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la nuit approchait, le chasseur gagna la maison de son ami, qui lui demanda s'il avait fait bonne chasse. Il tira de sa gibecière la patte qu'il avait coupée au prétendu loup; mais il fut bien étonné de voir cette patte convertie en main de femme, et à l'un des doigts un anneau d'or que le gentilhomme reconnut être ce'ui de son épouse. Il alla aussitôt la trouver. Elle était auprès du feu , et cachait son bras droit sous son tablier. Comme elle refusait de l'en tirer, il lui montra la main que le chasseur avait rapportée ; cette malheureuse éperdue avoua que c'était elle en effet qu'on avait poursuivie, sous la figure d'un loup-garou ; ce qui se vérifia encore en confrontant la main avec le bras dont elle faisait partie. Le mari courroucé livra sa femme à la justice; elle fut brûlée. — On ne sait trop que penser d'une telle histoire, qui est rapportée par Boguet , comme étant de son temps. Était-ce une abominable trame d'un mari qui voulait, comme disent les Wallons, être quitte de sa femme? — Les loups-garous étaient fort communs dans le Poitou ; on les y appelait la bête bigourne qui court la galipode. Quand les bonnes gens entendent, dans les rues, les hurlements du loup-garou, ce qui n'arrive qu'au milieu de la nuit, ils se gardent de mettre la lête à la fenêtre, parce que, s'ils le faisaient, ils auraient le cou tordu. — On assure dans celte province qu'on peut forcer le loup-garou à quitter sa forme d'emprunt en lui donnant un coup de fourche entre les deux yeux. — Ou sait que la qualité distinctive des loups-garous est un grand goût pour la chair fraîche. Delancre assure qu'ils étranglent les chiens et les enfants; qu'ils les mangent de bon appétit; qu'ils marchentà quatre pattes ; qu'ils hurlent comme de vrais loups, avec de grandes gueules, des yeux étincelants et des dents crochues. — Bodin raconte sans rougir qu'en 1542 on vit un matin cent cinquante loups-garous sur une place publique de Constanlinople. — On trouve dans le roman de Persilès et Sigismonde , le dernier ou vrage de Cervantès, des îles de loupsgarous et des sorcières qui se changent en louves pour enlever leur proie; comme on trouve dans Gulliver une île de sorciers. Mais au moins ces livres sont des romans. — Delancre propose 1 , comme un bel exemple , ce trait d'un duc de Russie, lequel, averti qu'un sien sujet se changeait en toutes sortes de bêtes, l'envoya chercher, et, après l'avoir enchaîné, lui commanda de faire une expérience de son art; ce qu'il fit, se transformant en
1 Tableau de l'inconstance des mauvais anges, liv. iv, p. 304.
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loup; mais ce duc, ayant préparé deux dogues, les fit lancer contre ce misérable, qui aussitôt fut mis en pièces. — On amena au médecin Pomponace un paysan atteint de lycanthropie , qui criait à ses voisins de s'enfuir s'ils ne voulaient pas qu'il les mangeât. Comme ce pauvre homme n'avait rien de la forme d'un loup, les villageois , persuadés pourtant qu'il l'était , avaient commencé à l'écorcher, pour voir s il ne portait pas le poil sous la peau. Pomponace le guérit; ce n'était qu'un hypocondre. — J. deNynauld a publié en 1615 un traité complet de la Lycanthropie , qu'il appelle aussi Folie louvière et lycaonie, mais dont il admet incontestablement la réalité. Un sieur de Beauvoys-de-Chauvincourt, gentilhomme angevin, a fait imprimer en 1 599 (Paris, petit in-12) un volume intitulé: Discours de la hjeanthropie , ou de la transmutation des hommes en loups. Claude, prieur de Laval , avait publié quelques années auparavant un autre livre sur la même matière, intitulé : Dialogues de la hjeanthropie. 'Ils affirment tous qu'il y a certainement des loupsgarous. — Ce qui est plus singulier, c'est qu'il n'y a peut-être pas de village qui n'ait encore ses loups-garous ; celui dont on va parler est peut-être encore aux galères. Il se faisait appeler Maréchal , et demeuraiten 1 80 i au village de Longueville, à deux lieues de Méry-sur-Seine. Il était bûcheron, faisait des fossés, et s'occupait de divers métiers qui s'exercent dans la solitude et sont par conséquent propres à la sorcellerie. — Avec l'aide du diable , il se changeait toutes les nuits en loup ou en ours , et faisait de grandes peurs aux bonnes gens. — Un jeune paysan s'arma d'un fusil et l'attendit une nuit. Il aperçut un monstreà quatre pattes, qui venait lourdement à lui. Il le coucha en joue et le manqua. Le loup-garou, qui avait aussi un fusil, lira à son tour sur le paysan et le blessa à la jambe. Celui-ci , stupéfait de se trouver en face d'un loup qui tirait des coups de fusil, se mit à fuir. — A la fin, la justice informée s'empara de l'homme. On ne trouva dans le prétendu sorcier qu'un vaurien , coupable de vols et de brigandages qu'il exerçait dans ses courses nocturnes. On le condamna aux galères perpétuelles. — Le lecteur fera sans doute ici une réflexion toute naturelle : comment se fait-il qu'un loup-garou épouvante une contrée pendant trois ou quatre ans sans que la justice l'arrête? C'est encore une des misères de nos paysans. Comme il y a chez eux beaucoup de méchants , ils se craignent entre eux , ils ont un discernement et une expérience qui leur apprennent que la justice nest pas toujours