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Le Sueur en a tiré parti dans sa belle galerie de saint Bruno.
Chapuis ( Gabriel ) , — né à Amboise en 4 546. Nous citerons de ses ouvrages celui qui porte ce titre : les Mondes célestes, terrestres et infernaux, etc., tiré des Mondes de Doni, in-8°, Lyon, 1583. C'est un ouvrage satirique.
Char de la mort , — VOlJ. BROUETTE.
Charadrîus , — oiseau immonde que nous ne connaissons pas ; les rabbins disent qu'il est merveilleux , et que son regard guérit la jaunisse. Il faut, pour cela, que le malade et l'oiseau se regardent fixement; car si l'oiseau détournait la vue, le malade mourrait aussitôt.
Charbon d'impureté , — l'un des démons
de la possession de Loudun. Voy. Grandier.
Charlatans. — On attribuait trop souvent autrefois aux sorciers ou au diable ce qui n'était que l'ouvrage des charlatans. Si nous pensions comme au seizième siècle, tous nos escamoteurs seraient sorciers. — Voici ce qu'on lit dans le Voyage de Schouten aux Indes orientales : « 11 y avait au Bengale un charlatan qui, en faisant plusieurs tours de souplesse , prit une canne longue de vingt pieds, au bout de laquelle était une petite planche large de trois ou quatre pouces; il mit cette canne à sa ceinture, après quoi une fille de vingt-deux ans lui vint sauter légèrement par derrière sur les épaules, et, grimpant au haut de la canne, s'assit dessus , les jambes croisées et les bras étendus. Après cela, l'homme, ayant les deux bras balancés, commença à marcher à grands pas, portant toujours cette fille sur le bout de la canne, tendant le ventre pour s'appuyer, et regardant sans cesse en haut pour tenir la machine en équilibre. La fille descendit adroitement, remonta ensuite et se pencha le ventre sur le bâton , en frappant des mains et des pieds les uns contre les autres. Le charlatan ayant mis alors le bâton sur sa tête sans le tenir ni des mains ni des bras , cette même fille et une autre petite Moresque de quinze ans montèrent dessus l'une après l'autre; l'homme les porta ainsi autour de la place, en courant et se penchant, sans qu'il leur arrivât le moindre mal. Ces deux mêmes filles marchèrent sur la corde la tête en bas, et firent une multitude d'autres tours de force trèsmerveilleux. Mais, quoique plusieurs d'entre nous crussent que tous ces tours de souplesse fussent faits par art diabolique, il me semble qu'ils pouvaient se faire naturellement ; car ces filles, qui étaient très-adroites, subtiles, et dont les membres étaient grandement agiles, faisaient tout cela à force de s'y être accou-
CHA — il
tumées et exercées. » — Il y a eu des charlatans de toutes les espèces: en 1728, du temps de Law, le plus fameux des charlatans, un autre , nommé Villars , confia à quelques amis que son oncle , qui avait vécu près de cent ans, et qui n'était mort que par accident, lui avait laissé le secret d'une eau qui pouvait aisément prolonger la vie jusqu'à cent cinquante années, pourvu qu'on fût sobre. Lorsqu'il voyait passer un enterrement, il levait les épaules de pitié. « Si le défunt, disaitil, avait bu de mon eau, il ne serait pas où il est. » Ses amis , auxquels il en donna généreusement , et qui observèrent un peu le régime prescrit, s'en trouvèrent bien et le prônèrent; alors il vendit la bouteille six francs; le débit en fut prodigieux. C'était de l'eau de Seine avec un peu de nitre. Ceux qui en prirent et qui s'astreignirent au régime, surtout s'ils étaient nés avec un bon tempérament , recouvrèrent en peu de jours une santé parfaite. Il disait aux autres : « C'est votre faute si vous n'êtes pas entièrement guéris. » On sut enfin que l'eau de Villars n'était que de l'eau de rivière ; on n'en voulut plus et on alla à d'autres charlatans . Voy. Ane , Chèvre , Alexandre de Paphl agonie , etc.
Charles-Martel. — Saint Eucher, évêque d'Orléans, eut une vision, dans laquelle il se crut transporté par un ange dans le purgatoire. Là, il vit Charles-Martel, qui expiait les pillages qu'il avait faits et ceux qu'il avait soufferts. — A cette vision, on ajoute ce conte, que le tombeau de Charles-Martel fut ouvert et qu'on y trouva un serpent, lequel n'était qu'un démon. Et là-dessus les philosophes , s'en prenant au clergé, l'ont accusé de fraudes. Mais le tombeau de Charles-Martel n'a été ouvert à Saint-Denis que par les profanateurs de 1793.
Charlemagne. — On lit , dans la légende de Berthe au grand pied, que Pépin-le-Bref voulant épouser Berthe. fille du comte de Laon, qu'il ne connaissait pas, ceux qui la lui amenaient lui substituèrent une autre femme que Pépin épousa. Ils avaient chargé des assassins de tuer la princesse dans la forêt des Ardennes. Ayant ému leur pitié, elle en obtint la vie, à condition de se laisser passer pour morte. Elle se réfugia chez un meunier où elle vécut plusieurs années. — Un jour Pépin, égaré à la chasse, vint chez ce meunier; son astrologue lui annonça qu'il se trouvait là une fille destinée à quelque chose de grand. Berthe fut reconnue, rétablie dans ses droits: elle devint mère de Charlemagne. — La légende ajoute que la première épouse de Pépin avait
donné le jour à un fils, lequel, par la suite, élu pape sous le nom de Léon III, couronna Charlemagne empereur d'Occident. — Il serait long de rapporter ici tous les prodiges qu'on raconte de Charlemagne. Son règne est l'époque chérie de nos romans chevaleresques. On voit toujours auprès de lui des enchanteurs, des géants, des fées. On a même dit qu'il ne porta la guerre en Espagne que parce que saint Jacques lui apparut pour l'avertir qu'il retirât son corps des mains des Sarrasins. Ses guerres de Saxe ne sont pas moins fécondes en merveilles , et les circonstances de sa vie privée sont rapportées également d'une manière extraordinaire par les chroniqueurs. — On dit qu'en sa vieillesse il devint si éperdument épris d'une Allemande, qu'il en négligea non-seulement les affaires de son royaume, mais même le soin de sa propre personne. Cette femme étant morte , sa passion ne s'éteignit pas, de sorte qu'il continua d'aimer son cadavre, dont il ne voulait passe séparer. L'archevêque Turpin , ayant appris la durée de cette effroyable passion , alla un jour, pendant l'absence du prince, dans la chambre où était le cadavre , afin de voir s'il n'y trouverait pas quelque sort ou maléfice qui fût la cause de ce dérèglement. 11 visita exactement le corps mort , et trouva en effet, sous la langue, un anneau, qu'il emporta. Le même jour Charlemagne, étant rentré dans son palais, fut fort étonné d'y trouver une carcasse si puante; et, se réveillant comme d'un profond sommeil, il la fit ensevelir promptement. — Mais la passion qu'il avait eue pour le cadavre, il l'eut alors pour l'archevêque Turpin, qui portait l'anneau : il le suivait partout, et ne pouvait le quitter. Le prélat, effrayé de cette nouvelle folie, et craignant que l'anneau ne tombât en des mains qui en pussent abuser, le jeta dans un lac afin que personne n'en pût faire usage à l'avenir. Dès lors Charlemagne devint amoureux du lac, ne voulut plus s'en éloigner, y bâtit auprès un palais et un monastère, et y fonda la ville d'Aix-la-Chapelle, où il voulut être enseveli. On sent que tout ce récit n'est qu'un conte. Voy. Vétin, etc.
Charles-le-Chauve , — deuxième du nom de Charles parmi les rois des Francs. Il eut la vision suivante, dont on prétend qu'il a écrit lui-même le détail. — La nuit d'un dimanche, au retour des matines, comme il allait se reposer, une voix terrible vint frapper à ses oreilles . « Charles, lui dit cette voix, ton esprit va sortir de ton corps; tu viendras et verras les jugements de Dieu, qui te serviront ou de préservatif ou de présage Ton esprit.
néanmoins, te sera rendu quelque temps après. » A l'instant il fut ravi en esprit; celui qui l'enleva était d'une blancheur éclatante. Il lui mit dans la main un peloton de fil qui jetait une lumière extraordinaire : « Prends ce fil. lui dit-il, et l'attache fortement au pouce de ta main droite, par ce moyen je te conduirai dans les labyrinthes infernaux, séjour de peines et de souffrances. » Aussitôt le guide marcha devant lui avec vitesse*, en dévidant le peloton de fil lumineux ; il le conduisit dans des vallées profondes remplies de feux et pleines de puits enflammés, où l'on voyait bouillir de la poix, du soufre, du plomb, de la cire et d'autres matières. — « Je remarquai, dit le monarque, des prélats qui avaient servi mon père et mes aïeux. Quoique tremblant, je ne laissai pas de les interroger pour apprendre d'eux quelle était la cause de leurs tourments; ils me répondirent : « Nous avons été les officiers de votre père et de vos aïeux ; et, au lieu de les porter eux et leurs peuples à la paix et à l'union, nous avons semé parmi eux la discorde et le trouble : c'est pourquoi nous sommes dans ces souterrains. C'est ici que viendront ceux qui vous environnent et nous imitent dans le mal. » — Pendant que, tout tremblant, le roi considérait ces choses, il vit fondre sur lui d'affreux démons, lesquels, avec des crochets de fer enflammé, voulaient se saisir de son peloton de fil et le lui enlever des mains ; mais l'extrême lumière qu'il jetait les empêchait de le happer. Ces mêmes démons voulurent prendre le roi et le précipiter dans les puits de soufre; son conducteur le débarrassa des embûches qu'on lui tendait, et le mena sur de hautes montagnes d'où sortaient des torrents de feux qui faisaient fondre et bouillir toutes sortes de métaux. « Là , dit le roi , je trouvai les âmes des seigneurs qui avaient servi mon père et mes frères : les uns y étaient plongés jusqu'au menton, et d'autres à mi-corps. Ils s'écrièrent, en s'adressant à moi : « Hélas! Charles, vous voyez comme nous sommes punis pour avoir malicieusement semé le trouble et la division entre votre père, vos frères et vous. . . » Je ne pouvais, dit le monarque (qui a tout l'air de faire là une brochure politique, dans l'esprit de son époque ) , je ne pouvais m'empôcher de gémir de leurs peines. Je vis venir à moi des dragons dont la gueule enflammée cherchait à m'engloutir ; mon guide me fortifia par le fil du peloton lumineux dont il m'entoura, et celte clarté offusqua si bien les dangereux animaux qu'ils ne purent m'atteindre. — Nous descendîmes dans une vallée dont un côté était obscur et ténébreux,
quoique rempli de fournaises ardentes. Je trouvai le côté opposé très-éclairé et fort agréable. Je m'attachai particulièrement à examiner le côté obscur : j'y vis des rois de ma race tourmentés par d'étranges supplices. Le cœur serré d'ennui et de tristesse, je croyais à tout moment me voir précipité moimême dans ces gouffres par de noirs géants. La frayeur ne m'abandonna pas. De l'autre côté du vallon je remarquai deux fontaines, dont l'une était d'une eau très-chaude, et l'autre plus douce et plus tempérée. Je vis deux tonneaux remplis l'un et l'autre de ces eaux; et dans l'un je reconnus mon père, Louis-le-Débonnaire, qui y était plongé jusqu'aux cuisses. Il ne laissa pas de me rassurer, et me dit : « Mon fils Charles, ne craignez rien, je sais que votre esprit retournera dans votre corps; Dieu a permis que vous vinssiez ici pour voir les peines que mes péchés ont méritées. Si, par des prières et des aumônes, vous me secourez, vous, mes fidèles évêques et tout l'ordre ecclésiastique, je ne tarderai guère à être délivré de ce tonneau. Mon frère Lothaire et Louis son fils jouissent à présent du paradis. — Regardez à votre gauche, ajouta mon père. » A l'instant je tournai la tète, je remarquai deux grands tonneaux d'eau bouillante. « Voilà ce qui vous est destiné, continua-t-il, si vous ne vous corrigez et ne faites pénitence. » — Mon guide me dit alors : « Suivez-moi dans la partie qui est à droite de ce vallon, où se trouve toute la gloire du paradis. Je ne marchai pas longtemps sans voir au milieu des plus illustres rois mon oncle Lothaire, assis sur une topaze d'une grandeur extraordinaire et couronné d'un riche diadème; son fils, Louis, était dans un éclat aussi brillant. A peine m'eut-il aperçu que, d'une voix fort douce, il m'appela et me parla en ces termes : « Charles, qui êtes mon troisième successeur dans l'empire romain, approchez. Je sais, continuat-il, que vous êtes venu voir les lieux de supplices et de peines où votre père et mon frère gémissent encore pour quelque temps. Mais, par la miséricorde de Dieu, ils seront bientôt délivrés de leurs souffrances, comme nousmêmes en avons été retirés, à la prière de saint Pierre, de saint Denis et de saint Remi, que Dieu a établis les patrons des rois et du peuple français. Sachez aussi que vous ne tarderez pas à être détrôné, après quoi vous vivrez peu. » Et Louis, se tournant vers moi : « L'empire romain, dit-il, que vous avez possédé, doit passer incessamment entre les mains de Louis, fils de ma fille. » ■- A l'instant j'aperçus ce jeune enfant. » Remettez-lui l'auto-
CHA — i:
rité souveraine, continua Louis, et lui en donnez les marques en lui confiant ce peloton que vous tenez. » Sur-le-champ je le détachai de ma main pour le lui donner. Par là il se trouva revêtu de l'empire , et tout le peloton passa dans sa main. A peine en fut-il maître, qu'il devint tout brillant de lumière, et mon esprit rentra dans mon corps. — Ainsi, tout le monde doit savoir que, quoi qu'on fasse, il possédera l'empire romain que Dieu lui a destiné, et quand je serai passé à une autre vie, c'est ce qu'exécutera le Seigneur, dont la puissance s'étend dans tous les siècles sur les vivants et les morts ». » Nous le répétons : brochure politique.
Charles VI, — roi de France. Ce prince, chez qui on avait déjà remarqué une raison affaiblie, allant faire la guerre en Bretagne, fut saisi en chemin d'une frayeur qui acheva de lui déranger entièrement le cerveau. Il vit sortir d'un buisson, dans la forêt du Mans, un inconnu d'une figure hideuse, vêtu d'une robe blanche, ayant la tête et les pieds nus, qui saisit la bride de son cheval, et lui cria d'une voix rauque : « Roi, ne chevauche pas plus avant; retourne, tu es trahi ! » Le monarque, hors de lui-même, tira son épée et ôta la vie aux quatre premières personnes qu'il rencontra, en criant : « En avant sur les traîtres 1 » Son épée s'étant rompue et ses forces épuisées, on le plaça sur un chariot et on le ramena au Mans. — Le fantôme de la forêt est encore aujourd'hui un problème difficile à résoudre. Etait-ce un insensé qui se trouvait là par hasard? était-ce un émissaire du duc de Bretagne contre lequel Charles marchait? Tous les raisonnements du temps aboutissaient au merveilleux ou au sortilège. Quoi qu'il en soit, le roi devint tout à fait fou. Un médecin de Laon, Guillaume de Harsely, fut appelé au château de Creil, et, après six mois de soins et de ménagements, la santé du roi se trouva rétablie. — Mais, en 1393 , son état devint désespéré à la suite d'une autre imprudence. La reine, à l'occasion du mariage, donnait un bal masqué. Le roi y vint déguisé en sauvage , conduisant avec lui de jeunes seigneurs dans le même costume, attachés par une chaîne de fer. Leur vêtement était fait d'une toile enduite de poix-résine, sur laquelle on avait appliqué des étoupes. Le duc d'Orléans, voulant connaître les masques, approcha un flambeau : la flamme se communiqua avec rapidité, les cinq seigneurs furent brûlés ; mais un cri s'étant fait enten-
1 Visio C;iroli C'alvi de locis pœnarum et félicitante justorum. Manuscripta Bibl. reg., n° 2247, p. 188.
2 — CHA die, « Sauvez le roi, » Charles dut la vie à la présence d'esprit de la duchesse de Berri, qui le couvrit de son manteau et arrêta la flamme. — L'état du roi empirait tous les jours; le duc d'Orléans fut soupçonné de l'avoir ensorcelé. Jordan de Mejer, de Divin., cap. 43, écrit que ce duc, voulant exterminer la race royale, confia ses armes et son anneau à un apostat, pour les consacrer au diable et les enchanter par des prestiges ; qu'une matrone évoqua le démon dans la tour de Montjoie, près Ligny ; qu'ensuite le duc se servit des armes ensorcelées pour ôter la raison au roi Charles, son frère, si subtilement, qu'on ne s'en aperçut pas d'abord. Le premier enchantement se fit près de Beauvais; il fut si violent que les ongles et les cheveux en tombèrent au roi. Le second, qui eut lieu dans le Maine, fut plus fort encore ; personne ne pouvait assurer si le roi vivait ou non. Aussitôt qu'il revint à lui : « Je vous supplie, dit-il, enlevez-moi cette épée, qui me perce le corps par le pouvoir de mon frère d'Orléans. » C'est toujours Mejer qui parle. Le médecin qui avait guéri le roi n'existait plus; on fit venir du fond de la Guienne un charlatan qui se disait sorcier, et qui s'était vanté de guérir le roi d'une seule parole ; il apportait avec lui un grimoire qu'il appelait Simagorad , par le moyen duquel il était maître de la nature. Les courtisans lui demandèrent de qui il tenait ce livre, il répondit effrontément que « Dieu, pour consoler Adam de la mort d'Abel, le lui avait donné, et que ce livre, par succession, était venu jusqu'à lui. » ïl traita le roi pendant six mois et ne fit qu'irriter la maladie. — Dans ses intervalles lucides, le malheureux prince commandait qu'on enlevât tous les instruments dont il pourrait frapper. « J'aime mieux mourir , disait-il, que de faire du mal. » Il se croyait de bonne foi ensorcelé. Deux moines empiriques, à qui on eut l'imprudence de l'abandonner, lui donnèrent des breuvages désagréables, lui firentdes scarifications magiques ; puis ils furent pendus, comme ils s'y étaient obligés en cas que la santé du roi ne fût point rétablie au bout de six mois de traitement. Au reste, la mode de ce temps-là était d'avoir près de soi des sorciers ou des charlatans, comme depuis les grands eurent des fous, des nains et des guenons
Charles ix, — roi de France. Croirait-on qu'un des médecins astrologues de Charles IX lui ayant assuré qu'il vivrait autant de jours qu'il pourrait tourner de fois sur son talon
1 M. Garinet, Histoire de la magie en France, p. 87.
dans l'espace d'une heure, il se livrait tous les matins à cet exercice solennel pendant cet intervalle de temps, et que les principaux officiers de l'État, les généraux, le chancelier, les vieux juges pirouettaient tous sur un seul pied pour imiter le prince et lui faire leur cour M — On assure qu'après le massacre de la Saint-Barthélemi, Charles IX vit des corbeaux sanglants, eut des visions effroyables, et reçut par d'affreux tourments le présage de sa mort prématurée. On ajoute qu'il mourut au moyen d'images de cire faites à sa ressemblance, et maudites par arl magique, que ses ennemis, les sorciers protestants, faisaient fondre tous les jours par les cérémonies de l'envoûtement, et qui éteignaient la vie du roi à mesure qu'elles se consumaient 2. En ces temps-là, quand quelqu'un mourait de consomption ou de chagrin, on publiait que les sorciers l'avaient envoûté. Les médecins rendaient les sorciers responsables des malades qu'ils ne guérissaient pas.
Charles il, — ducde Lorraine. Voy. Sabbat.
Charles-le -Téméraire, — duc de Bourgogne. 11 disparut après la bataille de Morat; et, parmi les chroniqueurs, il en est qui disent qu'il fut emporté par le diable, comme Rodrigue ; d'autres croient qu'il se réfugia en une solitude et se fil ermite. Cette tradition a fait le sujet du roman de M. d'Arlincourt , intitulé le Solitaire.
Charles II, — roi d'Angleterre. Quoique fort instruit, Charles 11 était, comme son père, plein de confiance dans l'astrologie judiciaire. Il recherchait aussi la pierre philosophale. Voy. Alchimie.
Charmes, — enchantement, sortilège, certain arrangement de paroles, en vers ou en prose, dont on se sert pour produire des effets merveilleux. Une femme, de je ne sais quelle contrée, ayant grand mal aux yeux, s'en alla à une école publique et demanda à un écolier quelques mots magiques qui pussent charmer son mal et le guérir, lui promettant récompense. L'écolier lui donna un billet enveloppé dans un chiffon, et lui défendit de l'ouvrir. Elle le porta et guérit. Une des voisines ayant eu la même maladie porta le billet, et guérit pareillement. Ce double incident excita leur curiosité; elles développent le chiffon et lisent : « Que le diable t'écarquille les deux yeux et te les bouche avec de la boue.... ». — Delrio cite un sorcier qui, en allumant une certaine lampe charmée, excitait toutes les
1 Curiosités de la littérature, traduit de l'anglais par Bertin, t. I", p. 249. ,
* Delrio, Disquisit, mag., lib. ni, cap. 1, quœst. 3.
o3 — CHA personnes qui étaient dans la chambre à danser devant lui. «Ces sortes de charmes, dit-il, s'opèrent ordinairement par des paroles qui font agir le diable. » — Toute l'antiquité a remarqué que les sorciers charmaient les serpents, qui quelquefois tuent le charmeur. Un sorcier de Salzbourg, devant tout le peuple, fit assembler en une fosse tous les serpents d'une lieue à la ronde, et là les fit tous mourir, hormis le dernier, qui était grand, lequel sautant furieusement contre le sorcier le tua. « En quoi, il appert que ce n'est pas le mot hipokindo, comme dit Paracelse, ni autres mots semblables , ni certaines paroles du psaume 91, qui font seules ces prodiges; car comment les serpents eussent-ils ouï la voix d'un homme d'une lieue à la ronde, si le diable ne s'en fût mêlé 1 ? » — Nicétas indique à ce propos un charme qui s'opère sans le secours des paroles : « On tue un serpent, une vipère et tout animal portant aiguillon , ditil, en crachant dessus avant déjeuner »
Figuier prétend qu'il a tué diverses fois des serpents de cette manière, mouillant de sa salive un bâton ou une pierre, et en donnant
un coup sur la tête du serpent — On cite
un grand nombre d'autres charmes dont les effets sont moins vrais qu'étonnants. Dans quelques villages du Finistère, on emploie celui-ci : on place secrètement sur l'autel quatre pièces de sixliards, qu'on pulvérise après la messe; et cette poussière , avalée dans un verre de vin, de cidre ou d'eau-de-vie, rend invulnérable à la course et à la lutte 2. Ces charmes se font au reste à l'insu du curé ; car l'Église a toujours sévèrement interdit ces superstitions. — Le grand Grimoire donne un moyen de charmer les armes à feu et d'en rendre l'effet infaillible ; il faut dire en les chargeant : « Dieu y ait part, et le diable la sortie; » et, lorsqu'on met en joue, il faut dire en croisant la jambe gauche sur la droite : Non tradas.... Mathon. Amen, etc. — La plupart des charmes se font ainsi par des paroles dites ou tracées dans ce sens; charme vient du mot latin carmen, qui signifie non-seulement des vers et de la poésie, mais une formule de paroles déterminées dont on ne doit pas s'écarter. On nommait carmina les lois, les formules des jurisconsultes, les déclarations de guerre, les clauses d'un traité, les évocations des dieux 5. Tite-Live appelle lex horrendi carminis la loi qui condamnait à mort Horace meurtrier de sa sœur. — Quand
1 Bodin, Démonomanie, etc., liv. Il, ch. 2.
2 Cambry, Voyage dans le Finistère, t. III, p. 195.
3 Bergier, Dictionnaire théologique, au mot Charme,
les Turcs ont perdu un esclave qui s'est enfui, ils écrivent une conjuration sur un papier qu'ils attachent à la porte de la hutte ou cellule de cet esclave, et il est forcé de revenir au plus vite devant une main invisible qui le poursuit à grands coups de bâton *. Pline dit que, de son temps, par le moyen de certains charmes, on éteignait les incendies, on arrêtait le sang des plaies, on remettait les membres disloqués, on guérissait la goutte, on empêchait un char de verser , etc. — Tous les anciens croyaient fermement aux charmes, dont la formule consistait ordinairement en certains vers grecs ou latins. — Bodin rapporte, au chap. 5 du ïiy. 3 de la Démonomanie , qu'en Allemagne les sorcières tarissent par charmes le lait des vaches, et qu'on s'en venge par un contre-charme qui est tel : on met bouillir dans un pot du lait de la vache tarie, en récitant certaines paroles (Bodin ne les indique pas) et frappant sur le pot avec un bâton. En même temps le diable frappe la sorcière d'autant de coups, jusqu'à ce qu'elle ait ôté le charme. — On dit encore que si, le lendemain du jour où l'on est mis en prison, on avale à jeun une croûte de pain sur laquelle on aura écrit : Senozam, Gozoza, Gober, Dom, et ■qu'on dorme ensuite sur le côté droit, on sortira avant trois jours. — On arrête les voitures en mettant au milieu du chemin un bâton sur lequel soient écrits ces mots : Jérusalem, omnipotenSi etc., convertis -toi, arrête-toi là. Il faut ensuite traverser le chemin par où l'on voit arriver les chevaux. — On donne à un pistolet la portée de cent pas, en enveloppant ia balle dans un papier où l'on a inscrit le nom des trois rois. On aura soin , en ajustant , de retirer son haleine , et de dire : « Je te conjure d'aller droit où je veux tirer. »' — Un soldat peut se garantir de l'atteinte des armes à feu avec un morceau de peau de loup ou de bouc, sur lequel on écrira, quand le soleil entre dans le signe du Bélier : « Arquebuse, pistolet, canon ou autre arme à feu, je le commande que tu ne puisses tirer de par l'homme, etc.» — On guérit un cheval encloué en mettant trois fois les pouces en croix sur son pied, en prononçant le nom du dernier assassin mis à mort, en récitant trois fois certaines prières 2 Il y a une infinité d'autres
charmes. — On distingue le charme de l'enchantement, en ce que celui-ci se faisait par des chants. Souvent on les a confondus. Voy. Contre-Charmes , Enchantements, Maléfices, Talismans, Paroles, Philactères, Ligatures, Chasse, Philtres, etc.
1 Lcloyer, Tïist. et dise, des spectres, liv. iv, ch. 21.
2 Thiers. Traité des superstition^, t te.
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Chartier (Alain), — poète du commencement du quinzième siècle. On lui attribue un traité sur la Nature du feu de VEnfer, que nous ne sommes pas curieux de connaître.
Chartumins , — sorciers chaldéens , qui étaient en grand crédit du temps du prophète Daniel.
Chasdms. — astrologues de la Chaldée. Ils tiraient l'horoscope, expliquaient les songes et les oracles, et présidaient l'avenir par divers moyens.
Chassanion (Jean de) , — écrivain protestant du seizième siècle. On lui doit le livre
« Des grands et redoutables jugements et punitions de Dieu advenus au monde, principalement sur les grands, à cause de leurs méfaits. » In-8° ; Morges, 4584. Dans cet ouvrage très-partial, il se fait de grands miracles en faveur des protestants. Chassanion a écrit aussi un volume sur les géants *.
Chasse. — Secrets merveilleux pour la chasse. Mêlez le sucre de jusquiame avec le sang et la peau d'un jeune lièvre ; cette composition attirera tous les lièvres des environs. — Pendez le gui de chêne avec une aile d'hirondelle à un arbre ; tous les oiseaux s'y rassembleront de deux lieues et demie. On dit aussi qu'un crâne d'homme, caché dans un colombier," y attire tous les pigeons d'alentour. — Faites tremper une graine, celle que vous voudrez, dans la lie de vin, puis jetez-la aux oiseaux : ceux qui en tàteront s'enivreront, et se laisseront prendre à la main. Et le Petit Albert ajoute : « Ayez un hibou que vous attacherez à un arbre; allumez tout près un gros flambeau, faites du bruit avec un tambour; tous les oiseaux viendront en foule pour faire la guerre au hibou , et on en tuera autant qu'on voudra avec du menu plomb. » — Pour chasse de Saint-Hubert, voy. Veneur, et pour les chasseurs merveilleux, voy. Veneur, Arthus, M. de Laforèt, etc.
Chassen (Nicolas), — petit sorcier de Franeker, au dix-septième siècle, qui se distingua à l'âge de seize ans. Ce jeune homme, Hollandais et calviniste , étant à l'école , faisait des grimaces étranges, roulait les yeux et se contournait tout le corps; il montrait à ses camarades des cerises mûres au milieu de l'hiver; puis, quand il les leur avait offertes , il les reprenait et les mangeait. Dans le prêche, où les écoliers avaient une place à part, il faisait sortir de l'argent du banc où il était assis.
1 De Gigantibus eorumque reliquiis atqne iis quœ antE annos aliquot nostra a>tate in Ga'lia reperta sunt. In 8". Bâle, 1580.
eu a — 1:
Il disait qu'il opérait tous ces tours par le moyen d'un esprit malin qu'il appelait Serug. — Balthazar Bekker dit, dans le Monde enchanté*, qu'étant allé à cette école, il vit, sur le plancher, un cercle fait de craie, dans lequel on avait tracé des signes dont l'un ressemblait à la tête d'un coq , et quelques chiffres au milieu; il remarqua aussi une ligne courbe comme la poignée d'un moulin à bras : tout cela était à demi effacé. Les écoliers avaient vu Chassen faire ces caractères magiques. Lorsqu'on lui demanda ce qu'ils signifiaient , il se tut d'abord ; il dit ensuite qu'il les avait faits pour jouer. On voulut savoir comment il avait des cerises et de l'argent ; il répondit que l'esprit les lui donnait. « Qui est cet esprit "! — Beehébut , » répondit-il. Il ajouta que le diable lui apparaissait sous forme humaine quand il avait envie de lui faire du bien , d'autres fois sous forme de bouc ou de veau ; qu'il avait toujours un pied contrefait; etc. Mais, dit Bekker, on finit par reconnaître que tout cela n'était qu'un jeu que Chassen avait essayé pour se rendre considérable parmi les enfants de son âge ; on s'étonne seulement qu'il ait pu le soutenir devant tant de personnes d'esprit pendant plus d'une année.
Chassi , — démon auquel les habitants des îles Mariannes allribuent le pouvoir de tourmenter ceux qui tombent dans ses mains.
L'enfer est pour eux la maison de Chassi.
Chastenet (Léonarde ), — vieille femme de quatre-vingts ans, mendiante en Poitou, vers 1 591 , et sorcière. Confrontée avec Mathurin Bonnevault, qui soutenait l'avoir vue au sabbat, elle confessa qu'elle y était allée avec son mari ; que le diable, qui s'y montrait en forme de bouc , était une bête fort puante. Elle nia qu'elle eût fait aucun maléfice. Cependant elle fut convaincue , par dix-neuf témoins , d'avoir fait mourir cinq laboureurs et plusieurs bestiaux. — Quand elle se vit condamnée, elle confessa qu'elle avait fait pacte avec le diable, lui avait donné de ses cheveux et promis de faire tout le mal qu'elle pourrait. Elle ajouta que la nuit, dans sa prison, le diable était venu à elle en forme de chat, auquel ayant dit qu'elle voudrait être morte, icelui diable lui avait présenté deux morceaux de cire, lui disant qu'elle en mangeât et qu'elle mourrait; ce qu'elle n'avait voulu faire. Elle avait ces morceaux de cire ; on les visita , et on ne put juger de quelle matière ils étaient
1 Tome IV, p. 154.
y — CHA
composés. Cette sorcière fut condamnée , et ces morceaux de cire brûlés avec elle1.
Chasteté. — Les livres de secrets merveilleux, qui ne respectent rien, indiquent des potions qui, selon eux, ont pour effet de révéler la chasteté, mais qui, selon l'expérience, ne révèlent rien du tout.
Chat. — Le chat tient sa place dans l'histoire de la superstition. Un soldat romain ayant tué, par mégarde, un chat en Égypte, toute la ville se souleva ; ce fut en vain que le roi intercéda pour lui, il ne put le sauver de la fureur du peuple. Observons que les rois d'Égypte avaient rassemblé , dans Alexandrie , une bibliothèque immense, et qu'elle était publique ; les Égyptiens cultivaient les sciences et n'en adoraient pas moins les chats2. — Mahomet avait beaucoup d'égards pour son chat. L'animal s'était un jour couché sur la manche pendante de la veste du prophète, et semblait y méditer si profondément que Mahomet, pressé de se rendre à la prière et n'osant le tirer de son extase, coupa, dit-on, la manche de sa veste. A son retour, il trouva son chat qui revenait de son assoupissement , et qui , s'apercevant de l'attention de son maître , se leva pour lui faire la révérence, et plia le dos en arc. Mahomet, qui comprit ce que cela signifiait , assura au chat , qui faisait le gros dos, une place dans son paradis. Ensuite, passant trois fois la main sur l'animal, il lui imprima , par cet attouchement, la vertu de ne jamais tomber que sur ses pattes. Ce conte n'est pas ridicule chez les Turcs. — Voici une anecdote où le chat joue un mauvais rôle : — Un aide-de-camp du maréchal de Luxembourg vint loger dans une auberge dont la réputation n'était pas rassurante. Le diable, disait-on , venait toutes les nuits dans une certaine chambre, tordait le cou à ceux qui osaient y coucher, et les laissait étranglés dans leur lit. Un grand nombre de voyageurs remp'issant l'auberge quand l'aide-de-camp y entra, on lui dit qu'il n'y avait de vide que la chambre fréquentée par le diable , où personne ne voulait prendre gîte. « Oh ! bien , moi , répondit-il, je ne serai pas fâché de lier connaissance avec lui ; qu'on fasse mon lit dans la chambre en question, je me charge du reste. » Vers minuit, l'officier vit descendre le diable par la cheminée, sous la figure d'une bête furieuse, contre laquelle il fallut se dé-
T Discours sommaire des sortilèges et vénéfices, tirés des procès criminels jugés au siège royal de Montmorillon, en Poitou, en l'année 1599, p. 19.
2 Saint-Foix, Essais sur Paris, t. II, p. 300.
fendre. Il y eut un combat acharné, à coups de sabre de la part du militaire , à coups de griffes et de dénis de la part de la bête; cetie lutte dura une heure; mais le diable finit par rester sur la place ; Faide-de-camp appela du monde, on reconnut un énorme chat sauvage qui, selon le rapport de l'hôte, avait déjà étranglé quinze personnes1.— On lit dans la Démonomanie de Bodin2 que des sorciers de Vernon, auxquels on fit le procès en 1 566, fréquentaient et s'assemblaient ordinairement dans un vieux château sous la forme d'un nombre infini de chats. Quatre hommes, qui avaient résolu d'y coucher, se trouvèrent assaillis par cette multitude de chats ; l'un de ces hommes y fut tué , les autres blessés ; néanmoins ils blessèrent aussi plusieurs chattes, qui se trouvèrent après en forme de femmes , mais bien réellement mu tuées. — On sait que les chats assoient au sabbat, qu'ils y dansent avec les sorc'ères, et que lesdites sorcières, aussi bien que le diable leur maître, prennent volontiers la figure de cet animal. On lit dans Boguet qu'un laboureur près de Strasbourg fut assailli par trois gros chats, et qu'en se défendant il les blessa sérieusement. Une heure après, le juge fit demander le laboureur et le mit en prison pour avoir maltraité trois dames de la ville. Le laboureur étonné assura qu'il n'avait maltraité que des chats, et en donna les preuves les plus évidentes : il avait gardé de la peau. On le relâcha, parce qu'on vit que le diab'e était coupable en cette affaire. — On ne finirait pas si on rappelait tout ce que les démonomanes ont rêvé sur les chats. Boguet dit encore que la chatte, étant frottée d'une herbe appelée népeta , conçoit t«ur-le-champ , cette herbe suppléant au défaut du mâle5. Les sorciers se servent aussi de la cervelle des chats pour donner !a mort; car c'est un poison, selon Bodin et quelques autres4, Voy. Blokula,
BEURRK DES SORC'ÈRES, MÉTAMORPHOSES, etc.
Château du Diable. — Plusieurs vieux manoirs portent ce nom dans des traditions et des contes populaires.
Chat-huant , — VOXJ. HlBOU , CHOUETTE ,
Chasse, Chevesche, etc.
Chaudière. — C'est ordinairement dans une chaudière de fer que, de temps immémorial, les sorcières composent leurs maléfices,
1 Gabrielle de P***, Hist. des Fantômes et dis démons, e;c., p. 203.
? Chap. 4, l;v. ii, p. *57.
J Discours des sorciers, ch. 14, p. 81.
• Bodin, Démonomanie des sorciers, liv m, cil, 2, p. 326.
qu'elles font bouillir sur un feu de verveine et d'autres plantes magiques.
Chaudron { Magoeleine-Michelle ), — Genevoise , accusée d'être sorcière en 1652. On dit qu'ayant rencontré le diable en sortant de la ville réformée, il reçut son hommage, et imprima sur sa lèvre supérieure son seing ou marque. Ce petit seing rend la peau insensible, comme l'affirment les démonographes. — Le diable ordonna à Michelle Chaudron d'en- • sorceler deux filles , elle obéit ; les parents l'accusèrent de diablerie, les filles interrogées attestèrent qu'elles étaient possédées. On appela ceux qui passaient pour médecins ; ils cherchèrent sur Michelle Chaudron le sceau du diable , que le procès-verbal appelle les marques sataniques; ils y enfoncèrent une aiguille. Michelle fit connaître par ses cris que les marques sataniques ne rendent point insensible.—Les juges , ne voyant pas de preuve complète , lui firent donner la question. Cette malheureuse, cédant à la violence des tourments, confessa tout ce qu'on voulut. Elle fut brûlée , après avoir été pendue et étranglée.
Chaudron-du- Diable , — gouffre qui se trouve
au sommet du pic de Ténériffe. Les Espagnols ont donné le nom de Chaudron-du-Diable à ce gouffre, à cause du bruit que l'on entend lorsqu'on y jette une pierre ; elle y retentit comme un vaisseau creux de cuivre contre lequel on frapperait avec un marteau d'une prodigieuse grosseur. Les naturels de l'île sont persuadés que c'est l'enfer, et que les âmes des méchants y font leur séjour *.
Chauve-souris. — Les Caraïbes regardent les chauves-souris comme de bons anges qui veillent à la sûreté des maisons durant la nuit; les tuer, chez eux, est un sacrilège : chez nous, c'est un des animaux qui figurent au sabbat.
Chavigny (JeAN-AimÉ DE) , — astrologue ,
disciple de Nostradamus, mourut en 1 604. Il a composé : la Première face du Janus français, contenant les troubles de France depuis 1534 jusqu'en 1589; Fin de la maison valésienne , extraite et colligée des centuries et commentaires de Michel Nostradamus (en latin et en français), Lyon , 1 594 , in-8° ; et nouvelle édition , augmentée, sous le titre de Commentaires sur les centuries et pronostications de Nostradamus , Paris, in-8°, rare; les Pléiades, divisées en sept livres , prises des anciennes prophéties, et conférées avec les oracles de Nostradamus, Lyon, 1603 ; la plus ample édition est de 1606. C'est un recueil de prédictions,
1 La Harpe, Abrégé de l'Histoire générale des voya- ;cs, t. f«,
dans lesquelles l'auteur promet à Henri IV l'empire de l'univers. Voy. Nostradamus.
Chax ou Scox, — démon. Voy. Scox.
Cheke, — professeur de grec à Cambridge, mort en 1 557. Il a écrit un livre 1 qu'il adressa au roi Henri VIII , et qu'il plaça à la tète de sa traduction latine du Traité de Plularque de la Superstition. Il avait des connaissances en astrologie, et croyait fermement à l'influence des astres, quoiqu'ils lui promissent du bonheur tout juste dans les occasions où il était le plus malheureux.
Chemens , — génies ou esprits que les Caraïbes supposent chargés de veiller sur les hommes. Ils leur offrent les premiers fruits , et placent ces offrandes dans un coin de leur hutte, sur une table faite de nattes, où ils prétendent que les génies se rassemblent pour boire et manger; ils en donnent pour preuve le mouvement des vases et le bruit qu'ils se persuadent que font ces divinités en soupant.
Chemise de nécessité. — Les sorcières allemandes portaient autrefois une chemise faite d'une façon détestable , et chargée de croix mêlées à des caractères diaboliques , par la vertu de laquelle elles se croyaient garanties de tous maux2. On l'appelait la chemise de nécessité. — Les habitants du Finistère conservent encore quelques idées superstitieuses sur les chemises des jeunes enfants. Ils croient que S" elles enfoncent dans l'eau de certaines fontaines, l'enfant meurt dans l'année ; il vit long-iemps, au contraire, si ce vêtement surnage.
Chériourt, — ange terrible, chargé de punir le crime et de poursuivre les criminels, selon la doctrine des guèbres.
Chesnaye des Bois (FrançoïS-AlexanDRE-
Aubert de la), — capucin, mort en 1784. On a de lui, l'Astrologue dans le puits, 1740, in— 1 2 ; et Lettres critiques, avec des songes moraux, sur les songes philosophiques de l'auteur des Lettres juives (le marquis d'Argens) , in — 1 2 ,
Cheteb OU Chereb, VO)J. DEBER.
Cheval.— Cet animal était, chez les anciens, un instrument à présages pour la guerre. Les Suèves, qui habitaient la Germanie, nourrissaient à Irais communs, dans des bois sacrés, des chevaux dont ils liraient des augures. Le grand-prêtre et le chef de la nation étaient les seuls qui pouvaient les toucher : ils les attachaient aux chariots sacrés, et observaient
1 De Superstitione, ad regem Hcnricum.
2 Bodin, Démononumie, liv. r r, ch. 3.
avec attention leurs hennissements et leurs frémissements. Il n'y avait pas de présages auxquels les prêtres et les principaux de la nation ajoutassent plus de foi. — On voit encore que chez certains peuples on se rendait les divinités favorables en précipitant des chevaux dans les fleuves. Quelquefois on se contentait de les laisser vivre en liberté dans les prairies voisines , après les avoir dévoués. Jules César, avant de passer le Rubicon, voua à ce fleuve un grand nombre de chevaux , qu'il abandonna dans les pâturages des environs. — Une tradition superstitieuse portait qu'une espèce de chevaux, qu'on nommait arzels, et qui ont une marque blanche au pied de derrière du côté droit, était malheureuse et funeste dans les combats. Anciennement on croyait aussi que les chevaux n'avaient pas de fiel ; mais c'est une erreur aujourd'hui presque généralement reconnue. Voy. Drapé, Bayard, Troupeaux, etc.'
Chevalier Impérial, — VOlJ. ESPAGNET.
Chevaliers de l'Enfer. — Ce sont des démons plus puissants que ceux qui n'ont aucun titre, mais moins puissants que les comtes , les marquis et les ducs. On peut les évoquer depuis le lever de l'aurore jusqu'au lever du soleil, et depuis le coucher du soleil jusqu'à la nuit1.
Chevalier ( Guillaume ), — gentilhomme béarnais, auteur d'un recueil de quatrains moraux , intitulé : Le Décès ou Fin du monde , divisé en trois visions, in-4°, 1 584.
Chevanes ( Jacques ) , — capucin, plus connu sous le nom de Jacques d'Autun, du lieu de sa naissance, mort à Dijon en 1678. On a de lui V Incrédulité savante et la crédulité ignorante, au sujet des magiciens et des sorciers. Lyon, 1671, in-4°. Ce recueil plein d'extravagances curieuses , dont nous rapportons en leur lieu les passages remarquables, est une réponse à l'apologie de Naudé pour tous les grands personnages soupçonnés de magie. Heureusement pour l'auteur, dit l'abbé Papillon , l'irascible Naudé était mort depuis long-temps quand ce livre parut.
Chevesche , — espèce de chouette , que Torquemada définit un oiseau nocturne fort bruyant, lequel tâche d'entrer où sont les enfants; et, quand il y est, il leur suce le sang du corps et le boit. Les démonographes ont donné Je nom de chevesche aux sorcières, parce que, semblables à cet oiseau, elles sucent le sang de ceux qu'elles peuvent saisir,
1 Wierus, in Pseudomonarch. decin , ad finem.
et principalement des petits enfants1. C'est sans doute là l'idée mère des vampires. Les sorcières qui sucent le sang ont aussi quelque analogie avec les gholes des Arabes. Voy. L\-