‹ Dictionnaire infernalChapitre 223 sur 368 · LAN · texte numérisé non relu

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elle éclairait continuellement, sans jamais s'éteindre, et sans avoir besoin d'aucun aliment. On disait que le diable entretenait cette lampe, et venait passer la nuit avec Jéchiel. Aussi tous les passants heurtaient à sa porte pour l'interrompre. Quand des se'gneurs ou d'honnêtes gens frappaient, la lampe jetait une lueur éclatante, et le rabbin allait ouvrir; mais toutes les fois que des importuns faisaient du bruit pour le troubler dans son travail, la lampe pâlissait ; le rabbin, averti, donnait un coup de marteau sur un grand clou fiché au milieu de la chambre; aussitôt la terre s'entr'ouvrait et engloutissait les mauvais plaisants 1. — Les miracles de la lampe inextinguible étonnaient tout Paris. Saint Louis, en ayant entendu parler, fit venir Jéchiel , afin de le voir ; il fut content, disent les Juifs, de la science étonnante de ce rabbin.

Lampes perpétuelles. — En ouvrant quelques anciens tombeaux, tels que celui de la fille de Cicéron, on trouva des lampes qui répandirent un peu de lumière pendant quelques moments, et même pendant quelques heures ; d'où l'on a prétendu que ces lampes avaient toujours brûlé dans les tombeaux. Mais comment le prouver? dit le père Lebrun; on n'a vu paraître des lueurs qu'après que les sépulcres ont été ouverts et qu'on leur a donné de l'air. Or il n'est pas surprenant que dans les urnes qu'on a prises pour des lampes il y eût une matière qui, étant exposée à l'air, devînt lumineuse comme les phosphores. On sait qu'il s'excite quelquefois des flammes dans les caves, dans les cimetières, et dans tous les endroits où il y a beaucoup de sel et de salpêtre. L'eau de la mer, l'urine, et certains bois , produisent de la lumière et même des flammes, et l'on ne doute pas que cet effet ne vienne des sels qui sont en abondance dans ces sortes de corps. — Mais d'ailleurs Ferrari a montré clairement , dans une savante dissertation, que ce qu'on débitait sur ces lampes éternelles n'était appuyé que sur des contes et des histoires fabuleuses.

lampon , — devin d'Athènes. On apporta un jour à Périclès, de sa maison de campagne, un bélier qui n'avait qu'une corne très-forte au milieu du front; sur quoi Lampon pronostiqua (ce que tout le monde prévoyait) que la puissance , jusqu'alors partagée en deux factions, celle de Thucydide et celle de Périclès , se réunirait dans la personno de celui chez qui ce prodige était arrivé.

Lamproies, — poisson à qui l'on q donné neuf yeux ; mais on a reconnu que c'était une

1 Sauvai, Antiquités de Pans, etc.

erreur populaire , fondée sur ce que les lamproies ont sur le côté de la tète des cavités , qui n'ont aucune communication avec le cerveau i.

Lancinet. — Les rois de France ont , de temps immémorial , revendiqué l'honneur de guérir les écrouelles. Le premier qui fut guéri fut un chevalier nommé Lancinet. Voici comment le fait est conté. — Il était un cavalier Lancinet, de l'avis duquel le roi Clovis se servait ordinairement lorsqu'il était question de faire la guerre à ses ennemis. Étant affligé de cette maladie des écrouelles, et s'étant voulu servir de la recette dont parle Cornélius Celsus. qui dit que les écrouelles se guérissent si l'on mange un serpent, l'ayant essayée par deux fois, et ce remède ne lui ayant point réussi, un jour, comme le roi Clovis sommeillait, il lui fut avis qu'il touchait doucement le cou à Lancinet, et qu'au même instant ledit Lancinet se trouva guéri sans que même il parût aucune cicatrice. — Le roi s'étant levé plus joyeux qu'à l'ordinaire, tout aussitôt qu'il fit jour, manda Lancinet, et essaya de le guérir en le touchant, ce qui fut fait; et toujours depuis, cette vertu et faculté a été comme héréditaire aux rois de France, et s'est transmise à leur postérité2. — Voilà sans contredit un prodige : mais on représentera que personne ne se nommait Lancinet du temps de Clovis ; que ni Clovis, ni Clotaire, ni le roi Dagobert, ni aucun des Mérovingiens, ne se vantèrent de guérir les humeurs froides ; que ce secret fut également inconnu aux Carlovingiens , et qu'il faut descendre aux Capétiens pour en trouver l'origine 3.

Landéla, — magicienne. Voy. Harpe.

Langeât , — ministre de France , qui employait beaucoup d'espions, et qui fut souvent accusé de communiquer avec le diable4.

Langue. — On lit dans Diodore de Sicile que les anciens peuples de la ïaprobane avaient une langue double, fendue jusqu'à la racine, ce qui animait singulièrement leur conversation et leur facilitait le plaisir de parler à deux personnes en même temps 5 . Mahomet vit dans son paradis des anges bien plus merveilleux ; car ils avaient chacun soixante-dix mille tètes ; à chaque tête soixante-dix mille bouches, et dans chaque bouche soixante-dix mille lan-

1 Brown, Des Erreurs popul., t. ïfr, liv. m, p. 319.

2 Delancre, Traité de l'attouchement, p. Iô9 ; Forcatel, De Imper, et philosop. gall.

3 M. Salgues.Des Erreurs et des préjugés, etc., t. Ier, p. 273.

4 Bertin, Curiosités de la littérature, t. I,r, p. 51.

5 M. Sa'gnes, Des Erreurs et des préjugés, t. IU, p. 119.

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