‹ Dictionnaire infernalChapitre 56 sur 368 · BEN · texte numérisé non relu

BEN

un corps de jeune femme?; il donne des richesses. Les Moabites. qui l'appelaient Baalphégor, l'adoraient sur le mont Phégor. Des rabbins disent qu'on lui rendait hommage sur la chaise percée , et qu'on lui offrait l'ignoble résidu de la digestion. C'était digne de lui. C'est pour cela que certains doctes ne voient dansBelphégor que le dieu Pet ou Crepitus; d'autres savants soutiennent que c'est Priape. — Selden, cité par Banier, prétend qu'on lui offrait des victimes humaines, dont ses prêtres mangeaient la chair. Wiérus remarque que c'est un démon qui a toujours la bouche ouverte ; observation qu'il doit sans doute au nom de Phégor, lequel signifie, selon Leloyer, crevasse ou fendasse, parce qu'on l'adorait quelquefois dans des cavernes, et qu'on lui jetait des offrandes par un soupirail.

Bélus, — premier roi des Assyriens; on dit qu'il se fit adorer dans des temples de son vivant. Il était grand astrologue : « J'ai lu dans les registres du ciel tout ce qui doit vous arriver, disait-il à ses enfants, et je vous dévoilerai les secrets de vos destinées. » Il rendit des oracles après sa mort. Bélus pourrait être le même que Bel.

Belzébuth OU Belzèbub OU Beelzèbuth, —

prince des démons, selon les Écritures1; le premier en pouvoir et en crime après Salan, selon Milton; chef suprême de l'empire infernal, selon la plupart des démonographes. — Son nom signifie seigneur des mouches. Bodin2 prétend qu'on n'en voyait point dans son temple. C'était la divinité la plus révérée des peuples de Chanaan, qui le représentaient quelquefois sous la figure d'une mouche, le plus souvent avec les attributs de la souveraine puissance. Il rendait des oracles, et le roi Ochozias le consulta sur une maladie qui l'inquiétait; il en fut repris par le prophète Élisée, qui lui demanda s'il n'y avait point de Dieu en Israël , pour aller ainsi consulter Belzébuth dans le pays des Philistins. On lui attribuait le pouvoir de délivrer les hommes des mouches qui ruinent les moissons. — Presque tous les démonomanes le regardent comme le souverain du ténébreux empire; et chacun le dépeint au gré de son imagination. Milton lui donne un aspect imposant, et une haute sagesse respire sur son visage. L'un le fait haut comme une tour ; l'autre d'une taille égale à la nôtre; quelques-uns se le figurent sous la forme d'un serpent; il en est qui le

1 Notre Seigneur Jésus-Christ même lui donne ce nom (saint Matthieu, ch. 12, v. '24; saint Luc, ch. 11, v. 15l. Les scribes reprochaient au Sauveur qu'il chassait les diables au nom de Belzébuth, prince des démons.

2 Démonomanie des sorciers, liv. iv, ch. 3.

voient aussi sous les traits d'une femme. — Le monarque des enfers, dit Palingène, in Zodiaco vitœ , est une taille prodigieuse , assis sur un trône immense, ayant le front ceint d'un bandeau de feu, la poitrine gonflée, le visage bouffi, les yeux étincelants, les sourcils élevés et l'air menaçant. Il a les narines extrêmement larges, et deux grandes cornes sur la tête; il est noir comme un Maure : deux grandes ailes de chauve-souris sont attachées à ses épaules; il a deux larges pattes de canard , une queue de lion , et de longs poils depuis la tête jusqu'aux pieds. — Les uns disent que Belzébuth est encore Priape ; d'autres, comme Porphyre, le confondent avec Bacchus. On a cru le retrouver dans le Belbog, ou Belbach (dieu blanc) des Slavons, parce que son image ensanglantée était toujours couverte de mouches, comme celle de Belzébuth chez les Syriens. On dit aussi que c'est le même que Pluton. Il est plus vraisemblable de croire que c'est Ba'ël, que Wiérus fait empereur des enfers; d'autant mieux que Belzébuth ne figure pas sous son nom dans l'inventaire de la monarchie infernale. — On voit, dans les Clavicules de Salomon, que Belzébuth apparaît quelquefois sous de monstrueuses formes, comme celles d'un veau énorme ou d'un bouc suivi d'une longue queue; souvent, néanmoins, il se montre sous la figure d'une mouche d'une extrême grosseur. Quand il est en colère, ajoute-t-on, il vomit des flammes et hurle comme un loup. Quelquefois enfin Astaroth apparaît à ses côtés, sous les traits d'un âne.

Bénédict (Jean), — médecin allemand du seizième siècle. On lui doit un livre sur les Visions et les révélations naturelles et surnaturelles, qui n'est presque pas connu l.

Benoît Vin, — cent quarante-huitième pape, élu en 1012, mort en 1 0 2 i . On lit dans Platine , cité par Leloyer et par Wiérus 2, que quelque temps après sa mort, Benoît VIII apparut, monté sur un cheval noir, à un saint évêque dans un lieu solitaire et écarté : que 1'évèque lui demanda comment il se faisait qu'étant mort il se montrât ainsi sur un cheval noir. À quoi le pape répondit que, pendant sa vie, il avait été convoiteux d'amasser des biens; qu'il était en purgatoire; mais qu'il n'était pas damné, parce qu'il avait fait des aumônes. 11 révéla ensuite le lieu où il avait caché des richesses, et pria le saint

1 Jnannis Benedicti Libellus de visionibus et revelationibus naturalibus et divinis. In-8". Moguntne, 1550.

2 Leloyer, Discours des spectres, liv. VI, ch. 13. Wiérus, De Prrest., lib. !, cap. 10.

BEN — évêque de les distribuer aux pauvres. — Après cela, le fantôme (selon le récit) se montra pareillement au pape son successeur, et le supplia d'envoyer en diligence un courrier à Odilon, abbé de Cluny, pour l'avertir qu'il priât Dieu pour le repos de son âme. Odilon le fit; et peu de jours après on vit un homme lumineux entrer dans le cloître, avec d'autres personnes habillées de blanc, et se mettre à genoux devant Odilon. Un religieux demanda qui était cet homme de si haute apparence, qui faisait tant d'honneur à l'abbé. Il lui fut répondu que c'était Benoît VIII qui, par les prières d'Odilon, jouissait de la gloire des bienheureux.

Benoît ix, — cent cinquantième pape, élu en 1033, dans -un temps de troubles, où les partis se disputaient Rome. Il eut à lutter contre des antipapes qui l'ont fort noirci. On a dit qu'il était magicien, et que, renversé du saint-siége par ses ennemis, il y remonta deux fois par son pouvoir magique. C'est un peu niais. On a dit encore avec autant de bon sens qu'il prédisait les choses futures, et qu'il était habile enchanteur1. — L'auteur calviniste des grands et redoutables jugements de Dieu ajoute même qu'il fut étranglé par le diable, et qu'après sa mort, son âme fut condamnée à errer dans les forêts, sous la forme d'une bête sauvage , avec un corps d'ours à longs poils, une queue de chat et une tête d'âne. Un ermite qui le rencontra lui demanda pourquoi il avait cette figure. « .l'étais un monstre, répondit Benoît, et vous voyez mon âme telle qu'elle a toujours été. » C'est très-gracieux. Mais Benoît IX, au contraire, mourut dans la retraite sous le cilice, pieusement et saintement, en 1054. C'est encore là une des victimes de la calomnie historique.

Bensozia. — Certains canonistes des douzième et treizième siècles s'élèvent fortement contre les femmes d'alors qui allaient à une espèce de sabbat, sur lequel il ne nous est parvenu que très-peu de notions. On disait que des fées ou des démons transformés en femmes s'associaient toutes les dames qui voulaient prendre part à leurs plaisirs; et que toutes, dames et fées ou démons, montées sur des bêtes ailées, allaient de nuit faire des courses et des fêtes dans les airs. Elles avaient pour chef la diablesse ou fée Bensozia , à qui il fallait obéir aveuglément avec une soumission sans réserve. C'était, dit-on , la Diane des anciens Gaulois ; on l'appelait

1 Naudé, Apologie pour tous les grands personnages soupçonnés de magie, ch. 19.

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