U — VIK
tous les légendaires s'accordent à dire qu'il était fils d'un vaillant chevalier, aussi habile magicien que redoutable homme de guerre.
— La naissance de Virgile fut annoncée par un tremblement de terre qui ébranla tout dans Rome; et quelques-uns l'expliquent en disant que le chevalier dont il était fils n'était autre chose qu'un démon incube; tels furent le père de l'enchanteur Merlin et le père de Robertle-Diable. — Comme le petit enfant se montra, dès ses plus tendres années, subtil et ingénieux, ses parents l'envoyèrent à l'école, où il apprit toutes les sciences alors connues. Quand il fut devenu grand , un jour qu'il se promenait seul à l'écart, songeant à sa mère devenue veuve (car le chevalier de qui il tenait le jour avait disparu , sans que l'on sût où il était allé) , il entra dans une grotte profonde , creusée au pied d'un vieux rocher. Malgré l'obscurité complète, il s'avança jusqu'au fond. Il entendit une voix qui l'appelait; il regarda autour de lui; et, dans les ténèbres qui l'entouraient, il ne vit rien. Mais la voix, se faisant entendre de nouveau, lui dit : « Ne voistu pas devant toi cette pierre qui bouche une étroite ouverture? » — Virgile la heurta du pied et répondit : « Je crois la voir en effet.
— Ote-la, reprit la voix , et laisse-moi -sortir. -- Mais qui es-tu, toi qui me parles ainsi? — Je suis le diable, qu'une main puissante a enfermé ici jusqu'au jugement dernier, à moins qu'un homme vierge ne me délivre. Si tu me tires d'ici, comme tu le peux, je t'apprendrai la magie; tu seras maître de toutes les richesses de la terre , et nul être ne sera aussi puissant que toi. — Apprends-moi d'abord la magie et le secret de tous les livres occultes, dit l'écolier ; après cela, j'ôterai la pierre. »
— Le diable s'exécuta de bonne grâce. En moins d'une heure, Virgile devint le plus savant homme du monde et le plus habile magicien. Quand il sut tout ce qu'il voulait, il poussa la pierre avec son pied; et, par l'ouverture qui n'était pas plus large que les deux mains, il sortit, dans une fumée blanche un très-gros homme qui à l'instant se mit debout.
— Le jeune adepte ne comprit pas d'abord qu'un corps si énorme eût pu passer par une ouverture si étroite. « Il n'est pas possible, dit-il, que tu aies passé par ce trou. — Cela est vrai cependant, dit le diable. — Tu n'y repasserais pas assurément1. — J'y repasserais le plus aisément du monde. — Je gage que non ! » — Le diable piqué voulut le convaincre. U rentra dans la petite ouverture. Aussitôt Virgile remit la pierre; et le prisonnier eut beau prier, l'écolier s'en alla, le laissant dans son obscur cachot. — En sortant de la ca-
vm — s
verne, Virgile se trouva un tout autre homme. Il apprit par son art magique qu'un courtisan de l'empereur avait dépouillé sa mère de son château , que l'empereur refusait de le lui faire rendre, et qu'elle gémissait dans la misère. Il lui envoya aussitôt quatre mulets chargés d'or, et, n'ayant plus besoin d'étudier, il se mit en route pour Rome. Beaucoup d'écoliers ses amis voulurent le suivre. Il embrassa sa mère qu'il n'avait pas vue depuis douze ans. Il combla de richesses tous ceux de ses parents qui avaient aidé la veuve dépouillée; c'était, selon l'usage, les plus pauvres. — Lorsque vint l'époque où l'empereur distribuait des terres aux citoyens , Virgile se présenta devant lui; l'ayant salué, il lui redemanda le domaine dont sa mère avait été injustement dépossédée. L'empereur, après avoir entendu ses conseillers, dont l'un possédait le château de la veuve, répondit qu'il ne pouvait faire droit à la requête. Virgile se retira en jurant qu'il se vengerait. Le temps des moissons approchait ; par son pouvoir magique, il fit enlever et transporter chez lui et chez ses amis tout ce qui pouvait se recueillir sur les terres qu'on lui avait confisquées. ■ — Ce prodige causa une vive rumeur. On savait la puissance de Virgile ; on le voyait logé en prince dans un vaste et magnifique château, et entouré de tant de serviteurs qu'on eût pu en faire une armée. « C'est le magicien qui a fait cela , dirent les courtisans. — Il faut l'aller combattre, » dit l'empereur. Et, suivi de bonnes troupes, il marcha droit au château de Virgile , se proposant de le détruire et de jeter son maître dans une dure prison. — Dès que Virgile aperçut les bataillons qui venaient l'assiéger, il appela son art à son secours. D'abord il enveloppa son château d'un brouillard si épais et si fétide, que l'empereur et les t ens ne purent avancer plus loin. Ensuite, au moyen de certains miroirs merveilleux, il fascina tellement les yeux des soldats , qu'ils se croyaient tout environnés d'eau agitée et prêts à être engloutis. — L'empereur avait auprès de lui un nécromancien très-habile, et qui passait pour le plus savant homme dans la science des enchantements. On le fit venir. Il prétendit qu'il allait détruire les prestiges de Virgile et l'endormir lui-même. Mais Virgile, qui se cachait à quelques pas dans le brouillard, entendit ces paroles; et à l'instant, par un nouveau charme qui fut très-prompt, il frappa tout le monde d'une immobilité si parfaite, que l'empereur et son magicien lui-même semblaient changés en statue; « Comment nous tireras-tu de là? » grommela le prince, sans conserver même la