‹ Dictionnaire infernalChapitre 344 sur 368 · IRA · texte numérisé non relu

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ractérise; de là cette familiarité qui diminue la terreur causée par son nom : les mêmes éléments entrent dans la composition de toutes les combinaisons variées du mauvais principe qui engendra la race nombreuse des lutins sortis de l'enfer. Si le rire n'est pas toujours méchant et perfide, il exprime assez bien du moins la malice et la perfidie. C'est de l'alliance du rire et de la malice que sont nés tous ces moqueurs placés par les mythologues au rang des divinités. Tel est le Momus des Grecs et le Loki des Scandinaves, l'un bouffon de l'Olympe , l'autre bouffon des banquets du Valhalla. — Satan nous est singulièrement dépeint, par le pape saint Grégoire, dans sa Vie de saint Benoît. Un jour que le saint allait dire ses prières à l'oratoire de Saint-Jean , sur le Mont-Cassin , il rencontra le diable sous la forme d'un vétérinaire, avec une fiole d'une main et un licou de l'autre. Le texte disait : in mulomedici specie; par l'introduction d'une virgule qui décompose le mot : in mulo , mcdici specie, un copiste fit du diable ainsi déguisé un véritable docteur monté sur sa mule, comme cheminaient les docteurs en médecine avant l'invention des carrosses ; et un tableau de cet épisode ayant été exécuté d'après ce texte corrompu , Satan a été souvent représenté avec la robe doctorale et les instruments de la profession en croupe sur sa monture. — Une autre fois, on dénonça à saint Benoît la conduite légère d'un jeune frère appartenant à l'un des douze monastères affiliés à la règle du réformateur. Ce moine ne voulait ou ne pouvait prier avec assiduité ; à peine s'était-il mis à genoux , qu'il se levait et allait se promener. Saint Benoit ordonna qu'on le lui amenât au Mont-Cassin ; et là, lorsque le moine , selon son habitude , interrompit ses devoirs et sortit de la chapelle, le saint vit un petit diable noir qui le tirait de toutes ses forces par le pan de sa robe. — Parmi les innombrables épisodes de l'histoire du diable dans les Vies des Saints, quelques-uns sont plus comiques, quelques autres plus pittoresques. Saint Antoine vit Satan dresser sa tête de géant au-dessus des nuages, et étendre ses larges mains pour intercepter les âmes des morts qui prenaient leur vol vers le ciel. Parfois le diable est un véritable singe , et sa malice ne s'exerce qu'en espiègleries. C'est ainsi que, pendant des années, il se tint aux aguets pour troubler la piété de sainte Gudule. Tontes ses ruses avaienf été vaines, lorsqu'enfin il se résolut à un dernier effort. C'était la coutume de cette noble et chaste vierge de se lever au chant du coq et d'aller prier à l'église, précédée de sa sen ante pur-

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tant une lanterne. Que fit le père de toute malice, il éteignit la lanterne en soufflant dessus. La sainte eut recours à Dieu, et, à sa prière, la mèche se ralluma, miracle de la foi qui suffit pour renvoyer le malin honteux et confus. 11 n'est pas sans exemple que le diable se laisse tromper par les plus simples artifices , et une équivoque suffit souvent pour le rendre dupe dans ses marchés avec les sorciers: comme lorsque Nostradamus obtint son secours à condition qu'il lui appartiendrait tout entier après sa mort, soit qu'il fût enterré dans une église, soit qu'il fût enterré dehors... Mais Nostradamus ayant ordonné par testament que son cercueil fût déposé dans la muraille de la sacristie, son corps y repose encore. — Le vieil Heywood a rédigé en vers une nomenclature curieuse de tous les petits démons de la superstition populaire : il y comprend les farfadets, les follets, les alfs, les Robin Goodfellows , et ces lutins que Shakspeare a donnés pour sujets à Oberon et à Titania. On a prouvé que le roi ou la reine de féerie n'est autre que Satan lui-même , n'importe son déguisement. C'était donc un démon que ce Puck qui eut long-temps son domicile chez les dominicains de Schwerin dans le Mecklembourg. Malgré les tours qu'il jouait aux étrangers qui venaient visiter le monastère, Puck, soumis aux moines, était pour eux un bon serviteur. Sous la forme d'un singe , il tournait la broche , tirait le vin . balayait la cuisine. Cependant , malgré tous ces services , le religieux à qui nous devons la Veridica relatio de dcemonio Puck ne reconnaît en lui qu'un esprit malin. Le Puck de Schwerin recevait pour ses gages deux pots d'étain et une veste bariolée de grelots pour boutons. — Le moine Rush de la légende suédoise, et Bronzet , de l'abbaye de Montmajor, près d'Arles , sont encore Puck sous d'autres noms. On le retrouve en Angleterre sous la forme de Robin Goodfellow ou de Robin Hood, le fameux bandit de la forêt de Sherwood ayant reçu ce surnom à cause de sa ressemblance avec ce diable populaire. Enfin Robin Hood est aussi le Red Cap d'Écosse, et le diable saxon Hodeken, ainsi appelé de l'hoodiwen , ou petit chaperon rouge qu'il porte en Suède lorsqu'il y apparaît sous la forme du Nisse ou Nissegodreng. — Puck, en Suède , se nomme Nissegodreny (ou Nisse le bon enfant) , et vit en bonne intelligence avec Tomtegobbe , ou le Vieux du Grenier, qui est un diable de la même classe. On trouve Nissegodreng et Tomtegobbe dans presque toutes les fermes, complaisants et dociles si on les traite avec douceur, mais irascibles et capricieux : malheur

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à qui les offense! Dans le royaume voisin , en Danemark , les Pucks ont un rare talent comme musiciens. 11 existe une certaine danse appelée la gigue du roi des Elfs , bien connue des ménétriers de campagne , et qu'aucun d'eux n'oserait exécuter. L'air seul produit le même effet que le cor d'Oberon : à peine la première note se fait-elle entendre, vieux et jeunes sont forcés de sauter en mesure ; les tables , les chaises et les tabourets de la maison commencent à se briser, et le musicien imprudent ne peut rompre le charme qu'en jouant la même danse à rebours sans déplacer une seule note , ou bien en laissant approcher un des danseurs involontaires assez adroit pour passer derrière lui et couper toutes les cordes du violon par-dessus son épaule. — ■ Les noms des esprits de celte classe sont très-significatifs : de Gob le vieillard, devenu un nom du diable, les Normands semblent avoir fait Gobelin. On appelait Gobelin ce diable d'Évreux que saint Taurin expulsa, mais qui , ayant montré un respect particulier au saint exorciste, obtint la permission de ne pas retourner en enfer, et continua de hanter la ville sous diverses formes , à condition qu'il se contenterait de jouer des tours innocents aux bons chrétiens de l'Eure. Le Gobelin d'Évreux semble s'être ennuyé de ses espiègleries depuis quelques années, et il a rompu son ban pour aller tourmenter les habitants de Caen. L'un de ces derniers hivers, les bourgeois de la bonne ville de Guillaume-le- Bâtard furent souvent effrayés de ses apparitions. Ils s'était affublé d'une armure blanche, et se grandissait jusqu'à pouvoir regarder à travers les fenêtres des étages les plus élevés. Un vieux général rencontra ce diable importun dans un impasse et le défia, mais Gobelin lui répondit : « Ce n'est pas de toi que j'ai reçu ma mission, ce n'est pas à toi que je dois en rendre compte. » Le général ayant insisté, six diables blancs de la même taille sortirent tout à coup de terre , et le général jugea prudent de battre en retraite devant le nombre. Le journal du département rendit justice à son courage : mais le général n'eut pas moins besoin de se faire saigner par le docteur Vastel. — Le Duende espagnol correspond au Gobelin normand et au Tomtegobbe suédois. Duende, selon Cobaruvias, est une contraction de dueno de casa, maître de la maison. Ce diable espagnol fut de tout temps cité pour la facilité de ses métamorphoses. — Le diable a souvent fait parler de lui en Espagne comme partout; citons la légende relative à l'origine démoniaque de la noble famille de Haro. Don Diego Lopez, sei-

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gneur de Biscaye, était à l'affût du sanglier, lorsqu'il entendit les accords d'une délicieuse voix de femme. Il regarde, et aperçoit la chanteuse debout sur un rocher. Il en devint épris et lui proposa de l'épouser, a .l'accepte votre main, répondit-elle, beau chevalier, car ma naissance est noble; mais à une condition : jurez-moi que vous ne prononcerez jamais devant moi un nom sacré. » Le chevalier le jura, et, quand le mariage fut consommé, il s'aperçut que sa fiancée avait un pied de chèvre. Heureusement c'était son seul défaut. Personne n'est parfait; et, par une convention tacite , le pied de chèvre ne fut bientôt qu'un pied de biche , ce qui était plus poétique. Don Diégo n'en eût pas moins d'attachement pour sa femme , qui devint mère de deux enfants, une fille et un fils nommé Iniguez Guerra. Or, un jour qu'ils étaient à table, le seigneur de Biscaye jeta un os à ses chiens : un mâtin et un épagneul se prirent de querelle; l'épagneul saisit le mâtin à la gorge et l'étrangla : « Sainte vierge Marie! s'écria » don Diégo; qui a jamais vu chose pareille? » La dame au pied de biche saisit aussitôt les mains de ses enfants. Diégo retint le garçon, mais la mère s'échappa à travers les airs avec la fille... Par la suite, don Diégo Lopez envahit les terres des Maures : il fut malheureux dans un combat et fait prisonnier; les vainqueurs lui lièrent les mains et l'emmenèrent à Tolède. Iniguez Guerra était triste de la captivité de son père. Quelqu'un lui dit alors : Pourquoi n'iriez-vous pas invoquer la fée qui vous a donné le jour : elle seule peut vous indiquer un moyen de délivrer don Diégo. Iniguez monta à cheval ; se rendit à la montagne : la fée était sur le rocher ; elle reconnut son fils : Viens à moi , lui dit-elle; je sais ce qui t'amène et je te promets aide et protection : laisse là ton cheval, il ne te serait d'aucun service. Je veux le remplacer par un autre qui en quelques heures te portera à Tolède; mais tu ne lui mettras pas de bride; tu ne le feras pas ferrer; tu ne lui donneras ni nourriture ni eau. La fée Pied-de-Biche appela Pardalo ; c'était le nom de ce coursier extraordinaire : Iniguez s'élança sur sa croupe, et ramena bientôt son père. La fée Pied-de-Biche était si bien démon, que la conclusion de la légende, en mentionnant ses autres apparitions en Biscaye , nous dit qu'elle se montre sous les traits qui caractérisent le diable. — D'après la mythologie Scandinave, source principale de toutes les croyances populaires de l'Allemagne et de l'Angleterre, Odin prend le nom de Nickar ou Huickar, lorsqu'il agit comme principe destructeur ou

G — TUA mauvais génie. Sous ce nom et sous la forme de kelpic, cheval-diable d'Écussc , il habile les lacs et les rivières de la Scandinavie , où il soulève des tempêtes et des ouragans. Il y a , dans l'île de Rugen , un lac sombre dont les eaux sont troubles et les rives couvertes de bois épais. C'est là qu'il aime à tourmenter les pécheurs en faisant chavirer leurs bateaux et en les lançant quelquefois jusqu'au sommet des plus hauts sapins. — Du Nickar Scandinave sont provenus les hommes d'eau et les femmes d'eau, les nixes des Teutons. Il n'en est pas de plus célèbres que les nymphes de l'Elbe et de la Gaal. Avant l'établissement du christianisme , les Saxons qui habitaient le voisinage de ces deux fleuves adoraient une divinité du sexe féminin, dont le temple était dans la ville de Magdebourg ou Megdeburch (ville de la jeune fille), et qui inspira toujours depuis une certaine crainte comme la naïade de l'Elbe. Elle apparaissait à Magdebourg, où elle avait coutume d'aller au marché avec un panier sous le bras : elle était pleine de grâce , propre, et au premier abord on l'aurait prise pour la fille d'un bon bourgeois; mais les malins la reconnaissaient à un petit coin de son tablier toujours humide en souvenir de son origine aquatique. Prétorius, auteur estimable du XVIe siècle, raconte que la nymphe de l'Elbe s'asseoit quelquefois sur les bords du fleuve, peignant ses cheveux à la manière des sirènes. Une tradition semblable à celle que Walter Scott a mise en scène dans la Fiancée de Lammermoor avait cours au sujet de la sirène de l'Elbe; elle est rapportée tout au long par les frères Grimm, dans leur Recueil de légendes germaniques. Quelque belles que paraissent les ondines ou nixes , le principe diabolique fait toujours partie de leur essence ; l'esprit du mal n'est couvert que d'un voile plus ou moins transparent , et tôt ou tard la parenté de ces beautés mystérieuses avec Satan devient manifeste. Une mort inévitable est le partage de quiconque se laisse séduire par elles. — Des auteurs prétendent que les dernières inondations du Valais furent causées par des démons, qui, s'ils ne sont pas des nickars ou des nixes, sont du moins de nature amphibie. Il y a, près de la vallée de Bagnes, une montagne fatale où les dénions font le sabbat. En l'année 4 818, deux frères mendiants de Sion , prévenus de cette assemblée illégale , gravirent la montagne pour vérifier le nombre et les intentions des délinquants. Un diable, l'orateur de la troupe, s'avança. « Révérends frères, dit-il, nous » sommes ici une armée telle que, si on divj-

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» sait enlie nous à paris égales tous les gla- » ciers et tous les rochers des Alpes , nous » n'en aurions pas chacun une livre pesant. » De temps immémorial , quand les glaciers se fondent, on voit le diable descendre le Rhône à la nage, une épée nue d'une main, un globe d'or de l'autre. Il s'arrêta un jour devant la ville de Martigny, et cria en patois : Aïgou, haoiissou! (Fleuve, soulève-toi). Aussitôt le Rhône obéit en franchissant ses rives, et détruisit une partie de la ville qui est encore en ruines. — Ce fut en philosophant sur la mythologie populaire, que Paracelse créa ses fameuses nymphes ou ondines. Ce grand architecte, cet érudit des érudits , qui joignait à sa folie une imagination poétique et romanesque, a jugé convenable et utile de donner ses avis à ceux qui deviennent les époux des ondines. La morale de son apologue peut profiler à plus d'un mari de femme mortelle. Discrétion et constance sont surtout recommandées par la nymphe , et ses ordres doivent être exécutés à la lettre , sous peine de se perdre à jamais. A la moindre infraction , l'épouse myslérieuse se replonge dans l'abîme des eaux et ne reparaît plus. — La tradition des bons et des mauvais anges est encore sensible dans les fictions de l'Edda. Snorro Sterlason nous apprend que les elfs de la lumière, dont Ben Johnson a fait les esprits blancs de ses Masques, séjournent dans Alf- Heim, le palais du ciel, tandis que les swart elfs, elfs de la nuit, habitent les entrailles de la terre. Les premiers ne seront pas sujets à la mort; car les flammes de Surtur ne les consumeront pas , et leur dernière demeure sera Vid-Blain, le plus haut ciel des bienheureux ; mais les swart elfs sont mortels et sujets à toutes les maladies, quels que soient d'ailleurs leurs attributs. Les Islandais modernes considèrent le peuple elf comme formant une monarchie, ou du moins ils le font gouverner par un vice-roi absolu qui , tous les ans, se rend en Norwège avec une députation de pucks, pour y renouveler son serment d'hommage-lige au souverain seigneur, qui réside dans la mère-pairie. Il est évident que les Islandais croient que les elfs sont, comme eux, une colonie transplantée dans l'île. — Les diables nains ou duergars de la Scandinavie sont de la même famille que les elfs de la nuit. Les Norwégiens attribuent la forme régulière et le poli des pierres cristallisées aux travaux des petits habitants de la montagne, dont l'écho n'est autre chose que leur voix. Cette personnification poétique a donné naissance à un mètre particulier en Islande, appelé le galdralag , ou le lai diabolique dans

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lequel le dernier vers de la première stance termine toutes les autres, et lorsque, dans une saga d'Islande, le poëte introduit un esprit ou un fantôme qui chante, c'est toujours avec le galdralag. Dans une autre variété du galdralag , c'est le premier vers qui est répété de stance en slance. On retrouve ce système métrique dans quelques-unes des incantations superstitieuses des Anglo-Saxons. Ce rhythme a un son monotone, mais solennel , qui , sans le secours de la tradition mythologique, l'a fait employer par les poêlés, depuis Virgile jusqu'à Pope. Le Dante se sert du galdralag pour l'inscription placée sur les portes de l'enfer. — On a dit que les véritables prototypes des duergarz sont les habitants de la vieille Finlande. Nous commençons à douter de cette origine. Il est certain que les Finlandais se vantèrent long-temps de leur commerce intime avec le diable jusqu'à ce que ce commerce fut traité de contrebande. On n'a pas cessé de les redouter comme sorciers; mais, malgré leur talent en magie et en métallurgie, on doit les distinguer des habiles ouvriers qui fabriquèrent le marteau de Thor, les tresses d'or de Siva et la bague d'Odin, toutes choses fameuses dans la bizarre cosmogonie des Asi. Si nous voulions interpréter ces mystères selon la sagesse hiéroglyphique des rose-croix , nous dirions que les duergards étaient des personnifications de l'élément métallique ou des gaz qui en sont les véhicules dans les entrailles de la terre , fécondant les veines de la mine et se mêlant à la circulation de la vie électrique et magnétique du macTûcosme. Du reste, ce sont des êtres trop allégoriques pour qu'on les confonde avec les magiciens finlandais dispersés sur la surface des régions septentrionales. Leur cachet d'antiquité primitive paraît d'autant plus marqué, selon nous, qu'on les retrouve dans les vieilles traditions des Teutons, consacrées par les Nibelungs et le Livre des Héros. Or. les Nibelungs et le Livre des Héros nous viennent de pays où jamais le Finlandais errant ne dressa sa tente. — Les pays de mines ont défendu lrès-!ong-lemps leur mythologie populaire contre les lumières de la saine philosophie et de la religion. On peut citer, par exemple, le comté de Cornouailles ; et le Harzwald de Hanovre, reste de l'ancienne forêt d'Hercynie , est encore une terre enchantée. Les gobelins des mines ont toujours eu une très-mauvaise réputation. Le démonologue cilé par Reginald Scott nous apprend « qu'ils sont très-jaloux de leurs trésors cachés; qu'ils en veulent beaucoup à ceux qui les découvrent , et cherchent à luer ou à bles-

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ser ceux qui viennent les leur enlever, hantant d'ailleurs avec persévérance les caves où l'argent est déposé. Un nommé Peters, du comté de Devonshire, ayant trouvé le secret de deviner les lieux où les gobelins couvaient des trésors , fut brûlé et réduit en cendres par les démons irrités... Quant aux mineurs, ils ne peuvent trop se défier de ces esprits malveillants qui leur tendent toutes sortes de pièges pour les détruire : tanlôt ils inondent leurs travaux , tantôt ils les étouffent par des vapeurs pestilentielles, parfois ils leur apparaissent sous des formes effrayantes Tel était Vannaberge, animal terrible qui fut si funeste aux ouvriers employés dans la plus riche mine d'argent de l'Allemagne, appelée Corona Rosacea. L'annaberge se montrait sous la forme d'un bouc avec des cornes d'or, et se précipitait sur les mineurs avec impétuosité, ou sous la forme d'un cheval , qui jetait la flamme et la peste par ses naseaux. » Ce terrible annaberge pouvait bien n'être qu'un esprit très-connu aujourd'hui des chimistes sous le nom de gaz hydrogène ou feu grisou. La lampe de sûreté d'Humphrey-Davy aurait été un talisman précieux aux mineurs de la Couronne de Roses; et James Watt, en leur prêtant une de ses machines à vapeur, les aurait certainement bien défendus contre les inondations suscitées par les kobolds. — Comme tous les anciens peuples , les Scandinaves croyaient volontiers à l'existence de démons tutélaires, et les Islandais leur avaient voué une reconnaissance particulière pour avoir fait avorter les noirs desseins du roi Harold- Germson. Ce roi de Norwège, dit la Saga, désirant connaître la situation intérieure de File, qu'il avait l'intention de punir, chargea un habile troldman ou magicien de s'y rendre sous la forme qu'il voudrait prendre. Pour mieux se déguiser, le troldman se changea en baleine et nagea jusqu'à l'île; mais les rochers et les montagnes étaient couverts de Indwaiturs ou génies propices qui faisaient bon: e garde. Sans en avoir peur, l'espion d'Harold nagea vers le golfe de Vapna, et essaya de débarquer; mais un énorme dragon déroula les longs anneaux de sa queue sur les rochers, et, suivi d'une armée innombrable de serpents, descendit dans le détroit, arrosant la baleine d'une Irombe de venin. La baleine ne put leur résisler, et nagea à l'ouest vers la baie d'Ove ; mais là elle Irouva un immense oiseau qui étendit ses ailes comme un rideau sur le rivage, et l'armée des esprits s'abattit à ses côtés sous la même forme. Le troldman voulut alors pénétrer par Mridaford , au sud. Un taureau

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vint à sa rencontre et se précipita dans les flots, escorté d'un troupeau qui mugit autour de son chef d'une manière épouvantable. Cette nouvelle rencontre ne découragea pas l'ennemi, qui se dirigea vers Urekarskinda ; mais là, un géant se présenta, un géant dont la tète dépassait le sommet de la plus haute montagne , un géant armé d'une massue de fer, et accompagné d'une troupe de géants de la même taille. — Cette tradition est remarquable parce qu'elle nous fait voir que les Scandinaves classaient leurs esprits élémentaires d'après la doctrine cabalistique de Paracelse. La terre envoie ses génies sous la forme de géants : les sylphes apparaissent en oiseaux; le taureau est le type de l'eau; le dragon procède de la sphère du feu. — Le mont Hécla fait partie, en quelque sorte, de la mythologie des Skaldes. Les hommes du nord furent convertis peu de temps après qu'ils eurent fait connaissance avec ses terreurs, et, lorsqu'ils devinrent chrétiens, ils en firent la bouche de l'enfer. L'Hécla ne pouvait manquer surtout d'être le refuge des esprits de feu que la tradition avait probablement connus en Scandinavie et à Asgard.

Leur grand ennemi était Luridan. On lit dans le livre de Vanagastus, le Norwégien , que Luridan , l'esprit de l'air « voyage par ordre du magicien en Laponie, en Finlande, en Skrikfinlande et jusqu'à la mer Glaciale. — C'est sa nature d'être toujours en opposition avec le feu et de faire une guerre continuelle aux esprits du mont Hécla. Dans cette guerre à mort, les deux partis se déchirent l'un l'autre, heurtant leurs bataillons à travers les airs. Luridan cherche à livrer le combat audessus de l'Océan où les blessés de l'armée contraire tombent sans ressource; mais si l'action a lieu sur la montagne , l'avantage est souvent aux esprits du feu , et l'on entend de grandes lamentations en Islande, en Russie, en Norwège, » etc. — Parmi les démons inférieurs de la sphère du feu , nous ne saurions oublier le follet appelé vulgairement en Angleterre Jack ivith ihe lantern, Jack à la lanterne , et que Milton nomme aussi le moine des marais. Selon la chronique de l'abbaye de Corweg, ce moine en séduisit un autre, frère Sébastien, qui, revenant de prêcher la fête de saint Jean , se laissa conduire à travers champs par la fatale lanterne jusqu'au bord d'un précipice où il périt. C'était en l'année '103i, et nous ne saurions vérifier le l'ait. — Les paysans allemands regardent ce diable de feu comme très irritable, et pourtant ils ont quelquefois la malice de lui chanter un couplet qui le met en fureur. — Il n'y a pas

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trente ans qu'une fille du village de Lorsch eut l'imprudence de chanter ce refrain au moment où le follet dansait sur une prairie marécageuse : aussitôt il poursuivit la chanteuse; celle-ci se mit à courir de toute la vitesse de ses jambes , et se croyait déjà sauvée en apercevant sa maison, mais à peine franchissait-elle le seuil , que Jack à la lanterne le franchit aussi , et frappa si violemment de ses ailes tous ceux qui étaient présents, qu'ils en furent éblouis. Quant à la pauvre fille, elle en perdit la vue; et elle ne chanta plus que sur le banc de sa porte, lorsqu'on lui assurait que le ciel était pur. — Il ne faut pas être un très-fort chimiste pour deviner la nature de ce démon électrique ; mais on peut le classer avec les démons du feu qui dénoncent les trésors cachés par les flammes livides qu'ils font exhaler de la terre et avec ceux qui parcourent les cimetières par un temps d'orage. Maintes fois, autour des sources sulfureuses où les petites-maîtresses vont chaque année réconforter leurs poitrines délicates, le montagnard des Pyrénées voit voltiger des gobelins de la même famille : ils agitent leurs aigrettes bleuâtres pendant la nuit , et font même entendre de légères détonations. Enfin, le plus terrible de ces démons est celui qui fond son essence vivante dans les liqueurs fermentées, qui s'introduit sous cette forme liquide dans les veines d'un buveur, et y allume, à la longue , un incendie qui le dévore en fournissant aux médecins un exemple de plus de ce qu'ils appellent scientifiquement une combustion spontanée. — L'origine du nom de Woden ou Odin se révèle par la racine étymologique de l'anglo-saxon Woodin , qui signifie le féroce ou le furieux. Aussi l'appelle-t-on dans le nord le chasseur féroce et en Allemagne Groden's heer ou Woderis heer. Woden , dans le duché de Brunswick, se retrouve encore sous le nom du chasseur Hakelberg, chevalier pervers qui renonça à sa part des joies du paradis, pourvu qu'il lui fût permis de chasser toute sa vie en ce monde : le diable lui promit qu'il chasserait jusqu'au jour du jugement dernier. On montre son tombeau dans la forêt d'Usslar : c'est une énorme pierre brute, un de ces vieux monuments appelés vulgairement pierres druidiques; nouvelle circonstance qui servirait encore à confirmer l'alliance des traditions populaires avec l'ancienne religion du pays. Selon les paysans, cette pierre est gardée par les chiens de l'enfer, qui y restent sans cesse accroupis. En L'an 1558 , Hans Kirchof eut le malheur de la rencontrer par hasard ; car il faut dire que personne ne la trouve en se

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