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raie; démon de la discorde, selon les démonomanes, prince révolutionnaire dans l'empire de Belzébuth. Quand les anges se révoltèrent contre Dieu, Satan, alors gouverneur d'une partie du nord dans le ciel, se mit à la tête des rebelles; il fut vaincu et précipité dans l'abîme. Le nom de Satan, en hébreu, veut dire ennemi , adversaire. Milton dit que Satan est semblable à une tour par sa taille, et , un peu plus loin il fixe sa hauteur à quarante mille pieds. — On a publié, il y a vingt ans , une Lettre de Satan aux francs-maçons ; elle eût pu être plus piquante. On voit de nos jours , à Paris , un journal intitulé Satan , comme il y en a un à Bruxelles, intitulé Méphistophélès. Ce ne sont pas des esprits bien spirituels qui se melient ainsi sous le couvert des esprits malins.
Satyres. — Les satyres étaient, chez les païens, des divinités champêtres qu'on représentait comme de petits hommes velus, avec des cornes et des oreilles de chèvre, la queue, les cuisses et les jambes du même animal. Pline le naturaliste croit que les satyres étaient une espèce de singes; et il assure que dans une montagne des Indes il se trouve des singes qu'on prendrait, de loin pour des hommes : ces sortes de singes ont souvent épouvanté les bergers. Les démonomanes disent que les satyres n'ont jamais été autre chose que des démons, qui ont paru sous cette figure sauvage ; les cabalistes n'y voient que des gnomes. — Saint Jérôme rapporte que saint Anîo'ne rencontra, dans son désert, un satyre qui lui présenta des dattes, et l'assura qu'il était un de ces habitants des bois que les païens avaient honorés sous les noms de satyres et de faunes ; il ajouta qu'il était venu vers lui comme député de toute sa nation, pour le conjurer de prier pour eux le Sauveur, qu'ils savaient bien être venu en ce monde. Les satyres ne seraient ainsi que des sauvages. — Le maréchal de Beaumanoir, chassant dans une forêt du Maine, en 1599, ses gens lui amenèrent un homme qu'ils avaient trouvé endormi dans un buisson, et dont la figure était très-singulière : il avait au haut du front deux cornes , faites et placées comme celles d'un bélier; il était chauve, et avait au bas du menton une barbe rousse par flocons, telle qu'on peint celle des satyres. 11 conçut tant de chagrin de se voir promener de foire en foire, qu'il en mourut à Paris, au bout de trois mois. On l'enterra dans le cimetière de Saint-Côme. — « Sous le roi Etienne, dit Leloyer, en temps de moissons , sortirent en Angleterre deux jeunes enfai ts de couleur verte, ou plutôt deux satyres, mâle et femelle, qui, après avoir appris le
langage du pays, se dirent être d'une terre d'antipodes, où le soleil ne luisait, et ne voyaient que par une lumière sombre qui précédait le soleil d'orient, ou suivait celui d'occident. Au surplus , étaient chrétiens et avaient des églises. » — Enfin, un rabbin s'est imaginé que les satyres et les faunes des anciens étaient en effet des hommes; mais dont la sîructure était res'ée imparfaite, parce que dieu, lorsqu'il les faisait, surpris par le soir du sabbat, avait interrompu son ouvrage.
Saubadîne de Subiette . — mère de Marie de Naguille', sorcière, que sa fille accusa de l'avoir menée au sabbat plusieurs fois1.
Saute-Buisson. — VulJ. YeuDELET.
Sauterelles. — Pendant que Charles-le-
Ch.iuve assiégeait Angers , des sauterelles , grosses comme le pouce, ayant six ailes, vinrent assaillir les Français. Ces ennemis d un nouveau genre volaient en ordre, rangés en bataille, cl se faisaient éclairer par des piqueurs d'une forme élancée. On les exorcisa, suivant l'usage du temps, et le tourbillon, mis en déroute, s'alla précipiter dans la merâ.
Sauveurs d'Italie . — Charlatans qui se disent parents de saint Paul , et portent imprimée sur leur chair une figure de serpent qu'ils donnent pour naturelle. Ils se vantent de ne pouvoir être blessés par les serpents , ni par les scorpions, et de les manier sans danger.
Savon. — Dans l ile de Candie et dans la plupart des îles de la Turquie et de la Grèce, on évite d'offrir du savon à quelqu'un. On craindrait par là d'effacer l'amitié.
Savonarole ( jéro.aie ), — célèbre dominicain ferrarais du quinzième siècle. — Machiavel dit qu'il avait persuadé au peuple de Florence qu'il parlait avec Dieu. Nardin, dans son histoire de Florence, livre II, dit que les partisans de Savonarole étaient appelés Piagnoni, les pleureurs, et ses ennemis Arrabiati, les enragés ou les indisciplinables 3. Nous ne jugerons pas ici cet homme de mérite, qui put bien avoir des torts.
Schada-Schivaoun. — génies indi ns qui régissent le monde. Ils ont des femmes; mais ce ne sont que des attributs personnifiés. La principale se nomme Houmani : c'est elle qui gouverne le ciel et la région des astres.
1 Delancrc, Tab'eau de l'inconstance des dém., sorc et magie, H», n, p. 119.
2 M. Garinet, Hist. de la magie en France, p. 4S. ;i Saint-Foix, t. II f, p. 3BS.
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Schadukiam, — province du GîrïnLtan, que les romans orientaux disent peuplée de dives et de péris.
Schamans, — sorciers de la Sibérie, qui font des conjurations pour retrouver une vache perdue, pour guérir une maladie, et qui invoquent les esprits en faveur d'une entreprise ou d'un voyage. Ils sont très-redoutés.
Schertz ( Feudinand ), auteur de la Magia posthuma, Olmuîz, 1706. Voy. Vampires.
Schoumnus , — fées malfaisantes très-redoutées des Kalmouks; elles se nourrissent du sang et. de la chair des humains, prennent souvent la forme de femmes charmantes, mais un air sinistre, un regard perfide dévoilent leur âme infernale. Quatre dents de sanglier sortent ordinairement de leur bouche, qui se prolonge quelquefois en trompe d'éléphant.
Schroter ( Ulrich ). — En 1 553 , à Willissaw, dans le canton de Lucerne , un joueur de profession , nommé Ulrich Schroter, se voyant malheureux ou jeu, proférait des blasphèmes qui ne rendaient pas ses parties meilleures. Il jura que, s'il ne gagnait pas, dans la chance qui allait tourner, il jetterait sa dague contre un crucifix qui était sur la cheminée. Les menaces d'Ulrich n'épouvantèrent point celui dont il outrageait l'image; Ulrich perdit encore. Furieux, il se lève, lance sa dague, qui n'atteignit point son but sacrilège, et aussitôt, disent les chroniques du temps, une Iroupe de démons tombe sur lui et l'enlève, avec un bruit si épouvantable, que toute la vile en fut ébranlée '.
Scïamancie, — Divination qui consiste à évoquer les ombres des morts, pour apprendre les choses futures. Elle différait de la nécromancie et de la psychomancie, en ce que ce n'était ni l'âme ni le corps du défunt qui paraissait, mais seulement un simulacre.
Sciences Secrètes. — On donne ce nom à la magie, à la th'-urgie, à l'art notoire, à la plupart des divinations, aux pratiques des grimoires, etc.
Sclmasar — une des douze espèces d'augures que Michel Scot dislingue dans son Traité de la physionomie. Il l'appelle Scimasar Nova. Lorsque vous voyez, dit-il un homme ou un oiseau derrière vous, qui vous joint et vous passe, s'il passe à votre droite, c'est bon augure, et mauvais s'il passe à votre gauche.
Sciopodes , — peuples fabuleux de l'Ethiopie, dont parle Pline, lesquels, n'ayant qu'un
1 Bodin, Démonomanie , liv. in, ch. 1er après Job- Fnice! et André-Muscul.
3 (J — SEC pied, s'en servaient pour se mettre à l'ombre du soleil, en se couchant par terre, et levant leur pied en l'air.
Scopélisme, sorte de maléfice qu'on donnait par le moyen de quelques pierres charmées. On jetait une ou plusieurs pierres ensorcelées dans un jardin ou dans un champ : la personne qui les découvrait ou y trébuchait , en recevait ie ma'éfice, qui faisait parfois mourir.
Scorpion. — Les Persans croient, que, par le moyen de certaines pierres merveilleuses , on peut ôter le venin aux scorpions, qui se trouvent chez eux en grand nombre. — Frey assure qu'il n'y a jamais eu ni de serpents ni de scorpions dans la ville de Hamps, à cause de la figure d'un scorpion gravée sur un talisman dans les murailles de celte ville.
Scotopîtes, — voy. Circoncellions.
Scott, — Voy. Walter Scott.
Scox ou €hax, — duc et grand marquis des enfers. Il a la voix rauque , l'esprit porté au mensonge ; il se présente sous la forme d'une cigogne. Il vole l'argent dans les maisons qui en possèdent, et ne. restitue qu'au bout de douze cents ans, si toutefois il en reçoit l'ordre. Il enlève les chevaux. Il exécute tous les commandements qui lui sont donnés, lorsqu'on l'oblige d'agir de suite; et quoiqu'il prometle d'obéir aux exorcistes, il ne le fait pas toujours. Il ment, s'il n'est pas dans un triangle; si, au contraire, il y est renfermé, il dit la vérité en parlant des choses surnaturelles. Il indique les trésors cachés qui ne sont pas gardés par les malins esprits II commande trente légions '.
Scylla, — nymphe dont Glaucus fut épris. N'ayant pu la rendre sensible, il eut recours à Circé, qui jeta un charme dans la fontaine où Scylla avait coutume de se baigner. A peine y fut-elle entrée, qu'elle se vit changée en un monstre qui avait douze griffes , six gueules et six tètes; une meute de chiens lui sortait de la ceinture. Effrayée d'elle-même, Scylla se jeta dans la mer à l'endroit où est le détroit qui porte son nom.
Sebhil ou Sebhael,— génie qui, selon les musulmans, tient, les livres où ^ont écrites les bonnes et mauvaise.- actions des hommes.
Secretaîn (Françoise) , — sorcière qui fut brûlée à Saint-Claude, en Franche-Comté, sous Boguet. Elle avoua qu'elle avait vu le
1 Wierus, iu Pseudomon. daem.
sec
diable tantôt en forme de chien , tantôt en forme de chat, tantôt en forme de poule l.
Secrets merveilleux. — Faites tremper une graine quelconque dans la lie de vin, puis jetez-la aux oiseaux; ceux qui en tareront s'enivreront et se laisseront prendre à la main. — Mangez à jeun quatre branches de rue, neuf grains de genièvre , une noix, une figue sèche et un peu de sel, pilés ensemble , vous vous maintiendrez en parfaite santé , dit le Petit Albert. — Qu'on pile et qu'on prenne, dans du vin, une pierre qui se trouve dans la tête de quelques poissons , Avicenne dit qu'on guérira de la pierre. Mizaldus prétend que les grains d'aubépine , pris avec du vin blanc, guérissent de la gravelle. La grenouille des buissons, coupée et mise sur les reins, fait tellement uriner, si Ton en croit Cardan , que les hydropiques en sont souvent guéris. Qu'on plume, qu'on brûle et qu'on réduise en poudre la tête d'un milan, qu'on en avale dans de l'eau autant qu'on en peut prendre avec trois doigts, Mizaldus assure qu'on guérira de la goutte. Cardan assure encore qu'une décoction de l'écorce du peuplier blanc, appliquée sur les membres souffrants , guérit la goutte sciatique. — Wecker déclare qu'une décoction de trèfle guérit les morsures des vipères. On voit dans Thiers qu'on fait sortir les ordures des yeux en crachant trois fois. — Leloyer dit que, pour se garantir des enchantements , il faut cracher sur le soulier du pied droit, et qu'on se préserve des maléfices en crachant trois fois sur les cheveux qu'on s'arrache en se peignant, avant de les jeter à terre. — Un ancien dit qu'une vierge arrête la grêle en en mettant trois grains dans son sein.
— On empêche le mari de dormir en mettant dans le lit un œuf d'hirondelle. — Mettez un œuf dans le vin : s'il descend de suite au fond, le vin est trempé; s'il surnage, le vin est pur.
— Qu'on mêle l'herbe centaurée avec le sang d'une huppe femelle, et qu'on en mette dans une lampe, avec de l'huile , tous ceux qui se trouveront présents se verront les pieds en l'air et la tête en bas. Si on en met au nez de quelqu'un, il s'enfuira et courra de toutes ses forces. — Celui-ci est d'Albert-le-Grand : Qu'on mette pourrir la sauge dans une phiole, sous du fumier, il s'en formera un ver qu'on brûlera. Eu jetant sa cendre au feu, elle produira un coup de tonnerre. Le même Albertle-Grand ajoute que si on en mêle à l'huile de la lampe, toute la lampe semblera pleine de serpents. — La poudre admirable que les charlatans appellent poudre de perlimpinpin ,
etqui opère tant de prodiges, se faitavec un chat écorché , un crapaud , un lézard et un aspic , qu'on met sous de bonne braise jusqu'à ce que le tout soit pulvérisé5. On pourrait citer une foule de secrets pareils, car nous en avons de toutes les couleurs; mais ceux qu'on vient de lire suffisent pour donner une idée de la totalité. Voy. Chaumes, Enchantements , Maléfices, Paroles magiques, Superstitions, etc.
Segjm , — septième partie de l'enfer chez les mahornétans. On y jette les âmes des impies , sous un arbre noir et ténébreux, où l'on ne voit jamais aucune lumière : ce qui n'est pas gai.
Seidur, — magie noire chez les Islandais. Voy. Nid.
Seings. — Divination à l'aide des seings, adressée par Mélampus au roi Ptolémée. — Un seing ou grain de beauté, au front de l'homme ou de la femme, promet des richesses. Un seing auprès des sourcils d'une femme la rend à la fois bonne et belle ; auprès des sourcils d'un homme, un seing le rend riche et beau. Un seing dans les sourcils promet à l'homme cinq femmes, et à la femme cinq maris. Celui qui porte un seing à la joue deviendra opulent. Un seing à la langue promet le bonheur en ménage. Un seing aux lèvres indique la gourmandise. Un seing au menton annonce des trésors. Un seing aux oreilles donne une bonne réputation. Un seing au cou promet une grande fortune. Celui qui porte un seing derrière le cou pourrait bien être décapité. Un seing aux reins caractérise un pauvre gueux. Un seing aux épaules annonce une captivité. Un seing à la poitrine ne donne pas de grandes richesses. Celui qui porte un seing sur le cœur est quelquefois méchant. Celui qui porte un seing au ventre aime la bonne chère. Ceux qui ont un seing aux mains auront beaucoup d'enfants. Voy. Chiromancie.
Sel. — Le sel, dit Boguet , est un antidote souverain contre la puissance de l'enfer. Le diable a tellement le sel en haine, qu'on ne mange rien de salé au sabbat. Un Italien , se trouvant par hasard à cette assemblée pendable, demanda du sel avec tant d'imporlunité, que le diable fut contraint d'en faire servir. Sur quoi l'Italien s'écria : Dieu soit béni , puisqu'il m'envoie ce sel ! et tout délogea à l'instant. — Quand du sel se répand sur la table , mauvais présage que l'on conjure en prenant une pincée du sel répandu, et le jetant derrière soi avec la main droite par-
1 JÎQjjuet, Di.icuurs 'les cxéci\ib!os sorciers.
1 Kivîtsscau,
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dessus l'épaule gauche. — Les Écossais attribuent une vertu extraordinaire à l'eau saturée de sel; les habitants des Hébrides et des Orcades n'oublient jamais de placer un vase rempli d'eau et de sel sur la poitrine des morts, afin, disent-ils, de chasser les esprits infernaux. — Le sel est le symbole de l'éternité et de la Sagesse, parce qu'il ne se corrompt point. Voij. Salière.
Sépar, — VOIJ. VÉPÀR.
Sépulture. — Quelques philosophes qui voyageaient en Perse ayant trouvé un cadavre abandonné sur le sable, l'ensevelirent et le mirent en terre. La nuit suivante , un spectre apparut à l'un de ces philosophes et lui dit que ce mort était le corps d'un infâme qui avait commis un inceste, et que la terre lui refusait son sein. Les philosophes se rendirent le lendemain au même lieu pour déterrer le cadavre , mais ils trouvèrent la besogne faite, et continuèrent leur route sans plus s'en occuper l. Voy. Funérailles.
Sermons. — Le diable, qui affecte de singer tous les usages de l'Église, fait faire au sabbat des sermons auxquels doivent assister tous les sorciers. C'est Asmodée qui est le prédicateur ordinaire ; et plusieurs sorcières ont rapporté lui avoir entendu prêcher des abominations.
Serosch, — génie de la terre chez les Parsis. C'est lui qui préserve l'homme des embûches du diable.
Serpent. — C'est sous cette figure redoutée que Satan fit sa première tentation. Voy. Samael. — Le serpent noir de Pensylvanie a le pouvoir de charmer ou de fasciner les oiseaux et les écureuils : s'il est couché sous un arbre et qu'il fixe ses regards sur l'oiseau ou l'écureuil qui se trouve au-dessus de lui, il le force à descendre et à se jeter directement dans sa gueule. Cette opinion est du moins très-accréditée, parce qu'elle tient du merveilleux : on en peut trouver la source dans l'effroi que le serpent noir cause à l'écureuil. Un de ces animaux, troublé par la frayeur, a pu naturellement tomber de son arbre , et le peuple, qui se fait des prodiges toutes les fois que l'occasion s'en présente, a bien vite attribué à des charmes un effet qu'il éprouve lui-même à tout instant. — H y a dans les royaumes de Juida et d'Ardra, en Afrique, des serpents très-doux , très-familiers, et qui n'ont aucun venin ; ils font une guerre continuelle aux serpents venimeux : voilà sans doute l'origine du culte qu'on commença et
1 Ag4tliias.
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qu'on a continué de leur rendre dans ces contrées. — Un marchand anglais, ayant trouvé un de ces serpents dans son magasin, le tua, et, n'imaginant pas avoir commis une action abominable, le jeta devant sa porte. Quelques femmes passèrent, poussèrent des cris affreux , et coururent répandre dans le canton la nouvelle de ce sacrilège. Une grande fureur s'empara des esprits; on massacra les Anglais; on mit le feu à leurs comptoirs, et leurs marchandises furent consumées par les flammes. — Il y a encore des chimistes qui soutiennent que le serpent, en muant et en se dépouillant de sa peau , rajeunit, croît, acquiert de nouvelles forces, et qu'il ne meurt que par des accidents, et jamais de mort naturelle. On ne peut pas prouver par des expériences la fausseté de cette opinion; car, si un nourrissait un serpent, et qu'il vînt à mourir, les partisans de son espèce d'immortalité diraient qu'il est mort de chagrin de n'avoir pas sa liberté, ou parce que la nourriture qu'on lui donnait ne convenait point à son tempérament. Voy. Alexandre de Papiilagonie, Ane, etc.
Le grand Serpent de Mer. — On se rappelle le bruit que fit, en 1837, la découverte du grand serpent de mer, vu par le navire le Havre, à la hauteur des Açores.Tous les journaux s'en sont occupés; et après s'en être montrée stupéfaite, la presse, faisant volte-face, a présenté ensuite le grand serpent marin comme un être imaginaire. M. B. de Xivrey a publié à ce propos, dans le Journal des Débats , des recherches curieuses que nous reproduisons en partie. — « Les mers du Nord, dit-il, paraissent être aujourd'hui la demeure habituelle du grand serpent de mer, et son existence est en Norvège un fait de notoriété vulgaire. Ce pays a vu souvent échouer sur ses côtes des cadavres de ces animaux , sans que l'idée lui soit venue de mettre de l'importance à constater ces faits. Les souvenirs s'en sont mieux conservés lorsqu'il s'y joignait quelque autre incident plus grave, comme la corruption de l'air, causée quelquefois par la putréfaction de ces corps. Pontoppidan en a cité des exemples, mais jamais on n'avait pensé à rédiger à l'occasion de pareils faits un procès- verbal. » — Celui qui fut rédigé à Stronza offre les notions les plus précises que l'on possède sur la figure du serpent de mer. Nous y voyons notamment ce signe remarquable de la crinière , dont les observateurs plus anciens et les récits des Norvégiens s'accordent à faire mention. Nous le trouvons dans la lettre datée de Bergen, 2l février 1751, et où le capitaine Laurent de Ferry termine ainsi
SER — kh
sa description du serpent de mer qu'il rencontra : «Sa tète, qui s'élevait au-dessus des vagues les plus hautes , ressemblait à celle d'un cheval ; il était de couleur grise avec la bouche très-brune, les yeux noirs et une longue crinière qui flottait sur son cou. Outre la tète de ce reptile, nous pûmes dislinguer sept ou huit de ses replis, qui étaient très-gros et renaissaient à une toise l'un de l'autre. Ayant raconté cette aventure devant une personne qui désira une relation authentique, je la rédigeai et la lui remis avec les signatures des deux matelots, témoins oculaires, Nicolas Peverson Kopper et Nicolas Nicolson Angleweven, qui sont prêts à attester sous serment la description que j'en ai faite. » — C'est probablement cette crinière que Paul Egède compare à des oreilles ou à des ailes dans a description du serpent marin qu'il vit dans son second voyage au Groenland : « Le 6 juillet, nous aperçûmes un monstre qui se dressa si haut sur les vagues, que sa tête atteignait la voile du grand mât. Au lieu de nageoires, il avait de grandes oreilles pendantes comme des ailes; des écailles lui couvraient tout le corps, qui se terminait comme celui d'un serpent. Lorsqu'il se reployait dans l'eau, il s'y jetait en arrière et, dans cette sorte de culbute, il relevait sa queue de toute la longueur ^u navire. » — « Olaiis Magnus , archevêque d'Upsal au milieu du seizième siècle, fait une mention formelle de cette crinière dans le portrait du serpent de deux cents pieds de long et de vingt de circonférence, dont il parle comme témoin oculaire : « Ce serpent a une crinière de deux pieds de long; il est couvert d'écaillés et ses yeux brillent comme deux flammes ; il attaque quelquefois un navire, dressant sa tète comme un mât et saisissant les matelots sur le tillac. » — Les mêmes caractères, qui se reproduisent dans d'autres récits dont la réunion serait trop longue , se retrouvent clans les descriptions des poètes Scandinaves. Avec une tète de cheval , avec une crinière blanche et des joues noires, ils attribuent au serpent marin six cents pieds de long. Ils ajoutent qu'il se dresse tout à coup comme un màt de vaisseau de ligne, et pousse des silïlements qui effraient comme le cri d'une tempête. Ici nous apercevons bien les effets de l'exagération poétique ; mais nous n'avons pas les données suffisantes pour marquer le point précis où elle abandonne la réalité. — En comparant ces notions1 avec ce que peuvent nous offrir
1 Fournies par l'autour anglais d'un article de la Rétrospective Revieiv, traduit en 1835 dans la Revue bri-
t'trvniifiïe.