‹ Dictionnaire infernalChapitre 45 sur 368 · I — AL G · texte numérisé non relu

I — AL G

jeun, on tombera infalliblement de cheval dans la journée, pourvu qu'on aille à cheval. Voy. Ornithomancie, Aigle, Corneille, Hibou, Aruspices, etc.

Auguste. — Leloyer rapporte, après quelques anciens, que la mère de l'empereur Auguste, étant enceinte de lui, eut un songe où il lui sembla que ses entrailles étaient portées dans le ciel, ce qui présageait la future grandeur de son fils. Ce nonobstant, d'autres démonographes disent qu'Auguste était enfant du diable. — Les cabalistes n'ont pas manqué de faire de ce diable une Salamandre. Il y a des merveilles dans le destin d'Auguste; etBoguet conte, avec d'autres bons hommes, que cet empereur, étant sur le point de se faire proclamer maître et seigneur de tout le monde, en fut empêché par une vierge qu'il aperçut en l'air tenant en ses bras un enfant — Auguste était superstitieux ; Suétone rapporte 2 que, comme on croyait de son temps que la peau d'un veau marin préservait de la foudre, il était toujours muni d'nne peau de veau marin. Il eut encore la faiblesse de croire qu'un poisson qui sortait hors de la mer, sur le rivage d'Actium, lui présageait le gain d'une bataille. Suétone ajoute qu'ayant ensuite rencontré un ânier il lui demanda le nom de son âne; que l'ânier lui ayant répondu que son âne s'appelait Nicolas, qui signifie vainqueur des peuples, il ne douta plus de la victoire; et que, par la suite, il fit ériger des statues d'airain à l'ânier, à l'âne et au poisson sautant. Il dit même que ces statues furent placées dans le Capitole. — On sait qu'Auguste fut proclamé dieu de son vivant, et qu'il eut des temples et des prêtres.

Augustin (saint),— évèque d'Hippone, l'un des plus illustres pères de l'Église. On lit dans Jacques de Voragines une gracieuse légende sur ce grand saint : un jour qu'il était plongé dans ses méditations, il vit passer devant lui un démon qui portait un livre énorme sur ses épaules, il l'arrêta et lui demanda à voir ce que contenait ce livre. « C'est le registre de tous les péchés des hommes, répond le démon ; je les ramasse où je les trouve, et je les écris à leur place pour savoir plus aisément ce que chacun me doit. — Montrezmoi, dit le pieux évèque d'Hippone, quels péchés j'ai faits depuis ma conversion?... » Le démon ouvrit le livre, et chercha l'article de saint Augustin, où il ne se trouva que cette petite note : « Il a oublié tel jour de dire les complies. » Le prélat ordonna au

1 Discours des sorciers, eli. 7.

3 In Augusto, cap, 90.

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diable de l'attendre un moment; il se rendit à l'église, récita les complies, et revint auprès du démon, à qui il demanda de lire une seconde fois la note. Elle se trouva effacée. — « Ah! vous m'avez joué, s'écria le diable,... maisonne m'y reprendra plus... » En disant ces mots, il s'en alla peu content 4. — Nous avons dit que saint Augustin avait réfuté le petit livre du Démon de Socrate, d'Apulée. On peut lire aussi de ce père le traité de l'antechrist et divers chapitres de la Cité de Dieu, qui ont rapport au genre de merveilles dont nous nous occupons.

Aumône. — Le peuple croit en Angleterre que, pour les voyageurs qui ne veulent pas s'égarer dans leur route , c'est une grande imprudence de passer auprès d'une vieille femme sans lui donner l'aumône, surtout quand elle regarde en face celui dont elle sollicite la pitié 2. — Nous rapporterons sur l'aumône une anecdote qui ne tient pourtant pas aux superstitions. C'est celle de cet excellent père Bridaine, missionnaire toujours pauvre parce qu'il donnait tout. Un jour il alla demander à coucher au curé d'un village, qui n'avait qu'un lit, et qui le lui fit partager. -Le père Bridaine se leva au point du jour, selon son usage, pour aller prier à l'église ; en sortant du presbytère il trouva un pauvre mendiant qui lui demanda l'aumône. « Hélas ! mon ami, je n'ai plus rien, » répondit le bon prêtre en touchant cependant son gousset, où il fut très-étonné de sentir quelque chose, car il n'y avait rien laissé. Il fouille vivement, trouve un petit rouleau de quatre écus, crie miracle, donne le rouleau au mendiant, et va remercier Dieu. Au bout d'un instant le curé arrive : le père Bridaine, dans l'obscurité, avait mis la culotte du curé pour la sienne. Les quatre écus étaient le bien, le seul trésor peut-être du pauvre curé. Mais le mendiant avait disparu, il fallut bien qu'il se consolât de la perte de son argent, et le père Bridaine de la perte de son petit miracle. — Une aventure semblable est attribuée à un bon curé de Bruxelles au dix-septième siècle.

Aupetit (Pierre), — prêtre sorcier, du village de Fossas, paroisse de Paias, près la ville deChalus, en Limousin, exécuté à l'âge de cinquante ans, le 25 mai 1598. — Il ne voulut pas d'abord répondre au juge civil; il en fut référé au parlement de Bordeaux, qui ordonna que le juge laïque connaîtrait de cette affaire, sauf à s'adjoindre un juge d'église.

1 Legenda aurca Jac. de Voragine , aucta à Clauàino à Rota,leg. 119.

» Fieiding, Tom Jomes, liv, xtv, ch. 2,

— AUR L'évèque de Limoges envoya un membre de l'ofïicialité pour assister, avec le vice-sénéchal et le conseiller de Peyrat, à l'audition du sorcier. — Interrogé s'il n'a pas été au sabbat de Menciras, s'il n'y a pas vu Antoine Dumons de Saint-Laurent, chargé de fournir des chandelles pour l'adoration du diable; si lui, Pierre Aupetit, n'a pas tenu le fusil pour les allumer, etc.; il a répondu que non, et qu'il priait Dieu de le garder de sa figure, ce qui signifie, au jugement de Delancre, qu'il était sorcier. — Interrogé s'il ne se servait pas de graisses, et si, après le sabbat, il n'avait pas lu dans un livre pour faire venir une troupe de cochons qui criaient et lui répondaient : « Tiran, tiran, ramassien, ramassien, nous » demandons cercles et cernes pour faire » l'assemblée que nous t'avons promise ; » il a répondu qu'il ne savait ce qu'on lui demandait. — Interrogé s'il ne sait pas embarrer ou désembarrer, et se rendre invisible étant prisonnier, il répond que non. — Interrogé s'il sait dire des messes pour obtenir la guérison des malades, il répond qu'il en sait dire en l'honneur des cinq plaies de notre Seigneur et de monsieur saint Côme. — Pour tirer de lui la vérité, selon les usages d'alors, on l'appliqua à la question. Il avoua qu'il était allé au sabbat; qu'il lisait dans le grimoire; que le diable, en forme de mouton, plus noir que blanc, se faisait baiser le derrière; que Gratoulet, insigne sorcier, lui avait appris le secret d'embarrer, d'étancher et d'arrêter le sang; que son démon, ou esprit familier, s'appelait Belzébut, et qu'il avait reçu en cadeau son petit doigt. Il déclara qu'il avait dit la messe en l'honneur de Belzébut, et qu'il savait embarrer en invoquant le nom du diable, et en mettant un liard dans une aiguillette; il dit, de plus , que le diable parlait en langage vulgaire aux sorciers, et que, quand il voulait envoyer du mal à quelqu'un, il disait ces mots : « Vach, vech, stest, sly, stu! » Il persista jusqu'au supplice dans ces ridicules révélations mêlées d'indécentes grossièretés 4. Pour comprendre ces choses, voy. l'article Sabbat.

Aurore boréale, — espèce de nuée rare, transparente, lumineuse, qui paraît la nuit du côté du nord. On ne saurait croire, dit Saint-Foix, sous combien de formes l'ignorance et la superstition des siècles passés nous ont présenté l'aurore boréale. Elle produisait des visions différentes dans l'esprit des peuples, selon que ces apparitions étaient plus

1 Delancre, Tableau de l'inconstance des mauvais anges, liv, vi, dise. 4.

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