‹ Dictionnaire infernal, ou Recherches et anecdotes sur les démonsChapitre 120 sur 319 · ESC · texte numérisé non relu

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enragé mord tout ce qu'il rencontre. S'il tâche, au contraire, de s'échapper et de fuir à toutes jambes, l'espérance de salut est perdue sans ressource ; on sait de reste qu'un chien enragé court avec force et tout droit devant lui sans se détourner. — La sorcière soupçonnée était plongée dans l'eau, les mains et les pieds fortement liés ensemble. Surnageait-elle , on l'enlevait aussitôt pour la précipiter dans un bûcher, comme convaincue d'être criminelle, puisque l'eau des épreuves la rejetait de son sein. Enfonçait-elle , son innocence était dès lors irréprochable ; mais celte justification lui coûtait la vie*. — Il v avait bien d'autres

épreuves. Celle de la croix consistait généralement, pour les deux adversaires, à demeurer les bras étendus devant une croix , celui qui y tenait le plus long-temps gagnait sa cause. Mais le plus souvent les épreuves judiciaires se faisaient autrefois par l'eau ou le feu. Voy. Eau bouillante, Cercueil, Fer chaud. Ordalie , etc.

érèbe, — fleuve des enfers : on le prend aussi pour une partie de l'enfer et pour l'enfer même. Il y avait un sacerdoce particulier pour les âmes qui étaient dans l'Érèbe. :

Brgenna , — devin d'Élrurie dans l'antiquité.

Brio au chapeau venteux. — On lit dans

Hector de Boece que le roi de Suède , Éric ou Henri, surnommé le Chapeau venteux, faisait changer les vents en tournant son bonnet sur sa tète, pour montrer au démon, avec qui il avait fait pacte, de quel côté il les voulait ; et le démon était si exact à donner le vent que demandait le signal du bonnet, qu'on aurait pu , en toute sûreté , prendre le couvrechef royal pour une girouette.

ériohtho , — sorcière qui , dans la guerre entre César et Pompée , évoqua un mort lequel prédit toutes les circonstances de la bataille de Pbarsale '.

érooonopes, — peuples imaginaires que Lucien représente comme d'habiles archers , montés sur (Jes moucherons-monstres.

érooordaoèi , — autre peuple imaginaire que le même auteur représente combattant avec des raves en guise de flèches.

éromaatîe , — une des six espèces de divinations pratiquées chez les Perses par le moyen de Tair. Ils s'enveloppaient la tète d'une serviette , exposaient à l'air un vase rempli d'eau, et proféraient à voix basse l'objet

* Goldsinith, Essai sur Ips hommes et sur les mœurs. » Wierus, de prœstJg. dœm., lib. 2, cap. Il,

de leurs vœux. Si Teau venait à bouillonner, c'était un pronostic heureux.

l6rotyIot, — pierre fabuleuse dont Démocrite et Pline après lui vantent la propriété pour la divination.

Brreuri populaires. — Lorsque le Dante publia son Enfer, la simplicité de son siècle le reçut comme une véritable narration de sa descente dans les sombres manoirs. A l'époque où l'Utopie de Thomas Morus parut pour la première fois, elle occasionna une plaisante méprise. Ce roman poétique donne le modèle d'une république imaginaire dans une île qui est supposée avoir été nouvellement découverte en Amérique. Comme c'était le siècle . dit Granger, Buddœus et d'autres écrivains , prirent le conte pour une histoire véritable , et regardèrent comme une chose importante qu'on envoyât des missionnaires dans cette île. — Ce ne fut que long-temps après la publication des Voyages de (Julliver, par Swift , qu'un grand nombre de ses lecteurs demeura convaincu qu'ils étaient fabuleux *. — Les erreurs populaires sont en si grand nombre, qu'elles ne tiendraient pas toutes dans ce livre. Nous ne parlerons pas des erreurs physiques ou des erreurs d'ignorance: nous ne nous élèverons ici que contre les erreurs enfantées par les savants. Âmsi Cardan eut des partisans lorsqu'il débita que, dans le Nouveau- Monde , les gouttes d'eau se changent en petites grenouilles vertes. Cédrénus a écrit très-merveilleusement que tous les rois francs de la première race naissaient avec l'épine du dos couverte et hérissée d'un poil de sanglier. Le peuple croit fermement, dans certaines provinces , que la louve enfante , avec ses louveteaux, un petit chien qu,'elle dévore aussitôt qu'il voit le jour. — Voyez la plupart des articles de ce Dictionnaire.

itu9 ou Br, — fils de Zoroastre. Platon assure qu'il sortit de son tombeau douzo jours après avoir été brûlé sur un bûcher, et qu'il conta beaucoup de choses sur le sort des bons et des méchants dans l'autre monde.

Bioamotage. — On l'a pris quelquefois pour la sorcellerie ; le diable, dit Leloyer, s'en est souvent mêlé. Delrio ( liv. 2, quest. 2) rapporte qu'on punit du dernier supplice, à Trêves, une sorcière très-connue qui faisait venir le lait de toutes les vaches du voisinage en un vase placé dans le mur. Sprenger assure pareillement que certaines sorcières se placent la nuit dims un coin, de leur maison , tenant un vase devant elles ; qu elles plantent

I Bertin, Curiosités de la littérature, i. I<S p. 304.

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un couteau ou (eut autre instrument dans le mur; qu^elles tendent la main pour traire, en invoquant le diable, qui travaille avec elles à traire telle ou telle vache qui parait la plus grasse et la mieux fournie de lait ; que le démon s'empresse de presser les mamelles de la vache , et de porter le lait dans Tendroit où se trouve la sorcière qui Tescamote ainsi. Voy. FasoiiNation , Charmbs , Agrippa , etc. Dans les villages, les escamoteurs ont encore le nom de sorciers.

Btohyle , — tragique grec à qui on avait prédit qu'il mourrait de la chute d'une maison ; ce qui 6t qu*il s'alla loger en pleine campagne ; mais le conte ajoute qu'un aigfe, qui portait une tortue dans ses serres , la laissa tomber sur la tête chauve du poète, pensant que ce fût un rocher; et la prédiction s'accomplit.

Bfldras. — Pour les écrits qu*on lui attribue, voy. Pic db la Mirandole.

Bspagnet ( Jean d' ), — philosophe hermétique qui a fait deux traites intitulés : l'un , Enchiridton de la physique rétablie ; l'autre , Secret de la philosophie hermétique '; encore lui conteste-t-on ce dernier, que l'on attribue à un inconnu qui se faisait appeler le chevalier impérial ■. Le Secret de la philosophie renferme la pralii]ue du grand œuvre, et YEnchiridion la théorie physique sur laquelle repose la transmutabilité des métaux. D'Espagnet est encore auteur de la préface qui précède le Traité de l'inconstance des dé-mons de Pierre Delancre. On lit dans cette préface que les sorcières ont coutume de voler les petits enfants pour les consacrer au démon.

Espagnol ( JEAN l' ) , — docteur en théologie, grand-prieur de Saint-Remi de Reims, auteur d'un livre intitulé : Histoire notable de la conversion des Anglais^ etc. ; in-8*». Douai, 4644. La vingtième annotation, qui commence à la page 206 et va jusqu'à la 306^, est un traité sur les apparitions des esprits, où, avec des choses passables et médiocres , on trouve de bonnes observations '.

Skprîti. — Les anciens ont cru que les es« prits, qu'ils appelaient démons ou génies, étaient des demi-dieux. Chaque nation , dit

* Enrichidion physicae restitutae. Arcanum phitoaophi» bermetic».

' Ce chevaUer, très-révéré des alchimistes, est men^ tionné souvent dans la Trompette française^ petit volume contenant une Prophétie de Éombarlsur la naistance de Louis XIV, On a, du Chevalier impérial, le Miroir des alchimistes, avec instructions aux dames pour dorénavant être belles sans plus user de leurs fards venimeux, 1609. In-16.

^ Lenglet-Dufresnoy, Catalogue des auteurs qui ont écrit sur les apparitions.

Apulée , même chaque famille et cKaque homme, a son esprit qui le guide et qui veille sur sa conduite. Tous les peuples avaient du respect pour eux , et les Romains . les révéraient. Ils n'assiégeaient les villes et n'entreprenaient leurs guerres qu'après que leurs prêtres avaient invoqué le génie du pays. Caligula même fit punir publiquement quelquesuns de ceux qui tes avaient maudits ^ — 11 y a eu des philosophes qui se sont imaginé que ces esprits n'étaient que les âmes des morts qui , étant une fois séparées de leurs corps, erraient incessamment sur la terpe. Ce sentiment leur paraissait d'autant plus vraisemblable qu'ils s'imaginaient voir des spectres auprès des tombeaux dans les cimetière.^, dans les lieux où l'on avait tué quelques personnes, c Les esprits , dit Wecker, sont les seigneurs de l'air; ils peuvent exciter les tempêtes , rompre les nues et les transporter ou ils veulent avec de grands tourbillons ; enlever l'eau de la mer, en former la grêle et tout ce que bon leur semble. » — Il y a dans l'intérieur de l'Amérique septentrionale des peuplades sauvages qui s'imaginent que lorsqu'un homme est enterré sans qu'on place auprès de lui tout ce qui lui a appartenu, son esprit revient sous forme humaine, et se montre sur les arbres les plus près de Sii maison , armé d'un fusil ; on ajoute qu'il ne peut jouir du repos qu'après que les objets qu'il réclame ont été déposés dans sa tombe. — Les Siamois admettent une multitude d'esprits répandus dans l'air, dont la puissance est fort grande, et qui sont très-malfaisants. Ils tracent certaines paroles magiques sur des feuilles de papier , pour se prémunir contre leur malice. Lorsqu'ils préparent une médecine, ils garnissent le bord du vase d'un grand nombre de ces papiers, de peur que les esprits n^emportent la vertu des remèdes. — Les auteurs cabalistiques ont prétendu que les esprits étaient des créatures matérielles , composées de la substance la plus pure des éléments ; que plus cette matière était subtile , plus ils avaient de pouvoir et d'action. Ces auteurs en distinguent de deux sortes, de supérieurs et d'inférieurs : les supérieurs sont ou célestes ou aériens ; les inférieurs sont ou aquatiques ou terrestres. Ceux qui ont cru que ces esprits étaient des créatures matérielles, les ont assujettis à la mort comme les hommes. Cardan dit que les esprits qui apparurent à son père lui firent connaître qu'ils naissaient et qu'ils mouraient comme nous ; mais que leur vie était plus longue et plus heureuse que la nôtre.

I Discours sur les esprits follets, Mercure galant, 1680,

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