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paud. Boguet, au chapitre 14 de ses Discours des sorciers, le fait produire de l'accouplement du crapaud et du coq, comme le mulet naît d'un âne et d'une jument. — C'est une opinion encore répandue dans les campagnes que les vieux coqs pondent un œuf duquel naît un serpent ; ce petit œuf imparfait n'est, comme on sait, que l'etîet d'une maladie chez les poules, et l'absurdité de ce conte bleu n'a plus besoin d'être démontrée. — Il est possible que les anciens, dans leurs expériences, aient pris des œufs de serpent pour des œufs de coq. Voy. Coq. — Quoi qu'il en soit, on croit que le basilic tue de ses 'regards 1 ; et l'on cite je ne sais quel historien qui raconte qu'Alexandre-le-Grand, ayant mis le siège devant une ville d'Asie, un basilic se déclara pour les assiégés, se campa dans un trou des remparts, et lui tua jusqu'à deux cents soldats par jour. Une batterie de canons bien servie n'eût pas fait mieux. — « Il est vrai, ajoute M. Salgues -, que si le basilic peut nous donner la mort, nous pouvons lui rendre la pareille en lui présentant la surface polie d'un miroir; les vapeurs empoisonnées qu'il lance de ses yeux iront frapper la glace et, par réflexion, lui renverront la mort qu'il voudra donner. C'est Aristote qui nous apprend cette particularité. » — Des savants ont regardé en face le serpent qu'on appelle aujourd'hui basilic, et qui n'a pas les accessoires dont les anciens l'ont embelli, et, malgré tous les vieux contes, ils sont sortis bien portants de cette épreuve. Mois nous le répétons, le reptile au quel les modernes donnent le nom de basilic n'est sans doute pas le basilic des anciens; car il y a des races perdues.
SasUide, — hérétique du deuxième siècle, qui se lit un système en mêlant les principes de Pylhagore et de Simon, les dogmes des chrétiens et les croyances des juifs. Il prétendit que le monde avait été créé par les anges. « Dieu (Abracax), disait-il, produisit l'Intelligence, laquelle produisit le Verbe, qui produisit la Prudence. La Prudence eut deux filles, la Puissance et la Sagesse, lesquelles produisirent les vertus, les princes de l'air et les anges. Les anges étaient de trois cent soixante-cinq ordres; ils créèrent trois cent soixante-cinq cieux ; les anges du dernier ciel firent le monde sublunaire; ils s'en partagèrent l'empire. Celui auquel échurent les Juifs, étant puissant, fit pour eux beaucoup de prodiges ; mais, comme il voulait soumettre les
1 Mathiole demande comment on a su que le basilic tuait par son regard, s'il a tué tous ceux qui l'ont vu ! ;* Des Erreurs et des préjuges, etc., t. I1'1', p. 113.
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autres nations, il y eut des querelles et des guerres, et le mal fit de grands progrès. Dieu, ou l'Être supérieur, touché des misères d'icibas, envoya Jésus, son premier fils, ou la premièreintelligenee créée, poursauver le monde. Il prit la figure d'un homme, fit les miracles qu'on raconte, et, pendant la passion, il donna sa figure à Siméon le Cyrénéen, qui fut crucifié pour lui, pendant que sous les traits de Siméon il se moquait des Juifs ; après quoi il remonta aux cieux sans avoir été précisément connu. » — Basilide, à côté de ce système étrange, enseignait encore la métempsycose, et il donnait aux hommes deux âmes, pour accorder les combats qui s'élèvent sans cesse entre la raison et les passions. 11 était très-habile, ajoute-t-on, dans la cabale des juifs, et c'est lui qui inventa le puissant talisman Abracadabra, dont nous avons parlé, et dont l'usage fut long-temps extrêmement répandu. Il fit un évangile apocryphe et des prophéties qu'il publia sous les noms de Barcabas et de Barcoph. Il plaçait Dieu dans le soleil et révérait prodigieusement les trois cent soixante-cinq révolutions de cet astre autour de la terre. Voy. Abracax.
Basilius. — Il y eut à Rome, du temps de saint Grégoire, un sénateur de bonne et ancienne famille , nommé Basilius, magicien , scélérat et sorcier, lequel, s'étant rendu moine pour éviter la peine de mort, fut enfin brûlé avec son compagnon Prétextatus, comme lui sénateur romain et de maison illustre : « Ce qui montre, dit Delancre *, que la sorcellerie n'est pas une tâche de simple femmelette, rustiques et idiots. »
Bassantin (JACQUES ), — astrologue CCOS-
sais qui, en 4 562, prédit à sir Robert Melvil, si l'on en croit les mémoires de Jacques Melvil, son frère, une partie des événements arrivés depuis à Marie Stuart, alors réfugiée en Angleterre. Il ne fallait que pour cela que quelque connaissance du temps et des hommes. Les autres prédictions de Bassantin ne se réalisèrent pas. Son grand traité d'Astronomie, ou plutôt d'Astrologie, a été publié en françaiseten latin. On cherche l'édition latinede Genève, 1599, que les éditeurs appellent ingens et doctum vohimen. Tous ses ouvrages présentent un mélange d'heureuses observations et d'idées superstitieuses ».
1 Delancre, De l'Inconstance des démons, etc., liv. IV,
2 Astronomia Jacobi Bassantini Scoti, etc. In-fol. Genève, 1599. Paraphrase de l'astrolabe, avec une explication de l'usage do cet instrument. In-S". Paris, 1617. Super mathematica genethliaca ; aritlimetica ; musica secundum Platonera; de mathesi in génère, etc.
BAX — Bateleurs, — faiseurs de tours en plein air, avaleurs de couleuvres et de baguettes, qui passaient autrefois pour sorciers, comme les escamoteurs et même les comédiens.
Bathym, — VOIJ. MARTHYM.
Bâton du diable. — On conserve, dit-on, à Tolentino, dans la marche d'Ancône, un bâton dont on prétend que le diable a fait usage.
Bâton du bon voyageur. — « Cueillez le
lendemain de la Toussaint une forte branche de sureau, que vous aurez soin de ferrer par le bas ; ôtez-en la moeMe ; mettez à la place les yeux d'un jeune loup, la langue et le cœur d'un chien, trois lézards verts et trois cœurs d'hirondelles, le tout réduit en poudre par la chaleur du soleil, entre deux papiers saupoudrés de salpêtre ; placez par-dessus tout cela, dans le cœur du bâton, sept feuilles de verveine cueillies la veille de la Saint- Jean-Baptiste, avec une pierre de diverses couleursqui se trouve dans le nid delà huppe; bouchez ensuite le bout du bâton avec une pomme à votre fantaisie, et soyez assuré que ce bâton vous garantira des brigands, des chiens enragés, des bêtes féroces, des animaux venimeux, des périls, et vous procurera la bienveillance de ceux chez qui vous logerez 1 » — Le lecteur qui dédaigne de tels
secrets ne doit pas oublier qu'ils ont eu grand crédit, et qu'on cherche encore, dans beaucoup de villages, à se procurer le bâton du bon voyageur
Batrachyte, — pierre qui, suivant que l'indique son nom grec, se trouve dans le corps de la grenouille, et qui a, disent les bonnes gens, de grandes vertus contre les poisons et les maléfices.
Batscum-bassa OU Batscum-pacha, — démon turc que l'on invoque en Orient pour avoir du beau temps ou de la pluie. On se le rend favorable en lui offrant des tartines de pain grillé, dont il est très-friand 2.
Baume universel , — élixir composé par les alchimistes : c'est, disent-ils, le remède souverain et infallible de toutes les maladies ; il peut même au besoin ressusciter des morts. Voy. Alchimie.
Bavan (Madeleine) , — sorcière célèbre dans les fastes du sabbat au dix-seplième siècle. Voy. Sabbat.
Baxter, — écrivain anglais qui publia, à la fin du dix-septième siècle, un livre intitulé : Certitude du monde des esprits.
1 Secrets merveilleux du Petit Albert, p. 92. 1 Joannis Cuspiniani, De Turcor. relig.
5 — BAX
Bayard, — cheval des quatre fils Aymon. Il avait la taille d'un cheval ordinaire lorsqu'il ne portait qu'un des frères, et s'allongeait lorsqu'il les fallait porter tous quatre. On conte beaucoup de merveilles sur cette monture célèbre, qui se distinguait surtout par une vitesse incroyable, et qui a laissé la trace d'un de ses pieds dans la forêt de Soigne en Brabant.
Bayemon. — Le grimoire attribué stupidement'au pape Honorius donne ce nom à un roi de l'occident infernal; on le conjure par cette prière : « 0 roi Bayemon, très-fort, qui règnes aux parties occidentales, je t'appelle et invoque au nom de la Divinité; je te commande, en vertu du Très-Haut, de m'envoyer présentement devant ce cercle ( on nomme l'esprit dont on veut se servir Passieî, Rosus, etc. ) et les autres esprits qui te sont sujets, pour répondre à tout ce que je leur demanderai. Si tu ne le fais, je te tourmenterai du glaive du feu divin ; j'augmenterai tes peines et tebrùlerai. Obéis, roi Bayemon 1. »
Bayer. — En 4*26, un curé du diocèse de Constance, nommé Bayer, pourvu de la cure de Rutheim, fut inquiété par un spectre ou mauvais génie qui se montrait sous la forme d'un paysan mal vêtu, de mauvaise mine et très-puant. Il vint frapper à sa porte; étant entré dans son poêle , il lui dit qu'il était envoyé par le prince de Constance, son évêque, pour certaine commission qui se trouva fausse. Il demanda ensuite à manger. On lui servit de la viande, du pain et. du vin. Il prit la viande à deux mains et la dévora avec les os, disant : « Voyez comme je mange la chair et les os ; faites-vous de même 2? » Puis il prit le vase où était le vin , et l'avala d'un trait; il en demanda d'autre qu'il but de même. Après cela, il se retira sans dire adieu; et la servante, qui le conduisait à la porte, lui ayant demandé son nom, il répondit : « Je suis né à Rutsingue, et mon nom est George Raulin ; » ce qui était faux encore. Il passa le reste du jour à se faire voir dans le village, et revint le soir à minuit à la porte du curé en criant d'une voix terrible : « Monsieur Bayer , je vous montrerai qui je suis. » — Pendant trois ans, il revint tous les jours vers quatre heures après midi, et toutes les nuits avant le point du jour. Il paraissait sous diverses formes, tantôt sous la figure d'un chien barbet, tantôt sous celle d'un lion ou d'un autre animal terrible ; quelquefois sous la forme d'un
1 Grimoire du pape Honorius.
Dom Calmet, Traité sur les apparitions, etc., t. II, ch. 48.
BAZ — ;
homme ou sous celle d'une femme , ou bien il faisait dans la maison un fracas semblable à celui d'un tonnelier qui relie des tonneaux ; certainsjours, on aurait dit qu'il voulait renverser le logis par le grand bruit qu'il y causait. Pour avoir des témoins, le curé fit venir le marguillier et d'autres personnes du village. Le spectre répandait partout une odeur insupportable , mais ne s'en allait pas. On eut recours aux exorcismes, qui ne produisirent aucun effet; on résolut de se munir d'une branche bénite le dimanche des Rameaux, et d'une épée aussi bénite, et de s'en servir contre le spectre. On le fit deux fois , et depuis ce temps il ne revint plus. Ces choses, rapportées par Dom Calmet, peuvent s'expliquer par les frayeurs qu'un garnement aura causées au curé, frayeurs qui ont pu lui donner des visions.
Bayer (Jean), — ministre protestant, né à Augsbourg au seizième siècle. On recherche de lui une thèse sur cette question : « Si l'existence des anges peut se démontrer par les seules lumières naturelles 1 ? »
Bayle ( François ), — professeur de médecine à Toulouse, mort en 1709. Nous ne citerons de ses ouvrages que la Relation de l'état de quelques personnes prétendues possédées, faite de l'autorité du parlement de Toulouse, in— 1 2 ; Toulouse, 1682. Il veut prouver que les démoniaques, s'ils ne sont pas des charlatans, sont très-souvent des fous ou des malades.
Bazîne, — célèbre reine des Tongres, qui épousa Childéric et qui fut mère de Clovis. Elle est représentée par les vieux historiens comme une habile magicienne. On sait qu'elle était femme de Bising, roi de Tongres ; que Childéric, chassé de ses états par une révolution et réfugié à la cour de Bising, plut à sa femme ; que, lorsqu'il fut rétabli sur son trône, Bazine quitta tout pour venir le trouver. Childéric l'épousa. Le soir de ses noces, quand elle fut seule avec lui, elle le pria de passer la première nuit dans une curieuse observation. Elle l'envoya à la porte de son palais en lui enjoignant de venir rapporter ce qu'il y aurait vu. — Childéric, connaissant le pouvoir magique de Bazine, s'empressa d'obéir. Il ne fut pas plutôt dehors qu'il vit d'énormes animaux se promener dans la cour; c'étaient des léopards, des licornes, des lions. Étonné de ce spectacle, il vint en rendre compte à son épouse; elle lui dit, du ton d'oracle qu'elle avait pris d'abord, de ne point s'effrayer, et de retourner une seconde fois et même une troi-
1 An Angelornm existentia à solo luminc naturali possit demonstraril In-l». Wittcbergœ, 1658,
i — BÈH
sième fois. II vit à la seconde fois des ours et des loups, et à la troisième des chiens et d'autres petits animaux qui s'entre-déchiraient. — « Les prodiges que vous avez vus, lui dit-elle, sont une image de l'avenir : ils représentent le caractère de toute notre postérité. Les lions et les licornes désignent le fils qui naîtra de nous; les loups et les ours sont ses enfants, princes vigoureux et avides de proie ; et les chiens, c'est le peuple indocile au joug de ses maîtres, soulevé contre ses rois, livré aux passions des grands et malheureuse victime des uns et des autres *. « — Au res'e, on ne pouvait mieux caractériser les rois de cette première race; et si la vision n'est qu'un conte, il est bien imaginé 2.
Béai, — VOIJ. BÉRITH.
Beauvoys de Chauvincourt, — gentilhomme angevin, fit imprimer en 1599 un volume intitulé : Discours de la Lycanthropie ou de la transmutation des hommes en loups.
Bébal, — prince de l'enfer, assez inconnu. Voy. Paymon.
Bèchard, — démon désigné dans les Clavicules de Salomon comme ayant puissance sur les vents et les tempêtes. Il fait grêler, tonner et pleuvoir , au moyen d'un maléfice qu'il compose avec des crapauds fricassés et autres drogues.
Bèchet, — démon que l'on conjure le vendredi. Voy. Conjurations.
Bède (le vénérable) . — né au septième siècle, dans le diocèse de Durham, en Angleterre. Il mourut à soixante-trois ans. On dit qu'il prévit l'heure précise de sa mort. Un instant avant d'expirer, il dictait quelques passages qu'il voulait extraire des œuvres de saint Isidore; le jeune moine qui écrivait le pria de se reposer parce qu'il parlait avec peine : « Non, répondit Bède, prenez une autre plume, et écrivez le plus vite que vous pourrez » Lorsque le jeune homme eut dit : « C'est fait, — Vous avez dit la vérité, » répliqua Bède; et il expira. Peu de temps après sa mort, on dit qu'il se fit voir à un moine nommé Gamèle, à qui il témoigna le désir d'être enterré a Durham auprès de saint Culhbert. On se hâta de le satisfaire, car on avait un grand respect pour sa mémoire.
Bèhémoth , — démon lourd cl stupidc, malgré ses dignités. Sa force est dans ses reins,
1 S'.'lon d'autres chroniques, elle dit que les lions et les licornes représentaient Clovis, les loups et les ours ses enfants, et les chiens les dernier» rois de la race, qui seraient un jour renversés du trône par les grands et le peuple, dont les petits animaux étaient la figure.
' Dreux du Radier, Tablettes des reines fie Frjmçe
BLk — ses domaines sont la gourmandise et les plaisirs du ventre. Quelques démonomanes disent qu'il est aux enfers sommelier et grand échanson. Bodin croit 1 que Béhémoth n'est autre chose que le Pharaon d'Égypte qui persécuta les Hébreux. Il est parlé de Béhémoth dans Job, comme d'une créature monstrueuse. Des commentateurs prétendent que c'est la baleine, et d'autres que c'est l'éléphant; mais il y eut d'autres monstres dont les races ont disparu. On voit dans le procès d'Urbain Grandier que Béhémoth est bien un démon. Delancre dit qu'on l'a pris pour un animal monstrueux parce qu'il se donne la forme de toutes les grosses bètes. Il a joute que Béhémoth se déguise aussi avec perfection en chien, en renard et en loup. Si Wiérus, notre oracle en ce qui concerne les démons, n'admet pas Béhémoth dans son inventaire de la monarchie infernale, il dit, livre Ier, des Prestiges des démons, chapitre 21, que Béhémoth ou l'éléphant pourrait bien être Satan lui-même , dont on désigne ainsi la vaste puissance. Enfin , parce qu'on lit dans le chapitre 40 de Job que Béhémoth mange du foin comme un bœuf, les rabbins ont fait de lui le bœuf merveilleux réservé pour le festin de leur Messie. Ce bœuf est si énorme, disent-ils, qu'il avale tous les jours le foin de mille montagnes immenses, dont il s'engraisse depuis lecommencement du monde. Il ne quitte jamais ses mille montagnes, où l'herbe qu'il a mangée le jour repousse la nuit pour le lendemain. Ils ajoutent que Dieu tua la femelle de ce bœuf au commencement ; car on ne pouvait laisser multiplier une telle race. Les Juifs se promettent bien de la joie au festin où il fera la pièce de résistance. Ils jurent par leur part du bœuf Béhémoth.
Béhérit , — démon sur lequel on a trèspeu de renseignements, à moins qu'il ne soit le même que Bérith. Voij. ce mot. Il est cité dans la possession de Loudun. Ii avait même promis d'enlever la calotte du sieur commissaire, et de la tenir en l'air à la hauteur de deux piques ; ce qui n'eut pas heu, à sa honte 2.
Bekker (Balthasar) , — docteur en théologie réformée , et ministre à Amsterdam, né en 1634. « Ce Balthasar Bekker, grand ennemi de l'enfer éternel et du diable, et encore plus de la précision , dit Voltaire, fit beaucoup de bruit en son temps par son gros livre du Monde enchanté. » Alors la sorcellerie , les possessions, étaient en vogue dans toute l'Europe , ce qui le détermina à combattre le diable.
1 Démonomanie des sorciers, liv. i, cl). 1.
2 Saint-Albin, Histoire des diables de Loudun.
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« Oa eut beau lui dire, en prose et en vers , qu'il avait tort de l'attaquer, attendu qu'il lui ressemblait beaucoup , étant d'une laideur horrible : rien ne l'arrêta ; il commença par nier absolument le pouvoir de Satan, et s'enhardit jusqu'à soutenir qu'il n'existe pas. « S'il y avait un diable, disait-il, il se vengerait de la guerre que je lui fais. » Les ministres , ses confrères , prirent le parti de Satan et déposèrent Bekker. » Il avait déjà fait l'esprit fort dans de précédents ouvrages. Dans l'un de ses catéchismes, le Mets de carême1, il réduisait les peines de l'enfer au désespoir des damnés, et il en bornait la durée. On l'accusa de socinianisme , et son catéchisme fut condamné par un synode. — L'auteur alla s'établir à Amsterdam, où il publia, à l'occasion de la comète de 1680, des Recherches sur les comètes , imprimées en flamand, in-8° , Leuwarde , 1683. — Il s'efforce de prouver que ces météores ne sont pas des présages de malheurs, et combat les idées superstitieuses que le peuple attache à leur apparition. Cet ouvrage fut reçu sans opposition. Il n'en fut pas de même de son livre De Betooverde wereld (le monde ensorcelé), imprimé plusieurs fois, et traduit en français sous ce titre : « Le Monde enchanté, ou examen des communs sentiments touchant les esprits, leur nature, leur pouvoir, leur administration et leurs opérations, et touchant les effets que les hommes sont capables de produire par leur communication et leur vertu ; divisé en quatre livres ; » 4 forts volumes petit in-12, avec le portrait de l'auteur2, Amsterdam, 1 694. — L'auteur, dans cet ouvrage, qui lui fit perdre sa place de ministre 3, cherche à prouver qu'il n'y a jamais
1 II publia deux espèces de catéchisme en langue hollandaise, Vaste spize | le Mets de carême ), et Gesneden brood (le Pain coupé).
2 Bekker était si laid, que La Monnoye fit sur lui cette épigramme :
Oui, par toi, de Satan la puissance est bridée ; Mais tu n'as cependant pas encore assez fait : Pour nous ôter du diable entièrement l'idée, Bekker, supprime ton portrait.
3 Pendant que les ministres d'Amsterdam prenaient le parti du diable, un ami de l'auteur le défendit dans un ouvrage intitulé : Le Diable triomphant, parlant sur le mont Parnasse ; mais le synode, qui avait déposé Bekker, ne révoqua pas sa sentence. On écrivit contre lui une multitude de libelles. Benjamin Binet l'a réfuté dans un volume intitulé : Traité historique des dieux du paganisme, avec des remarques critiques sur le système de Balthasar Bekker. Delft, 1696. In-12. Ce volume se joint ordinairement aux quatre de Bekker; il a aussi été imprimé sous le titre d'Idée générale de la théologie païenne, servant de réfutation au système de Balthasar Bekker, etc. Amsterdam et Trévoux, 1699. Les autres réfutations du Monde enchanté sont : Melchioris Leydekkeri dissertatio de vulgato miper Bekkeri volumine, etc. In-S". Ultrajecti, 1693. Bievis meditatio academica de spirituum actionibus in homines spiritualibus, cujus doctrinœ usus contra Bekkerum et alios fanaticos exhibitur a J. Zipcllio. In-8°. Francorfurti, 1701, etc.
eu ni possédés ni sorciers; que tout ce qu'on dit des esprits malins n'est que superstitions, etc. Un peu plus tard pourtant, dans une défense de ses opinions , il admit l'existence du diable ; mais il ajouta qu'il le croyait enchaîné dans les enfers et hors d'état de nuire. — Il ne fallait pas poursuivre si sérieusement un livre que sa prolixité seule devait rendre inlisible. « Il y a grande apparence, dit encore Voltaire, qu'on ne le condamna que par le dépit d'avoir perdu son temps à le lire. » — Dans le livre Ier, ou premier volume, qui a quatre cents pages, l'auteur examine les sentiments que les peuples ont eus dans tous les temps et qu'ils ont encore aujourd'hui touchant Dieu et les esprits ; il parle des divinations, de l'art magique, des manichéens et des illusions du diable ; il entre en matière dès le tome second. Ce tome ou livre second a 733 pages énormes. L'auteur traite de la puissance des esprits, de leur influence, des effets qu'ils sont capables de produire. Il prétend qu'il n'y a aucune raison de croire qu'il y ait des démons ou anges, ou vice-dieux; il s'embarrasse cependant avec les anges d'Abraham et de Loth ; il dit que le serpent qui tenta nos premiers parents n'était pas un diable, mais un vrai serpent ; il soutient que la tentation de Notre- Seigneur par le diable est une allégorie, ainsi que le combat du diable avec saint Michel ; que Job ni saint Paul n'ont été tourmentés corporellcment par le diable ; il dit que les possédés sont des malades, que les vrais diables sont les hommes méchants , etc. — Dans le troisième volume, Bekker veut démontrer, dans le même style prolixe, que le commerce avec le diable et les pactes des sorciers sont des idées creuses ; il remarque que les livres saints ne font aucune mention d'actes de société avec le diable, que les devins de l'antiquité étaient des imbéciles sans talent et sans pouvoir. 11 se moque, dans le quatrième volume, de ceux qui croient à la magie, et des juges qui condamr.ent les sorciers.
Bel, — divinité suprême des Chaldéens.
Wiérus dit que c'est un vieux démon dont la voix sonne le creux *. Les peuples qui en firent un dieu contaient qu'au commencement le monde n'était qu'un chaos habité par des monstres; que Bel les tua, arrangea l'univers, se fit couper la tète par un de ses serviteurs, détrempa la terre avec son sang et en forma les animaux et les hommes.
Belaam , — démon donl on ne sait rien sinon qu'en 1632 il entra dans le corps d'une
' De Prnstigiis diem. , lib. i, cap. 5.
des possédées de Loudun, avec Isaacarum et Béhémoth : on le força de déloger *:
Beîbach OU Belbog. — Voy. BelzÉBUTH.
Béléphantès , — astrologue chaldéen qui prédit à Alexandre, selon Diodore de Sicile, que son entrée à Babylone lui serait funeste : ce qui advint , comme chacun sait.
Belette. — Les anciens croyaient que la belette faisait ses petits par la gueule, parce qu'elle les porte souvent entre ses lèvres, comme font les chattes. Plutarque remarque que lesïhébains honoraient la belette, tandis que les autres Grecs regardaient sa rencontre comme un présage funeste. On prétend que sa cendre, appliquée en cataplasme, guérit les migraines et les cataractes ; et le livre des Admirables Secrets d'Albert-le-Grand assure que, si on fait manger à un chien le cœur et la langue d'une belette, il perdra incontinent la voix. Il ajoute imprudemment un secret qu'il dit éprouvé , et qu'il certifie infaillible : c'est qu'un amateur n'a qu'à manger le cœur d'une belette encore palpitant pour prédire les choses à venir 2....
Bélial, — démon adoré des Sidoniens. L'enfer ri'à pas reçu d'esprit plus dissolu , plus crapuleux, plus épris du vice pour le vice même. Si son âme est hideuse et vile, son extérieur est séduisant. Il a le maintien plein de grâce et de dignité. Il eut un culte à Sodome et dans d'autres villes; mais jamais on n osa trop lui ériger des autels. Delancre dit que son nom signifie rebelle ou désobéissant. — Wiérus, dans son inventaire de la monarchie de Satan, lui consacre un grand article. « On croit, dit-il, que Bélial, l'un des rois de l'enfer, a été créé immédiatement après Lucifer, et qu'il entraîna la plupart des anges dans la révolte : aussi il fut renversé du ciel un des premiers. Lorsqu'on l'évoque, on l'oblige par des offrandes à répondre avec sincérité aux questions qu'on lui fait. Mais il conte bien vite des mensonges si on ne l'adjure pas, au nom de Dieu, de ne dire que la vérité. Il se montre quelquefois sous la figure d'un ange plein de beauté, assis dans un char de feu ; il parle avec aménité; il procure les dignités et les faveurs, fait vivre les amis en bonne intelligence, donne d'habiles serviteurs. Il commande quatre-vingts logions de l'ordre des Vertus et de l'ordre des Anges. Il est exact à secourir ceux qui se soumettent à lui ; s'il y manquait, il est facile de le châtier, comme fit
1 Histoire des diables de Loudun, 7 Les Admirables Secrets d'Albert-le-Grand, liv. ir , ch. 3.
Salomon , qui l'enferma dans une bouteille avec toutes ses légions, » lesquelles font une armée de cinq cent vingt-deux mille deux cent quatre-vingts démons. Il fallait que la bouteille fût de grande taille. — Mais Salomon était si puissant que, dans une autre occasion, il emprisonna pareillement six mille six cent soixante-six millions de diables qui ne purent lui résister. — Des doctes racontent encore que Salomon mit la bouteille où était Bélial dans un grand puits, qu'il referma d'une pierre, près de Babylone; que les Babyloniens descendirent dans ce puits croyant y trouver un trésor ; qu'ils cassèrent la bouteille , que tous les diables s'en échappèrent, et que Bélial, qui avait peur d'être repris, se campa dans une idole qu'il trouva vide, et se mit à rendre des oracles ; ce qui fit que les Babyloniens l'adorèrent
Beliche. — C'est le nom qu'on donne au diable à Madagascar. Dans les sacrifices, on lui jette les premiers morceaux de la victime, avec la persuasion qu'il ne fait point de mal tant qu'il a de quoi mettre sous la dent.
Bélier. — Le diable s'est quelquefois transmué en bélier, et des maléficiés ont subi cette métamorphose. C'est même sur une vieille tradition populaire qu'Hamilton a bâti son conte du Bélier. — Il parait que le bélier a des propriétés magiques ; car , lorsqu'on accusa Léonora Galigaï , femme du maréchal d'Ancre, d'avoir fait des sorcelleries, on prétendit que, pendant qu'elle s'occupait des maléfices , elle ne mangeait que des crêtes de coq et des rognons de bélier.
Belin (Albert) , — bénédictin né à Besançon en i é'1 0. On recherche parmi ses ouvrages : 4° le Traité des talismans, ou Figures astrales , dans lequel il est montré que leurs effets ou vertus admirables sont naturels, ensemble la manière de les faire et de s'en servir avec profit, in-12, Paris, '1671. On a joint a l'édition de 1709 un traité du même auteur, de la Poudre de sympathie justifiée ; 2° les Aventures du philosophe inconnu en la recherche et invention de la pierre philosophale, divisées en quatre livres , au dernier desquels il est parlé si clairement de la manière de la faire que jamais on n'en a traité avec tant de candeur. In-12; Paris, 1664 et 1674.
Belinuncia , — herbe consacrée à Belenus , dont les Gaulois employaient le suc pour empoisonner leurs flèches. Ils lui attribuaient la vertu de faire tomber la pluie. Lorsque le pays était affligé d'une sécheresse, on cueillait
1 Wierus, in Pseudomon. dœmon.
cette herbe avec de grandes cérémonies. Les femmes des druides choisissaient une jeune vierge qui déposait ses vêtements et marchait à la tète des autres femmes, cherchant l'herbe sacrée; quand elle l'avait trouvée, elle la déracinait avec le petit doigt de la main droite ; en même temps ses compagnes coupaient des branches d'arbres et les portaient à la main en la suivant jusqu'au bord d'une rivière voisine; là on plongeait dans l'eau l'herbe précieuse, on y trempait aussi les branches que l'on secouait sur le visage de la jeune fille. Après cette cérémonie, chacun se retirait en sa maison ; seulement la jeune vierge était obligée de faire à reculons le reste du chemin.
Belloc (Jeanne), — sorcière du pays de Labour, prise à vingt-quatre ans, sous Henri IV. Pierre Delancre , qui l'interrogea , dit qu'elle commença d'aller au sabbat dans l'hiver de 1609 ; qu'elle fut présentée au diable, dont elle baisa le derrière, car il n'y avait que les notables sorcières qui le baisassent au visage. Elle conta que le sabbat est une espèce de bal masqué où les uns se promènent en leur forme naturelle , tandis que d'autres sont transmuées en chien?, en chats, en ânes, en pourceaux et autres bêtes. Voy. Sabbat.
Belmonte, — conseiller du parlement de Provence, qui eut au pied une petite plaie où la gangrène se mit ; le mal gagna vite, et il en mourut. Comme il avait poursuivi les sorciers protestants et les perturbateurs réformés, les écrivains calvinistes virent dans sa mort prompte un châtiment et un prodige *. C'était au seizième siècle.
Bélomancie. — Divination par le moyen des flèches. On prenait plusieurs flèches, sur lesquelles on écrivait des réponses relatives à ce qu'on voulait demander. On en mettait de favorables et de contraires ; ensuite on mêlait les flèches, et on les tirait au hasard : celle que le sort amenait était regardée comme l'organe de la volonté des dieux. — C'était surtout avant les expéditions militaires qu'on faisait usage de la bélomancie. Les Chaldéens avaient grand'foi à cette divination. Les Arabes devinent encore par trois flèches qu'ils enferment dans un sac. Ils écrivent sur l'une : Commandez-moi, Seigneur; sur l'autre : Seigneur, empêchez-moi, et n'écrivent rien sur la troisième. La première flèche qui sort du sac détermine la résolution sur laquelle on délibère. Voy. Flèches.
Belphégor, — démon des découvertes et des inventions ingénieuses. Il prend souvent
1 Voyez Chassanion, Des Grands et redoutables jugements de Dieu. Morges, 1581, p. 61.
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