‹ Dictionnaire infernalChapitre 146 sur 368 · FÉE · texte numérisé non relu

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neille de Kempen assure que , du temps de Lothaire, il y avait en Frise quantité de fées qui séjournaient dans les grottes, autour des montagnes, et qui ne sortaient qu'au clair de la lune. Olaiis Magnus dit qu'on en voyait beaucoup en Suède de son temps. « Elles ont pour demeure, ajoute-t-il, des antres obscurs, clans le plus profond des forêts; elles se montrent quelquefois, parlent à ceux qui les consultent, et s'évanouissent subitement. » On voit, dans Froissard, qu'il y avait également une multitude de fées dans l'île de Céphalonie ; qu'elles protégeaient le pays contre tout méchef, et qu'elles s'entretenaient familièrement avec les femmes de l'île. — Les femmes blanches de l'Allemagne sont encore des fées; mais celles-là étaient presque toujours dangereuses. Leloyer conte que les Écossais avaient des fées, ou fairs, ou fairfolks , qui venaient la nuit dans les prairies. Ces fées paraissent être les striges, ou magiciennes, dont parle Ausone. Hector de Boëce, dans ses Annales d'Ecosse , dit que trois de ces fées prophétisèrent à Banquo , chef des Stuarts, la grandeur future de sa maison Shakspeare, dans son Macbeth, en a fait trois sorcières. — Il reste beaucoup de monuments de la croyance aux fées : telles sont les grottes du Chablais, qu'on appelle les grottes des fées. On n'y aborde qu'avec peine. Chacune des trois grottes a , dans le fond, un bassin dont l'eau passe pour avoir des vertus miraculeuses. L'eau qui distille dans la grotte supérieure, à travers le rocher, a formé, dans la voûte , la figure d'une poule qui couve ses poussins. A côté du bassin, on voit un rouet, ou tour à filer, avec la quenouille. « Les femmes des environs, dit un écrivain du dernier siècle, prétendent avoir vu autrefois, dans l'enfoncement, une femme pétrifiée audessus du rouet. Aussi on n'osait guère approcher de ces grottes ; mais depuis que la figure de la femme a disparu, on est devenu moins timide. » — Auprès de Ganges, en Languedoc, on montre une autre grotte des fées, ou grotte des demoiselles , dont on fait des contes merveilleux. On voit à Merlingen, en Suisse , une citerne noire qu'on appelle le puits de la fée. Non loin de Bord-Saint-Georges, à deux lieues de Chambon , on respecte encore les débris d'un vieux puits qu'on appelle aussi le puits des fées, ou fades , et sept bassins qu'on a nommés les creux des fades. On voit près de là, sur la roche de Beaune, deux empreintes de pied humain : l'une est celle du pied de saint. Martial; l'autre appartient, suivant la tradition, à la reine des fées, qui, dans •m moment de fureur, frappa si fortement le

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rocher de son pied droit qu'elle en laissa la marque. On ajoute que, mécontente des habitants du canton , elle tarit les sources minérales qui remplissaient les creux des lées , et les fit couler à Évaux, où elles sont encore.

— On voyait, près de Domremy, V arbre des Fées ; Jeanne d'Arc fut même accusée d'avoir eu des relations avec les fées qui venaient danser sous cet arbre. On remarque dans la petite île de Concourie, à une lieue de Saintes, une haute butte de terre , qu'on appelle le mont des Fées. La Bretagne est pleine de vestiges semblables; plusieurs fontaines y sont encore consacrées à des fées qui métamorphosent en or, en diamant , la main des indiscrets qui souillent l'eau de leurs sources.

— ïallemant des Réaux rapporte une merveilleuse histoire de fée , qui se rattache à l'origine des maisons de Croy, de Salm et de Bassompierre. — Le comte d'Angeweiller, marié avec la comtesse de Kinspein , allait habituellement à la chasse; quand il revenait tard ou qu'il voulait partir de grand matin sans réveiller sa femme, il couchait dans une petite chambre, au-dessus de la porte d'entrée de son château. On avait mis là pour lui une couchette de bois, bien travaillée selon le temps. — Or un lundi , en montant à sa chambre sur le portail, il y trouva une fée endormie. 11 ne la troubla point; et durant quinze ans elle revint là tous les lundis, jusqu'à un certain jour que la comtesse, étant entrée dans cette chambre, y vit le couvre-chef de la fée et le dérangea. La fée, se voyant découverte, dit au comte qu'elle ne reviendrait plus et lui donna un gobelet, une cuiller et une bague, lui recommandant de partager ces trois dons à trois filles qu'il avait. « Ces gages, dit-elle, porteront le bonheur dans les maisons où ils entreront tant qu'on les y gardera ; et tout malheur arrivera à qui dérobera un de ces objets précieux . » — A près ces mots, la fée s'en alla, et le comte d'Angeweiller ne la revit jamais plus. Il maria ses trois filles avec trois seigneurs des maisons de Croy, de Salm et do Bassompierre , et leur donna à chacune une terre et un gage de la fée. Croy eut le gobelet et la terre d'Angeweiller ; Salm eut la bague et la terre de Fenestrange , et Bassompierre eut la cuiller avec la terre d'Answeiller. Trois abbayes étaient dépositaires do ces gages quand les enfants étaient mineurs , Nivelles pour Croy, Remenecour pour Salm , Épinal pour Bassompierre; et en effet ces trois maisons prospérèrent long-temps. — Quant à l'autre prédiction de la fée, relativement au vol de ces objets, on en reconnut la vérité dans la maison de M. de Pange, seigneur lorrain

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