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quelquefois par silènes des génies familiers, tels que celui dont Socrate se vantait d'être accompagné.
Simagorad, — Grimoire. Voy. Charles VI.
Simon-le-lttagicien. — Ce Simon, qui n'est connu que pour avoir voulu acheter aux apôtres le don de faire des miracles, et pour avoir donné son nom maudit à la Simonie , joue un grand rôle dans les livres des rlémonomanes. Voici quelques-uns des récits qu'on a faits de ses talents magiques ; car n'ayant pu traiter avec les saints, il traita avec les démons. Il avait à sa porte un gros dogue qui dévorait ceux que son maître ne voulait pas laisser entrer. Saint Pierre, voulant parler à Simon, ordonna à ce chien de lui aller dire , en langage humain , que Pierre, serviteur de Dieu, le demandait ; le chien s'acquitta de cette commission au grand étonnement de ceux qui étaient alors avec Simon. Mais Simon, pour leur faire voir qu'il ne savait guère moins que saint Pierre, ordonna à son tour au chien d'aller lui dire qu'il entrât; ce que le chien, dit-on, exécuta aussitôt. — Simonie-Magicien disait que, si on lui tranchait la tête , il ressusciterait trois jours après. L'empereur le fit décapiter ; par ses prestiges il supposa la tête d'un mouton à la place de la sienne, et se remontra le troisième jour. Il commandait à une faux de faucher d'ellemême, et elle faisait autant d'ouvrage que le plus habile faucheur. — Sous le règne de l'empereur Néron , Simon-le-Magicien parut un jour en l'air, comme un oiseau , assis sur un char de feu. Mais saint Pierre, plus puissant que lui, le fit tomber, et il se cassa les jambes. On a écrit cette aventure sous le litre de Combat apostolique: on a souvent mis cet écrit sous le nom d'Abdias de Babylone. — Simonie-Magicien n'était donc qu'un imposteur. Il eut des disciples, et on le croit le premier chef des gnostiques. Il attribuait la création aux Eons ou esprits ; il affirmait que les plus parfaits des divins Eons résidaient dans sa personne; qu'un autre Eon très-distingué, quoique de sexe féminin, habitait dans sa maîtresse Hélène, dont il contait des choses prodigieuses; que lui, Simon, était envoyé de Dieu sur la terre pour détruire l'empire des esprits qui ont créé le monde matériel , et surtout pour délivrer Hélène de leur puissance. Saint Justin dit que Simon, après sa mort , fut honoré comme un dieu par les Romains, et qu'il eut une statue.
Simon de Pharès , — auteur d'un recueil d'histoires de quelques célèbres astrologues et hommes doctes, qu'il dédia au roi Charles Vlll .
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îî ne parait pas que ce livre ait été imprimé *.
Simonide. — Un jour qu'il soupaitchez un de ses amis, on vint l'avertir que deux jeunes gens étaient à la porte, qui voulaient lui parler d'une affaire importante. Il sort aussitôt, ne trouve personne; et, dans l'instant qu'il veut rentrer à la maison , elle s'écroule et écrase les convives sous ses ruines. Il dut son salut à un hasard si singulier, qu'on le regarda, parmi le peuple, comme un trait de bienveillance de Castor et Pollux, qu'il avait chantés dans un de ses poèmes.
Simorgue , — oiseau fabuleux que les Arabes nomment Anka , et les rabbins Jukhneh , et que les Perses disent habiter dans les montagnes de Kaf. Il est si grand qu'il consomme pour sa subsistance tout ce qui croit sur plusieurs montagnes. Il parle, il a de la raison , en un mot c'est une fée qui a la figure d'un oiseau. Étant un jour interrogé sur son âge, la Simorgue répondit: « Ce monde s'est trouvé sept fois rempli de créatures, et sept fois entièrement vides d'animaux. Le cycle d'Adam , dans lequel nous sommes, doit durer sept mille ans, qui font un grand cycle d'années ; j'ai déjà vu douze de ces cycles, sans que je sache combien il m'en reste à voir. » La Simorgue joue un grand rôle dans les légendes de Salomon.
Singes. — Ces animaux étaient vénérés en Égypte. Chez les Romains, au contraire, c'était un mauvais présage de rencontrer un singe en sortant de la maison.
Sîrath. — C'est le nom que donnent les musulmans au pont que les âmes passent après leur mort, et au-dessous duquel est un feu éternel. 11 est aussi mince que le tranchant d'un sabre ; les justes doivent le passer avec la rapidité de l'éclair, pour entrer dans le paradis.
Sirchade, — démon qui a tout pouvoir sur les animaux.
Sistre , — plante qui , selon Aristote , se trouvait dans le Scamandre , ressemblait au pois chiche, et avait la vertu de mettre à l'abri de la crainte des spectres et des fantômes ceux qui la tenaient à la main.
Sittim, — démon indien qui habite les bois sous la forme humaine.
Skalda, — voy. NORNES.
Socrate. — Les anciens, qui trouvaient les grandes qualités surhumaines, ne les croyaient
1 Singularités historiques et littéraires de D. Liron, t. tyft p. 313.
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pas étrangères à l'essence des démons. Il est vrai que les démons chez eux n'étaient pas pris tous en mauvaise part. Aussi disaientils que Socrate avait un démon familier; et Proclus soutient qu'il lui dut toute sa sagesse f . Peut-être les hommes trouvaient-ils leur compte à cet arrangement. Ils se consolaient d'être moins vertueux que Socrate, en songeant qu'ils n'avaient pas un appui comme le sien.
Soleil , — voy. Danse du Soleil.
Somnambules. — Des gens d'une imagination vive, d'un sang trop bouillant, font souvent en dormant ce que les plus hardis n'osent entreprendre éveillés. Barclai parie d'un professeur qui répétait la nuit les leçons qu'il avait données le jour, et qui grondait si haut, qu'il réveillait tous ses voisins. Johnston rapporte, dans sa Thaumatographia Naturalis, qu'un jeune homme sortait toutes les nuits de sont lit, vêtu seulement de sa chemise ; puis, montant sur la fenêtre de sa chambre , il sautait à cheval sur le mur, et le talonnait pour accélérer la course qu'il croyait faire. Un autre descendit dans un puits et s'éveilla aussitôt que son pied eut touché l'eau , qui était très-froide. Un autre monta sur une tour, enleva un nid d'oiseaux , et se glissa à terre par une corde , sans s'éveiller. — Un Parisien , de même endormi, se leva, prit son épée, traversa la Seine à la nage, tua un homme que la veille il s'était proposé d'assassiner; et, après qu'il eut consommé son crime, il repassa la rivière, retourna à sa maison et se mit au lit sans s'éveiller. — On peut expliquer le somnambulisme comme une activité partielle de la vie animale, disent les philosophes. L'organe actif transmet ainsi l'incitation sur les organes voisins : et ceux-ci commencent également, par l'effet de leurs relations avec la représentation qui a été excitée, à devenir actifs et à coopérer (c'est très-clair); par là, l'idée de l'action représentée devient si animée que , même les instruments corporels nécessaires pour son opération , sont mis en activité par les nerfs qui agissent sur eux (vous comprenez?) ; le somnambule commence même à agir corporellement, et remplit l'objet qu'il s'est proposé, avec la même exactitude que s'il était éveillé ; avec cette différence néanmoins qu'il n'en a pas le sentiment général, parce que les autres organes de la vie animale, qui n'ont pas participé à l'activité, reposent, et que par conséquent, le sentiment n'y a pas été réveillé. Voilà. — Gall a connu un prédicateur somnambule qui, très-souvent,
1 Proclus, de Animâ et dacmone. Naudé, Apologie.
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ayant un sermon à faire , se levait la nuit en dormant, écrivait son texte ou en faisait la division, en travaillait des morceaux entiers, rayait ou corrigeait quel jues passages, en un mot, qui se conduisait comme s'il eût été éveillé, et qui cependant en s'éveillant n'avait aucun sentiment de ce qu'il venait de faire '. Libre à vous de douter. La Fontaine a composé , dit-on , sa fable des deux jugeons en dormant. Vous n'êtes pas obligé à le croire. — Nous en aurions trop à dire, si nous voulions parler du somnambulisme magnétique.
On prétend qu'une personne magnétisée s'endort profondément et parle aussitôt pour révéler les choses secrètes , prédire l'avenir et lire dans les cœurs, par un prodige inexplicable. Mais ce prodige ne s'établit par aucun fait vraiment sérieux.
Songes. — Le cerveau est le siège de la pensée, du mouvement et du sentiment. Si le cerveau n'est point troublé par une trop grande abondance de vapeurs crues, si le travail ne lui a pas ôté toutes ses forces, il engendre des songes excités par les images dont il s'est vivement frappé durant le jour, ou par des impressions toutes nouvelles , que produisent dans le cerveau les affections naturelles ou accidentelles des nerfs, ou la nature du tempérament. C'est aussi limpide que ce qu'on a lu sur le somnambulisme. — Les songes naturels viennent des émotions de la journée et du tempérament. Les personnes d'un tempérament sanguin songent les festins, les danses, les divertissements, les plaisirs, les jardins et les fleurs. Les tempéraments bilieux songent les disputes, les querelles, les combats, les incendies, les couleurs jaunes, etc. Les mélancoliques songent l'obscurité , les ténèbres, la fumée, les promenades nocturnes, les spectres et les choses tristes. Les tempéraments pituiteux ou flegmatiques songent la mer, les rivières, les bains, les navigations, les naufrages, les fardeaux pesants, etc. Les tempéraments mêlés , comme les sanguins-mélancoliques, les sanguins-flegmatiques, les bilieux-mélancoliques, etc., ont des songes qui tiennent des deux tempéraments; — ainsi le dit Peurer. — Les anciens attachaient beaucoup d'importance aux rêves ; et l'antre de Trophonius était célèbre pour cette sorte de divination. Pausanias nous a laissé, d'après sa propre expérience , la description des cérémonies qui s'y observaient. — « Le chercheur passait d'abord plusieurs jours dans le temple de la bonne fortune. Là il faisait ses expiations , observant d'aller deux fois par
1 Cranologie du docteur GalK
jour se laver. Quand les prêtres le déclaraient purifié, il immolait au dieu des victimes; cette cérémonie finissait ordinairement par le sacrifice d'un bélier noir. Alors le curieux était frotté d'huile par deux enfants, et conduit à la source du fleuve, où on lui présentait une coupe d'eau du Léîhé, qui bannissait de l'esprit toute idée profane, et une coupe d'eau de Mnémosyne , qui disposait la mémoire à conserver le souvenir de ce qui allait se passer. Les prêtres découvraient ensuite la statue de Trophonius, devant laquelle il fallait s'incliner et prier; enfin, couvert d'une tunique de lin et le front ceint de bandelettes, on allait à l'oracle. Il était placé sur une montagne, au milieu d'une enceinte de pierre qui cachait une profonde caverne, où l'on ne pouvait descendre que par une étroite ouverture. Quand, après beaucoup d'efforts, et à l'aide de quelques échelles, on avait eu le bonheur de descendre sans se rompre le cou, il fallait passer encore, de la même manière, dans une seconde caverne, petite et très-obscure. Là on se couchait à terre, et on n'oubliait pas de prendre dans ses mains une espèce de pâte , faite avec de la farine, du lait et du miel : on présentait les pieds à un trou qui était au milieu de la caverne, et dans le même instant, on se sentait rapidement emporté dans l'antre ; on s'y trouvait couché sur des peaux de victimes récemment sacrifiées, enduites de certaines drogues dont les prêtres seuls connaissaient la vertu ; on ne tardait pas à s'endormir profondément : c'était alors qu'on avait d'admirables visions , et que les temps à venir découvraient tous leurs secrets. » — Hippocrate dit que, pour se soustraire à la malignité des songes, quand on voit, en rêvant, pâlir les étoiles, on doit courir en rond ; quand on voit pâlir la lune, on doit courir en long; quand on voit pâlir le soleil , on doit courir tant en long qu'en rond.... — On rêve feu et flammes quand on a une bile jaune; on rêve fumée et ténèbres quand on a une bile noire ; on rêve eau et humidité , quand on a des glaires et des pituites , à ce que dit Gallien. — Songer à la mort, annonce mariage, selon Arlémidore ; songer des fleurs, prospérité; songer des trésors , peines et soucis ; songer qu'on devient aveugle, perte d'enfants.... Ces secrets peuvent donner une idée de rOné/rocrifique d'Artémidore , ou explication des rêves. — Songer des bonbons et des crèmes , dit un autre savant, annonce des chagrins et des amertumes; songer des pleurs, annonce de la joie ; songer des laitues , annonce une maladie ; songer or et richesses , annonce la misère.... Il y a eu des hommes assez super-
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stilieux pour faire leur testament, pr.rce qu'ils avaient vu un médecin en songe ; ils croyaient que c'était un présage de mort. — Explication de quelques-uns des principaux songes , suivant les livres connus. — Aigle. Si on voit en songe, voler un aigle, bon présage ; signe de mort , s'il tombe sur la tête du songeur. Ane. Si on voit courir un âne, présage de malheur; si on le voit en repos, caquets et méchancetés ; si on l'entend braire , inquiétudes et fatigues. Arc- en-ciel. Vu du côté de l'orient, signe de bonheur pour les pauvres ; du côté de l'occident , le présage est pour les riches. Argent trouvé, chagrin et pertes ; argent perdu , bonnes affaires. — Bain dans l'eau claire , bonne santé ; bain dans l'eau trouble, mort de parents et d'amis. Belette Si on voit une belette en songe, signe qu'on aura ou qu'on a une méchante femme. Boire de l'eau fraîche, grandes richesses; boire de l'eau chaude, maladie ; boire de l'eau trouble, chagrins. Bois. Être peint sur bois dénote longue vie. Boudin. Faire du boudin, présage de peines; manger du boudin, visite inattendue. Brigands. On est sûr de perdre quelques parents ou une partie de sa fortune, si on songe qu'on est attaqué par des brigands. — Cervelas. Manger des cervelas , bonne santé. Champignons , signe d'une vie longue. Chanter. Un homme qui chante, espérance ; une femme qui chante, pleurs et gémissements. Charbons éteints, mort ; charbons allumés , embûches; manger des charbons, pertes et revers. Chat-huant, funérailles. Cheveux arrachés , pertes d'amis. Corbeau qui vole, péril de mort. Couronne. Une couronne d'or sur la tête présage des honneurs ; une couronne d'argent, bonne santé ; une couronne de verdure , dignités ; une couronne d'os de morts annonce la mort. Cygnes noirs , tracas de ménage. — Denis. Chute de dents, présage de mort. Dindon. Voir ou posséder des dindons, folie de parents ou d'amis. — Enterrement. Si quelqu'un rêve qu'on l'enterre vivant, il peut s'attendre à une longue misère; aller à l'enterrement de quelqu'un , heureux mariage. Étoiles. Voir des étoiles tomber du ciel, chutes, déplaisirs et revers. — Fantôme blanc, joie et honneurs; fantôme noir, peines et chagrins. Femme. Voir une femme, infirmité; une femme blanche, heureux événement; une femme noire , maladie ; plusieurs femmes , caquet. Fèves. Manger des fèves , querelles et procès. Filets. Voir des filets, présage de pluie. Flambeau allumé , récompense ; flambeau éteint, emprisonnement. Fricassées, caquets de femmes. Gibet. Songer qu'on est condamné à être pendu, heureux succès. Grenouilles,
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indiscrétions et babils. — Hannetons , importunités. Homme vêtu de blanc, bonheur ; vêtu de noir, malheur; homme assassiné, sûreté.
— Insensé. Si quelqu'un songe qu'il est devenu insensé, il recevra des bienfaits de son prince. — Jeu. Gain au jeu, perte d'amis. — Lait. Boire du lait, amitié. Lapins blancs , succès; lapins noirs, revers; manger du lapin, bonne santé; tuer un lapin, tromperie et perte. Lard. Manger du lard , victoire. Limaçon , charges honorables. Linge blanc , mariage; linge sale, mort. Lune. Voir la lune, retard dans les affaires ; la lune pâle , peines ; la lune obscure , tourments. — Manger à terre, emportements. Médecine. Prendre médecine , misère; donner médecine à quelqu'un, profit. Meurtre. Voir un meurtre, sûreté. Miroir, trahison. Moustaches. Songer qu'on a de grandes moustaches , augmentation de richesses. — Navets, vaines espérances. Nuées, discorde. — OEufs Lianes, bonheur; œufs cassés , malheur. Oies. Qui voit des oies en songe, peut s'attendre à être honoré des princes. Ossements, traverses et peines inévitables.
— Palmier, palmes, succès et honneurs. Paon. L'homme qui voit un paon aura de beaux enfants. Perroquet, indiscrétion, secret révélé.
— Quenouille, pauvreté. — Bats, ennemis cachés. Boses, bonheur et plaisirs. — Sauter dans l'eau, persécutions. Scorpions, lézards, chenilles, scolopendres, etc., malheurs et trahisons. Soufflet donné , paix et union entre le mari et la femme. Soufre, présage d'empoisonnement. — Tempête, outrage et grand péril. Tête blanche, joie ; tête tondue, tromperie ; tête chevelue, dignités ; tête coupée, infirmité ; tête coiffée d'un agneau , heureux présage. Tourterelles , accord des gens mariés ; mariage pour les célibataires. — Vendanger, santé et richesses. Violette, succès. Violon. Entendre jouer du violon et des autres instruments de musique, concorde et bonne intelligence entre le mari et la femme, etc., etc. Telles sont les extravagances que débitent les interprètes des songes ; et l'on sait combien ils trouvent de gens qui les croient! Le monde fourmille de petits esprits qui, pour avoir entendu dire que les grands hommes étaient au-dessus de la superstition, croient se mettre à leur niveau en refusant à l'âme son immortalité , et à Dieu son pouvoir, et qui n'en sont pas moins les serviles esclaves des plus absurdes préjugés. On voit tous les jours d'ignorants esprits-forts, de petits sophistes populaires, qui ne parlent que d'un ton railleur des saintes Écritures, et qui passent les premières heures du jour à chercher l'explication d'un songe insignifiant, comme ils passent les
moments du ëoir à interroger les cartes sur leurs plus minces projets l. — 11 y a des songes, au reste, qui ont beaucoup embarrassé ceux qui ne veulent rien voir d'inexplicable. Nous ne pouvons passer sous silence le fameux songe des deux Arcadiens. Il est rapporté par Valère-Maxime et par Cicéron. — Deux Arcadiens, voyageant ensemble, arrivèrent à Mégare. L'un se rendit chez un ami qu'il avait en cette ville ; l'autre alla loger à l'auberge. Après que le premier fut couché , il vit en songe son compagnon , qui le suppliait de venir le tirer des mains de l'aubergiste, par qui ses jours étaient menacés. Cette vision l'éveille en sursaut , il s'habille à la hâte, sort et se dirige vers l'auberge où était son ami. — Chemin faisant, il réfléchit sur sa démarche, la trouve ridicule, condamne sa légèreté à agir ainsi sur la foi d'un songe ; et, après un moment d'incertitude , il retourne sur ses pas et se remet au lit. Mais à peine a-t-il de nouveau fermé l'œil, que son ami se présente de nouveau à son imagination , non tel qu'il l'avait vu d'abord, mais mourant, mais souillé de sang, couvert de blessures, et lui adressant ce discours : « Ami ingrat, puisque tu as négligé de me secourir vivant, ne refuse pas au moins de venger ma mort. J'ai succombé sous les coups du perfide aubergiste ; et, pour cacher les traces de son crime, il a enseveli mon corps, coupé en morceaux, dans un tombereau plein de fumier, qu'il conduit à la porte de la ville. » — Celui-ci, troublé de cette nouvelle vision , plus effrayante que la première, épouvanté par le discours de son ami, se lève derechef, vole à la porte de la ville, et y trouve le tombereau désigné, dans lequel il reconnaît les trisles restes de son compagnon de voyage. Il arrête aussitôt l'assassin et le livre à la justice. — Cette aventure étonnante peut pourlant s'expliquer. Les deux amis étaient fort liés et naturellement inquiets l'un pour l'autre ; l'auberge pouvait avoir un mauvais renom : dès lors , le premier songe n'a rien d'extraordinaire. Le second en est la conséquence dans l'imagination agitée du premier des deux voyageurs. Les détails du tombereau sont plus forts; il peut se faire qu'ils soient un effet des pressenti-
1 II y a des gens qui ne croient à rien, et qui mettent à la loterie sur la signification des songes. Mais qui peut leur envoyer des songes, s'il n'y a pas de Dieu?... Comment songent-ils quand leur corps est assoupi, s'ils n'ont point d'âme? Deux saveliers s'entretenaient sous l'empire de matières de religion. L'un prétendait qu'on avait eu raison de rétablir leculie; l'autre, au contraire , qu'on avait eu tort. «Mais, dit le premier, je vois bien que tu n es pas foncé dans la pÔtiliquefiè ; ce n'est pas pour moi qu'on a remis Dieu dans ses fonctions, ce n'est pas pour toi non plus; c'est pour le peuple. » — Ces deux savetiers, avec tout leur esprit, se faisaient tirer les r:\rtes et se racontaient leurs songes.)
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ments, ou d'une anecdote du temps, ou une rencontre du hasard. Mais il y a des choses qui sont plus inexplicables et qu'on ne peut pourtanteontester. — « Alexander ab Alexandro raconte, chap. 4 1 du Ier livre de ses Jours Géniaux, qu'un sien fidèle serviteur, homme sincère et vertueux, couché dans son lit, dormant profondément, commença à se plaindre, soupirer et lamenter si fort, qu'il éveilla tous ceux de la maison. Son maître, après lavoir éveillé, lui demanda la cause de son cri. Le serviteur répondit : « Ces plaintes que vous avez entendues ne sont point vaines, car lorsque je m'agitais ainsi , il me semblait que je voyais le corps mort de ma mère passer devant mes yeux, que l'on portait en terre. » — On fit attention à l'heure , au jour, à la saison où cette vision était advenue , pour savoir si cette vision annoncerait quelque désastre au garçon ; et l'on fut tout étonné d'apprendre la mort de cette femme quelques jours après ; s'étant informé des jour et heure , on trouva qu'elle était morte le même jour et à la même heure qu'elle s'était présentée morte à son fils. — Saint Augustin, livre 42, cha^. 47, sur la Genèse, raconte l'histoire d'un frénétique qui revient un peu à ce songe. Quelques-uns étant dans la maison de ce frénétique, ils entrèrent en propos d'une femme qu'ils connaissaient, laquelle était vivante et faisait bonne chère , sans aucune appréhension de mal. Le frénétique leur dit : « Comment parlez-vous de cette femme? Elle est morte, je l'ai vue passer comme on la portait en terre. » Et un ou deux jours après, la prédiction fut confirmée K » Yoy. Cassius, Hymera, Amilcar, Décius, etc.
Sorciers , — gens qui, avec le secours des puissances infernales , peuvent opérer des choses surnaturelles en conséquence d'un pacte fait avec le diable. — Ce n'étaient en général que des imposteurs, des charlatans , des fourbes, des maniaques, des fous, des hypocondres , ou des vauriens qui , désespérant de se donner quelque importance par leur propre mérite, se rendaient remarquables par les terreurs qu'ils inspiraient. Chez tous les peuples on trouve des sorciers. On les appelle magiciens lorsqu'ils opèrent des prodiges, et devins lorsqu'ils devinent les choses cachées. — Il y avait à Paris, du temps de Charles IX, trente mille sorciers, qu'on cttàâSiB de la ville. On en comptait plus de cent mille en France sous le roi Henri III. Chaque ville, chaque bourg, chaque village, chaque hameau avait les siens. On les poursuivit Stftfs Henri IV et sous Louis XIII ; le nombre de ces
' Hoislnau. Vision* prodigieuses.
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misérables ne commença à diminuer que sous Louis XIV. L'Angleterre n'en était pas moins infestée. Le roi Jacques Ier, qui leur faisait la chasse très-durement, écrivit contre eux un gros livre, sans éclairer la question. Un fait est constant, c'est que presque tous les sorciers étaient des bandits qui prenaient un masque diabolique pour faire le mal : c'est que la plupart de leurs sortilèges étaient des empoisonnements, et leurs sabbats d'affreuses orgies. Ces sorciers étaient encore des restes de bandes héréliques, conduits d'aberrations en aberrations à l'adoration toute crue du démon. — Les sorciers sont coupables de quinze crimes , dit Bodin : 1° ils renient Dieu ; 2° ils le blasphèment ; 3° ils adorent le diable; 4° ils lui vouent leurs enfants; 5° ils les lui sacrifient souvent avant qu'ils soient baptisés'; 6° ils les consacrent à Satan dès le ventre de leur mère; 7° ils lui promettent d'attirer tous ceux qu'ils pourront à son service; 8° ils jurent par le nom du diable, et s'en font honneur; 9° ils ne respectent plus aucune loi et commettent des incestes; '10° ils tuent les personnes, les font bouillir et les mangent; H° ils se nourrissent de chair humaine et même de pendus ; 12° ils l'ont mourir les gens par le poison et les sortilèges; •13° ils font crever le bétail; 4 4° ils font périr les fruits, et causent la stérilité; 1 5° ils se font en tout les esclaves du diable. — Sandoval dans son Histoire de Charles-Quint , raconte que deux jeunes filles, l'une de onze ans, et l'autre de neuf, s'accusèrent elles-mêmes, comme sorcières , devant les membres du conseil royal de Navarre : elles avouèrent qu'elles s'étaient fait recevoir dans la secte des sorciers , et s'engagèrent à découvrir toutes les femmes qui en étaient si on consentait à leur faire grâce. Les juges l'ayant promis, ces deux enfants déclarèrent qu'en voyant l'œil gauche d'une personne elles pourraient dire si elle était sorcière ou non, elles indiquèrent l'endroit où l'on devait trouver un grand nombre de ces femmes , et où elles tenaient leurs assemblées. Le conseil chargea un commissaire de se transporter sur les lieux avec ces deux enfants , escortés de cinquante cavaliers. En arrivant dans chaque bourg ou village, il devait enfermer les deux jeunes filles dans deux maisons séparées, et faire conduire devant elles les femmes suspectes de magie, afin d'éprouver le moyen qu'elles avaient indiqué. 11 résulta de l'expérience que celles de ces femmes qui avaient été signalées par les deux filles comme sorcières l'étaient
1 Sprangcr condamna à mort une sorcière qui avait fait mourir quarante et un petits enfants.
1 — SOR réellement. Lorsqu'elles se virent en prison , elles déclarèrent qu'elles étaient plus de cent cinquante ; que lorsqu'une femme se présen» tait pour être reçue dans leur société, on lui faisait renier Jésus-Christ et sa religion. Le jour où cette cérémonie avait lieu, on voyait paraître, au milieu d'un cercle, un bouc noir, qui en faisait plusieurs fois le tour; à peine avait-il fait entendre sa voix rauque , que toutes les sorcières accouraient et se mettaient à danser; après cela, elles venaient toutes baiser le bouc au deirière, et faisaient ensu te un repas avec du pain, du vin et du fromage. Lorsque le festin était fini, chaque sorcière s'envolait dans les airs, pour se rendre aux lieux où elle voulait faire du mal. D'après leurpropre confession , elles avaient empoisonné trois ou quatre personnes, pour obéir aux ordres de Satan, qui les introduisait dans les maisons en leur ouvrant les portes et les fenêtres, qu'il avait soin de refermer quand le maléfice avait eu son effet. Toutes les nuits qui précédaient les grandes fêtes de l'année, elles avaient des assemblées générales, où elles faisaient des abominations et des impié tés. Lorsqu'elles assistaient à la messe, elles voyaient l'hostie noire ; mais, si elles avaient déjà formé le propos de renoncer à leurs pratiques diaboliques, elles la voyaient blanche. — Sandoval ajoute que le commissaire , voulant s'assurer de la vérité des faits par sa propre expérience, fit prendre une vieille sorcière , et lui promit sa grâce, à condition qu'elle ferait devant lui toutes ses opérations de sorcellerie. La vieille, ayant accepté la proposition, demanda la boîte d'onguent qu'on avait trouvée sur elle, et monta dans une tour, avec le commissaire et un grand nombre de personnes. Elle se plaça devant une fenêtre et se frotta d'onguent la paume de la main gauche, le poignet, le nœud du coude, le dessous du bras, l'aine et le côté gauche; ensuite elle cria d'une voix forte : Es-tu là? Tous les spectateurs entendirent dans les airs une voix qui répondit : Oui, me voici. La sorcière se mit alors à descendre le long de la tour, la tête en bas, se servant de ses pieds et de ses mains à la manière des lézards. Arrivée au milieu de la hauteur, elle prit son vol dans les airs devant les assistants, qui ne cessèrent de la voir que lorsqu'elle eut dépassé l'horizon. Dans l'étonnement où ce prodige avait plongé tout le monde, le commissaire fit publier qu'il donnerait une somme d'argent considérable à quiconque lui ramènerait la sorcière. On la lui présenta au bout de deux jours qu'elle fut arrêtée par des bergers. Le commissaire lui demanda pourquoi elle n'a-
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vait pas volé assez loin pour échappe, à ceux qui la cherchaient. A quoi elle répondit que son maître n'avait voulu la transporter qu'à la distance de trois lieues, et qu'il l'avait laissée dans le champ où les bergers l'avaient rencontrée. — Le juge ordinaire ayant prononcé sur l'affaire des cent cinquante sorcières, ni l'onguent ni le diable ne purent leur donner des ailes pour éviter le châtiment de deux cents coups de fouet et de plusieurs années de prison qu'on leur fit subir. — Boquet, qui avait tant de zèle pour l'extinction de la sorcellerie, a mis à la fin de son Discours des sorciers une instruction pour un juge en fait de sorcellerie. Cette pièce curieuse, publiée en 1601, est divisée en quatre-vingt-onze articles. On la connaît plus généralement sous le titre de Code des sorciers ; en voici le précis : — Le juge du ressort instruit l'affaire et la juge, sans suivre, en cas pareil, les formes ordinaires. La présomption de sorcellerie suffit pour faire arrêter le suspect; l'interrogatoire doit suivre l'arrestation , parce que le diable assiste les sorciers en prison. Le juge doit faire attention à la contenance de l'accusé, voir s'il ne jette point de larmes, s'il regarde à terre, s'il barbotte à part, s'il blasphème; tout cela est indice. Souvent la honte empêche le sorcier d'avouer; c'est pourquoi il est bon que le juge soit seul, et que le greffier soit caché pour écrire les réponses. — Si le sorcier a devant lui un compagnon du sabbat, il se trouble. On doit le raser afin de mettre à découvert le sort de taciturnité. — Il faut le visiter avec un chirurgien, pour chercher les marques. — Si l'accusé n'avoue pas, il faut le mettre dans une dure prison, et avoir gens affidés qui tirent de lui la vérité. — Il y a des juges qui veulent qu'on promette le pardon, et qui ne laissent pas de passer à l'exécution; mais cette coutume me paraît barbare. — Le juge doit éviter la torture, elle ne fait rien sur le sorcier; néanmoins il est permis d'en user. — Si l'accusé se trouve saisi de graisses, si le bruit public l'accuse de sorcellerie, ce sont de grandes présomptions qu'il est sorcier. Les indices légers sont les variations dans les réponses, les yeux fixés en terre, le regard effaré. Les indices graves sont la naissance: comme si, par exemple, le prévenu est enfant de sorcier, s'il est marqué, s'il blasphème. — Le fils est admis à déposer contre son père. Les témoins reprochables doivent être entendus comme les autres. On doit aussi entendre les enfants. Les variations dans les réponses du témoin ne peuvent faire présumer en faveur de l'innocence du prévenu , si tout l'accuso d'être sorcier. — La peine est lesup-