‹ Dictionnaire infernal, ou Recherches et anecdotes sur les démonsChapitre 169 sur 319 · IBI · texte numérisé non relu

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Siciliens et les Eubéens élaient fort adonnés à cette superèlilion ; — b» on lirait des présages de la couleur de Teau et des figures qu'on croyait y voir. C'est ainsi, selon Varron , qu'on apprit à Rome quelle serait l'issue de la guerre contre Mithridale. Certaines rivières ou fontaines passaient chez les anciens pour être plus propres que d'autres à ces opérations ; — 6° c'était encore par une espèce d'hydromancie que les anciens Germains éclaircissaient leurs soupçons sur la fidélité des femmes : ils jetaient dans le Rhin, sur un bouclier, les enfants dont elles venaient d'accoucher; s'ils surnageaient, ils les tenaient pour légitimes, et pour bâtards s'ils allaient au fond ; — 7» on remplissait d'eau une coupe ou une tasse, et, après avoir prononcé dessus certaines paroles, on examinait si l'eau bouillonnait et se répandait par-dessus les bords; — 8^ on mettait de l'eau dans un bassin de verre ou de cristal; puis on y jelait une goutte d'huile , et Ton s'imaginait voir dans cette eau, comme dans un miroir, ce dont on désirait d'être instruit; — 9° les femmes des Germains pratiquaient une neuvième sorte d'hydromancie, en examinant, pour y deviner l'avenir, les tours et détours et le bruit que faisaient les eaux des fleuves dans les gouffres ou tourbillons qu'ils formaient ; — 10® enfin, on peut rapporter à l'hydromancle une superstition qui a long-temps été en usage en Italie. Lorsqu'on soupçonnait des personnes d'un vol, on écrivait leurs noms sur autant de

petits cailloux qu'on jelait dans l'eau. Le nom du voleur ne s'effaçait pas. Voy, Oomancie.

Hyène. — Les Égyptiens croyaient que l'hyène changeait de sexe chaque année. — On donnait le nom de pierres d'hyène à des pierres qui , au rapport de Ph'ne , se trouvent dans le corps de l'hyène, lesquelles, placées sous la langue, allribuaient à celui qui les portait le don de prédire l'avenir.

Hyméra. -— Une femme de Syracuse, nommée Uyméra , eut un songe , pendant lequel elle crut monter au ciel, conduite par un jeune homme qu'elle ne connaissait point. Après qu'elle eut vu tous les dieux et admiré les beautés de leur séjour, elle aperçut^ attaché avec des chaînes de fer, sous le trône de Jupiter, un homme robuste, d'un teint roux, et le visage tacheté de lentilles. Elle demanda à son guide quel était cet homme ainsi enchaîné. Il lui fut répondu que c'était le mauvais destin de l'Italie et de la Sicile, et que, lorsqu'il serait délivré de ses fers, il causerait de grands maux. Hyméra s'éveilla làdessus, et le lendemain elle divulgua son rêve. — Quelque temps après, quand Denysle-Tyran se fut emparé du trône de la Sicile, Hyméra le vit entrer à Syracuse et s'écria que c'était l'homme qu'elle avait vu enchaîné dans le ciel. Le tyran, l'ayant appris, la fit mourir *.

» Valère-Maxime.

Xalysîens, — peuple dont parle Ovide, et dont les regards avaient la vertu magique de gâter tout ce qu'ils fixaient. Jupiter les changea en rochers et les exposa aux fureurs des flots.

xbîi, — oiseau d'Egypte qui ressemble à la cigogne. Quand il met sa tète et son cou sous ses ailes , dit Ëlien , sa figure est à peu près celle du cœur humain. On dit que cet oiseau a introduit l'usage des lavements, honneur qui est réclamé aussi par les cigognes. Les Egyptiens autrefois lui rendaient les honneurs divins, et il y avait peine de mort pour ceux qui tuaient un ibis , même par mégarde. De nos jours, les Égyptiens regardent encore comme sacrilège celui qui tue l'ibis blanc,

dont la présence bénit, disent-ils, les travaux champêtres, et qu'ils révèrent comme un symbole d'innocence.

Xohneumon, — rat du Nil, auquel les Égyptiens rendaient un culte papticulier; il avait ses prêtres et ses autels. Butfon dit qu'il vit dans l'état de domesticité, et qu'il sert comme les chats à prendre les souris. Il est plus fort que le chat, s'accommode de tout, chasse aux oiseaux , aux quadrupèdes , aux serpents et aux lézards. Pline dit qu'il fait la guerre au crocodile, qu'il l'épie pendant son sommeil, et que si ce vaste reptile était assez imprudent pour dormir la gueule ouverte, l'ichneumon s'introduirait- dans son estomac et lui rongerait les entrailles. M. Denon assure que

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c'est une fable ; ces deax animaux n*ont jamais rien à démêler ensemble, ajotite-t-il, puisqu'ils n'habitent pas les mômes parages; on ne voit pas de crocodiles dans la basse Egypte^ on ne voit pas non plus d'ichneumons dans la haute '.

ZokthjoiBanoîe, — divination très-ancienne qui se pratique par l'inspection des entrailles des poissons. Polydamas, pendant la guerre de Troie , et Tirésias s'en sont servis. On dit que tes poissons de la fontaine d'Apollon à Miré étaient prophètes , et Apulée fut aussi accusé de s'en être servi *.

Ida. — On voit dans la légende de la bienheureuse Ida de Louvain quelques pâtes apparitions du diable, qui cherche à la troubler et qui n'y parvient pas. { Boîlandistes , 13 avril.)

Xdîot. — En Ecosse, les gens du peuple ne voient pas comme un malheur un enfant idiot dans une famille, lis voient là au contraire un signe de bénédiction. Cette opinion est partagée par plusieurs peuples de 1 Orient, et nous nous bornons à la mentionner sans la juger.

Idoles. — L'idole est une image, une figure, une représentation d'un être imaginaire ou réel. Le culte d'adoration rendu h quelque idole s'appelle idolâtrie. — Si les idoles ont fait chez tes païens des choses qu'on pouvait appeler prodiges , ces prodiges n'ont eu lieu que par le pouvoir des dédions ou par le charlatanisme. — Saint Grégoire le thaumaturge, se rendant à Néocésarée , fut surpris par la nuit et par une pluie violente qui Tobligea d'entrer dans un temple d'idoles, fameux dans le pays à cause des oracles qui s'y rendaient. 1\ invoqua le nom de Jésus-Christ, fit des signes de croix pour purifier le temple, et passa une partie de la cuit à chanter les louanges de Dieu suivant son habitude. Après qu'il fut parti, le prêtre des idoles vint au temple, se disposant à faire les cérémonies de son eu 'te. Les démons, dit-on, lui apparurent aussitôt, et lui dirent qu'ils ne pouvaient plus habiter ce lieu depuis qu'un saint évêque y avait séjourné. Il promit bien des sacrifices pour les engager à tenir ferme sur leurs autels; mais la puissance de Satan s'était éclipsée devant Grégoire. Le prêtre , furieux , poursuivit l'évoque de Néocésarée , et le menaça de le faire punir juridiquement s'il ne réparait le mal qu'il venait de causer. Grégoire, qui l'écoutait sans s'émouvoir, lui répondit : « Avec l'aide de Weu, qui chasse les démons, ils pourront re-

* M. SalgacB, Des Erreurs, etc., t. III, p. 361.

* Delancre, Incrédatité et mécréance, ctc , p. 267.

venir s'il le permet. » Il prit alors iiA papier sur lequel il écrivit : « Grégoire à Satan. Rentre. » — Le sacrificateur porta ce billet dans son temple, fit ses sacrifices, et les démons y revinrent. Mais, rcQéchissant alors à la puissance de Grégoire , il retourna vers lui , se fit inslruire dans la religion chrétienne et devint son disciple. — Porphyre avoue que les démons s'enfermaient dans les idoles pour recevoir le culte des gentils, a Parmi les idoles, dit-il, il y a des esprits impurs, trompeurs et malfaisants, qui veulent passer pour des dieux et se faire adorer par les hommes; il faut les apai>er, de peur qu'ils ne nous nuisent. Les uns, gais et enjoués, se laiî^sent gagner par des spectacles et des jeux ; l'humeur sombre des autres veut l'odeur de la graisse et se repaît des sacrifices sanglants. »

xfurm , — enfer des Gaulois. C'était une région sombre et terrible, inaccessible aux rayons du soleil, infectée d'insectes venimeux, de reptiles, de lions rugissants et de loups carnassiers. Les grands criminels étaient enchaînés dans des cavernes encore plus horrible:^, ploni^és dans un étang plein de couleuvres et brûlés par les poisons qui distillaient sans cesr^e de la voûte Les gens inutiles, ceux qui n'avaient fait ni bien ni mal , résidaient au milieu des vapeurs épaisses et pénétrantes élevées au-dessus de ces hideuses prisons. Le plus grand supplice était un froid très-rigoureux.

Ignorance. — Ceux qui enseignèrent que l'Océan était salé de peur qu'il ne se corrompit, et que les marées étaient faites pour conduire nos vaisseaux dans les ports, ne savaient sûrement pas que la Méditerranée a des ports et point do reûux. Voy. Erreurs, Merveilles, Prodiges, etc., etc., etc.

XUf . — Il y a dans la Baltique des fies rapprochées que les pécheurs croient avoir été faites par des enchanteurs , qui voulaient s'en aller plus facilement d'un lieu à un autre, et qui établissaient ainsi des stations sur leur route ^

XHnmînéf , — sorte de fiipincs-maçons d'Allemagne, qui croient avoir la seconde vue et qui prophétisent. On connaît peu leur doctrine , qui est vague et libre , mais ils ont eu des prédécesseurs. En 4575, Jean de Villalpando et une carmélite nommée Catherine de Jésus, établirent une secte d'illuminés, que l'inquisition de Cordoue dispersa . Pierre Guérin les ramena en France en 4634. Ils prétendaient que Dieu avait révélé à l'un d'entre

< Marmit r, Trad. de la mer Baltique.

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Rux , le* frère Antoine Bocqiiet , une pratique de vie et de foi suréminenle , au moyen de laquelle on devenait lellenrtent soint qu'on ne fditiiait plus qu'un avec Dieu et qu'alors on pouvait sans péché se livrer à toutes ses passions. Ils se flattaient d'en remontrer aux apôtres, à tous les saints et à toute l'Église. Louis XIII dissipa cette secle de fous.

Images de cire, — Vuy. ENVOUTEMENT.

Xmagmation. — Les rêves, les songes, les chimères, les terreurs paniques, les superstitions, les préjugés, les prodiges, les châteaux en Espagne, le bonheur, la gloire, et tous ces contes d'esprits et de revenants, de sorciers et de diables, sont les enfants de Timaginalion. Son domaine est immense, 5fon empire est despotique ; une grande force d'esprit peut seule en réprimer les écarts. Un Athénien , ayant rêvé qu'il était devenu fou, en eut l'imagination lellomenl frappée qu'à son réveil il fit des folies comme il croyait devoir en faire , et perdit en effet la raiion. — On connaît l'origine de la fièvre de Saint- Vallier. A cette occasion Pasquier parle de la mort d'un bouffon du marquis de Ferrare, nommé Gonelle, qui, ayant entendu dire qu'une grande peur guérissait de la fièvre , voulut guérir de la fièvre quarte le prince son maître, qui en était tourmenté. Pour cet effet , passant avec lui sur un pont assez étroit, il le poussa et le fit tomber dans l'eau au péril de sa vie. On repêcha le souverain, et il fut guéri ; mais, jugeant que l'indiscrétion de Gonellfe méritait quelque punition , il le condamna à avoir la tête coupée, bien résolu cependant de ne pas le faire mourir. Le jour de l'exécution, il lui fit bander les yeux, et ordonna qu'au lieu d'un coup de sabre on ne lui donnât qu'un petit coup de serviette mouillée ; l'ordre fut exécuté et Gonelle délié aussitôt après, mais le malheureux bouffon était mort de peur. — Héquet parle d'un homme qui , s'étant couché avec les cheveux noirs, se leva le matin avec les cheveux blancs, parce qu'il avait rêvé qu'il était condamné à un supplice cruel et infamant. Dans le Dictionnaire de police de Des Essarts, on trouve l'histoire d'une jeune fille à qui une sorcière prédit qu'elle serait pendue ; ce qui produisit un tel effet sur son esprit qu'elle mourut suffoquée la nuit suivante. — Athénée raconte que quelques jeunes gens d'Agrigente étant ivre -, dans une chambre de cabaret, se crurent sur une galère, au milieu de la mer en furie, et jetèrent par les fenêtres tous les meul)lcs de la maison, pour soulager le bâtiment. — Il y avait, à Athènes, un fou qui se troyait maître de tous les vais«-

seaux qui entraient dans ie Pirée, et donnait ses ordres en conséquence. Horace parle d'un autre fou , qui croyait toujours assister à un spectacle, et qui, suivi d'une troupe de comédiens imaginaires, portait un théâtre dans sa tête , oii il était tout à la fois et l'acteur et le spectateur. On voit, dans les maoiaques, des choses aussi singulières; tel s'imagine être un moineau, un vase de terre, un serpent; tel autre se croit un dieu, un orateur, un Hercule. Et parmi les gens qu'on dit sensés , en est-il beaucoup qui maîtrisent leur imagination, et se montrent exempts de faiblesses et d'erreurs?— Plusieurs personnes mordues par des chiens ont été très-malades parce que, les supposant atteints de la rage, elles se croyaient menacées ou déjà affectées du même mal. La société royale des sciences de Montpellier rapporte , dans un mémoire publié en i730, que deux frères ayant été mordus par un chien enragé, l'un d'eux partit pour la Hollande, d'où il ne revint qu'au bout de dix ans. Ayant appris, à son retour, que son frère était mort hydrophobe, il mourut lui-même enragé par la crainte de l'être. — Voici un fait qui n'est pas moins extraordinaire : un jardinier rêva qu'un grand chien noir l'avait mordu. Il ne pouvait montrer aucune trace de morsure ; et sa femme, qui s'était levée au premier cri, lui assura que toutes les portes étaient bien fermées et qu'aucun chien n'avait pu entrer. Ce fut en vain ; l'idée du gros chien noir restait toujours présente à son imagination , il croyait le voir sans cesse : il en perdit ie sommeil et l'appétit, devint triste, rêveur, languissant. Sa femme qui, raisonnable au commencement, avait fait tous ses efforts pour le calmer et le guérir de son illusion, finit par s'imaginer que, puisqu'elle n'avait pas réussi, il y avait quelque chose de réel dans l'idée de son mari , et qu'ayant été couchée à côté de lui, il était fort possible qu'elle eût été aussi mordue. Cette disposition d'esprit développa chez elle les mêmes symptômes que chez son mari , abattement , lassitude , frayeur, insomnie. — Le médecin, voyant échouer toiiles les ressources ordinaires de son art contre cette maladie de l'imagination , leur conseilla d'aller en pèlerinage à Saint-Hubert. — ^*^ ce moment les doux malades furent plus tranquilles : ils allèrent à Saint-Hubert , y subirent le traitement usité , et revinrent guéris. — Un homme pauvre et malheureux s'était tellement frappé l'imagination de l'idée d'à richesses, qu'il avait fini par se croire dans la plus grande opulence. Un médecin le guérit, et il regretta sa folie. — On a vu , en Angleterre, un homme qui voulail absolument que

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rien ne raffltgeât dans ce monde. En voin on lui annonçait un événement fâcheux ; il s'obslinnit à le nier Sa femme étant morte, il n'en voulut rien croire. li faisait mettre à tnblc le couvert de la défunte , et s'entretenait avec elle , comme si elle eût été prosente ; il en agissait de même lorsque son fils était absent. Près de sa dernière heure, il soutint qu'il n'était pas malade, et mourut avant d*en avoir eu ie démenti. — Voici une autre anecdote : Un maçon , sous l'empire d'une mononianie qui pouvait dégénérer en folie absolue, croyait avoir avaté une couleuvre ; il disait la sentir remuer dans son ventre. M. Jules Cloquet. chirurgien de l'hôpital Saint-Louis, à qui H fut amené , pensa que le meilleur, peut-être lo seul moyen pour guérir ce monomane, était de se prêter à sa folie. Il offrit en conséquence d'extraire la couleuvre par une opération chirurgicale. Le maçon y consent ; une incision longue, mais superficielle, est faite à la région de l'estomac ; des linges, des compresses, des bandages rougis par le sang sont appliqués. La tète d'une couleuvre dont on s'était précautionné est passée avec adresse entre les bandes et la plaie, a Nous la tenons enûn , s'écrie l'adroit chirurgien ; la voici. » En même temps, le patient arrache son bandoau ; il veut voir le reptile qu'il a nourri dans son sein. Quelque temps après une nouvelle mélancolie s'empare de lui ; il gémit, il soupire ; le médecin est rappelé : « Monsieur, lui dit*U avec anxiété, si elle avait fait des petits? --> Impossible 1 c'est un mâle. » — On attribue ordinairement à l'imagination des femmes la production des fœtus monstrueux. M. Salgues a voulu prouver que l'imagination n'y avait aucune part, en citant quelques animaux qui ont produit des monstres, et par d'autres preuves insuffisantes. Plessman, dans sa Méd^ine puerpérale ; Rariitt% , dans une thèse; Demangeon, dans ses Considérations physio- ^^gttes sur le pouvoir de V imagination maternelle dam la grossesse , soutiennent l'opinion générale. — Les femmes enceintes défi-* gurentieurs enfants, quoique déjà formés » lorsque leur imagination est violemment frap- P^B. Malebranche parle d'une femme quij ayant assisté à l'exécution d'un malheureux condamné à la roue , en fut si affectée qu'elle mit au monde un enfant dont les bras , les cuisses et les jambes étaient rompus à l'en- (^rolt où la barre de l'exécuteur avait frappé le condamné. — Le peintre Jean-Baptiste Rossi ^^tsurnominé Gobbino, parce qu'il était agréablement gobbo, c'est-à-dire bossu. Sa mère était enceinte de lui lorsque son père sculptait le gobbo , bénitier devenu célèbre et qui

a fait lo pendant du pasquino , autre bénitier de Gabriel Cagliari. — Une femme enceinte jouait aux cartes. En relevant son jeu , elle voit que. |K>ur faire un grand coup, il lui manque l'as de pique. La dernière carte qui lui rentre était effectivement celle qu'elle attendait. Une joie immodérée s'empare de son esprit, se communique, comme un choc électrique, à toute son existence ; et l'enfant qu'elle mit au monde porta dans la prunelle de l'oBil la forme d'un as de pique , sans que l'organe de la vue fût d'ailleurs offensé par cette con- ^ formation extraordinaire. — a Le trait suivant est encore plus étonnant, dit Lavater. Un do mes amis m'en a garanti l'authenticité. Une dame de condition du Rhinthal voulut assister, dans sa grossesse, au supplice d'un criminel qui avait été condamne à avoir la tète tranchée et la main droite coupée. Le coup qui abattit la main effraya tellement la femme enceinte, qu'elle détourna la tête avec un mou* vemeiit d'hQrreur, et se retira sans attendre la fin de Texécution. Elle accoucha d'une fille qui n'eut qu'une main , et qui vivait encore lorsque mon ami me fit part de cotte anecdote; l'autre main sortit séparément, d'abord après l'enfantement. » — 11 y a du resle, sur les accouchements prodigieux, bien des contes. <f J'ai lu, dans un recueil de faits merveilleux, dit M. Salgues ( Des Erreurs et des préjugés répandus dans la société), qu'en 4778, un chat, né à Siap en Normandie, devint épris d'une poule du voisinage et qu'il lui fit une cour assidue. La fermière ayant mis sous les ailes de la poule des œufs de.cane qu'elle voulait faire couver, le chat s'associa à ses travaux niaternels. Il détourna une partie des œufs et les couva si tendrement qu'au bout de vingt-cinq jours il en sortit de petits êtres amphibies, participant de la cane et du diat, tandis que ceux de la poule étaient des canards ordinaires. Le docteur Yimond atteste qu'il a vu , connu , tenu le père et la mère de cette singulière famille, et les petits euxmêmes. Mais on dit au docteur Yimond : « Aviez-vous la vue bien nette quand vous avez examiné vos canards amphibies ? vous avez trouvé l'animal vêtu d'un poil noirâtre ^ touffu et soyeux : mais ne savez- vous pas que c'est le premier duvet des canards? Croyezvous que Tincubatlon d'un chat puisse dénaturer le germe renfermé dans l'œuf? Alors pourquoi l'incubation de la poule aurait-elle été moins efficace et n'aurait-elle pas produit des êtres moitié poules et moitié canards? » — On rit aujourd'hui de ces coûtes, on n'oserait plus écrire ce que publiaient les journaux de Paris, il y a soixante ans, qu'une chienne

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du faubourg Saînt-Honoré venait de mettre au jour quatre chats et trois chiens. — Élien, dans le vieux temps , n pu parler d*une truie qui mit bas un cochon ayant une tête d'éléphant , et d'une brebis qui mit bas un lion. Nous le rangerons à côté do Torquemada, qui rapporte, dans la sixième journée de son Easchméron, qu'en un lieu d'Espagne, qu'il ne nomme pas , une jument était tellement pleine qu'au temps de mettre bas son fruit elle creva, et qu'il sortit d'elle une mule qui mourut incontinent, ayant comme sa mère le ventre si gros et si enflé que le maître voulut voir ce qui était dedans. On l'ouvrit et on y trouva une autre mule de laquelle elle était pleine... — Voici une autre anecdote. Un duc de Mantoue avait dans ses écuries une cavale pleine qui mit bas un mulet. Il envoya aussitôt aux plus célèbres astrologues d'Italie l'heure de ia naissance de cette bête , les priant de lui faire l'horoscope d'un bâtard né dans son palais sous les conditions qu'il indiquait. Il prit bien soin qu'ils ne sussent pas que c'était d'un mulet qu'il voulait parler. Les devins firent de leur mieux pour flatter le prince, ne dou~ tant pas que ce bâtard ne fût du prince. Les uns dirent qu'il serait général d'armée ; les autres en firent mieux encore, et tous le comblèrent de dignités. — Mais rentrons dans les accouchements prodigieux. On publia au seizième siècle qu'une femme ensorcelée venait d'enfanter plusieurs grenouilles. De telles nouveautés étaient reçues alors sans opposition. Au commencement du dix-huitième siècle, les gazettes d'Angleterre annoncèrent, d'après le certificat du chirurgien accoucheur, appuyé de l'analomiste du roi, qu'une paysanne venaft d'accoucher de beaucoup de lapins ; et ie public le crut, jusqu'au moment où l'anatomiste avoua qu'il s'était prêté à une mystification. — On fit courir le bruit, en 4474, qu'une femme, à Pavie, avait mis bas un chien; on cita la Suissesse qui, en 1278, avait donné le jour à un lion, et la femme que Pline dit avoir été mère d'un éléphant. — On voit dans d'autres conteurs anciens qu'une autre Suissesse se délivra d'un lièvre ; une Thuringienne, d'un crapaud; que d'autres femmes mirent bas des poulets *. Ambroise Paré cite un jeune cochon napolitain qui portait une tête d'homme sur son corps de cochon. Boguet assure , dans ses Discours des eoaécrables sor^ ciers, qu'une femme maléficiée mit au jour à la fois, en 4531, une tête d'homme, un serpent à deux pieds et un petit pourceau. Bayle parle d'une femme qui passa pour être accou-

I Bayle, Hépubliquc des lettres, 1684, t. III, p. 472^ cité par M. Saljfties.

chée d'un chat noir ; le chat fut brûlé commn produit d'un démon « . — Le môme Torquémada que nous avons cité énumèro beaucoup d'accouchements extraordinaires : une femme qui mit au monde sept enfants à la fois , à Médina del Gampo ; une autre femme de Salamanque qui en eut neuf d'une seule couche ; puis une Italienne qui donna le jour à soixantedix enfants d'une même portée. Et comme od pourrait être surpris du nombre , il rappelle ce que conte Albert-le-Grand, qu'une Allemande enfanta, d'une seule couche, cent cinquante enfants, grands comme le doigt, trèsbien formés et tous enveloppés dans une pellicule. On ne dit pas ce que devint celle petite famille. Mais avouez qu'il n'y a que les Allemandes pour faire de ces choses-là. — Une Hollandaise pourta'ht fit plus encore. Voy. Marguerite. — « Ces faits sont difficiles à croire à qui ne les a pas vus , » dit Torquémada ; et il parle, de visu^ d'un enfant né en Italie avec une barbe de bouc; comment a-t-il reconnu. que cette barbe était précisément une barbe de bouc? — Volaterranus parle d'un enfant qui naquit homme jusqu'à la ceinture, et chien dans la partie inférieure du corps. Un autre enfant monstrueux naquit, sous le règne de Constance , avec deux bouches, quatre yeux, deux petites oreilles et de la barbe. — Un savant professeur de Louvain, Cornélius Gemma, écrivant à une époque où l'on admettait tout, rapporte qu'en 4545 une dame de noble lignée mit au monde , dans la Belgique , un garçon qui avait , au dire des experts, la tête d'un démon avec une trompe d'éléphant au lieu de nez, des pattes d'oie au lieu de mains, des yeux de chat au milieu du ventre , une tête de chien à chaque genou , deux visages de singe sur l'estomac et une queue de scorpion longue d'une demi-aune de Brabant. Ce petit monstre ne vécut que quatre heures, et poussa des cris en mourant par les deux gueules de chien qu'il avait aux genoux *. — Noos pourrions multiplier ces contes ridicules , fondés sur quelques phénomènes naturels que l'imagination des femmes enceintes a produits. Arrêtons-nous un moment aux faits prodigieux plus réels. Tels sont les enfants nés sans tète, ou plutôt dont la tête n'est pas distincte des épaules. Un de ces enfants vint au monde au village de Schmechten, près de Paderborn, le 46 mai 4565; il avait la bouche à l'épaule gauche et une seule oreille à l'épaule droite. Mais en compensation de ces enfants sans tète , une Normande accoucha , le SIO juillet 4 684 , d'un enfant mâle

< Bayle, République des lettres, 1686, t. III, p. 1018. ' Cornelii Gemmœ cosmocritic», lib. 1, cap. 8.

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