‹ Dictionnaire infernalChapitre 183 sur 368 · GUA · texte numérisé non relu

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billets sur lesquels sont tracées des figures magiques ou des pages du Koran en caractères arabes; ces billets sont vendus assez cher, et les habitants les croient des préservatifs assurés contre tous les maux. Chaque grisgrisa sa forme et sa propriété.

Grœnjette. — Il y a, sur les côtes de la Baltique, comme dans la plupart des contrées montagneuses de l'Europe, des chasseurs défunts condamnés pour leurs méfaits à courir éternellement à travers les marais et les taillis. Les habitants du Sternsklint entendent souvent le soir les aboiements des chiens de Grœnjette, ils le voient passer dans la vallée, le chasseur réprouvé, la pique à la main ; et ils déposent devant leur porte un peu d'avoine pour son cheval , afin que dans ses courses il ne foule pas aux pieds leurs moissons *.

Grossesse. — On a cru long-temps à Paris qu'une femme enceinte qui se regarde dans un miroir croit voir le diable ; fable autorisée par la peur qu'eut de son ombre une femme grosse, dans le temps qu'elle s'y mirait, et persuadée par son accoucheur qui lui dit qu'il était toujours dangereux de se regarder enceinte. On assure aussi' qu'une femme grosse qui regarde un cadavre, aura un enfant pâle et livide2. Dans certains cantons du Brésil , aucun mari ne tue d'animal pendant la grossesse de sa femme, dans l'opinion que le fruit qu'elle porte s'en ressentirait. Voij. Imagination. — On ignore encore le motif pour lequel quelques églises particulières refusèrent longtemps la sépulture aux femmes qui mouraient enceintes, c'était sans doute pour engager les femmes à redoubler de soins envers leurs enfants? Un concile tenu à Rouen en 4 074, a ordonné que la sépulture en terre sainte ne fût nulle part refusée aux femmes enceintes ou mortes pendant l'accouchement.

Grosse-Tête (Robert), — évêque de Lincoln , auquel Gouvérus donne une androïde comme celle d'Albert-le-Grand.

Guacharo. — Dans la montagne de ïuméréquiri, située à quelque distance de Cumana, se trouve la caverne de Guacharo , fameuse parmi les Indiens. Elle est immense et sert d'habitation à des milliers d'oiseaux nocturnes dont la graisse donne l'huile de guacharo. Il en sort une assez grande rivière ; on entend dans l'intérieur le cri lugubre de ces oiseaux, cri que les Indiens attribuent aux âmes, qu'ils croient forcées d'entrer dans cette caverne, pour passer dans l'autre monde. Ce

1 Marmier, Trad. de la Baltique.

- 3 Bro-\vn, Essai sur les erreurs popul., p. 101.

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séjour ténébreux, disent-ils, leur arrache les gémissements plaintifs qu'on entend au dehors. Les Indiens du gouvernement de Cumana , non convertis à la foi, ont encore du respect pour cette opinion. Parmi ces peuples jusqu'à deux cents lieues de la caverne, descendre au Guacharo est synonyme de mourir.

Guayotta, — mauvais génie que les habitants de l'île Ténériffe opposent à Achguaya- Xérac, qui est chez eux le principe du bien.

Guécuba, — esprit du mal chez les Araucans, voy. Toqui.

Gueldre. — On trouve ce récit dans les historiens hollandais : « Un monstre affreux d'une grandeur prodigieuse ravageait la campagne , dévorant les bestiaux et les hommes mêmes ; il empoisonnait le pays de son souffle empesté. Deux braves gens, Wichard et Lupold, entreprirent de délivrer la contrée d'un fléau si terrible, et y réussirent. Le monstre , en mourant, jeta plusieurs fois un soupir qui semblait exprimer le mot ghelre. Les deux vainqueurs voulurent qu'en mémoire de leur triomphe , la ville qu'ils bâtirent prît le nom de ghelre , dont nous avons fait Gueldre. »

Gui de chêne, — plante parasite qui s'attache au chêne, et qui était regardée comme sacrée chez les druides. Au mois de décembre, qu'on appelait le mois sacré , ils allaient la cueillir en grande cérémonie. Les devins marchaient les premiers en chantant, puis le héraut venait, suivi de trois druides portant les choses nécessaires pour le sacrifice. Enfin paraissait le chef des druides, accompagné de tout le peuple; il montait sur le chêne, coupait le gui avec une faucille d'or, le plongeait dans l'eau lustrale et criait : « Au gui de l'an neuf (ou du nouvel an). » On croyait que leau charmée ainsi par le gui de chêne était très-efficace contre le sortilège et guérissait de plusieurs maladies. Voy. Gutheyl. — Dans plusieurs provinces on est persuadé que si on pend le gui de chêne à un arbre avec une aile d'hirondelle, tous les oiseaux s'y rassembleront de deux lieues et demie.

Guido. — Un seigneur nommé Guido, blessé à mort dans un combat, apparut autrefois tout armé à un prêtre nommé Étienne , quelque temps après son décès , et le pria de dire à son frère Anselme de rendre un bœuf que lui Guido avait pris à un paysan , et de réparer le dommage qu'il avait fait à un village qui ne lui appartenait pas , ajoutant qu'il avait oublié de déclarer ces deux péchés dans sa dernière confession , et qu'il en était tourmenté. Pour assurance de ce que je vous dis, continua-t-il , quand vous serez retourné à

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votre logis, vous trouverez qu'on vous a volé l'argent que vous destiniez à faire le voyage de Saint-Jacques. Étienne, de retour, trouva en effet son coffre forcé et son argent enlevé ; mais il ne put s'acquitter de sa commission , parce qu'Anselme était absent. — Peu de jours après, le même Guido lui apparut de nouveau et lui reprocha sa négligence. Étienne s'excusa comme il put, et il alla trouver Anselme, qui lui répondit durement qu'il n'était pas obligé de faire pénitence pour les péchés de son frère. Le mort apparut une troisième fois au prêtre, et lui témoigna son déplaisir du peu de compassion que son frère avait de lui ; puis il le pria de le secourir lui-même dans cette extrémité. Étienne restitua le prix du bœuf, dit des prières, fit des aumônes, recommanda l'âme aux gens de bien de sa connaissance; et Guido ne reparut plus *.

Guillaume , — domestique de Mynheer Clatz , gentilhomme du duché de Juliers , au quinzième siècle. Ce Guillaume fut possédé du diable et demanda pour exorciste un pasteur hérétique , nommé Bartholomée Panen , homme qui se faisait payer pour chasser le diable , et qui , dans cette circonstance , fut penaud. Comme le démoniaque pâlissait, que son gosier enflait, et qu'on craignait qu'il ne fût suffoqué entièrement, l'épouse du seigneur Clatz, dame pieuse ainsi que toute sa famille, se mit à réciter la prière de Judith. Guillaume alors se prit à vomir, entre autres débris, la ceinture d'un bouvier, des pierres, des pelotons de fil, du sel, des aiguilles, des lambeaux de l'habit d'un enfant , des plumes de paon que huit jours auparavant il avait arrachées de la queue du paon même. On lui demanda la cause de son mal. Il répondit que, passant sur un chemin, il avait rencontré une femme inconnue qui lui avait soufflé au visage , et que tout son mal datait de ce moment. Cependant lorsqu'il fut rétabli, il nia le fait, et ajouta que le démon l'avait forcé à faire cet aveu, et que toutes ces matières n'étaient pas dans son corps ; mais qu'à mesure qu'il vomissait, le démon changeait ce qui sortait de sa bouche 2....

Guillaume de Carpentras , — astrologue

qui lit pour le roi René de Sicile , et pour le duc de Milan , des sphères astrologiques sur lesquelles on tirait les horoscopes. Il en fit une pour le roi Charles Vlll , qui lui coûta Uouze cents écus; cette sphère contenait plu^ sieurs utilités, et était fabriquée de telle manière que tous les mouvements des planètes ,

• Pierre le Vénérable, Livre des Miracles. > Wierus, De prspst., lib. L>, cap. 6,

à toutes heures de jour et de nuit , s*y pouvaient trouver ; il Ta depuis rédigée par écrit en tables astrologiques l.

Guillaume- le -Roux. — fils de Guillaumele-Conquérant, et tyran de l'Angleterre dans le onzième siècle; c'était un prince abominable, sans foi, sans mœurs, athée, blasphémateur et cruel. Il fit beaucoup de mal à l'église d'Angleterre ; il chassa l'archevêque de Cantorbéry, et ne voulut point que ce siège fût rempli de son vivant, afin de profiter des revenus qui y étaient attachés. Il laissa les prêtres dans la misère et condamna les moines à la dernière pauvreté. Il entreprit des guerres injustes et se fit généralement détester. — Un jour qu'il était à la chasse ( en l'année M 00, dans la quarante-quatrième de son âge et la treizième de son règne), il fut tué d'une flèche lancée par une main invisible; pendant qu'il rendait le dernier soupir, le comte de Cornouailies, qui s'était un peu écarté de la chasse, vit un grand bouc noir et velu, qui emportait un homme défiguré et percé d'un trait de part en part — Le comte troublé de ce spectacle, cria pourtant au bouc.de s'arrêter, et lui démanda qui il était, qui il portait, où il allait ? Le bouc répondit : — « Je suis le diable, j'emporte Guillaume-le-Roux , et je vais le présenter au tribunal de Dieu , où il sera condamné pour sa tyrannie ; et il viendra avec nous 2. »

Guillaume de Paris. — Il est cité par les

démonographes pour avoir fait des statues parlantes, à l'exemple de Roger Bacon, chose qui ne peut être faite que par les opérations diaboliques 3.

Gullets ou Bonasses , — démons qui servent les hommes dans la Norvège, et qui se louent pour peu de chose. Ils pansent les chevaux , les étrillent , les frottent , les brident , les sellent, dressent leurs crins et leurs queues, comme le meilleur palefrenier : ils font même les plus viles fonctions de la maison4. Yoy. Be-

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