‹ Dictionnaire infernal, ou Recherches et anecdotes sur les démonsChapitre 170 sur 319 · IMP · texte numérisé non relu

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dont la lete semblait double. Il avail quatre yeux, deux nez crochus, deux bouches, deux langues et seulement deux oreilles. L'inldriour renfermait deux cerveaux , deux cervelets et (rois cœurs; les autres viscères étaient simples. Ce garçon vécut une heure ; el peut-être eut-il vécu plus long-temps, si la sage-femme qui en avait peur ne Teùt laissé tomber. — Le phénomène des êtres bicéphales est moins rare que celui des acéphales. On présenta en 1779, à TAcadémie des sciences de Paris, un lézard à deux têtes, qui se servait également bien de toutes les deux. Le journal de médecine du mois de février 1808 donne des détails curieux sur un enfant né avec deux têtes, mais placées l'une au-dessus de l'autre, de sorte que la première en portait une seconde; cet enfant était né au Bengale. A son entrée dans le monde , il effraya tellement la sage-femme que, croyant tenir le diable dans les mains , elle le jeta au feu. On se hâta de l'en retirer, mais il eut les oreilles endommagées. Ce qui rendait le cas encore plus singulier, c'est ({ue la seconde tête était renversée, le front en bas et le menton en haut. Lorsque l'enfant eut atteint l'âge de six mois, les deux lêles se couvrirent d'une quantité à peu près égale de cheveux noirs. On remarqua que la tête supérieure ne s'accordait pas avec l'inférieure ; qu'elle fermait les yeux quand l'autre les ouvrait , et s'éveillait quand la tête principale était endormie; elle avait alternativenaenl des mouvements indépendants et des mouvennenls sympathiques. Le rire de la bonne tête s'épanouissait sur la tête d'en haut ; mais la douleur de cette dernière ne passait pas à l'autre , de sorte qu'on pouvait la pincer sans occasionner la moindre sensation à la tête d'en bas. Cet enfant mourut d'un accident à sa quatrième année. — Ce que nous venons de rapporter n'est peut-être pas impossible. Mais remarquez que ces merveilles viennent toujours de très-loin. Cependant nous avons vu de nos jours Ritta-Christina, cette jeune fille à deux têtes, ou plutôt ces deux jeunes filles accouplées. Nous avons vu aussi les jumeaux Siamois , deux hommes qu'une partie du ventre rendait inséparables et semblait réunir en un seul être. Pour le reste, le plus sûr est de rejeter en ces matières ce qui n'est pas certifié par de suffisants témoignages. — ^^Dans ce genre de faits, on attribuait autrefois au diable tout ce qui sortait du cours ordinaire de la nature. — Il est certain qu'on exagère ordinairement ces phénomènes. On a vu des fœtus monstrueux , à qui on donnait gratuitement la forme d'un mouton » et qoi étaient aussi bien un chien ,

un cochon, un lièvre, etc., puisqu'ils n*avaient. aucune figure distincte. On prend souvent pour une cerise, ou pour une fraise, ou pour un bouton de rose, ce qui n'est qu'un seing plus large et plus coloré qu'ils ne le sont ordinairement. Voy, Frayeurs, etc.

Zme, — géant. Voy. N.4INS.

Zmmortaltté. — Ménandre, disciple de Simon le magicien , se vantait de donner un baptême qui rendait immortel. On fut bien vite détrompé. — Les Chinois sont persuadés qu'il y a quelque part une eau qui empêche de mourir ; et ils cherchent toujours ce breuvage d'immortalité , qui n'est pas trouvé encore. — Les StruUdbruggs ou immortels de Gulliver sont fort malheureux de leur immortalité. La même pensée se retrouve dans cette légende des bords de la Baltique. — A Falster, il y avait autrefois une femme fort riche qui n avait point d'enfants. Elle voulut faire un pieux usage de sa fortune, et elle bâtit une église. L'édifice achevé, elle le trouva si bien, qu'elle se crut en droit de demander à Dieu une récompense. Elle le pria donc de la laisser vivre aussi long-temps que son église subsisterait. Son vœu fut exaucé. La mort passa devant sa porte sans entrer ; la mort frappa autour d'elle voisins, parents, amis, et ne lui montra pas seulement le bout de sa faux. Elle vécut au milieu de toutes les guerres, de toutes les pestes, de tous les fléaux qui traversèrent le pays. Elle vécut si long-temps, qu'elle ne trouva plus un ami avec qui elle pût s'entretenir; elle parlait toujours d'une époque si ancienne, que personne ne la comprenait. Elle avait bien demandé une vie perpétuelle, mais elle avait oublié de demander aussi la jeunesse ; le ciel ne lui donna que juste ce qu'elle voulait avoir, et la pauvre femme vieillit ; elle perdit ses forces, puis la vue, et Touïe et la parole. Alors elle se fit enfermer dans une caisse de chêne et porter dans l'église. Chaque année , à Noël , elle recouvre , pendant une heure, l'usage de ses sens, et chaque année, à cette heure-là , le prêtre s'approche d'elle pour prendre ses ordres. La malheureuse se lève à demi dans son cercueil et s'écrie : « Mon église subsiste-t-elle encore ? — Oui , répond le prêtre. — Hélas ! dit-elle. » Et elle s'affaisse , en poussant un profond soupir, et le coffre de chêne se referme sur elle *.

Impair. — Une crédulité superstitieuse a attribué, dans tous les temps, bien des prérogatives au nombre impair. Le nombre pair passait, chez les Romains, pour mauvais, parce que ce nombre, pouvant être divisé éga-

I Marinier, Trod. de la Baltique.

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