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rendant exprès dans la forêt avec l'intention de la chercher. Hans raconte qu'à son extrême surprise, il ne vit pas les chiens, quoiqu'il avoue que se-; cheveux se dressèrent sur sa tête lorsqu'il aperçut le mystérieux mausolée de ce chasseur félon. — Le silence règne autour de la pierre de la forêt d'Usslar; mais l'esprit agité du chevalier Hakelberg, ou du démon qui a pris ce nom , est aujourd'hui tout puissant dans le voisinage d'Oden-Wald, ou forêt d'Odin, au milieu des ruines du manoir de Rodenstein. Son apparition est un pronostic de guerre. C'est à minuit qu'il sort de la tour gardée par son armée : les trompettent sonnent, les tambours battent; on distingue les paroles de commandement adressées par le chef à ses soldats fantastiques; et, si le vent souffle, on entend le frôlement des bannières ; mais, dès que la paix doit se conclure , Rodenstein retourne aux ruines de son château, sans bruit, ou à pas mesurés, et aux sons d'une musique harmonieuse. Rodenstein peut être évoqué si on veut lui parler. H y a quelques années, un garde forestier passait près de la tour à minuit; il venait d'une orgie et avait une dose plus qu'ordinaire d'intrépidité : Rodenstein ziche heraus! s'écria-t-il ; Rodenstein parut avec son armée . hélas ! telle fut la violence du choc dans l'air, que le garde tomba par terre comme si un coup de vent l'avait frappé : il se releva plein d'effroi et n'osa plus répéter : Rodenstein ziche heraus. — La mythologie Scandinave donne le pouvoir de la mort à Hela, qui gouverne les neuf mondes de Nifleheim. Ce nom signifie mystère, secret, abîme. Selon la croyance populaire des paysans de l'antique Cimbrie, Hela répand au loin la peste et laisse tomber tous les fléaux de ses terribles mains en voyageant, la nuit, sur ie cheval à trois pieds de l'er.fer (Helhesi). Hela et les loups de la guerre ont long-temps exercé leur empire en Normandie. Cependant, lorsque les hommes du Nord, de Hastings, devinrent les Normands de Rollon , il semblent avoir perdu le souvenir de leurs vieilles superstitions aussi rapidement que celui de leur langue maternelle. DHela naquit Hellequin , nom dans lequel il est facile de reconnaître Hela-Kïon • la race d'Hela déguisée sous l'orthographe romaine. Ce fut le fils d'Hela que Richard sans Peur, fils de Robert le Diable, duc de Normandie, rencontra chassant dans la forêt. Le roman raconte qu'Hellequin était un cavalier qui avait dépensé toute sa fortune dans les guerres de Charles Martel contre les Sarrasins païens. La guerre finie, Hellequin et ses fils, n'ayant plus de quoi soutenir leur
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rang, se jetèrent dans de mauvaises voies. Devenus de vrais bandits , ils n'épargnaient rien; leurs victimes demandèrent vengeance au ciel, et leurs cris furent entendus. Hellequin tomba malade et mourut-, ses péchés l'avaient mis en danger de damnation éternelle : heureusement ?es mérites , comme champion de la foi contre les païens, lui servirent. Son bon ange plaida pour lui ; et obtint qu'en punition de ses derniers crimes, la famille d'Hellequin errerait après sa mort, gémissante et malheureuse, tantôt dans une forêt, tantôt dans une autre, n'ayant d'autres distractions que la chasse au sanglier, mais souvent poursuivie elle-même par une meule d'enfer. — Ce n'était pas seulement en Normandie qu'apparaissait autrefois le mystérieux chasseur. En Tannée 4 598, Henri IV chassait dans la forêt de Fontainebleau : tout à coup il entendit les jappements d'une meute et le son du corà une distance de demi-lieue : presque au même instant le même bruit retentit à quelques pas de lui. Henri ordonna au comte de Soissons d'aller à la découverte ; le comte de Soissons obéit en tremblant , ne pouvant s'empêcher de reconnaître qu'il se passait dans l'air quelque chose de surnaturel : quand il revint auprès de son maître : « Sire, lui dit-il, je n'ai rien pu voir, mais j'entends, comme vous, la voix des chiens et le son du cor. » — « Ce n'est donc qu'une illusion! » dit le roi. Mais alors une sombre figure se montra à travers les arbres et cria au Béarnais : « Vous voulez me voir, me voici ! » Cette histoire est remarquable pour plusieurs raisons : Mathieu la rapporte dans son Histoire de France et des choses mémorables advenues pendant sept années de paix du règne de Henri IV, ouvrage publié du temps de ce monarque à qui il est dédié. Le Père Mathieu était connu personnellement de Henri IV, qui lui donna lui-même plusieurs renseignements sur sa vie. On a supposé que ce spectre était un assassin déguisé , et que le poignard de Ravaillac aurait été devancé par l'inconnu de Fontainebleau, si le roi avait fait un pas de plus du côté de l'apparition. Quel que soit le secret de cette histoire, il estclair que Henri IV ne la fit nullement démentir. « Il ne manque pas de gens, dit Mathieu, qui auraient volontiers relégué cette aventure avec les fables de Merlin et d'Urgande, si la vérité n'avait été certifiée par tant de témoins oculaires et auriculaires. Les bergers du voisinage prétendent que c'est un démon qu'ils appellent le grand veneur, et qui chasse dans cette forêt; mais on croit aussi que ce pouvait bien être la chasse de Saint-Hubert, prodige qui a lieu dans d'autres provinces. » Démon, esprit, ou
tout ce qu'on voudra , il fut réellement aperçu par Henri IV, non loin de la ville et dans un carrefour qui a conservé la désignation de « la croix du Grand Veneur! » A côté de cette anecdote , nous rappellerons seulement l'apparition semblable qui avait frappé de terreur le roi Charles VI, et qui le priva même de sa raison. — Dans les siècles de la chevalerie , une immortalité romanesque fut souvent décernée aux hommes supérieurs, par la reconnaissance ou l'admiration populaire. Ceux qui avaient vu leur chef ou leur roi dans sa gloire, après une bataille où sa bravoure le distinguait encore plus que sa couronne , ne pouvaient se faire à l'idée de le voir mourir comme le dernier de ses soldats. Le rêve d'un serviteur fidèle et la fiction d'un poète , d'accord avec la pompe des funérailles, avec l'intérêt d'une famille, avec la crédulité du peuple, tout concourait à prolonger au delà de la tombe l'influence du héros. — Peu à peu les honneurs rendus à sa cendre devenaient le culte d'un demi-dieu qui ne pouvait être sujet à la mort. Achille reçut des Grecs cette apothéose : de même les Bretons attendirent long-temps le réveil d'Arthur assoupi à Avalon; et, presque de nos jours, les Portugais se flattaient de l'espoir que le roi Sébastien reviendrait réclamer son royaume usurpé. C'est ainsi que les trois fondateurs de la confédération helvétique dorment dans une caverne près du lac de Lucerne. Lesbergers les appellent les trois Tell , et disent qu'ils reposent là , revêtus de leur costume antique ; si l'heure du danger de la Suisse sonnait , on les verrait debout , toujours prêts à combattre encore pour reconquérir sa liberté. Frédéric Barberousse a obtenu la même illustration; lorsqu'il mourut dans la Pouille, dernier souverain de la dynastie de Souabe, l'Allemagne se montra si incrédule à sa mort, que cinq imposteurs, qui prirent successivement son nom , virent accourir autour de leur bannière tous ceux qui avaient applaudi au règne de Rodolphe de Hapsbourg. Les faux Frédéric furent successivement démasqués et punis; cependant le peuple s'obstinait à croire que Frédéric vivait, et répétait qu'il avait prudemment abdiqué la couronne impériale. C'est un sage, disait-on; il sait lire dans les astres : il voyage dans les pays lointains avec ses astrologues et ses fidèles compagnons, pour éviter les malheurs qui l'auraient accablé s'il fut resté sur le trône; quand les temps seront favorables , nous le verrons reparaître plus fort et plus redoutable que jamais. On citait à l'appui de cette supposition des prophéties obscures, qui annonçaient que Frédéric était destiné à réunir l'Orient à l'Oc-
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cidenl; ces prophéties prétendent que les Turcs et les païens seront défaits par lui dans une bataille sanglante, près de Cologne, et qu'il ira reconquérir la Terre Sainte. Jusqu'au jour fixé par le destin, le grand empereur s'est retiré dans le château de Kiffhaûsen, au milieu de la forêt d'Hercynie ; c'est là qu'il vit à peu près de la vie des habitants de la caverne de Montésinos, telle que Cervantès nous l'a décrite. Il dort sur son trône ; sa barbe rousse a poussé à travers la table de marbre sur laquelle s'appuie son bras droit, ou, selon une autre version, ses poils touffus ont enveloppé la pierre comme l'acanthe enveloppe un chapiteau de colonne. — On trouve en Danemarck une variante de la même fiction , arrangée d'après la localité , où il est dit que Holger Dansvre, dont les romans français ont fait Ogier le Danois, est endormi sous les voûtes sépulcrales du château de Croncnbourg. Quelqu'un avait promis à un paysan une forte somme s'il osait descendre dans le caveau et y rendre visite au héros assoupi. Le paysan se laissa tenter; au bruit de ses pas, Ogier, à demi renversé , lui demanda la main ; le paysan présenta à Ogier une barre de fer. Ogier la saisit et y laissa l'empreinte de ses doigts. « C'est bien! » ajouta-t-il, croyant avoir pressé le poignet de l'étranger et éprouvé sa force : « C'est bien , il y a encore des hommes en Danemarck. » Cela dit, Ogier retomba dans son sommeil. — Frédéric Barberousse aime la musique et il l'écoute volontiers. Il y a quelques années qu'une troupe de musiciens ambulants crut faire une bonne œuvre en donnant une sérénade au vieil empereur : se plaçant donc sur son rocher tumulaire, ils se mirent à exécuter un air de chasse au moment où l'horloge de l'église de Tilleda sonnait minuit. A la seconde aubade, on vit des lumières autour du rocher, élincelant à travers les feuilles du taillis et illuminant les troncs gigantesques des chênes. Bientôt après, la fille de l'empereur s'avança gracieusement vers les musiciens ; elle leur fit signe de la suivre, la roche s'ouvrit et les artistes entrèrent dans la caverne en continuant leur concert. On les reçut à merveille dans la chambre impériale, où ils jouèrent jusqu'au matin. Frédéric leur adressa un sourire plein de douceur, et sa fille leur offrit à chacun une branche verte. Le cadeau était un peu trop champêtre pour des artistes modernes, qui n'avaient peut-être pas entendu dire que les vainqueurs des jeux olympiques ne recevaient d'autre récompense qu'une couronne de laurier. Mais, tout en trouvant qu'on payait mal la bonne musique chez le défunt monarque, leur respect
81 — TRA pour sa sépulcrale majesté les empêcha de refuser. Ils s'en allèrent sans murmurer, et quand ils se virent de nouveau en plein air, tous, à l'exception d'un seul, jetèrent dédaigneusement les rameaux qui leur avaient été si gracieusement donnés par la fille de l'empereur. Le musicien qui conserva son rameau ne l'emportait chez lui que comme un souvenir de cette aventure; mais, lorsqu'il fut près de sa maison, il lui sembla que la branche devenait plus lourde dans sa main : il regarde, et voit chaque feuille briller d'un éclat métallique Chaque feuille était changée en un
ducat d'or. Ses compagnons, ayant appris sa bonne fortune , coururent aux rochers où ils
avaient jeté leurs rameaux Hélas! il était
trop tard; ils ne les trouvèrent plus, et s'en revinrent honteux de leur dédain pour la munificence impériale. — Les paysans normands croient qu'il existe une fleur qu'on appelle Yherbe maudite : celui qui marche dessus ne cesse de tourner dans un même cercle, et il s'imagine qu'il continue son chemin sans avancer d'un pas au delà du lieu où l'herbe magique Fa enchaîné. Nous avons sans doute marché nous-même sur cette herbe en commençant cet article ; car nous pensions avoir dit adieu aux gobelins, et nous voilà encore avec eux. L'empereur Frédéric, avec ses branches aux feuilles d'or, n'est, selon quelquesuns, que le démon gardien d'un de ces trésors du moyen âge dont la recherche devenait un métier pour certains charlatans de cette époque, prototypes du Dousterswivel de l'illustre romancier d'Écosse. Ces adeptes faisaient surtout des merveilles dans les pays de mines, où ils ont encore des successeurs. Chacun d'eux avait sa manière d'opérer : c'était d'abord le théurgiste qui priait et jeùnaitjusqu'à ce que l'inspiration lui vint. — A côté de lui venait le magicien de la nature. Le seul talisman dont il armait sa main était une baguette de coudrier, qui lui révélait , par une sorte d'attraction magnétique, tantôt les sources d'eau vive1, tantôt les métaux ensevelis
1 La baguette divinatoire n'est plus employée à la découverte des trésors; mais on dit que, dans les mains de certaines personnes, elle peut indiquer les sources d'eau vive. Tl y a cinquante ans environ que lady Newark se trouvait en Provence dans un château dont le propriétaire, ayant besoin d'une source pour l'usage de sa maison, envoya chercher un paysan qui promettait d'en faire jaillir une avec une branche de coudrier; lady Newark rit beaucoup de l'idée de son hôte et de l'assurance du paysan; mais, non moins curieuse qu'incrédule, elle voulut du moins assister à l'expérience, ainsi que d'autres voyageurs anglais tout aussi philosophes qu'elle. Le paysan i;ese déconcerta pas des sourires moqueurs de ces étrangers; il se mit en marche suivi de toute la société, puis tout à coup s'arrêtant, il déclara qu'on pouvait creuser la terre. On le fit; la source promise sortit, et elle coule encore. Cet homme était un vrai paysan, sans éducation : il ne pouvait
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sous les couches épaisses de la terre pions ! s'écriait l'élève de Cornélius Agrippa ; toute la science est dans ce livre du grand philosophe : heureux qui sait y lire pour apprendre à charmer le miroir dont la glace miraculeuse vous montre, sous les climats les plus lointains, les personnes que la mer et les déserts séparent de vous. Venez , vous qui osez y fixer les yeux : ce miroir magique a été enterré trois jours sous un gibet où pendait un voleur; et j'ai ouvert, les tombeaux pour présenter son cristal à la face d'un mort, qui s'est agité convulsivement! » — Si vous alliez consulter le cabaliste espagnol ou italien, il vous recevait paré de son costume, qui n'existe plus que dans les mascarades de notre carnaval : une ceinture particulière lui ceignait les reins; vous ne compreniez rien à ses telesmes et à ses pentacles. Il s'aidait aussi des idoles constellées, dont l'anecdote suivante
vous révélera la merveilleuse action.
cabaliste savait que, s'il pouvait se procurer un certain métal , qui était peut-être le platine, et profiter de l'aspect favorable des planètes pour en faire la figure d'un homme ;ivec des ailes, cette figure lui découvrirait tous les trésors cachés. Après bien des recherches, il est assez heureux pour trouver le talisman, et il le confie à un ouvrier qui, peu à peu, le convertit en la forme astrale , ne travaillant avec ses outils que les jours que lui indique le maître, qui consultait avec soin pour cela les tables alfonsines. Or , il arriva que l'ouvrier, étant laissé seul avec la statue presque achevée, eut la bonne inspiration de lui donner la dernière main dans un moment où tou-
expliquer quelle était la vertu dont il était doué, ni celle du talisman; mais il assurait modestement n'être pas le seul à qui la nalure avait donné le pouvoir de s'en servir. Les Anglais présents essayèrent sans succès. Quand vint le tour de lady Newark, elle fut bien surprise de se trouver tout aussi sorcière que le paysan provençal. A son retour en Angleterre, elle n'osa faire usage de la baguette divinatoire qu'en secret, de peur d'être tournée en ridicule. Mais en 1803, lorsque le docteur Hulton publia les Recherches d'Ozanam, où ce prodige est traité d'absurdité (tom. IV. p. 260i, lady Newark lui écrivit une lettre signée X. Y. Z., pour lui raconter les faits qui étaient à sa connaissance. Le docteur répondit, demandant de nouveaux renseignements à son correspondant anonyme. Lady Newark le satisfit, et alors le docteur désira être mis en rapport direct avec elle. Lady Newark alla le voir àWooIwich, et, sous ses yeux, elle découvrit une source d'eau dans un terrain où il faisait construire sa résidence d'été. C'est ce même terrain que le docteur Hu'ton a vendu depuis au collège de Woolwich. avec un bénéfice considérable à cause de la source. Le docteur ne put résister à l'évidence lorsqu'il vit, à l'approche de l'eau, la bagu< tte s'animer tout à coup pour ainsi dire, s'agiter, se ployer, et même se briser dans les doigts de lady Newark. On cite encore en Angleterre sir Charles H. et miss Fenwich comme étant doués de la même faculté que lady Newark, et à un degré plus élevé encore. Cette faculté inexplicable est tout k l'ait indépendante de la volition; elle a r.m; grande ana'ogie avec celle qui distingue les Zahories espagnols; mais ceux-ci ne te servent pas de la baguette de coudrier.
— /i82 — TUA Illu- tes les constellations étaient d'accord pour la douer de ses propriétés magiques. En effet, à peine avait-elle reçu le dernier coup de marteau, que l'image s'échappe de l'enclume et saute sur le plancher de l'atelier. Aucun effort ne put l'en arracher ; mais l'orfèvre, devinant la nature de l'influence attractive, creusa sous la statue et découvrit un vase rempli d'or qui avait é.'é caché là par quelque ancien propriétaire de la maison. Il est facile de deviner le bonheur de l'artiste : « Me voici donc maître de tous les trésors de la terre, s'écriat-il; mais hâtons-nous avant que le cabaliste ne vienne réclamer sa statue. » Résolu de s'approprier le talisman , l'orfèvre l'emporte et s'embarque sur un navire qui mettait justement à la voile. Le vent était favorable, et en peu de temps on fut en pleine mer Tout à coup, le navire ayant passé sur un abîme où quelque riche trésor avait été perdu par l'effet d'un naufrage, le talisman obéit à son irrésistible influence, et se précipita de luimême dans les vagues, au grand désappointement de l'orfèvre. — Ce n'est pas la seule légende qui porte avec elle sa moralité. L'avarcie humaine nous y est représentée courant après l'or et le demandant à l'enfer comme au ciel : son vœu est-il exaucé , c'est au prix d'une malédiction qui en corrompt la jouissance ; mais plus souvent la destinée la tourmente, comme Tantale, par une continuelle déception. Voy. Colonne du Diahle , Muraille du Diable, Pont du Diable, Tour, etc.
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Trajan, — empereur romain qui, selon Dion-Cassius, se trouvant à Antioche lors de ce terrible tremblement de terre qui renversa presque toute la ville, fut sauvé par un démon , lequel se présenta subitement devant lui, le prit entre ses bras, sortit avec lui patune fenêtre et l'emporta hors de la ville.
Transmigration des âmes. — Plusieurs anciens philosophes, comme Empédocle, Pythagore et Platon , ava.ent imaginé que les âmes après la mort passaient du corps qu'elles venaient de quitter dans un autre corps, afin d'y être purifiées avant de parvenir à l'état de béatitude. Les uns pensaient que ce passage se faisait seulement d'un corps humain dans un autre de même espèce. D'autres soutenaient que certaines âmes entraient dans le corps d'un animal ou dans celui d'une plante. Cette transmigration était nommée par les Grecs métempsycose et metensomalose. C'est encore aujourd'hui un des principaux articles de la croyance des Indiens. — Ce dogme absurde leur fait considérer les maux de cette vie. non comme une éprouve utile à la vertu.
tuais comme la punition des crimes commis dans un autre corps; n'ayant aucun souvenir de ces crimes, leur croyance ne peut servir à leur en faire éviter aucun. Elle leur inspire de l'horreur pour la caste des parias, parce qu'ils supposent que ce sont des hommes qui ont commis des crimes affreux dans une vie précédente. Elle leur donne plus de charité pour les animaux môme nuisibles que pour les hommes, et une aversion invincible pour les Européens, parce qu'ils tuent les animaux. Enfin, la multitude des transmigrations leur fait envisager les récompenses de la vertu dans un si grand éloignement, qu'ils n'ont plus le courage de les mériter1.
Trasulle. — Tibère, étant à Rhodes, voulut satisfaire sa curiosité relativement à l'astrologie judiciaire. Il fit venir l'un après l'autre tous ceux qui se mêlaient de prédire l'avenir, sur une terrasse élevée de sa maison au bord de la mer. Un de ses affranchis, d'une taille haute et d'une force extraordinaire, les lui amenait à travers les précipices. Si Tibère reconnaissait que l'astrologue n'était qu'un fourbe, l'affranchi ne manquait pas, à un signal convenu , de le précipiter dans la mer. — I! y avait alors à Rhodes un certain Trasulle, homme habile clans l'astrologie et d'un esprit adroit. Il fut conduit comme les autres à ce lieu écarté, assura Tibère qu'il serait empereur et lui prédit beaucoup de choses futures. Tibère lui demanda ensuite s'il connaissait ses propres destinées et s'il avait tiré son propre horoscope. Trasulle, qui avait eu quelques soupçons en ne voyant revenir aucun de ses confrères , et qui sentit redoubler ses craintes en considérant le visage de Tibère , l'homme qui l'avait amené et qui ne le quittait point, le lieu élevé où il se trouvait, le précipice qui était à ses pieds, regarda le ciel comme pour lire dans les astres; bientôt il s'étonna, pâlit, et s'écria épouvanté qu'il était menacé d'une mort inslante. Tibère, ravi d'admiration, attribua à l'astrologie ce qui n'était que de la présence d'esprit et de l'adresse, rassura Trasulle en l'embrassant, et le regarda depuis comme un oracle.
Trèfle à quatre feuilles. — Herbe qui
croît sous les gibets arrosée du sang des pendus; un joueur qui la cueille après minuit le premier jour de la lune, et la porte sur soi avec révérence, est sûr de gagner à tous les jeux.
Treize. — Nos anciens regardaient le nombre treize comme un nombre fatal, ayant re-
1 Bergier, Dictionn. de théologie.
; — tri
marqué que de treize personnes réunies à la même table, il en meurt une dans l'année; ce qui n'arrive jamais quand on est quatorze.
Tremblements de terre. — Les Indiens des
montagnes des Andes croient, quand la terre tremble, que Dieu quitte le ciel pour passer tous les mortels en revue. Dans celte persuasion , à peine sentent-ils la secousse la plus légère, qu'ils sortent tous de leurs huttes, courent, sautent, et frappent du pied en s'ccriant : Nous voici ! nous voici1! — Certains docteurs musulmans prétendent que la terre est portée sur les cornes d'un grand bœuf; quand il baisse la tête, disent-ils, il cause des tremblements de terre2. Les lamas de Tartarie croient que Dieu, après avoir formé la terre , l'a posée sur le dos d'une immense grenouille jaune, et que toutes les fois que cet animal prodigieux secoue la tête ou allonge les pattes, il fait trembler la partie de la terre qui est dessus3.
Trésors. — On croit dans l'Écosse qu'il' y a sous les montagnes des trésors souterrains gardés par des géants et des fées; en Bretagne on croit qu'ils sont gardés par un vieillard, par une vieille, par un serpent, par un chien noir ou par de petits démons, hauts d'un pied. Pour se saisir de ces trésors, il faut, après quelques prières , faire un grand trou sans dire un mot. Le tonnerre gronde , l'éclair brille, des charrettes de feu s'élèvent dans les airs, un bruit de chaînes se fait entendre; bientôt on trouve une tonne d'or. Parvient-on à l'élever au bord du trou, un mot qui vous échappe la précipite dans l'abîme à mille pieds de profondeur. — Les Bretons ajoutent qu'au moment où l'on chante l'évangile des Rameaux, les démons sont forcés d'étaler leurs trésors en les déguisant sous des formes de pierres, de charbons, de feuillages. Celui qui peut jeter sur eux des objets consacrés les rend à leur première forme et s'en empare Voy. Argent.
Tribunal secret. — Sur le tribunal secret de Westphalie, qu'on appelle aussi la Cour Vehmique, l'his oire ne nous a conservé que des notions peu satisfaisantes, parce que les francs-juges qui le composaient s'engageaient par un serment terrible à la discrétion la plus absolue, et que ce tribunal était si redouté qu'on osait à peine prononcer son nom. On a fait ce conte absurde sur sjn origine. Charle-
1 Voyages au Pé ou faits en 1791, 1794, par les PP. Manuel Sjbre Viela et Barcelo.
2 Voyage à Constantinople, 1SOO.
3 Voyage de J. Bell d'Antermoni, etc.
4 Cambry, Voyage dans le Finistère, i. II, p. 15.