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reuses, et faisait sous le voile de l'anonyme des chansons et des pamphlets. On lui attribue la brochure politique intitulée la Cordonnière de Loudun , petit écrit dirigé contre Richelieu. Mignon, généralement reconnu pour un homme de bien, fut choisi par les religieuses pour la direction de leurs consciences. Grandier, qui eût voulu avoir accès auprès de ces dames , échoua dans tous ses efforts : aucune ne voulut même le voir. La haine qu'il portait à Mignon et le dépit qu'il conçut dèslors contre les Ursulines l'entraînèrent dans une manœuvre dont on ne le croyait pas capable. Le procès qui survint l'en convainquit, bien qu'il n'ait jamais avoué que son fait fût une œuvre de magie noire. — Citons ici une réflexion de l'éditeur du livre que nous suivons 1 : « Le principal motif qui faisait nier la possession de Loudun, était l'impossibilité ou l'absurdité prétendue des phénomènes allégués en preuve. Cette impossibilité ou cette absurdité peut-elle être légitimement opposée, maintenant que les plus incrédules reconnaissent, ou du moins n'osent pas contester la réalité de tant d'autres phénomènes analogues tout aussi extraordinaires , tout aussi bizarres , tout aussi prodigieux, qui, dit-on, se produisent chaque jour par le moyen du magnétisme ?» — Donc, pour trancher le mot , Urbain Grandier résolut, non pas de magnétiser les Ursulines (le mot n'existait pas encore) , mais de les ensorceler, de leur donner des diables, de les rendre possédées, de les livrer à des convulsions, et d'amener surtout cet effet qu'elles devinssent éprises de lui , quoiqu'elles ne le connussent pas. Il exécuta son dessein de cette sorte : une branche de rosier chargée de plusieurs roses fut jetée dans le couvent; toutes celles qui les flairèrent furent saisies d'esprits malins, et livrées à un charme qui les faisait soupirer après Urbain Grandier, qu'elles n'avaient jamais vu, Dieu permettant ainsi cette plaie et cette perturbation de leurs sens, pour des raisons que nous n'avons ni le droit ni le besoin d'approfondir. Elles étaient comme en démence , se retiraient dans les lieux écartés, appelaient Grandier; et lorsque, soit par une hallucination, soit par un acte de Satan, la figure imaginaire ou réelle de Grandier paraissait devant elles subitement, elles le fuyaient avec horreur; car le cœur de ces pauvres filles restait pur ; leurs sens étaient seuls assiégés. Aucune d'elles ne consentit jamais aux suggestions qui les éprouvaient. Mignon, assisté d'un sage curé, exorcisa la prieure, qui était en proie à d'étranges
1 Triomphe de l'Amour divin, etc, Avis de l'éditeur p. *t.
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crises, et dont le corps parfois restait élevé de terre par une puissance occulte. La chose fit bientôt tant de bruit, qu'on dut la déférer aux magistrats ordinaires. Le roi même, instruit de ce qui se passait, ordonna à Martin de Laubardemont , intendant de la justice dans la province, de prendre la conduite du procès. Cet homme, trop noirci, mit dans l 'instruction la lenteur et la modération la plus louable. Il assembla pour juger un cas si grave quatorze juges de divers présidiaux voisins, Poitiers, Angers, Tours, Orléans, Chinon, La Flèche, etc. Un bon religieux récollet, le père Lactance, exorcisait les possédées en présence de l'évêque de Poitiers et d'un grand concours d'hommes éclairés, pendant que les juges recueillaient les dépositions à la charge de Grandier. On trouva sur son corps les marques dont les sorciers ne manquaient jamais d'être tatoués. Il fut démontré qu'il était l'auteur de la possession des pauvres sœurs ; et quand même il n'eût pas été sorcier, l'enquête eût prouvé du moins sa mauvaise vie et ses mauvaises mœurs. On saisit dans ses papiers un livre scandaleux qu'il écrivait contre le célibat des prêtres. Mais on n'y trouva pas , comme l'ont dit de mauvais plaisants, l'original du pacte qu'il avait pu faire avec le diable; et les pièces qu'on a publiées dans ce genre ont été fabriquées après coup. Grandier fredonnait dans sa prison une chanson du temps : L'heureux séjour de Parthénice et d'Alidor, lorsqu'on vint lui annoncer qu'il était condamné au feu ; ce qui fut exécuté sur le grand marché de Loudun. Une bande de corbeaux, dont quelquesuns ont fait une troupe de pigeons, voltigeaient autour du bûcher. Il paraît qu'il mourut mal. Après sa mort , la possession n'étant pas vaincue, les exorcismes continuèrent. Les démons qu'il fallait chasser sont nommés : Asmodée, Léviathan, Béhémoth, Élimi, Grésil, Aman, Easas, Astaroth , Zabulon , etc. Le père Lactance mourut de fatigue; il fut remplacé par le père Du pin ; et enfin le roi chargea les jésuites de dompter celte hydre. Un très-saint homme et très-instruit, le père Surin, qui prêchait avec grands succès à Maronnes, futchargé de cette o péra ti o n d i tïici 1 e . C'était un homme frêle et maladif, mais d'une grande piété. Il finit par obtenir une victoire complète. Toutefois il ne sortit pas de cette lutte sans en porter de rudes cicatrices ; car pendant longues années, par la permission de pieu, dont les secrets ne nous sont pas tous connus, le père Surin vécut obsédé et souffrit des peines qui ont fait de sa vie un martyre. V(hj. son livre que nous avons indiqué.
Grange du diable. — Il n'y a presque pas de province où l'on ne montre dans quelque ferme écartée une grange mal famée qu'on appelle la Grange du diable. Par suite -d'un pacte avec un paysan dans l'embarras , c'est toujours le diable qui l'a bâtie en une nuit, et partout le chant du coq l'a fait fuir avant qu'il n'eût gagné son pari; car il y a un trou qui n'est pas couvert, ou quelque autre chose qui manque à toutes les granges. On en cite une fameuse dans le Brabant1.
Granson. — Paul Diacre (Hist. Longob.) fait ce conte. Deux seigneurs lombards nommés Aldonel Granson, ayant déplu à Cuni» bert, roi de Lombardie, ce prince résolut de les faire mourir. Il s'entretenait de ce projet avec son favori, lorsqu'une .grosse mouche vint se planter sur son front et le piqua vivement; Cunibert chassa l'insecte, qui revint à la charge, et qui l'importuna jusqu'à le mettre dans une grande colère. Le favori, voyant son maître irrité , ferma la fenêtre pour empêcher l'ennemi de sortir, et se mit à poursuivre la mouche, pendant que le roi tira son poignard pour la tuer. Après avoir sué bien long-temps, Cunibert joignit l'insecte fugitif, le frappa ; mais il ne lui coupa qu'une patte, et la mouche disparut. — Au même instant Aldon et Granson, qui étaient ensemble, virent apparaître devant eux une espèce d'homme qui semblait épuisé de fatigue et qui avait une jambe de bois. Cet homme les avertit du projet du roi Cunibert, leur conseilla de fuir, et s'évanouit tout aussitôt. Les deux seigneurs rendirent grâces à l'esprit de ce qu'il faisait pour eux ; après quoi ils s'éloignèrent comme l'exigeaient les circonstances.
Gratarole (Guillaume), — médecin du seizième siècle, mort en 1568. Il est auteur d'un ouvrage intitulé : Observations des différentes 'parties du corps de l'homme pour juger de ses facultés morales2. Bâle, '1554, in-8°. Il a composé aussi sur l'Antéchrist un ouvrage que nous ne connaissons pas. Enfin des traités sur l'alchimie et sur l'art de faire des almanachs.
Gratianne ( Jeannette ) , — habitante de Sibour ou Siboro, au commencement du dixseptième siècle; accusée de sorcellerie à l'âge de seize ans, elle déposa qu'elle avait été menée au sabbat ; qu'un jour le diable lui avait arraché un bijou de cuivre qu'elle portait au cou ; ce bijou avait la forme d'un poing serré, le pouce passé entre les doigts, ce que
1 Voyez les légendes infernales.
De ptffedictioné mm-uin îiatururuimiue hotninum faqli ex inspectione parlium corporis.