‹ Dictionnaire infernalChapitre 253 sur 368 · M AN · texte numérisé non relu

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le Petit Albert que, voyageant en Flandres et passant par Lille, l'auteur de cet ouvrage fut invité par un de ses amis à l'accompagner chez une vieille femme qui passait pour une grande devineresse , et dont il découvrit la fourberie. Cette vieille conduisit les deux amis dans un cabinet obscur, éclairé seulement d'une lampe, à la lueur de laquelle on voyait, sur une table couverte d'une nappe, une espèce de petite statue ou mandragore, assise sur un trépied, ayant la main gauche étendue et tenant de cette main un cordon de soie trèsdélié, au bout duquel pendait une petite mouche de fer bien poli. On avait placé audessous un verre de cristal , en sorte que la mouche se trouvait suspendue au-dessus de ce verre. Le mystère de la vieille consistait à commander à la mandragore de frapper la mouche contre le verre, pour rendre témoignage de ce que l'on voulait savoir. Ainsi elle disait , en s'adressant à la statue : « Je t'ordonne, mandragore, au nom de celui à qui tu dois obéir, que si monsieur doit être heureux clans le voyage qu'il va faire, tu fasses frapper trois fois la mouche contre le verre. » La mouche frappait aussitôt les trois coups demandés, quoique la vieille ne touchât aucunement ni au verre, ni au cordon de soie, ni cà la mouche, ni à la statue; ce qui surprenait les spectateurs. Et atin de mieux duper les gens par la diversité de ses oracles, la vieille faisait de nouvelles questions à la mandragore, et lui défendait de frapper, si telle ou telle chose devait ou ne devait pas arriver; alors la mouche restait immobile. — Voici en quoi consistait tout l'artifice de la vieille : la mouche de fer, qui était suspendue dans le verre, étant fort légère et bien aimantée , quand la vieille voulait qu'elle frappât contre le verre, elle mettait à un de ses doigts une bague dans laquelle était enchâssé un assez gros morceau d'aimant. On sait que la pierre d'aimant a la vertu d'attirer le fer : l'anneau de la vieille mettait en mouvement la mouche aimantée, et la faisait frapper autant de fois qu'on voulait contre le verre. Lorsqu'elle désirait que la mouche ne frappât point, elle ôtait la bague, de son doigt sans qu'on s'en aperçût. Ceux qui étaient d'intelligence avec elle avaient soin de s'informer des affaires de ceux qu'ils lui menaient, et c'est ainsi que tant de personnes furent trompées. — Les anciens Ger mains avaient aussi des mandragores qr^ nommaient Alrunes : c'étaient des figur* do bois qu'ils révéraient , comme les p^auis leurs dieux Lares, et comme les nè< 0& ^eui* fétiches. Ces ligures prenaient soi' 'disons et des personnes qui les h^"a,eft*k ^n

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les faisait des racines les plus dures, surtout de la mandragore : on les habillait proprement, on les couchait mollement dans de petits coffrets ; toutes les semaines on les lavait avec du vin et de l'eau , et à chaque repas on leur servait à boire et à manger ; sans quoi elles auraient jeté des cris comme des enfants qui souffriraient la faim et la soif, ce qui eût attiré des malheurs; enfin, on les tenait renfermées dans un lieu secret, d'où on ne les retirait que pour les consulter. — Dès qu'on avait le bonheur d'avoir chez soi de pareilles figures (hautes de huit à neuf pouces), on se croyait heureux , on ne craignait plus aucun danger, on en attendait toutes sortes de biens, surtout la santé et la guérison des maladies les plus rebelles. Mais ce qui était encore plus admirable, c'est qu'elles faisaient connaître l'avenir : on les agitait pour cela, et on croyait attraper leurs réponses dans des hochements de tète que le mouvement leur imprimait. On dit que cette superstition des anciens Germains subsiste encore aujourd'hui parmi le peuple de la Basse-Allemagne , du Danemarck et de la Suède. — Les "anciens attribuaient de grandes vertus à la plante appelée mandragore. Les plus merveilleuses de ces racines étaient celles qui avaient pu ètie arrosées de l'urine d'un pendu; mais on ne pouvait l'arracher sans mourir. Pour éviter ce malheur, on creusait la terre tout autour, on y fixait une corde al lâchée par l'autre extrémité au cou d'un chien ; ensuite, ce chien étant chassé arrachait la racine en s'enfuyanf, il succombait à l'opération; mais l'heureux mortel qui ramassait alors celte racine ne courait plus le moindre danger, et possédait un trésor inestimable contre les maléfices. Voy. Bouchey, Brioché , etc.

Mânes, — dieux des morts, qui présidaient aux tombeaux chez les anciens; mais plus souvent encore les mânes sont les âmes des morts. Le nom de mânes en Italie était particulièrement attribué aux génies bienfaisants et secourables. Ces dieux pouvaient sortir des enfers avec la permission de Summanus, leur souverain. Ovide rapporte que, dans une peste violente, on vit les mânes sortir des tombeaux et errer dans la ville et les champs en jetant des hurlements affreux. Ces apparitions ne cessèrent avec la peste, suivant ce poète, que lorsqu'on eut établi les fêtes férales, instituées par Numa , et qu'on eut rendu aux ombres le culte ordinaire qu'on avait depuis quelque temps interrompu. — Lorsque les mânes étaient nommés Lémures ou Rémures , on les regardait comme des génies irri-

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tés et occupés à nuire. Leloyer 1 dit que les mânes étaient des démons noirs et hideux, comme les diables et les ombres infernales.

Voy. LÉMURES.

Manfred, — VOlJ. MAINFROY.

Mang-Taar, — espèce d'enfer des Yakouts, habité par huit tribus d'esprits malfaisants : ces esprits ont un chef, dont le nom est Acharaï Bioho , le puissant. Le bétail dont le poil est entièrement blanc est sacré pour les Yakouts, comme dévoué au grand Acharaï. Les Yakouts croient que dès que leurs chamans (prêtres sorciers) meurent , ils se réunissent à ces esprits.

Manichéens, — sectateurs de l'hérésiarque Manès, né dans la Perse en 240. Ils reconnaissaient deux principes également puissants, également éternels, Dieu, auteur du bien, et le diable , auteur du mal.

Manitou. — C'est le nom que les nègres donnent au diable. Voy. Matchi-Manitou.

Manto, — sibylle thessalienne , à qui on altiibua cette prophétie appliquée à notre Seigneur Jésus-Christ : « Celui qui est grand viendra , il traversera les montagnes et les eaux du ciel; il régnera dans la pauvreté et dominera dans le silence; et il naîtra d'une vierge 2. »

Many, — faux prophète et peintre célèbre parmi les Orientaux, qui fonda en Perse une secte dont l'existence des deux principes éternels du bien et du mal, la métempsycose, l'abstinence des viandes, la prohibition du meurtre de tout animal, sont les dogmes principaux.

Maoridath , — préservatif contre les enchantements. C'est le nom que les musulmans donnent aux deux derniers chapitres du Koran , qu'ils récitent souvent pour se garantir des sortilèges et de toutes autres mauvaises rencontres.

Marbas ou Barbas, — grand président des enfers; il se montre sous la forme d'un lion furieux; lorsqu'il est en présence d'un exorciste , il prend la figure humaine et répond sur les choses cachées ; il envoie les maladies; il donne la connaissance des arts mécaniques; il change l'homme en différentes métamorphoses; il commande trente-six légions3.

1 Hist. des spectres, etc.

2 Magnus veniet, et transibit monteset aquas cœli et regnabu in paupertaîe et in silentio dominabitur, nasceturque ex utero virginis.

3 Wierus, in Pseudomonarchiâ dœmon

Marc. — L'hérésiarque Valentin eut entre autres disciples un nommé Marc, qui exerçait une espèce de magnétisme par lequel i! prétendait communiquer le don de prophétie.

Quand une femme à qui il avait promis ce don lui disait : — Mais je ne suis pas prophétesse ; il faisait sur elle des invocations afin de l'étonner, et lui disait : — Ouvre la bouche et dis tout ce qui te viendra, tu prophétiseras. La pauvre femme se hasardait et se croyait prophétesse. — Il donnait dans la cabale; et sans doute ses sectateurs tenaient de lui cette doctrine, que les vingt-quatre lettres de l'alphabet sont vingt quatre éons ou esprits qui dirigent toutes choses. On ajoute que dans ses prestiges , car il faisait aussi de la magie , il était secondé par le démon Azazel.

Marc de café ( ART DE DIRE LA BONNE

aventure par le ) . — Les préparatifs de Y Art de lire les choses futures dans le marc de café sont fort simples. Vous laisserez dans la cafetière le marc que le café y a laissé; qu'il soit vieux ou frais, il a des résultats, pourvu qu'il soit à peu près sec quand vous voudrez l'employer. Vous jetterez un verre d'eau sur ce marc; vous le ferez chauffer jusqu'à ce qu'il se délaie. Vous aurez une assiette blanche, sans tache, essuyée et séchée. Vous remuerez d'abord le marc avec une cuiller , vous le verserez sur l'assiette, mais en petite quantité et de façon qu'il n'emplisse. l'assiette qu'à moitié. Vous l'agiterez en tous sens, avec légèreté, pendant une minute; ensuite vous répandrez doucement tout le liquide dans un autre vase. — Par ce moyen , il ne reste dans l'assiette que des particules de marc de café disposées de mille manières, et formant une foule de dessins hiéroglyphiques. Si ces dessins sont trop brouillés , que le marc soit trop épais, que l'assiette ne ressemble à rien, vous recommencerez l'opération. On ne peut lire les secrets de la destinée que si les dessins de l'assiette sont clairs et distincts, quoique pressés. — Les bords sont ordinairement plus épais ; il y a même souvent des parties embrouillées dans le milieu; mais on ne s'en inquiète point; on peut deviner quand la majeure partie de l'assiette est déchiffrable. — Il y a des sibylles qui prétendent qu'on doit dire certaines paroles mystérieuses1 en versant l'eau dans la cafetière , en remuant le marc avec la cuiller devant le feu , et en le répandant sur l'assiette : c'est une superche-

1 Les voici. En jetant l'eau sur le marc : Aqua horaxil venias carajos; en remuant le marc avec la cuiller : Fixatnr et patricam explinabit lornure; en répandant le. marc sur l'assiette : Hax varlicaline, pax fantits marobum, max destinâtes, velda porol. Ces paroles ne signifiant rien, ne s'adressent à personne, et sont tans utilité.

rie. Les paroles n'ont pas ici vertu. Si on les ajoute, ce n'est que pour donner à l'œuvre quelque solennité, et pour contenter les gens qui veulent que tout se fasse en cérémonie.

— Le marc de café, après qu'on l'a versé dans l'assiette, y laisse donc diverses figures. Il s'agit de les démêler; car il y a des courbes , des ondulations , des ronds , des ovales . des carrés, des triangles, etc. — Si le nombre des roîids ou cercles, plus ou moins parfaits, l'emporte sur la quantité des autres figures, ce signe annonce que la personne recevra de l'arge. t. S'il y a peu de ronds , il y a de la gène dans les finances de la personne qui consulte. — Des figures carrées annoncent des désagréments en raison de leur nombre. Des figures ovales promettent du succès dans les affaires quand elles sont nombreuses ou distinctement marquées. — Des lignes grandes ou petites, quand elles sont saillantes ou multipliées, présagent une vieillesse heureuse. Les ondulations ou lignes qui serpentent annoncent des revers et des succès entremêlés.

— Une croix au milieu des dessins de l'assiette promet une mort douce. Trois croix présagent des honneurs. S'il se trouve dans l'assiette un grand nombre de croix , on reviendra à Dieu après la fougue des passions.

— Un triangle promet un emploi honorable. Trois triangles à peu de distance l'un de l'autre sont un signe heureux. En générai, cette figure est de bon présage. Une figure qui aurait la forme d'un H annonce un empoisonnement. Un carré long bien distinct promet des discordes dans le ménage. — Si vous apercevez au milieu des dessins de l'assiette une raie dégagée, c'est un chemin qui annonce un voyage. Il sera long si ce chemin s'étend ; facile si le chemin est net: embarrassé si le chemin est chargé de points ou de petites lignes. — Un rond dans lequel on trouve quatre points promet un enfant. Deux ronds de cette sorte en promettent deux , et ainsi de suite. — Si vous découvrez dans l'assiette la figure d'une maison à côté d'un cercle, attendez-vous à posséder cette maison. Elle sera à la ville si vous voyez un X dans le voisinage. Elle sera à la campagne si vous distinguez auprès de ce signe la forme d'un arbre ou d'un arbuste, ou quelque plante quelconque. Cette maison vous sera donnée ou vous l'aurez par héritage, si elle est accompagnée de triangles. Vous y mouriez si elle est surmontée d'une croix. — Vous trouverez peut-être la forme d'une couronne, elle vous annonce des succès à la cour. — On rencontre souvent la figure d'un ou de plusieurs petits poissons; ils annoncent qu'on sera invité à quelque ui-

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