‹ Dictionnaire infernalChapitre 268 sur 368 · HIM · texte numérisé non relu

HIM

une lèvre de travers, quiconque se tient souvent isolé sans aucune direction, sa; s aucune tendance déterminée ; quiconque salue le corps roide, n'inclinant que la tète en avant, est un fou. — Si la démarche d'une femme est sinistre, non-seulement désagréable, mais gauche, impétueuse, sans dignité, se précipitant en avant et de côté d'un air dédaigneux, soyez sur vos gardes. Ne vous laissez éblouir, ni par le charme de la beauté, ni par les grâces de son esprit, ni même par l'attrait de la confiance qu'elle pourra vous témoigner; sa bouche aura les mêmes caractères que sa démarche, et ses procédés seront durs et faux comme sa bouche ; elle sera peu touchée de tout ce que vous ferez pour elle , et se vengera de la moindre chose que vous aurez négligée Comparez sa démarche avec les lignes de son front et les plis qui se trouvent autour de sa bouche, vous serez étonné du merveilleux accord de toutes ces lignes caractéristiques. — Ayez le plus de réserve possible en présence de l'homme gras et d'un tempérament colère qui semble toujours mâcher, roule sans cesse les yeux autour de soi, ne parle jamais de sens rassis , s'est donné cependant l'habitude d'une politesse affectée, mais traite tout avec une espèce de désordre et d'impropreté. Dans son nez rond, court, retroussé, dans sa bouche béante, dans les mouvements irréguliers de sa lèvre inférieure, de son front saillant et plein d'excroissances, dans sa démarche qui se fait entendre de loin, vous reconnaîtrez l'expression du mépris et de la dureté, des demi-talents avec la prétention d'un talent accompli, de la méchanceté sous une gauche apparence de bonhomie. — Fuyez tout homme dont la voix toujours tendue, toujours montée, toujours haute et sonore, ne cesse de décider ; dont les yeux , tandis qu'il décide, s'agrandissent, sortent de leur orbite ; dont les sourcils se hérissent, les veines se gonflent, la lèvre inférieure se pousse en avant, dont les mains se tournent en poings; mais qui se calme tout à coup, qui reprend le ton d'une politesse froide, qui fait rentrer ses yeux et ses lèvres, s'il est interrompu par la présence imprévue d'un personnage important qui se trouve être votre ami. — L'homme dont les traits et la couleur du visage changent subitement, qui cherche avec soin à cacher cetie altération soudaine, et sait reprendre aussitôt un air calme ; celui qui possède l'art de tendre et détendre les muscles de sa bouche, de les tenir pour ainsi dire en bride, particulièreuu nt lorsque l'œil observateur se dirige sur lui : cet homme a moins de probité que de prudence ; il est plus courtisan que

1 — Ail Al

s;ige et modéré. — Kappelez-vous les gens qui glissent plutôt qu'ils ne marchent, qui reculent en s'avançant, qui disent des grossièretés d'une voix basse et d'un air timide, qui vous fixent hardiment dès que vous ne les voyez plus , et n'osent jamais vous regarder tranquillement en face, qui ne disent du bien de personne, sinon des méchants, qui trouvent des exceptions à tout et paraissent avoir toujours contre l'assertion la plus simple une contradiction toute prête; et fuyez l'atmosphère où ces gens respirent. — Celui qui relève la tète et la porte en arrière (que cette tête soit grosse ou singulièrement petite); celui qui se mire dans ses pieds mignons de manière à les faire remarquer ; celui qui, voulant montrer de grands yeux encore plus grands qu'ils ne sont, les tourne exprès de côté comme pour regarder tout par -dessus l'épaule ; celui qui , après vous avoir prêté long-temps un silence orgueilleux , vous fait ensuite une réponse courte, sèche et tranchante, qu'il accompagne d'un froid sourire; qui, du moment qu'il aperçoit la réplique sur vos lèvres , prend un air sourcilleux et murmure tout bas d'un ton propre à veus ordonner le silence : cet homme a pour le moins trois qualités haïssables avec tous leurs symptômes, l'entêtement, l'orgueil, la dureté; très-probablement il y joint encore la fausseté, la fourberie et l'avance. — Le corps penché en avant annonce un homme prudent et laborieux. Le corps penché en arrière annonce un homme vain, médiocre et orgueilleux. — Les borgnes, les boiteux et surtout les bossus, dit AIbert-le-Grand, sont rusés, spirituels, un jeu malins et passablement méchants — L'homme sage rit rarement et peu. Il se contente ordinairement de sourire. Quelle différence entre le rire affectueux de l'humanité et le rire infernal qui se réjouit du mal d'autrui ! Il est des larmes qui pénètrent les deux ; il en est d'autres qui provoquent l'indignation et le mépris. — Remarquez aussi la voix (comme les Italiens font dans leurs passe-ports et dans leurs signalements); distinguez si elle est haute ou basse , forte ou faible , claire ou sourde, douce ou rude, juste ou fausse. Le son de la voix, son articulation , sa faiblesse et son étendue, ses inflexions dans le haut et dans le bas, la volubilité et l'embarras de la langue, tout cela est infiniment caractéristique. Le cri des animaux les plus courageux est simple, dit Aristote, et ils le poussent sans effort marqué. Celui des animaux timides e>t beaucoup plus perçant. Comparez à cet égard le lion, le bœuf, le coq qui chante son triomphe, avec le cerf et le lièvre ; ceci peut s'ap-

Page 1