‹ Dictionnaire infernal, ou Recherches et anecdotes sur les démonsChapitre 141 sur 319 · PRA · texte numérisé non relu

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rite est que la franc -maçonnerie, comme 80^ ciété secrète , créée au commencement du dernier siècle par un Anglais, lord Mootague, n'est autre chose que le protestantiame parvenu à l'état d'indilTérence , et une sourde conspiration contre le catholicisme. — Quand la franc-maçonnerie, qui détruit à présent, construisait^ il n'y avait qu'uo 8eu4 grand* maître qui résidait en Angleterre; aujourd'hui chaque pays a le sien. ^— Les assemblées des maçons se nomment communément loges. Une loge doit être au moins composée de sept membres. Le président de la loge porte le nom do vénérable. Il a au-dessous de lui deux surveillants, qui font exécuter les règlements de l'ordre. — Dans les assemblées solennelles, chaque frère a un tablier de peau ou de soie blanche , dont les cordons sont blancs aussi et d'cloflc pareille à celle du tablier; le» apprentis le portent tout uni, les OQmt)agnond l'entourent des couleurs de la loge, les maîtres y font broder une équerre, un compas, deux colonnes et les divers ornements de l'ordre. Les maîlres portent aussi un cordon bleu, auquel pendent une équerre et un oompaç. «- Dans le repas , les lumières doivent être en triangle, la table servie a trois, cinq, sepi^ neuf couverts et plus, suivant le nombre des convives , mais toujours en nombre impair. Tous les termes qu'on y emploie sont empruntés de Tartillerie, comme ceux q<2'on em* ploie dans les travaux sont emprunta de Tarchitecture. On porte la première santé au prince à qui on obéit, la seconde au grandmaître , la troisième au vénérable de la loge. On boit ensuite aux surveiilan(;s , aux nouveaux reçus et à tous les frères. — Le fils d'un franc-maçon est Loufton ' ; il peut être .reçu à quatorze ans. Le fils d'un profane (celui qui n'est pas franc-^naçon ) ne peut l'être qu'à vingt et un ans. — Entre plusieurs signes mystérieux qui se voient dans les loges , on remarque , au milieu de VétpiU flamboyante , un 6 , première lettre de God (en anglais, Dieu). — Il y a dans la maçonnerie trois principaux grades. Il faut être .^pprenti avant d'être compagnon , et compa'* gnon avant d'être maitre. Les aoaîtres n'entrent en loge qu'avec le geste de l'horreur *. et cela en mémoire de la mort (ÏAdoniram ou Iliramj dont on raconte diversement l'histoire. — Celle histoire ou ce conte n'est que pour amuser les niais. On peut appeler ainsi

' La plupart des Français disent improprement Louveteau.

"*■ Les lamentations des n aitres sur la mort cleHiram, décédé il y a bientôt trois mille ars, rappellent, eM quelque sorte , les fêtes tunèbrcs d'Adonis chez le« païens.

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ceux qui se parent des trois grades dont nous venons de parler, et qui ne sont pas initiés aux grands secrets réservés aux dignitaires supérieurs. — Les uns vous diront que dans ce récit il s*agit de Hiram, roi de Tyr, qui fit alliance avec Salomon , et lui fut d'un grand secours pour la construction du temple. — D'autres content que ce Hiram était un excellent ouvrier en or, en argent et en cuivre ; qu'il était fils d'un Tyrien, et d'une femme de la tribu de Nephtali * ; que Salomon le fit venir de Tyr pour travailler aux ornements du temple, comme on le voit au quatrième livre des Rois ; qu'entre autres ouvrages , il construisit , à l'entrée du temple , deux colonnes de cuivre, qui avaient chacune dix-huit coudées de haut et quatre de diamètre; qu'il donna le nom de jakin à l'une , près de laquelle on payait les apprentis , et le nom de Booz à l'autre , près de laquelle on payait les compagnons, etc. Mais voici l'histoire d'^^rfoniram* ou de Hiram, suivant l'opinion la plus commune chez les francs -maçons. Ils prétendent qu'elle a été puisée dans le Talmud, où on lit que le vénérabk Hiram donna l'habit et le caractère de maçon à Salomon , qui se fît honneur de le porter. — Adoniram , que Salomon avait chargé de diriger les travaux de son temple, avait un si grand nombre d'ouvriers à payer, qu'il ne pouvait les connaître tous. Pour ne pas risquer de payer l'apprenti comme le compagnon , et le compagnon comme le maître, il convint avec les maîtres de mots et d'attouchements qui serviraient à les distinguer de leurs subalternes , et donna pareillement aux compagnons des signes de reconnaissance qui n'étaient point connus des apprentis. — Trois compagnons , peu satisfaits de leur paye, formèrent le dessein de demander le mot de maître à Adoniram, dès qu'ils pourraient le trouver seul, ou de l'assassiner s'il ne voulait pas le leur dire. Ils l'attendirent un soir dans le temple, et se postèrent, l'un au nord , l'autre au midi , le troisième à l'orient. Adoniram étant entré seul par la porte de l'occident, et voulant sortir par celle du midi, un des trois compagnons lui demanda le mot de maître , en levant sur lui le marteau qu'il tenait à la main. Adoniram lui dit qu'il n'avait pas reçu le mot de maître de cette façon -là. Aussitôt le compagnon lui porta sur la tête un coup de mar-

I Salomon tiilit Hiram de Tyro. filium mulieris viduœ de tribu Nephtali, artificem serarium, etc.

Reg., lib. IV.

* L'Écriture nous apprend que celui qui conduisait les travaux du temple de Salomon s'appelait Adoniram. Josèphe, dans son Histoire des Juifs , le nomme Adoram»

teau. Le coup n'ayant pas été assez violent pour le renverser, Adoniram s'enfuit vers la porte du nord , où il trouva le second qui lui en fit autant. Cependant ce second coup lui laissant encore quelques forces, il tenta de sortir par la porte de l'orient, où le troisième, après lui avoir fait la même demande que les deux premiers , acheva Me l'assommer. Les assassins enfouirent le corps sous un tas de pierres, et quand la nuit fut venue, ils le transportèrent sur une montagne où ils Tenter « rèrent ; et , afin de pouvoir reconnaître Tendroit, ils plantèrent une branche d'acacia sur la fosse. — Salomon , ayant été sept jours sans voir Adoniram , ordonna à neuf maîtres de le chercher. Ces neuf maîtres exécutèrent fidèlement l'ordre ; après de longues et vaines recherches, trois d'entre eux qui se trouvaient fatigués , s'étant assis par hasard à l'endroit où Adoniram avait été enterré , l'un des trois arracha machinalement la branche d'acacia, et s'aperçut que la terre, en cet endroit, avait été remuée depuis peu. Les trois maîtres, curieux d'en savoir la cause^ se mirent à fouiller et trouvèrent le corps d' Adoniram. Alors ils appelèrent les autres , et ayant tous reconnu leur chef, dans la pensée que quelques compagnons pouvaient bien avoir commis le crime , et qu'ils avaient peut-être tiré d'Adoniram le mot de maître, ils le changèrent sur le champ \ et allèrent rendre compte à Salomon de cette aventure. Ce prince en fut touché ; il ordonna à tous les maîtres de transporter le corps d'Adoniram dans le temple , où on l'enterra en grande pompe. Pendant la cérémonie, tous les maîtres portaient des tabliers et des gants de peau blanche, pour marquer qu'aucun d'eux n'avait souillé ses mains du sang de leur chef. — Telle est l'histoire d'Adoniram. — L'ordre des francs-maçons a des prétentions à la gravité, quoiqu'il soit pétri et nourri de ridicules. Ce serait peu s'il n'avait pas en religion de pernicieuses tendances. Aussi le Saint-Siège , par quatre actes différents, a-t-il formellement condamné la franc -maçonnerie. Les mystérieuses jongleries de leurs loges leur ont donné la réputation de sorciers dans les campagnes. — Outre les ordres de chevalerie qu'ils ont créés pour leur amusement, il y a chez eux plusieurs schismes , et on citerait beaucoup de sociétés secrètes de ce genre plus ou moins absurdes. Les mopses, en Allemagne, étaient des francsmaçons qui avaient ponr emblème un bouledogue. Une autre secte s'appelle l'ordre de la

^ Le mot de maître était Jehovah. Celui qu'on a pria depuis signifie, selon les francs-maçons, U çorpt ni cor- Tùmpu.

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liberté f et ils regardent Moïse comme leur fondateur.* Les chevaliers prussiens font remonter leur origine à la tour de Babel , d'autrès à Noé. — On ne reçoit les femmes chez les francs-macons que dans lesioges d adoption, loges où l'on donne des bals et festins. On change alors les mots et les signes , pour ne pas exposer les secrets de Tordre.

Frank (CHRISTIAN), — visionnaire qui mourut en 4590; il changea souvent de religion, ce qui le fit surnommer Girouette, 11 croyait la religion japonaise meilleure que les autres, parce qu'il avait lu que ses ministres avaient des extases.

Frank (SÉBASTIEN), — antre visionnaire du seizième siècle, sur la vie duquel on a peu de données positives, quoiqu'il ait dans son temps excité Tatlention du public. Il donna en 1531 un traité de V Arbre de la science du bien et du mal, dont Adam a mangé la mort, et dont encore aujourd'hui tous les hommes la mangent. Le péché d'Adam n'est selon lui qu'une allcf;orie, et Tarbre que la personne, la volonté, la science , la vie d'Adam*. Frank mourut en 1545. On a encore de lui une traduction allemande de VEloge de la folie, par Érasme; le Traité de la vanité des sciences , et VEloge deTtîne, traduit d'Agrippa en allemand; Paradoxa ou deux cent quatre-vingts discours miraculeux , tirés de l'Écrilure sainte, Ulm , 1533, in-8®. Témoignage de V Ecriture sur les bons et les mauvais anges , 1535, in - 8**, etc. N'était-il pas le père du précédent ?

Franxotîut , — auteur d'un ouvrage intitulé : De la divination des anges, in-4o, Francfort ou Venise, 1632.

Frayeur. — ^ Piron racontait souvent qu'il avait environ dix ans, lorsqu'un soir d'hiver, soupant en famille chez son père, on entendit des cris affreux qui partaient de chez un tonnelier voisin ; on alla voir ce que c'était. Un petit garçon transi de peur conduisit les curieux dans la chambre d'où venaient les cris, qui redoublèrent bientôt. — Ah ! messieurs , dit le tonnelier tremblant, couché en travers sur son lit, daignez au plus tôt faire appeler un chirurgien, car je sens que je n'ai pas long-temps à vivre. — Le père de Piron^ après avoir chargé un domestique de remplir les intentions du prétendu malade, s'étant approché de lui , et l'ayant interrogé sur la cause de sa maladie : — Vous vovez, mon cher voisin, répondit le tonnelier, l'homme le plus malheureux! Ahl maudite femm&Uon m'avait bien dit que tes liaisons avec la plus détestable sorcière de la Bourgogne , ne tarderaient guère à m'être fatales. . • •— Ces pro-

pos faisant soupçonner que la tête de cet homme était dérangée, on attendit que le chirurgien fût arrivé. — Monsieur, lorsqu'il le vit entrer, s'écria le tonnelier, j'implore votre secours, je suis un homme mort 1 — Sachons d'abord, lui dit le chirurgien, de quoi il s'agit. — Ah ! faut-il que je sois forcé, en vous disant d'où partent mes douleurs, de déshonorer ma femme même ! répondit le pauvre homme, mais elle le mérite, et, dans mon état, je n'ai plus rien à ménager. Apprenez donc qu'en rentrant chez moi ce soir, après avoir passé deux heures au plus chez le marchand de vin du coin , ma femme , qui me croit toujours ivre, m ayant trop poussé à bout, je me suis vu forcé , pour pouvoir me coucher en paix, d'être un peu rude à son égard ; sur quoi, après m'avorr menacé de sa vengeance, elle s'est sauvée du logis; je me suis déshabillé pour gagner mon lit; mais au moment d'v mouler... Dieu 1 la méchante créature I une main, pour ne pas dire une barre de fer, plus brûlante qu'un tison, est tombée sur ma fesse droite , et la douleur que j'en ai ressentie , jointe à la peur qui m'a saisi , m'a fait manquer le cœur au point que je ne crois pas y survivre !.... Mais vous en riez, je crois? eki bien ! messieurs, voyez , si toute autre main que celle do Lucifer même pût jamais appliquer une pareille claque ! — Au premier aspect de la plaie, do sa noirceur et des griffes qui semblaient y être imprimées, la plupart des assistants furent saisis, et le petit Piron voulut se sauver. Mais on rassura le malade sur les idées qu'il avait conçues , tant contre sa femme que contre la prétendue sorcière ; le chirurgien lui appliquâmes remèdes convenables : on le laissa un peu dans son effroi , ce qui le corrigea légèrement de son ivrognerie. Ce remède avaii été employé par la femme (au moyen d'un parent qu'elle avait fait cacher dans la maison), pour corriger l'imtempérance du tonnelier.

Frîbourg. -*M. Lucien Brun a publié cette curieuse légende des deux Fribourg. — Wilfrid de Thanenburg , un des riches gentilshommes de Fribourg en Brisgaw, fêtait ses accordailles avec la iioble héritière de Rosenberg. Les vins du Rhin, des meilleurs crus, coulaient largement dans des coupes souvent vidées. — Le vieux bourgmestre Conrad de Blumenthal céda doucement à une impulsion communicative , et ne manqua pas , après des révélations que l'histoire n'a pas conservées , d'épancher quelque dose de mauvaise humeur f entre l'archevêque Adhémard, qui lui rognait ses privilèges. Les convives se récrièrent sur ce courage inconnu, dontils firent, du reste.

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tous les honneurs au tokay, et chacun de rappeler au bourgmestre les prétentions de Tarchevèque, suivies d'autant de soumissions du digne magi.'^trat. — Par saint Conrad, Messeigneurs 1 s'écria-l-il aiguillonné , ne saurai-je donc pas mettre un frein à ses enopiétements? — Eh! mais, nous avons tout lieu de le croire! lui dit un de ses voisins. — Eh bien ! je veux que Satan nous emporte , et avec nous la moitié de notre bonne ville ^ si hier déjà je ne lui ai fait sentir combien son arrogance me déplaît, et si demain... •<- En ce moment un éclat de rire moqueur, la chute de quelques vases et d'un riche bahut, inlerrompirent le bourgmestre:— Qui ose rire? s'écria-l-il exaspéré, quoiqu'un peu inquiet du mensonge qu'il venait de faire ; qui veut que je lui prouve ce que j'avance? — C'est toi qui fais tout ce bruit! dit Wilfrid à un vieux serviteur effrayé. — Non , monseigneur, mais quand on a parlé du diable , j'ai senti... — Le brûlé , je parie, s'écriaWilfrid en riant ; eh bien ! donnenous du vin et laisse le diable en paix, s'il peut y rester. — Cette saillie détourna l'attention, et les convives eurent bientôt oublié la colère de Blumenthal et le court incident qui en était résulté ; ils s'amusèrent beaucoup toutefois de la figure bouleversée du vieil ëchanson, qui affirma très-positivement qu'il avait vu fuir les forêts et failli se heurter à ia lune , qui n'était pas à hauteur d'homme. — Or voici ce qui ce passait. — Le bourgmestre avait été pris au mot par Satan luimême , qui faisait voyager, pour son instruction, un jeune diable. «Mon fils, lui avait-il dit, quand tu sauras qu'il y a chez un jeune fou un projet de fèfe, invile-toi sans crainte, le diable n'est jamais déplacé dans une orgie , au contraire. » Et ils s'en étaient allés chez Wilfrid de Thanenbnrg. — On a su ce qui précéda et suivit les paroles du bourgmestre. Satan fit un signe à son élève ^ et l'un de droite , et l'autre de gauche , ils prirent joyeusement la moitié de Fribourg la plus éloignée de la cathédrale et s'enfuirent comme des larrons. C'était leur joie et ce brusque mouvement qui avaient interrompu le bourgmestre. — Les deux démons ne savaient trop que faire de ce riche butin ; ils avaient enlevé Fribourg en vrais voleurs qui prennent par goût , par instinct , sans songer que la porte de l'enfer, quelque vaste qu'elle fût , et quoique donnant passage à des consciences d'une largeur ren^arquable , ouvrait inutilement ses deux battants devant une demiville d'une dimension presque égale et d'une nature beaucoup moins élastique et compressible, ils suivaient donc leur routf) aérienne

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