‹ Dictionnaire infernalChapitre 138 sur 368 · EXC · texte numérisé non relu

EXC

emparer, mais il n'en put venir à bout, parce que le coffre rentrait dans ie rocher dès qu'il s'en approchait. Il vint dire aux chevaliers ce qui lui arrivait, et demanda un peu de vin pour reprendre des forces. On lui en donna. Quelque temps après, comme il ne revenait point, on alla voir ce qu'il faisait; on le trouva étendu mort, ayant sur toute sa chair des coups de canif représentant une croix. Les chevaliers portèrent son corps au bord de la mer, et l'y précipitèrent avec une pierre au cou '. — Pour l'évocation des âmes, voy. Nécromancie.

Exaeï , — le dixième des premiers hommes; il prit aux hommes, selon le livre d'Énoch, fart de fabriquer des armes et des machines de guerre, les ouvrages d'or eLd'argent qui plaisent aux femmes, et l'usage des pierres précieuses , ainsi que le fard.

Excommun'cation. — Il y a eu quelquefois des abus, de la part des hommes, dans l'usage des excommunications ; et on est parti de là pour crier contre ces excommunications, qui ont cependnnt rendu de si grands services à la société dans des siècles barbares. Mais on ne trouverait pas facilement, dans l'histoire, un excommunié, frappé régulièrement par le Saint-Siège, qui ait prospéré jusqu'au bout. Napoléon même peut fournir un exemple récent. — On lit dans les Menées des Grecs, au 15 octobre, qu'un religieux du désert de Schété, ayant été excommunié par son supérieur pour quelque désobéissance, sortit du désert et vint à Alexandrie, où il fut arrêté par le gouvernement de la ville, dépouillé du saint habit, puis vivement sollicité de sacrifier aux faux dieux. Le solitaire résista généreusement; il fut tourmenté en diverses manières, jusqu'à ce qu'enfin on lui tranchât la tête ; on jeta son corps hors de la ville. Les Chrétiens l'enlevèrent la nuit , et l'ayant enveloppé de linceuls, l'enterrèrent dans l'église comme martyr. — Mais pendant le saint sacrifice de la messe, le diacre ayant crié tout haut à l'ordinaire : Que les catéchumènes et ceux qui ne communient pas se retirent, on vit tout à coup le tombeau s'ouvrir de luimême, et le corps du martyr se retirer dans le vestibule de l'église. Après la messe il rentra de lui-même dans son sépulcre. Un pieux vieillard ayant prié pendant trois jours, apprit par révélation que ce religieux avait encouru l'excommunication pour avoir désobéi à son supérieur, et qu'il demeurait lié jusqu'à ce que ce même supérieur lui eût donné l'absolution. On alla donc au désert, et l'on en

1 D. Calmet et Guyot-Delamarre.

EXG — s

amena le supérieur, qui fit ouvrir le cercueil du martyr et lui donna l'absolution, après quoi il demeura en paixdansson tombeau1. — C'est un fait merveilleux, que nous neprétendonspas donner comme incontestable. — Danslesecond concile de Limoges, tenu en \ 031 , l'évèque de Cahors raconte une aventure qui lui était particulière, et qu'il présenta comme toute récente : « Un chevalier de notre diocèse, dit ce prélat, ayant été tué dans l'excommunication, je ne voulus pas céder aux prières de ses amis, qui me suppliaient vivement de lui donner l'absolution : je voulais en faire un exemple, afin que les autres fussent touchés de crainte; il fut enterré par quelques gentilshommes, sans cérémonies ecclésiastiques et sans l'assistance des prêtres, dans une église dédiée à saint Pierre. — Le lendemain matin, on trouva son corps hors de terre et jeté nu loin de son tombeau , qui était demeuré entier, et sans aucune marque qui prouvât qu'on y eût touché. Les gentilshommes qui lavaient enterré n'y trouvèrent que les linges où il avait été enveloppé; ils l'enterrèrent une seconde fois, et couvrirent la fosse d'une énorme quantité de terre et de pierres. — Le lendemain ils trouvèrent de nouveau le corps hors du tombeau , sans qu'il parût qu'on y eût travaillé. La même chose arriva jusqu'à cinq fois; enfin ils l'enterrèrent, comme ils purent, loin du cimetière, dans une terre profane; ce qui remplit les seigneurs voisins d'une si grande terreur qu'ils vinrent tous demander la paix -. » — Jean Bromton raconte dans sa chronique que saint Augustin, apôtre de l'Angleterre, ayant dit devant tout le peuple, avant de commencer la messe : « Que nul excommunié n'assiste au saint sacrifice ! » on vit sortir aussitôt de l'église un mort qui était enterré depuis longues années. Après la messe, saint Augustin, précédé de la croix, alla demander à ce mort pourquoi il était sorti. Le défunt répondit qu'il était mort dans l'excommunication. Le saint pria cet excommunié de lui dire où était enterré le prêtre qui avait porté contre lui la sentence. On s'y transporta. Augustin pria le prêtre de se lever : il le fit, et à la demande du saint évèque il donna l'absolution à l'excommunié, et les deux morts retournèrent dans leurs tombeaux. — Les critiques vont se récrier, nous adresser quelque froide plaisanterie; nous les avertissons que nous ne rapportons cette légende que comme une tradition populaire que nous ne garantissons pas. — Les Grecs schismatiques croient que les corps excommuniés ne

1 D. Calmet, Dissertation sur les revenants, p. 329.

2 Concil., t. IX, p. 902.

6 — EXO

pourrissent pas en terre, mais qu'ils s'y conservent noirs et puants. — En Angleterre, le tribunal des doctors commons excommunie encore; et, en 4 837, il a frappé de cette peine un marchand de pain d'épices, nommé Studberry, pour avoir dit une parole injurieuse à un autre paroissien dans une sacristie anglicane. Voy. Interdit.

Excréments. — On sait que le dalaï-lama, chef de la religion des Tartares indépendants, est regardé comme un dieu. Ses excréments sont conservés comme des choses sacrées. Après qu'on les a fait sécher et réduits en poudre, on les renferme dans des boîtes d'or enrichies de pierreries, et on les envoie aux plus grands princes. Son urine est un élixir propre à guérir toute espèce de maladie. — Dans le royaume de Boutan , on fait sécher également les plus grossières déjections du roi, et après les avoir renfermées dans de petites boîtes, on les vend dans les marchés pour saupoudrer les viandes. Voy. Déjections, Fientes, Tanchelm, etc.

Exorcisme, — conjuration, prière à Dieu et commandement fait au démon de sortir du corps des personnes possédées. Souvent il est seulement destiné à les préserver du danger. On regarde quelquefois exorcisme et conjuration comme synonymes ; cependant la conjuration n'est que la formule par laquelle on commande au démon de s'éloigner; l'exorcisme est la cérémonie entière — Les gens qui s'occupent de magie ont aussi leurs exorcismes pour évoquer et renvoyer. Voy. Conjurations. — Voici une légende bizarre sur un exorcisme : on lit dans Césaire d'Hesterbach, que Guillaume, abbé de Sainte-Agathe, au diocèse de Liège, étant allé à Cologne avec deux de ses moines, fut obligé de tenirtête à une possédée. Il fit à l'esprit malin des questions auxquelles celui-ci répondit comme il lui plut. Le diable faisant autant de mensonges que de réponses , l'abbé s'en aperçut et le conjura de dire la vérité , il obéit. Il apprit au bon abbé comment se portaient plusieurs défunts dont il voulait savoir des nouvelles. Un des frères qui l'accompagnaient voulut lier conversation avec le diable. « Taisloi , lui dit l'esprit malin , tu as volé hier douze sous à ton abbé ; ces douze sous sont maintenant dans ta ceinture. » — L'abbé, ayant entendu ces choses, voulut bien en donner l'absolution à son moine; après quoi il ordonna au diable de quitter la possédée. « Où voulez-vous que j'aille? demanda le dé-

1 Cœsarii HeisterbachMiracul.,liv. v, ch. 29 et Sbellen, De Diabol., liv. vu.

Page 1