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esprits cabalistiques, ou même, si on l'aime mieux, le démon barbu, dont nous parlerons. — On a dit aussi que saint Jean févangéliste avait enseigné le secret de faire de l'or; et, en effet , on chantait autrefois , dans quelques églises, une hymne en son honneur où se trouve une allégorie que les alchimistes s'appliquent :
Inexhaustum fert thesaurum Qui de virgis facit aurum, Gemmas de lapidions.
D'autres disent que pour faire lé grand œuvre , il faut de l'or, du plomb , du fer, de l'antimoine, du vitriol, du sublimé, de l'arsenic, du tartre, du mercure, de l'eau, de la terre et de l'air, auxquels on joint un œuf de coq , du crachat , de l'urine et des excréments humains. Aussi un philosophe a dit avec raison que la pierre philosophale était une salade , et qu'il y fallait du sel , de l'huile et du vinaigre. — Nous donnerons une plus ample idée de la matière et du raisonnement des adeptes, en présentant au lecteur quelques passages du traité de chimie philosophique et hermétique publié à Paris en 4725 4. — «Au commencement, dit l'auteur, les sages, ayant bien considéré, ont reconnu que l'or engendre l'or et l'argent, et qu'ils peuvent se multiplier en leurs espèces. — Les anciens philosophes , travaillant par la voie sèche, ont rendu une partie de leur or volatil, et l'ont réduit en sublimé blanc comme neige et luisant comme cristal; ils ont converti l'autre partie en sel fixe; et (le la conjonction du volatil avec le fixe , ils ont fait leur élixir. — Les philosophes modernes ont extrait de l'intérieur du mercure un esprit igné , minéral , végétal et multiplicatif, dans la concavité humide duquel est caché le mercure primitif ou quintessence universelle. Par le moyen de cet esprit, ils ont attiré la semence spirituelle contenue en l'or ; et par cette voie, qu'ils ont appelée voie humide, leur soufre et leur mercure ont été faits : c'est le mercure des philosophes, qui n'est pas solide comme le métal, ni mou comme le vif-argent, mais entre les deux. — Ils ont tenu long-temps ce secret caché, parce que c'est le commencement, le milieu et la fin de l'œuvre : nous Talions découvrir pour le bien de tous. — Il faut donc', pour faire l'œuvre : 1° purger le mercure avec du sel et du vinaigre (salade) ; 2° le sublimer avec du vitriol et du salpêtre ; 3° le dissoudre dans l'eau-forte ; 4° le sublimer derechef ; 5° le calciner et le fixer; 6° en dissoudre une
1 Traité de chimie philosophique et hermétique, enrichi des opérations les plus curieuses de l'art, sans nom d'auteur. Paris, 1725, in-12, avec approbation signée àudry', docteur en médecine , et privilège du roi.
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partie par défaillance à la cave, où il se résoudra en liqueur ou huile (salade) ; 7° distiller cette liqueur pour en séparer l'eau spirituelle , l'air et le feu ; 8° mettre de ce corps mercuriel calciné et fixé dans l'eau spirituelle ou esprit liquide mercuriel distillé; 9° les putréfier ensemble jusqu'à la noirceur; puis il s'élèvera en superficie de l'esprit un soufre blanc non odorant, qui est aussi appelé sel armoniac; 4 0° dissoudre ce sel armoniac dans l'esprit mercuriel liquide, puis le distiller jusqu'à ce que tout passe en liqueur, et alors sera fait le vinaigre des sages; 11° cela parachevé , il faudra passer de l'or à l'anlimoine par trois fois, et après le réduire en chaux ; IS0 mettre cette chaux d'or dans ce vinaigre très-aigre, les laisser putréfier; et, en superficie du vinaigre, il s'élèvera une terre feuillée de la couleur des perles orientales . il faut sublh er de nouveau jusqu'à ce que cette terre soit très-pure : alors vous aurez fait la première opération du grand œuvre. — Pour le second travail , prenez , au nom de Dieu, une part de cette chaux d'or et deux parts de l'eau spirituelle chargée de son sel armoniac; mettez cette noble confection dans un vase de cristal de la forme d'un œuf; scellez le tout du sceau d'Hermès ; entretenez un feu doux et continuel ; l'eau ignée dissoudra peu à peu la chaux d'or ; il se formera une liqueur qui est l'eau des sages et leur vrai chaos , contenant les qualités élémentaires, chaud, sec, froid et humide. Laissez putréfier cette composition jusqu'à ce qu'elle devienne noire : cette noirceur, qui est appelée la tête de corbeau et le saturne des sages, fait connaître à l'artiste qu'il est en bon chemin. — Mais pour ôter cette noirceur puante , qu'on appelle aussi terre noire, il faut faire bouillir de nouveau , jusqu'à ce que le vase ne présente plus qu'une suk-tance blanche comme la neige. Ce degré de l'œuvre s'appelle le cygne. Il faut enfin fixer par le feu cette liqueur blanche qui se calcine et se divise en deux parts, l'une blanche pour l'argent, l'autre rouge pour l'or : alors vous aurez accompli les travaux , et vous posséderez la pierre philosophale. — Dans les diverses opérations , on peut tirer divers produits : d'ab ,rd le lion vert, qui est un liquide épais, qu'on nomme aussi Yazot, et qui fait sortir l'or caché dans les matières ignobles. Le lion rouge, qui convertit les métaux en or; c'est une poudre d'un rouge vif. La tête de corbeau, dite encore la voile noire du navire de Thésée, dépôt noir qui précède le lion vert, et dont l'apparition , au bout de quarante jours, promet le succès de l'œuvre; il sert à la décom-
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position et putréfaction des objets dunl on veut tirer l'or. La poudre blanche, qui transmue les métaux blancs en argent fin. Vélixir au rouge, avec lequel on fait de l'or et on guérit toutes les plaies. Vélixir au blanc, avec lequel on fait de l'argent et on se procure une vie extrêmement longue; on l'appelle aussi la fille blanche des philosophes. Toutes ces variétés de la pierre philosophale végètent et se multiplient.... » — Le reste du livre est sur le même ton. Il contient tous les secrets de l'alchimie. Voy. Baume universel , Elixir de vie, Or potable , etc. — Les adeptes prétendent que Dieu enseigna l'alchimie à Adam , qui en apprit le secret à Énoch, duquel il descendit par degrés à Abraham , à Moïse, à Job, qui multiplia ses biens au septuple par le moyen de la pierre philosophale , à Paracelse, et surtout à Nicolas Flamel. Ils citent avec respect des livres de philosophie hermétique qu'ils attribuent à Marie, sœur de Moïse, à Hermès Trismégiste , à Démocrite , à Aristote, à saint Thomas d'Aquin , etc. La boîte de Pandore, la toison d'or de Jason , le caillou de Sisyphe, la cuisse d'or de Pythagore , ne sont , selon eux , que le grand œuvre l: Ils trouvent tous leurs mystères dans la Genèse, dans l' Apocalypse surtout, dont ils font un poème à la louange de l'alchimie; dans YOdyssée, dans les Métamorphoses d'Ovide. Les dragons qui veillent, les taureaux qui soufflent du feu, sont des emblèmes des travaux hermétiques. Gobineau de Montluisant, gentilhomme chartrain, a même donné une explication extravagante des figures bizarres qui ornent la façade de Notre-Dame de Paris ; il y voyait une histoire complète de la pierre philosophale. Le Père éternel étendant les bras, et tenant un ange dans chacune de ses mains, annonce assez, dit-il, la perfection de l'œuvre achevé. — D'autres assurent qu'on ne peut posséder le grand secret que par le secours de la magie; ils nomment démon barbu le démon qui se charge de l'enseigner; c'est, disent-ils, un très-vieux démon. On trouve à l'appui de cette opinion , dans plusieurs livres de conjurations magiques, des formules qui évoquent les démons hermétiques. Cédrénus , qui donnait dans cette croyance , raconte qu'un alchimiste présenta à l'empereur Anastase, comme l'ouvrage de son art, un frein "d'or et de pierreries pour son cheval. L'empereur accepta le présent et fit mettre l'alchimiste dans une prison où il mourut; après quoi le frein devint noir, et on reconnut que l'or des alchimistes n'était qu'un prestige
' Naudé , Apologie penr les grands personnages, etc.