‹ Dictionnaire infernalChapitre 310 sur 368 · LM · texte numérisé non relu

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du diable. Beaucoup d'anecdotes prouvent que ce n'est qu'une friponnerie ordinaire. — Un rose-croix , passant à Sedan , donna à Henri Ier, prince de Bouillon, le secret de faire de l'or, qui consistait à faire fondre dans un creuset un grain d'une poudre rouge qu'il lui remit, avec quelques onces de litharge. Le prince fit l'opération devant le charlatan, et tira trois onces d'or pour trois grains de cette poudre ; il fut encore plus ravi qu'étonné; et l'adepte, pour achever de le séduire, lui fit présent de toute sa poudre transmutante.

— Il y en avait trois cent mille grains. Le prince crut posséder trois cent mille onces d'or. Le philosophe était pressé de partir; il allait à Venise tenir la grande assemblée des philosophes hermétiques; il ne lui restait plus rien, mais il ne demandait que vingt mille écus; le duc de Bouil on les lui donna et le renvoya avec honneur. — Comme en arrivant à Sedan le charlatan avait fait acheter toute la litharge qui se trouvait chez les apothicaires de cette ville et l'avait fait revendre ensuite chargée de quelques onces d'or, quand cette litharge fut épuisée, le prince ne fit plus d'or, ne vit plus le rose-croix et en fut pour ses vingt mille écus. — Jérémie Médérus, cité par Delrio 1, raconte un tour absolument semblable qu'un autre adepte joua au marquis Ernest de Bade. Tous les souverains s'occupaient autrefois de la pierre philosophale; la fameuse Elisabeth la chercha long-temps.

Jean Gauthier, baron de Plumerolles, se vantait de savoir faire de l'or; Charles IX, trompé par ses promesses, lui fit donner cent vingt mille livres , et l'adepte se mit à l'ouvrage. Mais après avoir travaillé huit jours, il se sauva avec l'argent du monarque. On courut à sa poursuite, on l'attrapa , et il fut pendu : mauvaise fin , même pour un alchimiste. — En 1616 , la reine Marie de Médicis donna à Guy de Crusembourg vingt mille écus pour travailler dans la Bastille à faire de l'or. Il s'évada au bout de trois mois avec les vingt mille écus, et ne reparut plus en France. — Le pape Léon X fut moins dupe. Un homme qui se vantait de posséder le secret de la pierre philosophale, demandait à Léon X une récompense. Le protecteur des arts le pria de revenir le lendemain ; et il lui fit donner un grand sac, en lui disant que puisqu'il savait faire de l'or il lui offrait de quoi le contenir 2.

— Le roi d'Angleterre Henri VI fut réduit à un tel degré de besoin , qu'au rapport d'Eve-

1 Disquisit. mag., lit). 1 , cap. 5, qusest. 3.

2 Le comte d'Oxenstiern atiribue ce trait au pape Urbain VIII, à qui un adepte dédiait un traité d'alchimie. Pensées, t. lrr, p. 172.

lyn (Jans ses Numismata) il chercha à rem • plir ses coffres avec le secours de l'alchimie. L'enregistrement de ce singulier projet contient les protestations les plus solennelles et les plus sérieuses de l'existence et des vertus de la pierre philosophale, avec des encouragements à ceux qui s'en occuperont. Il annule et condamne toutes les prohibitions antérieures. Aussitôt que cette patente royale lut publiée, il y eut tant de gens qui s'engagèrent à faire de l'or, selon l'attente du roi, que l'année suivante Henri VI publia un autre édit dans lequel il annonçait que l'heure était proche où , par le moyen de la pierre philosophale, il allait payer les dettes de l'état en or et en argent monnayés. — Charles II d'Angleterre s'occupait aussi de l'alchimie. Les personnes qu'il choisit pour opérer le grand œuvre formaient un assemblage aussi singulier que leur patente était ridicule. C'était une réunion d'épiciers, de merciers et de marchands de poisson. Leur patente fut accordée authoritate parlamenti. — Les alchimistes étaient appelés autrefois multiplicateurs; on le voit par un statut de Henri IV d'Angleterre, qui ne croyait pas à l'alchimie. Ce statut se trouve rapporté dans la patente de Charles II. Comme il est fort court, nous le citerons : — « Nul dorénavant ne s'avisera de multiplier l'or et l'argent . ou d'employer la supercherie de la multiplication, sous peine d'être traité et puni comme félon. » — On lit dans les Cn riosités de la littérature, ouvrage traduit de l'anglais par Th. Bertin, qu'une princesse de la Grande-Bretagne, éprise de l'alchimie, fit la rencontre d'un homme qui prétendait avoir la puissance de changer le plomb en or. Il ne demandait que les matériaux et le temps nécessaires pour exécuter la conversion. Il fut emmené à la campagne de sa protectrice, ui l'on construisit un vaste laboratoire; et afin qu'il ne fut pas troublé on défendit que personne n'y entrât. Il avait imaginé de faite tourner sa porte sur un pivot, et recevait à manger sans voir, sans être vu , sans que rien pût le distraire. — Pendant deux ans il ne condescendit à parler à qui que ce fût, pas même à la princesse. Lorsqu'elle fut introduite enfin dans son laboratoire, elle vit des alambics, des chaudières, de longs tuyaux , des forges, des fourneaux , et trois ou quatre feux d'enfer allumés; elle ne contempla pas avec moins de vénération la figure enfumée de l'alchimiste, pâle, décharné, affaibli par ses veilles, qui lui révéla, dans un jargon inintelligible, les succès obtenus; elle vit ou crut voir des monceaux d'or encore imparfait répandus dans le laboratoire. — Cependant

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l'alchimiste demandait souvent un nouvel alambic , et des quantités énormes de charbon. La princesse, malgré son zèle, voyant qu'elle avait dépensé une grande partie de sa fortune à fournir aux besoins du philosophe, commença à régler l'essor de son imagination sur les conseils de la sagesse. Elle découvrit sa façon de penser au physicien : celui-ci avoua qu'il était surpris de la lenteur de ses progrès ; mais il allait redoubler d'efforts et hasarder une opération de laquelle, jusqu'alors , il avait cru pouvoir se passer. La protectrice se retira ; les visions dorées reprirent leur premier empire. — Un jour qu'elle était à dîner, un cri affreux, suivi d'une explosion semblable à celle d'un coup de canon , se fit entendre; elle se rendit avec ses gens auprès du chimiste. On trouva deux larges retortes brisées, une grande partie du laboratoire en flammes, et le physicien grillé depuis les pieds jusqu'à la tête. — Elie Ashmole écrit, dans sa Quotidienne du 13 mai 1655 : « Mon père Backhouse (astrologue qui l'avait adopté pour son fils, méthode pratiquée par les gens de cette espèce) , étant malade dans Fleet-street, près de l'église de Saint- Dunstan , et se trouvant , sur les onze heures du soir, à l'article de la mort, me révéla le secret de la pierre philosophale , et me le légua un instant avant d'expirer. » Nous apprenons par là qu'un malheureux qui connaissait l'art de faire de l'or vivait cependant de charités, etqu'Ashmole croyait fermement être en possession d'une pareille recette. — Ashrnole a néanmoins élevé un monument curieux des savantes folies de son siècle, dans son Theatrum chimicum britannicum , vol. in-4° dans lequel il a réuni les traités des alchimisles anglais. Ce recueil présente divers échantillons des mystères de la secte des Rose- Croix , et Ashmole raconte des anecdotes dont le merveilleux surpasse toutes les chimères des inventions arabes. 11 dit de la pierre philosophale qu'il en sait assez pour se taire, et qu'il n'en sait pas assez pour en parler. — La chimie moderne n'est pourtant pas sans avoir l'espérance, pour ne pas dire la certitude , de voir un jour vérifiés les rêves dorés des alchimistes. Le docteur Girtanner de Gottinguea dernièrement^hasardé cette prophétie que, dans le dix-neuvième siècle, la transmutation des métaux sera généralement connue; que chaque chimiste saura faire de l'or; que les instruments de cuisine seront d'or et d'argent, ce qui contribuera beaucoup à prolonger la vie , qui se trouve aujourd'hui compromise par les oxydes de cuivre , de fer et de plomb que nous avalons avec notre nour-

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