‹ Dictionnaire infernalChapitre 219 sur 368 · JUR · texte numérisé non relu

JUR

vous corriger 1 ! » — Un avocat gascon avai* recours aux grandes figures , pour émouvoir ses juges. Il plaidait au quinzième siècle, dans ces temps où les jugements de Dieu étaient encore en usage. Un jour qu'il défendait la cause d'un Manceau cité en justice pour une somme d'argent dont il niait la dette, comme il n'y avait aucun témoin pour éclaircir l'affaire, les juges déclarèrent qu'on aurait recours à une épreuve judiciaire. L'avocat de la partie adverse, connaissant l'humeur peu belliqueuse du Gascon, demanda que les avocats subissent l'épreuve, aussi bien que leurs clients; le Gascon n'y consentit qu'à condition que l'épreuve fût à son choix. — La chose se passait au Mans. Le jour venu, l'avocat gascon ayant longuement réfléchi sur les moyens qu'il avait à prendre pour ne courir aucun péril , s'avança devant les juges, et demanda qu'avant de recourir à une plus violente ordalie , on lui permît d'essayer d'abord celle-ci, c'està-dire qu'il se donnait hautement et fermement au diable, lui et sa partie, s'ils avaient touché l'argent dont ils niaient la dette. Les juges, étonnés de l'audace du Gascon, se persuadèrent là-dessus qu'il était nécessairement fort de son innocence et se disposaient à l'absoudre ; mais , auparavant, ils ordonnèrent à l'avocat de la partie adverse de prononcer le même dévouement que venait de faire l'avocat gascon. « Il n'en est pas besoin, » s'écria aussitôt du fond de la salle une voix rauque. En même temps on vit paraître un monstre noir, hideux, ayant des cornes au front, des ailes de chauve-souris aux épaules , et avançant les griffes sur l'avocat gascon... Le champion, tremblant, se hâta de révoquer sa parole, en suppliant les juges et les assistants de le tirer des griffes de l'ange de ténèbres. « Je ne céderai, répondit le diable, que quand le crime sera révélé....» Endisantcesmots, il s'avança encore sur le plaideur manceau et sur l'avocat gascon. Les deux menteurs interdits se hâtèrent d'avouer ; l'un , qu'il devait la somme qu'on lui demandait; l'autre, qu'il soutenait sciemment une mauvaise cause. Alors le diab'e se retira , mais on sut par la suite que le second avocat , sachant combien le Gascon était peureux , avait été instruit de son idée ; qu'il avait en conséquence affublé son domestique d'un habit noir bizarrement taillé , et l'avait équipé d'ailes et de cornes , pour découvrir la vérité par ce ministère.

1 Ejusdem, cap. 2, ibid.

Page 1