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Eaiz (Gilles de Laval de), maréchal de France, qui fut exécuté comme convaincu de sorcellerie et d'abominations au quinzième siècle. Après avoir vainement cherché à faire de l'or par les secrets de l'alchimie, il voulut commercer avec le diable. Deux charlatans abusèrent de sa crédulité ; l'un se disait médecin du Poitou, l'autre était Italien. Le prétendu médecin lui vola son argent et disparut. Prélati était de Florence ; il fut présenté au maréchal comme magicien et habile chimiste. Prélati n'était ni l'un ni l'autre ; c'était un adroit fripon qui s'entendait avec Sillé, * l'homme d'affaires du maréchal. — Prélati fit une évocation; Sillé , habillé en diable , se présenta avec d'horribles grimaces. Le maréchal voulait avoir une conversation , mais Sillé n'osait parler; Prélati, pour trouver du temps, imagina de faire signer un pacte au seigneur de Raiz, par lequel il promettait au diable de lui donner tout ce qu'il lui demanderait, excepté son âme et sa vie. Il s'engageait dans cet écrit, signé de son sang, à faire des encensements et des offrandes en l'honneur du diable, et à lui offrir en sacrifice le cœur, une main , les yeux et le sang d'un enfant. — Le jour choisi pour l'évocation , le maréchal se rendit au lieu désigné , marmottant des formules, craignant et espérant de voir le diable. Prélati se fatigua vainement: le maréchal, malgré sa bonne volonté , ne vit rien du tout. Il paraîtrait assez , par ce que dit Lobineau , que le maréchal était devenu fou. Gilles de Raiz s'abandonnait aux plus infâmes débauches ; et, par un dérèglement inconcevable, les victimes de ses atfreuses passions n'avaient de charmes pour lui que dans le moment qu'elles expiraient. Cet homme effroyable se divertissait aux mouvements convulsifs que donnaient à ces malheureux les approches de la mort, qu'il leur faisait lui-même souffrir de sa propre main. Par les procès-verbaux qui furent dressés et par sa propre confession , le nombre des enfants qu'il fil mourir dans les châteaux de Machecou et de Chantocé se montait à plus de cent , sans compter ceux qu'il avait immolés à Nantes , à Vannes et ailleurs. — Sa hideuse folie est d'autant plus constatée qu'il sortit un jour de son château pour aller voler des enfants à Nantes, au lieu de prendre le chemin de Jérusalem, comme il l'avait annoncé. — Sur le cri public , le duc Jean V le fit prisonnier ; les juges de l'Église se disposèrent à le juger comme hérétique et sorcier. Le parlement de Bretagne le décréta de prise de corps comme homicide. Il parut devant un tribunal composé de laïques et d'ecclésiastiques; il injuria
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ces derniers, voulut décliner leur juridiction : « J'aimerais mieux être pendu par le cou, leur disait-il, que de vous répondre. » — Mais la crainte d'être appliqué à la torture le fit tout confesser devant l'évêque de Saint-Brieuc et le président Pierre de l'Hôpital. Le président le pressa de dire par quel motif il avait fait périr tant d'innocents, et brûlé ensuite leurs corps ; le maréchal impatienté lui dit . « Hélas ! monseigneur, vous vous tourmentez, et moi avec; je vous en ai dit assez pour faire mourir dix mille hommes » — Le lendemain le maréchal en audience publique réitéra ses aveux. Il fut condamné à être brûlé vif, le 25 octobre 1440. L'arrêt fut exécuté dans le pré de la Madeleine , près Nantes *.
Ralde (Marie de là), — sorcière qu'on arrêta à l'âge de dix-huit ans, au commencement du dix- septième siècle. Elle avait commencé le métier à dix ans, conduite au sabbat pour la première fois par la sorcière Marissane. Après la mort de celte femme , le diable la mena lui-même à son assemblée, où elle avoua qu'il se tenait en forme de tronc d'arbre. Il semblait être dans une chaire, et avait quelque ombre humaine fort ténébreuse. Cependant elle l'a vu sous la figure d'Un homme ordinaire, tantôt rouge, tantôt noir ; il s'approchait souvent des enfants, tenant un fer chaud à la main; mais elle ignore s'il les marquait. Elle n'avait jamais baisé le diable ; mais elle avait vu comment on s'y prenait : le diable présentait sa figure ou son derrière , le tout à sa discrétion et comme il lui plaisait. Elle ajouta qu'elle aimait tellement le sabbat , qu'il lui semblait aller à la noce , « non pas tant par la liberté et licence qu'on y a , mais parce que le diable tenait tellement liés leur cœur et leurs volontés, qu'à peine y laissait-il entrer nul autre désir. » En outre, les sorcières y entendaient une musique harmonieuse, et le diable leur persuadait que l'enfer n'est qu'une niaiserie, que le feu qui brûle continuellement n'était qu'artificiel. Elle dit encore qu'elle ne croyait pas faire mal d'aller au sabbat , et que même elle avait bien du plaisir à la célébration de la messe qui s'y disait, où le diable se faisait passer pour le vrai Dieu. Cependant elle voyait à l'élévation l'hostie noire 2. Il ne paraît pas qu'elle ait été brûlée, mais on ignore ce que les tribunaux en firent.
Raleîgh (Walter), — courtisan célèbre de la reine Élisabeth. Il se vante d'avoir vu
1 M. Gi'.riiKt, Ilist. de la magie en France, p. 103.
2 Delançre, Tableau de l'inconstance des déni., etc., lit. h, p. 127.
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dans l'Amérique du sud, des sauvages trois fois aussi grands que les hommes ordinaires, des cyclopes qui avaient les yeux aux épaules, la bouche sur la poitrine et la chevelure au milieu du dos.
Rambouillet. — Le marquis de Rambouillet et le marquis de Précy, tous deux âgés de vingt-cinq à trente ans , étaient intimes amis. Un jour qu'ils s'entretenaient des affaires de l'autre monde, après plusieurs discours qui témoignaient assez qu'ils n'étaient pas trop persuadés de tout ce qui s'en dit, ils se promirent l'un à l'autre que le premier qui mourrait en viendrait apporter des nouvelles à son compagnon. — Au bout de trois mois, le marquis de Rambouillet partit pour la Flandre, où Louis XIV faisait alors la guerre ; le marquis de Précy, arrêté par une grosse fièvre, demeura à Paris. Six semaines après , Précy entendit, sur les six heures du matin, tirer les rideaux de son lit; et, se tournant pour voir qui c'était, il aperçut le marquis de Rambouillet, en buffle et en bottes. Il sortit de son lit, voulant sauter à son cou et lui témoigner la joie qu'il avait de son retour; mais Rambouillet, reculant de quelques pas, lui dit que ses caresses n'étaient plus de saison, qu'il ne venait que pour s'acquitter de la parole qu'il lui avait donnée; qu'il avait été tué la veille; que tout ce que l'on disait de l'autre monde était très-certain ; qu'il devait songer à vivre d'une autre manière, et qu'il n'avait pas de temps à perdre, parce qu'il serait tué lui-même dans la première affaire où il se trouverait. — On ne peut exprimer la surprise où fut le marquis de Précy à ce discours. Ne pouvant croire ce qu'il entendait, il fit de nouveaux efforts pour embrasser son ami, qu'il croyait le vouloir abuser ; mais il n'embrassa que du vent ; et Rambouillet, voyant qu'il était incrédule, lui montra l'endroit où il avait reçu le coup, qui était dans les reins , d'où le sang paraissait encore couler. Après cela, le fantôme disparut, laissant Précy dans une frayeur plus aisée à comprendre qu'à décrire. Il appefa son valet de chambre, et réveilla toute la maison par ses cris. Plusieurs personnes accoururent, à qui il conta ce qu'il venait de voir : tout le monde attribua celte vision à l'ardeur de la fièvre qui pouvait altérer son imagination ; on le pria de se recoucher, lui remontrant qu'il fallait qu'il eût rêvé ce qu'il disait. Le marquis , au désespoir de voir qu'on le prit pour un visionnaire, répéta toutes les circonstances qu'on vient de lire ; mais il eut beau protester qu'il avait vu et entendu son ami , on demeura toujours dans
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la môme pensée , jusqu'à ce que la poste de Flandres, par laquelle on apprit la mort du marquis de Rambouillet, fût arrivée. Cette première circonstance s'étant trouvée véritable, et de la manière que Pavait dit Précy, ceux à qui il avait conté l'aventure commencèrent à s'étonner ; Rambouillet ayant été tué précisément la veille du jour qu'il avait dit, il était impossible qu'il l'eût appris naturellement.— Dans la suite, Précy, ayant voulu aller, pendant les guerres civiles, au combat de Saint-Antoine, y fut tué
Raollet (Jacques), — loup-garou de la paroisse de Maumusson , près de Nantes, qui fut arrêté et condamné à mort par le parlement d'Angers. Durant son interrogatoire, il demanda à un gentilhomme qui était présent s'il ne se souvenait pas d'avoir tiré de son arquebuse sur trois loups; celui-ci ayant répondu affirmativement, il avoua qu'il était l'un des loups , et que , sans l'obstacle qu'il avait eu en cette occasion , il aurait dévoré une femme qui était près du lieu. Rickius dit que lorsque Raollet fut pris, il avait les cheveux flottants sur les épaules , les yeux enfoncés dans la tête, les sourcils refrognés, les ongles extrêmement longs ; qu'il puait tellement qu'on ne pouvait s'en approcher. Quand il se vit condamné par la cour d'Angers, il ajouta à ses aveux qu'il avait mangé des charrettes ferrées, des moulins à vent, des avocats, procureurs et sergents, disant que cette viande était tellement dure et si mal assaisonnée qu'il n'avait pu la digérer 1
Rat. — Pline dit que de son temps la rencontre d'un rat blanc était de bon augure. Les boucliers de Lavinium , rongés par les rats, présagèrent un événement funeste , et la guerre des Marses qui survint bientôt après donna un nouveau crédit à cette superstition. — Le voile de Proserpine était parsemé de rats brodés. — Les peuples de Bassora et de Cambaie se feraient un cas de conscience de nuire à ces animaux. — Les matelots donnent aux rats une prescience remarquable : « Nous sommes condamnés, disent-ils, par un calme plat ou par quelque autre accident; il n'y a pas un seul rat à bord !... » Ils croient que les rats abandonnent un bâtiment qui est destiné à périr. Voy. Hatton.
Raum , — grand comte du sombre empire, qui se présente sous la forme d'un corbeau lorsqu'il est conjuré : il détruit des villes, donne des dignités. Il est de l'ordre des trônes et commande trente légions 2.
1 Rickius, Discours de la Lycanthropie, p. 18. a Wierus, in Pseudom. dsem.
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Regard, — VOy. YEUX.
Regensberg, — VOy. DÉMONS FAMILIERS.
Regiomontanus , — VOXJ. MULLER.
Remmon , — VOIJ. RlMMON.
Rémore, — poisson sur lequel on a fait bien des contes. — « Les rémores, dit Cyrano de Bergerac, qui était un plaisant, habitent vers l'extrémité du pôle, au plus profond de la mer Glaciale; et c'est la froideur évaporée de ces poissons, à travers leurs écailles, qui fait geler en ces quartiers-là l'eau de la mer, quoique salée La rémore contient si éminemment tous les principes de la froidure, que passant par-dessous un vaisseau , le vaisseau se trouve saisi de froid , en sorte qu'il en demeure tout engourdi jusqu'à ne pouvoir démarrer de sa place. La rémore répand autour d'elle tous les frissons de l'hiver. Sa sueur forme un verglas glissant. C'est un préservatif contre la brûlure » — Rien n'est plus singulier, dit le P. Lebrun , que ce qu'on raconte de la rémore. Aristote, iElian, Pline, assurent qu'elle arrête tout court un vaisseau voguant à pleines voiles. Mais ce fait est absurde, et n'a jamais eu lieu; cependant plusieurs auteurs l'ont soutenu, et ont donné, pour cause de cette merveille, une qualité occulte. Ce poisson, qu'on nomme à présent succet, est grand de deux ou trois pieds. Sa peau est gluante et visqueuse. Il s'attache et se colle aux requins, aux chiens de mer; il s'attache aussi aux corps inanimés; de sorte que, s'il s'en trouve un grand nombre collés à un navire, ils peuvent bien l'empêcher de couler légèrement sur les eaux, mais non l'arrêter.
Remures, — Voy . LÉMURES et MANES.
Renards. — Les sinloïstes, secte du Japon, ne reconnaissent d'autres diables que lésâmes des méchants, qu'ils logent dans le corps des renards, animaux qui font beaucoup de ravages en ce pays.
Réparé. — Un homme qui s'appelait Réparé, et un soldat qui se nommait Etie.ine, firent avant de mourir, et par une faveur spéciale, le voyage de l'autre monde; du moins on en a écrit la légende, qui est un petit conte moral. Ils virent, dans une caverne, quelques démons qui élevaient un bûcher pour y brûler un défunt dont la vie était impure. Ils aper çurent un peu plus loin une maison enflammée, où l'on jetait un grand nombre de coupables qui brûlaient comme du bois sec. Il y avait auprès de cette maison une place fermée de hautes murailles , où l'on était continuellement exposé au froid, au vent, à la pluie, à la neige, où les patients souffraient une faim