prudente. Le masque lui offrit cet or sans le jouer; mais elle ne voulut pas l'accepter. Cette aventure commençait à devenir extraordinaire. Une dame âgée, qui se trouvait présente, vint à s'imaginer que ce masque pouvait bien être le diable. Cette idée se communiqua dans l'assemblée, et comme on disait à demi-voix ce qu'on pensait, le masque qui l'entendit se mit à parler plusieurs langues pour les confirmer dans cette opinion; puis il s'écria tout à coup qu'il était sorti de l'enfer pour venir prendre une dame qui s'était donnée à lui , et qu'il ne quitterait point la place qu'il ne se fût emparé d'elle, quelque obstacle qu'on voulût y apporter...— Tous les yeux se fixèrent sur la dame. Les gens crédules étaient saisis de frayeur, les autres à demi épouvantés ; la maîtresse du logis se mit à rire. Enfin le faux diable leva son masque , et se fit reconnaître pour le mari de la dame, qui jeta un cri de joie en le reconnaissant. « J'apporte avec moi l'opulence, » dit-il. Puisse tournant vers les joueurs : « Vous êtes des dupes, ajouta-t-il; apprenez à jouer. » Il leur rendit leur argent, et le bal continua.— Un vieux négociant des États-Unis , retiré du commerce, vivait paisiblement de quelques rentes acquises par le travail II sortit un soir pour toucher douze cents dollars qui lui étaient dus. Son débiteur, n'ayant pas davantage pour le moment, ne lui paya que la moitié de la somme. En rentrant chez lui, il se mit à compter l'argent qu'il venait de recevoir. Pendant qu'il s'occupait de ce soin, il entend quelque bruit, lève les yeux , et voit descendre de sa cheminée dans sa chambre le diable en personne. Il était en costume : tout son corps , couvert de poils rudes et noirs, avait six pieds de haut. De grandes cornes surmontaient son front, accompagnées d'oreilles pendantes ; il avait des pieds fourchus, des griffes au lieu de mains, une queue, un museau comme on n'en voit point, et des yeux comme on n'en voit guère. — A la vue de ce personnage, le vieux marchand eut le frisson. Le diable s'ap-
procha et lui dit : « Il faut que tu me donne sur l'heure douze cents dollars, si tu ne veux pas que je t'emporte en enfer. » — « Hélas! répondit le négociant, je n'ai pas ce que vous demandez... » « Tu mens, interrompit brusquement le diable ; je sais que tu viens de les recevoir à l'instant. » « Dites que je devais les recevoir, mais on ne m'en a pu donner que six cents. Si vous voulez me laisser jusqu'à demain, je prometsde vous compterlasomme... » « Eh bien ! ajouta le diable après un moment de réflexion, j'y consens; mais que demain, à dix heures du soir, je trouve ici les douze cents dollars bien comptés , ou je t'entraîne sans miséricorde. Surtout que personne ne soit instruit de notre entrevue, si tu tiens à la vie. » — Après avoir dit ces mots, il sortit parla porte. Le lendemain matin , le négociant , qui était de bonne pâte, comme on voit, alla trouver un vieil ami, et le pria de lui prêter six cents dollars. Son ami lui demanda s'il en était bien pressé? « Oh! oui, très-pressé, il me les faut avant la nuit. Il y va de ma parole et peut-être d'autre chose. » « Mais n'avez-vous pas reçu hier une somme? » « J'en ai disposé. » « Cependant je ne vous connais aucune affaire qui nécessite absolument de l'argent. » « Je vous dis qu'il y va de ma vie... » Le vieil ami, étonné, demande l'éclaircissement d'un pareil mystère. On lui répond que le secret ne peut se trahir. « Considérez, dit-il, au négociant, que personne ne nous écoute ; dites-moi votre affaire : je vous prêterai les six cents dollars. » « Sachez donc que le diable est venu me voir; qu'il faut que je lui donne douze cents dollars ce soir, et que je n'en ai que six cents. — L'ami du négociant ne répliqua plus ; il savait Fimagination de ce pauvre ami facile à effrayer. Il tira de son coffre la somme qu'on lui demandait, et la prêta de bonne grâce ; mais à huit heures du soir, il se rendit chez le vieux marchand. « Je viens vous faire société, lui dit-il, et attendre avec vous le diable, que je ne serai pas fâché de voir. » Le négociant répondit que c'était impossible , ou qu'ils s'exposeraient à être emportés tous les deux. Après des débats, il permit que son ami attendît l'événement dans un cabinet voisin. — A dix heures précises, un bruit se fait entendre dans la cheminée; le diable paraît dans son costume de la veille. Le vieillard se mit, en tremblant , à compter les écus. En même temps l'homme du cabinet entra. « Es-tu bien le diable? » dit-il à celui qui demandait de l'argent... Puis, voyant qu'il ne se pressait pas de répondre , et que son ami frissonnait, il tira de sa poche deux longs pistolets, et les présentant à la gorge du diable , il ajouta :