CES
découvrir ainsi les crimes et les larcins. Ils faisaient, fondre un morceau de cire à petit feu, en marmottant quelques paroles, puis ils étaient cette cire fondue de dessus le brasier, et y trouvaient des figures qui indiquaient le voleur, sa maison et sa retraite. Dans l'Alsace, au seizième siècle, et peut-être encore aujourd'hui, lorsque quelqu'un est malade et que les bonnes femmes veulent découvrir qui lui a envoyé sa maladie, elles prennent autant de cierges d'un poids égal qu'elles soupçonnent d'êtres ou de personnes ; elles les allument, et celui dont le cierge est le premier consumé passe dans leur esprit pour l'auteur du mal *,
Cervelle. — On fait merveille avec la cervelle de certaines bêtes. L'auteur des Admirables secrets (VAlbert-le-Gr and dit, au liv. 3, que la cervelle de lièvre fait sortir les dents aux enfants, lorsqu'on leur en frotte les gencives. Il ajoute que les personnes qui ont peur des revenants se guérissent de leurs terreurs paniques, si elles mangent souvent de la cervelle de lièvre. La cervelle de chat ou de chatte, si on s'en frotte les dehors du gosier, guérit en moins de deux jours les inflammations qui s'y font sentir , mais après une crise de fièvre violente. — Les premiers hommes ne mangeaient la cervelle d'aucun animal, par respect pour la tête, qu'ils regardaient comme le siège de la vie et du sentiment.
Césaire OU Césarius (PlERRE), — moine de Citeaux, mort en '1240. On lui doit un recueil de miracles où les démons figurent très-souvent 2. Ce recueil a été mis a l'index en Espagne. Il est cité plusieurs fois dans ce dictionnaire.
Césaire (St), — VOy. MIRABILIS LIBER.
Césalpin (André), — médecin du seizième siècle, né à Arezzo en Toscane, auteur des Recherches sur les Démons , où l'on explique le passage d'Hippocrate, relatif aux causes surnaturelles de certaines maladies 3. Ce traité, composé à la demande de l'archevêque de Pise, parut au moment où les religieuses d'un couvent de cette ville étaient obsédées du démon. L'archevêque demandait à tous les savants si les contorsions de ces pauvres filles avaient une cause naturelle ou surnaturelle.
1 Delancre , Incrédulité et mécréance du sortilège pleinement convaincue, traité S. Delrio, liv, IV.
2 Illustrinm miiaculorum et historiarum memorabi- Uum l'bri XII, a Cœsario Heisterbaclicensi, ordinis cisterciensis, etc. In-8°. Antverpise, 1605. Nuremberg, 1481. In-fo}, Cologne, 1599. Jn-8U. Douay, 1604.
3 Dsen.onum investigatio peripatetica, in qua explicatur locus Hippocratis si quid divinum in morbis habeâïur. In-4u. Florence, 1080.
•26 — CES Césalpin, particulièrement consulté, répondit par le livre que nous citons. II commence par exposer une immense multitude de faits attribués aux démons et à la magie. Ensuite il discute ces faits ; il avoue qu'il y a des démons, mais qu'ils ne peuvent guère communiquer matériellement avec l'homme ; il termine en se soumettant à la croyance de l'église. Il déclare que la possession des religieuses de Pise est surnaturelle ; que les secours de la médecine y sont insuffisants, et qu'il est bon de recourir au pouvoir des exorcistes.
César (Caïus Julius). — On a raconté de cet homme fameux quelques merveilles surprenantes. Suétone rapporte que. César étant avec son armée sur les bords du Rubicon que ses soldats hésitaient à traverser, il apparut un inconnu de taille extraordinaire, qui s'avança en sifflant vers le général. Les soldats accourent pour le voir; aussitôt le fantôme saisit la trompette de l'un d'eux, sonne la charge, passe le fleuve ; et César s'écrie, sans délibérer davantage : « Allons où les présages des dieux et l'injustice de nos ennemis nous appellent. » L'armée le suivit avec ardeur. — Lorsqu'il débarqua en Afrique pour faire la guerre à Juba, il tomba à terre. Les Romains se troublèrent de ce présage; mais César rassura les esprits en embrassant le sol et en s'écriant, comme si sa chute eût été volontaire : « Afrique , tu es à moi , car je te tiens dans mes bras. » — On a vanté l'étonnante force de ses regards ; on a dit que, des côtes des Gaules, il voyait ce qui se passait dans l'île des Bretons. Roger Bacon, qui ne doute pas de ce fait, dit que Jules César n'examinait ainsi tout ce qui se faisait dans les camps et dans les villes d'Angleterre qu'au moyen de grands miroirs destinés à cet usage. — On assure que plusieurs astrologues prédirent à César sa mort funeste; que sa femme Calpurnie lui conseilla de se défier des ides de mars; que le devin Artémidore tâcha également de l'effrayer par de sinistres présages lorsqu'il se rendait au sénat, où il devait être assassiné , toutes choses contées après l'événement. — On ajoute qu'une comète parut à l'instant de sa mort. On dit encore qu'un spectre poursuivit Brutus, son meurtrier, à la bataille de Philippes ; et que , dans la même journée, Cassiuscrut voir au fort de la mêlée César accourir à lui à toute bride, avec un regard foudroyant. C'est, dit-on, effrayé de cette vision terrible qu'il se perça de son épée. Quoi qu'il en soit, Jules César fut mis au rang des dieux par ordre d'Auguste, qui prétendit que Vénus avait emporté son âme au ciel. On le représentait dans ses tem-
pies avec une étoile sur la tête, à cause de la comète qui parut au moment de sa mort.
César, — charlatan qui vivait à Paris sous Henri IV , astrologue , nécromancien , chiromancien, physicien, devin, faiseur do tours magiques; il disait la bonne aventure par l'inspection des lignes de la main; il guérissait en prononçant des paroles et par des attouchements. Il arrachait les dents sans douleur, vendait assez cher de petits joncs d'or émaillés de noir, comme talismans qui avaient des propriétés merveilleuses contre toutes les maladies. Il escamotait admirablement et faisait voir le diable avec ses cornes. Quant à sa dernière opération , il semble qu'il voulait punir les curieux d'y avoir cru; car ils en revenaient toujours si bien rossés par les sujets de Belzébuth, que le magicien lui-même était obligé de leur avouer qu'il était fort imprudent de chercher à les connaître. Le bruit courut à Paris, en 4 64 4 , que l'enchanteur César et un autre sorcier de ses amis avaient été étranglés par le diable. On publia même, dans un petit imprimé, les détails de celte aventure infernale. Ce qu'il y a de certain, c'est que César cessa tout à coup de se montrer ; il n'était cependant point mort, il n'avait même pas quitté Paris. Mais il était devenu invisible, comme quelques autres que l'État se charge de loger *.
Césara. — Les Irlandais croient remonter à Césara, petite-fille de Noé, qui se réfugia dans leur île, où, par grâce spéciale, elle fut à l'abri des eaux du déluge.
Césonie , — femme de Caligula. Suétone conte que, pour se faire aimer de son auguste époux, elle lui fit boire un philtre qui acheva de lui faire perdre l'esprit. On prétend qu'il y avait dans ce philtre de l'hippomane, qui est un morceau de chair qu'on trouve quelquefois, dit-on, au front du poulain nouveau-né. Voy. Hippomane.
Ceurawats, — sectaires indiens, qui ont si grand'peur de détruire des animaux, qu'ils se couvrent la bouche d'un linge pour ne pas avaler d'insectes. Ils admettent un bon et un mauvais principe, et croient à des transmigrations perpétuelles dans différents corps d'hommes ou de bêtes.
Ceylan. — Les habitants croient que cette île fut le lieu qu'Adam et Eve habitèrent, après avoir été chassés du jardin de délices.
Chaoon (Alphonse), en latin Ciaconius, — dominicain espagnol du seizième siècle, au-
* Charlatans célèbres, t. I", p. 202.
7 — CHA teur du traité traduit par Cayet : Comment Vaine de Trajan fut délivrée de l'enfer f.
Chagran, — tonnerre de Wishnou. Les Indiens le représentent sous la figure d'un cercle qui vomit du feu de tous côtés, comme nos soleils d'artifice.
Chaîne du diable. — C'est une tradition parmi les vieilles femmes de la Suisse que saint Bernard tient le diable enchaîné dans quelqu'une des montagn s qui environnent l'abbaye de Clairvaux ; et c'est sur cette tradition qu'est fondée la coutume des maréchaux du pays de frapper tous les lundis, avant de se mettre en besogne, trois coups de marteau sur l'enclume pour resserrer la chaîne du diable, afin qu'il ne puisse s'échapper.
Chais (Pierre), — ministre protestant, né à Genève en 1701. Dans son livre intitulé le Sens littéral de V Ecriture Sainte, etc., traduit de l'anglais, de Stackhouse, 3 volumes in-8°, 4738, il a mis une curieuse dissertation, dont il est l'auteur, sur les démoniaques.
Chalcédoine. — On conte qu'après que les Perses eurent ruiné Chalcédoine, sur le Bosphore, Constantin-le-Grand voulut la rebâtir, parce qu'il en aimait le séjour; mais des aigles vinrent, qui, avec leurs serres, enlevèrent les pierres des mains des ouvriers; ce prodige se répéta tant de fois qu'il fallut renoncer à reconstruire la ville , si bien que l'empereur alla bâtir Constantinople....
Chaldéens. — On prétend qu'ils trouvèrent l'astrologie ou du moins qu'ils la perfectionnèrent. Ils étaient aussi habiles magiciens.
Cham, — troisième fils de Noé, inventeur ou conservateur de la magie noire. Il perfectionna les divinations et les sciences superstitieuses. Cecco d'Ascoli dit, dans le chapitre 4 de son Commentaire sur la Sphère de Sacrobosco, avoir vu un livre de magie composé par Cham , et contenant les Eléments et la pratique de la nécromancie. Il enseigna cette science redoutable à son fils Misraïm , qui , pour les merveilles qu'il faisait , fut appelé Zoroastre, et composa, sur cet art diabolique, cent mille vers , selon Suidas , et trois cent mille, selon d'autres. — Les monstruosités de Cham lui attirèrent, dit-on, un châtiment terrible; il fut emporté par le diable à la vue de ses disciples. — Bérose prétend que Cham est le même que Zoroastre ; Annius de Viterbe , dans ses notes au texte supposé'de cet écrivain , pense que Cham pourrait bien être le
1 Tractatus de liberatione animse Trajani imperaloris
a pœnis inferni, etc. Rome, 1576. Reggio, 1585.
CHA — ii
type du Pan des anciens païens J, Kircher dit que c'est leur Saturne et leur Osiris, d'autres prétendent que c'est, lui qui fut adoré sous le nom de Jupiter Ammpn. — On dit encore que Cham a inventé l'alchimie, et qu'il avait laissé une prophétie dont l'hérétique Isidore se servait pour faire des prosélytes. Nous ne la connaissons pas autrement que par un passage de Sand, qui dit que Cham, dans cette prophétie, annonçait l'immortalité de l'âme 2.
Chamans , — prêtres sorciers des Yacouts. Voy. Mang-Taar.
Chambres infestées, — VOy. DeSHOULIÈRES,
Despilliers , Athénagore, Ayola, etc.
Chameau. — Les musulmans ont pour cet animal une espèce de vénération ; ils croient que c'est un péché de le trop charger ou de le faire travailler plus qu'un cheval ; la raison de ce respect qu'ils ont pour le chameau, c'est qu'il est surtout commun dans les lieux sacrés de l'Arabie, et que c'est lui qui porte le Koran quand on va en pèlerinage à La Mecque. Les conducteurs de ces animaux , après les avoir fait boire dans un bassin , prennent l'écume qui découle de leur bouche et s'en frottent dévotement la barbe , en disant : « 0 père pèlerin ! ô père pèlerin ! » Ils croient que cette cérémonie les préserve de méchef dans leur voyage. — On'voit dans les Admirables Secrets dAlbert-le-Grand, livre II, cliar^ 3, que « si le sang du chameau est mis dans la peau d'un taureau pendant que les étoiles brillent, la fumée qui en sortira fera qu'on croira voir un géant dont la tète semblera toucher le ciel , Hermès assure l'avoir éprouvé lui-même. Si quelqu'un mange de ce sang , il deviendra bientôt fou ; et si l'on allume une lampe qui aura été frottée de ce même sang, on s'imaginera que tous ceux qui seront présents auront des têtes de chameau, pourvu cependant qu'il n'y ait point d'autre lampe qui éclaire la chambre. » Voy. Jean-Baptiste.
Chammadaï, — le même qu'Asmodée.
chamos, — démon de la flatterie, membre du conseil infernal. Les Ammonites et les Moabites adoraient le soleil, sous le nom de Chamos, Kamosch ou Kemosch; et Milton l'appelle Yobszène terreur des enfants de Moab. D'autres le confondent avec Jupiter Ammon. Vossius a cru que c'était le Cornus des Grecs et des Romains, qui était le dieu des jeux , des danses et des bals. Ceux qui dérivent ce mot de l'hébreu Kamos prétendent qu'il si-
1 Comment, ad Bcrosi lib. m. Wicrus, De Praestigiis, dit que Pan est le prince des démons incubes.
2 Christoph. Sandii lib. de Origine animai, p. 99.
gnifie le dieu caché, c'est-à-dire Pluton, dont Là demeure est aux enfers.
Chamouillard , — noueur d'aiguillette qui fut condamné , par arrêt du parlement de Paris, en 1597, à être pendu et brûlé, pour avoir maléficié une demoiselle de la Barrière. Voy. Ligatures.
Champ du Rire. — Annibal , lorsqu'il faisait le siège de Rome , se retira , dit-on , de devant cette ville, épouvanté de vaines terreurs et de fantômes qui troublèrent ses esprits. Les Romains, lui voyant lever le siège, poussèrent de tels cris de joie et firent, de si grands éclats de rire que le lieu d'où il décampa s'appela le Champ du Rire.
Champier ( Symphorien ) , — Lyonnais du quinzième siècle, qui a publié en 1 503 la Nef des Dames vertueuses , en quatre livres mêlés de prose et de vers, dont le troisième contient les prophéties des sibylles. On l'a soupçonné à tort d'être l'auteur du livre des Trois Imposteurs ; mais il a laissé un petit livre intitulé : De Triplici disciplina, in-8°, Lyon 1508. On lui doit aussi des Dialogues sur la nécessité de poursuivre les magiciens ?..
Champignon. — Les Hollandais appellent le champignon pain du diable ( duivelsbrood ).
Chandelle. — Cardan prétend que, pour savoir si un trésor est enfoui dans un souterrain où l'on creuse pour cela , il faut avoir une grosse chandelle , faite de suif humain , enclavée dans un morceau de coudrier, en forme de croissant, de manière à figurer avec les deux branches une fourche à trois rameaux. Si la chandelle, étant allumée dans le lieu souterrain , y fait beaucoup de bruit en pétillant avec éclat , c'est une marque qu'il y a un trésor ; plus on approchera du trésor, plus la chandelle pétillera; enfin elle s'éteindra quand elle en sera tout à fait voisine. Ainsi il faut avoir d'autres chandelles dans des lanternes, afin de ne pas demeurer sans lumière, Quand on a des raisons solides pour croire que ce sont les esprits des hommes défunts qui gardent les trésors, il est bon d'avoir des cierges bénits au lieu de chandelles communes ; et on les conjure de la part de Dieu de déclarer si l'on peut faire quelque chose pour les mettre en lieu de repos ; il ne faudra jamais manquer d'exécuter ce qu'ils auront demandé — Les chandelles servent à plus d'un usage. On voit dans tous les démonographes que les sorcières, au sabbat, vont baiser
1 Dialogus in magicarum artium destructioncm. In-4<\ Lyon, Balsarin, sans date (vers 1507).
2 Le Solide trésor du Petit Albert.
CIIA — 1
le derrière du dinble avec une chandelle noire à la main. Boguet dit qu'elles vont allumer ces chandelles à un flambeau qui est sur la tête de bouc du diable , entre ses deux cornes, et qu'elles s'éteignent et s'évanouissent dès qu'on les lui a offertes l. — N'oublions pas que trois chandelles ou trois bougies sur une table sont du plus mauvais augure ; et que quand de petits charbons se détachent de la lumière d'une chandelle, ils annoncent, selon quelques-uns, une visite2 ; mais, selon le sentiment plus général, une nouvelle, agréable s'ils augmentent la lumière, fâcheuse s'ils l'affaiblissent.
Chant du coq. — Il dissipe le sabbat.
Voy. Coq.
Chaomancïe , — art de prédire les choses futures par le moyen des observations qu'on fait sur l'air. Cette divination est employée par quelques alchimistes qui ne nous en ont pas donné le secret.
Chapeaux venteux, — VOlJ. Éric.
Chapelet. — On a remarqué pertinemment que tous les chapelets de sorcières avaient une croix cassée ou endommagée : c'éiait même un indice de sorcellerie qu'une croix de chapelet qui n'était pas entière.
Chapelle du Damné. — Raymond Diocres, chanoine de Notre-Dame de Paris, mourut en réputation de sainteté vers l'an 1084. Son corps ayant été porté dans le chœur de la cathédrale , il leva la tète hors du cercueil à ces mots de l'office des morts : Responde mihi quantas habes iniquitates, etc., et dit : Justo judicio Dei accusatus sum. ( J'ai été cité devant le juste jugement de Dieu . ) Les assistants effrayés suspendirent le service et le remirent au lendemain. En attendant , le corps du chanoine fut déposé dans une chapelle de Notre-Dame, qu'on appelle depuis la Chapelle du Damné. — Le lendemain , on recommença l'office, et lorsqu'on fut au même verset, le mort parla de nouveau , et dit : Justo Dei judicio judicatus sum. ( J'ai été jugé au juste jugement de Dieu. ) On remit encore l'office au jour suivant; et au même verset , le mort s'écria : Justo Dei judicio condemnatus sum. (J'ai été condamné au juste jugement de Dieu.) Là-dessus, dit la chronique, on jeta le corps à la voirie; et ce miracle fut cause, selon quelques-uns , de la retraite de saint Bruno , qui s'y trouvait présent. Quoique cette anecdote soit contestée, elle est consacrée par des monuments. La peinture s'en est emparée, et
1 Discours des sorciers, ch. 22.
2 Brown, liv. v,ch. 23.