‹ Dictionnaire infernal, ou Recherches et anecdotes sur les démonsChapitre 171 sur 319 · IMP · texte numérisé non relu

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lement, est le symbole do la moitalito et de la deslruclion; c'est pourquoi Numa, corrigeant l'année de Romulus, y ajouta un jour, afin de rendre impair le nombre de ceux qu'elle contenait. C'est en nombre impair que les livres magiques prescrivent leurs opérations les plus mystérieuses. L'alchimiste d'Espagnet , dans sa Description du Jardin des Sages, place à l'entrée une fontaine qui a sept soufces. Il faut, dit-il, y faire boire le dragon par le nombre magique de trois fois sept, et l'on doit y chercher trois sortes de fleurs, qu'il faut y trouver nécessairement pour réussir au grand œuvre. Le crédit du nombre impair s'est établi jusque dans la médecine : l'année climatérique est, dans la vie humaine, une année impaire.

Xmpotturet. — On lit dans Leloyer qu'un valet', par le moyen d'une sarbacane, engagea une veuve d'Angers à l'épouser, en le lui conseillant ()e la part de son mari défunt. — Un roi d'Écossè, voyant que ses troupes ne voulaient point combattre contre les Pietés , suborna des gens habillés d'écaillés brillances, ayant en main des bâtons de bois luisant, qui les excitèrent à combattre, comïhe s'ils avaient été des anges , ce qui eut le succès qu'il souhaitait *. — Nous aurions un gros volume à faire , si nous voulions citer ici toutes les impostures de lliistoire. Voy. Apparitions , Fantômes , Bohémiens , Jetzer , etc.

Zmpféo^tioni. — Ce qui va suivre est de Chassanion , huguenot , en ses Grands juge^ ments de Dieu : « Qu£int à ceux qui sont adonnés à maugréer, et oui , comme des gueulei3 d'enfer, à tout propos dépitent Dieu par d'horribles exécrations , et sont si forcenés que de le renier pour ^ donner au diable , ils onéritent bien d'être abandonnés ^e Dieu et d'être Ijvrés entre les mains de Satap pour aller avec lui ep perdition ; ce qui est advenu visiblement à certains malheyreux de notre temps qui ont été emportés par le diable, auquel ils s'étaient donnés. — Il y a quelqqe teinps qu'en Allemagne un homme de mauvaise vie était si mal embouché , que jamais il ne ps^'la^t sans nommer les diables. Si en cheminait il lui advenait de faire quelque faux pas ou de se he^irteir, aussitôt il avait les diables dans sa gueule. De quoi cpipbien que plusieurs fois il eût été repris par ses voisins , et admonesté de se châtier duo si méchant et déte^^ble vice, toutefois ce fut en vain. Con^fi^nt dans cette mauvaise çt damnable coutunio , il advint un jour qu'en passant sur un pont il trébucha et, étant tombé du haut en bas, proféra ces paroles : Lève-toi par tous les cent

' Hector de Boecc.

diables. Soudain , voici celui qu'il avait tant de fois appelé qui le vint étrangler, et l'emporta. — L'an mil cinq cent cinquante et un, près Mégalopole, joignant Voilstadt, il advint encore , durant les fêtes de la Pentecôte , ainsi que le peuple s'amusait à boire , qu'une femme , qui était de la campagne , nommait ordinairenient le diî^ble parmi ses jurements : lequel , à cette heure , en la présence d'un chacun , l'enleva par la porte de la maison , et l'emporta en l'air. Ceux qui étaient présents sortirent incontinent tout' étonnés , pour voir où cette femme était ainsi transportée : laquelle ils virent, hors du village, pendue quelque temps en l'air bien haut, dont çlle tomba en bas , et la trouvèrent à peu près morte au milieu d'un champ. -^ Environ ce temps-là , il y eut un grand jureur en une ville de Savoie, hoimme fort vicieux et qui donnait beaucoup de peine aux ^ens de bien, qui , pour le devoir de leur charge , s'employèrent à le reprendre et l'admonestèrent bien souvent, afin qu'il s'amendât : à quoi il ne voulut oncques entendre. Or, advint que, la peste étant en la ville, il en fut frappé et se retira en un sien jardin , avec sa femme et quelques parents. Là , les ministres de l'église ne cessèrent de l'exhorter à repentance , lui remontrant ses fautes et péchés pour le réduire au bon chemin. Mais tant s'en fallut qu'il fût touché par tant de bonnes et saintes remontrances, qu'au contraire il ne fit que s'endurcir davantage en ses péché?. Avançant donc son malheur, un jour, comme ce méchant reniait Dieu et se donnait au diable et l'appelëiit tant qu'il pouvait, voilà' le diable qui le ravit soudainement et l'emporta en l'air; sa femme et sa parente le virent passer pardessus leurs têtes. Étant ainsi transporté, son bqnnet lui tomba de dessus la tê(è , et fut trouvé auprès du hhône. Le magistrat, averti de cela , vint sur le Ijeu, et s'informa du fait, prenant attestation de ces deux femmes de ce qu'elles avaient vu. — Voilà des événements terriblei^, épouvantables/ pour donner crainte et frayeur à tels oq semblables jureurs et renieurs de Dieu, desquels le monde n'est que trop rempli aujourd'hui. Réfrénez donc, misérables que vous êtes, vos langues infernales ; départez-vous de Routes méchantes paroles et exécrations, et vous accoutumez à louer et glorifier Dieu tant de bouche que de fait '. » — Quand les feipnies grecques entendent des imprécations coinme il s'en fait dans les chaudes colères de leur pays ,

elles se hâtent de mouiller leurs seins avec . . ' ' f- » •

* Chassanion, Jugements de Bleu, p. 169.

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leur salive , de peur qu*unc parlie de ers malédictioos ne tombent sur elles *. Voy. Jurements.

Znoendiet. — En 4d07, UQ professeur de Brunswick annonça qu'il vendait de la poudre, aux incendies , comme un apothicaire vend de la poudre aux vers ; il ne s'agissait , pour sauver un édifice , que de le saupoudrer de quelques pincées de cette poudre; deux onces suffisaient par pied carré ; et comme la livre ne coûtait que sept à huit sous, et qu'un homme n'a que quatorze pie4s de superficie, on pouvait, pour 47 sous ou six deniers (vieux style) , se rendre incombustible. Quelques gens crédules achetèrent la poudre du docteur. Les gens raisonnables crurent qu'il voulait attraper le public , et se moquèrent de lui». Voy. AppARrriONS.

XnoomlMitUblei. — Il y avait jadis en Espagne des hommes d'une trempe supérieure qu'on appelait Saludadores, Santiguadores , Ensalmadores. Ils avaient non-seulement la vertu de guérir toutes les maladies avec leur salive , mais ils maniaient le feu impunément; ils pouvaient avaler de l'huile bouillante, marcher sur les charbons ardents , se promener à l'aise au milieu des bûchers enflammés. Ils se disaient parents de sainte Catherine et montraient sur leur chair l'empreinte d'une roue, signe inagnifeste de leur glorieuse origine. — Il existe aujourd'hui en France, en Allemagne et dans presque toute l'Europe, des hommes qui ont les mêmes privilèges , et qui pourtant évitent avec soin l'examen des savants et des docteurs. Léonard Vair conte qu'un de ces hommes incombustibles ayant été sérieusement enfermé dans un four trèschaud, on le trouva calciné quand on rouvrit le four. Il y a quelques années qu'on vit à paris un Espagnol marcher pieds nus sur des barres de fer rougies au feu , promener des lames ardentes sur ses bras et sur sa langue,, se laver les mains avec du plomb fondu , etc. ; on publia ces merveilles. Dans un autre temps , l'Espagnol eût passé pour un homme qui avait des relations avec le démon ; alors, on se conlenta de citer Virgile , qui dit que les prêtres d'Apollon au mont Sofacte marchaient sur des charbons ardents; on cita Varron , qui affirme que ces prêtres avaient le secret d'une composition qui les rendait pour quelques instants inaccessibles à raclion du feu. — Le P. Regnault, qui a fait quelques recherches pour découvrir les

* Mac-Farlane, Souvenirs ^\i Levant.

> M. Salgues, Des Erreurs et des préjugés, tome III,

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secrets de ces procédés , en a publié un dans ses Entretiens sur la physique expérimentale. Ceux qui font métier, dit-il, de manier le feu et d'en tenir à la bouche , emploient quelquefois un mélange égal d'esprit de soufre , de sel ammoniac, d'essence de romarin et de suc d'oignon. L'oignon est en effet regardé, par les gens de la campagne, comme un préservatif contre la brûlure. Dans le temps où le P. Regnault s'occupait de ces recherches , un chimiste anglais , nommé Richardson , remplissait toute l'Europe du bruit de ses expériences merveilleuses. Il mâchait des charbons ardents sans se brûler; il faisait fondre du soufre, le plaçait tout animé sur sa main , et le reportait sur sa langue, où il achevait de se consumer; il mettait aussi sur sa langue des charbons embrasés, y faisait cuire un morceau de viande ou une huître, et souffrait, sans sourciller, qu'on allumât le feu avec un soufflet; il tenait un fer rouge dans ses mains, sans qu'il y restât aucune trace de brûlure , prenait ce fer dans ses dents, et le lançait au loin avec une force étonnante ; il avalait de la poix et du verre fondus, du soufre et de la cire mêlés ensemble , et tout ardents , de sorte que la flamme sortait de sa bouche comme d'une fournaise. Jamais, dans toutes ces épreuves, il ne donnait le moindre signe de douleur. — Depuis le chimiste Pichardson , plusieurs hommes ont essayé comme lui de manier le feu impunément. En '1174, on vit à la forge de Laune un homme qui marchait sans se brûler sur des barres de fer ardentes , tenait sur sa main des charbons, et les soufflait avec sa bouche ; sa peau était épaisse et enduite d'une sueur grasse , onctueuse , mais il n'employait aucun spécifique. Tant d'exemples prouvent qui! n'est paS hécessaire d'être parent de sainte Catherine pour braver les effets du feu. Mais il fallait que quelqu'un prît la peine de prou ver i par des expériences décisives , qu'on peut aisément opérer tous les prodiges dont l'Espagnol incombustible a grossi sa réputation ; ce pfhysicien s'est trouvé à Naples. — M. Sementinî, premier professeur de chimie à Tuniversilé de cette ville, a publié à ce sujet des recherches qui ne laissent rien à désirer. Ses premières tentatives ne furent pas heureuses, mais il ne se découragea point. Il conçut que ses chairs ne pouvaient acquérir subitement les mêmes facultés que celles du fameux Lionetti , qui était alors incombustible; qu^il était nécessaire de répéter long-temps les mômes tentatives et que, pour obtenir les résultats qu'il cherchait, il fallait beaucoup de constance. A force de soins il roussit. Il se fit sur

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le corps des frictions sulfureuses, et les répéta si souvent , qu'enfin il put y promener impunément une lame de fer rouge. Il essaya de produire le même effet avec une dissolution d'alun , Tune des substances les plus propres à repousser Taclion du feu : le succès fut encore plus complet. Mais quand M. Sementini avait lavé la partie incombustible , il perdait aussitôt tous se< avantages , et devenait aussi périssable que le commun des mortels. Il fallut donc tenter de nouvelles expériences. Le hasard servit M. Sementini à souhait. En cherchant jusqu'à quel point rénergie du spécifique qu'il avait employé pouvait se conserver, il passa sur la parlic frottée un morceau de savon dur. et Tessuva

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avec un linge : il y porta ensuite une lame de fer. Quel fut son étonnement de voir que sa peau avait non-seulement conservé sa première insensibilité, mais qu'elle en avait acquis une bien plus grande encore ! Quand on est heureux, on devient entreprenant : M. Sementini lenta sur sa langue ce qu'il venait d'éprouver sur son bras , et sa langue répondit parfaitement à son attente; elle soutînt l'épreuve sans murmurer ; un fer él incelant n'y laissa pas la moindre empreinte de brûlure. — Voilà donc les prodiges de Tineombûstibilité réduits à des actes naturels et vulgaires*. Voy. Feu.

Znorédulei. — On a remarqué, par de tristes expériences , que les incrédules, qui nient les faits de la religion , croient aux fables superstitieuses, aux songes, aux cartes, aux présages , aux plus vains pronostics , — comme pour montrer que l'esprit fort est surtout un esprit faible.

Znoubes , — démons qui séduisaient les femmes. Servius Tullius, qui fut roi des Romains, était le fils d'une esclave et de Vulcain , selon d'anciens auteurs ; d'un salamandre, selon les cabalistes; d'un démon incube, selon les démonographes.

Znoubo, — génie gardien des trésors de la terre. Le petit peuple de l'ancienne Rome croyait que les trésors cachés dans les entrailles de la terre étaient gardés par des esprits nommés Incubones, qui avaient de petits chapeaux dont il fallait d'abord'se saisir. Si on avait ce bonheur, on devenait leur maître, et on les contraignait à déclarer et à découvrir où étaient ces trésors.

Infernaux. — On nomma ainsi dans le seizième siècle les partisans de Nicolas Gallus et de Jacques Smidelin , qui soutenaient

' M. Saignes, De» Erreurs et des préjugés, t. II, p. 186 et suiv.

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que, pendant les Iroi.-; jours de le sépu!tiire de Noire -Soii^ncnr, son âmo , descendue flans le lieu où les damnés souffrent , y fut (ourmentée avec ces malheureux V

Infidélité. — Quand certaines peUillades d'Egypte soupçonnaient leurs femmes d'infidélité, ils leur faisaient avaler de l'eau soufrée, dans laquelle ils mettaient de la poussière et de l'huile de lampe, préfendant que, si elles étaient coupables, co brnuv;i.:;e leur ferait souffrir des douleurs insupportables : espèce d'épreuves connue sous le nom de ca~ lice du soupçon.

Influence des attret. — Le Taureau domine sur le cou ; les Gémeaux sur les épaules; l'Écrevisse sur les bras et sur les mains; le Lion sur la poitrine , le coeur et le diaphragme ; la Vierge sur l'estomac , les intestins , les côtes et les muscles ; la Balance sur les reins ; le Scorpion sur les parties secrèles; le Sagittaire sur le nez et les excréments ; le Capricorne sur les genoux; le Verseau sur les cuisses ; le Poisson sur les pieds. — Voilà en peu de mots ce qui regarde les douze signes du Zodiaque touchant les différentes parties du corps. Il est donc très-dangereux d'offenser quelque membre, lorsque la lune est dans le signe qui le domine , parce que la lune en augmente l'hwmidilé , comme on le verra si on expose de la chair fraîche [tendant la nuit aux rayons de la lune ; il s'y engendrera des vers, et surtout dans la pleine lune *. Voy. Astrologie.

Inîs Fail, — nom d'une pierre fameuse attachée encore aujourd'hui sous le siège où l'on couronnait dans l'église de Westminster les rois de la Grande-Bretagne. Cette i.ierre du destin , que dans la légende héroïque de ces peuples les anciens Écossais avaient apportée d'Irlande, au quatrième siècle, devait les faire régner partout où elle serait placée au milieu d'eux.

Inquiûiîon. — Ce fut vers Tan 4200 que le pape Innocent III établit le tribunal de l'inquisition pour procéder contre les Albigeois, hérétiques perfides qui bouleversaient la société. Déjà, en 1184, le concile de Vérone avait ordonné aux évoques de Lombardie de rechercher les hérétiques , et de livrer au magistrat civil ceux qui seraient opiniâtres. Le comte de Toulouse adopta ce tribunal en 1229; Grégoire IX, en 1233, le confia aux dominicains. Les écrivains qui ont dit que saint Dominique fut le premier inquisiteur-général, ont dit la chose qui n'est pas. Saint Domini-

* Bergier, Dict. théolog.

> Admirables secrets d'Âlbert-le-Grand, p. 18.

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que ne fut jamais inquisiteur; il élait mort en ^221. Le premier inquisiteur-général fut le légat Pierre de Castelnau , que les Albigeois assassinèrent. Le pape Innocent IV étendit l'inquisilion dans toute l'Italie , à l'exception de Naples. L'Espagne y fut soumise de 4 480 à 4 484 , sous le règne de Ferdinand et d'Isabelle ; le Portugal l'établit en 4557. L'inquisition parut depuis dans les pays où ces puissances dominèrent; mais elle ne s'est exercée dans aucun royaume que du consentement et le plus souvent à la demande des souverains *. Elle a été repoussée en France et en Belgique. — « Si Ton excepte un très— petit qombre d'hommes instruits, dit Joseph de Maistre, il ne vous arrivera guère de parler de l'inquisition sans rencontrer dans chaque tète trois erreurs capitales, plantées et comme rivées dans les esprits, au point qu'elles cèdent à peine aux démonstrations les plus évidentes. — On croit que l'inquisiticD est un tribunal purement ecclésiastique : cela est faux. On croit que les ecclésiastiques qui siègent dans ce tribunal condamnent certains accusés à la peine de mort : cela est faux. On croit qu'ils les condamnent pour de simples opinions : cela est faux. — Le tribunal espagnol de l'inquisition était purement royal. C'était le roi qui désignait Tinquisiteur général , et celui-ci nommait à son tour les inquisiteurs particuliers, avec l'agrément du roi. Le règlement constitutif de ce tribunal fut publié en l'année 4484 par le cardinal Torquemada, de concert avec le roi '. — Doux, tolérant , charitable , consolateur dans tous les pays du monde, par quelle magie le gouvernement ecclésiastique sévirait-il en Espagne, au milieu d'une nation éminemment noble et généreuse? Dans l'examen de toutes les questions possibles, il n'y a rien de si essentiel que d'éviter la confusion des idées. Séparons donc et distinguons bien exactement , lorsque nous raisonnons sur l'inquisition , la part du gouvernement de celle de l'Église. Tout ce que le tribunal montre de sévère et d'effrayant, et la peine de mort surtout, appartient au gouvernement; c'est son affaire; c'est à lui , et c'est à lui seul qu'il faut en demander compte. Toute la clémence au contraire, qui joue un si grand rôle dans le tribunal de l'inquisition, est Paction de l'Église, qui ne se mêle de supplices que pour les supprimer ou les adoucir. Ce caractère indélébile n'a jamais varié. Aujourd'hui, ce n'est plus une erreur, c'est un crime de soutenir, d'imaginer

» Bergier, Dict. théolog.

2 Voyez le rapport officiel en verta duquel Inquisltipp fut supprimée par les cortès de 1^12.

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seulehîcnl que des prêtres puissent prononcer des jugements de mort. — Il y a dans l'histoire de France un grand fait qui n'est pas assez obserx;^ , c^est celui des templiers ; ces infortunés, coupables ou non (ce n'est point de quoi il s'agit ici) , demandèrent expressément d'être jugés par le tribunal de l'inquisition ; car ils savaient bien , disent les hisloriens, que s'ils obtenaient de tels juges, ils ne pouvaient plus être condamnés à mort.... — Le tribunal de l'inquisition était composé d'un chef nommé grand-inquisiteur, qui était toujours archevêque ou évéque; de huit con* seillcrs ecclésiastiques, dont six étaient toujours séculiers, et de deux réguliers, dont l'un était toujours dominicain , en vertu d'un privilège accordé par le roi Philippe III «. » -r- Ainsi les dominicains ne dirigeaient donc pas l'inquisition , puisque l'un d'eux seulement en faisait partie par privilège. — « On ne voit pas bien précisément , dit encore Joseph de Maistre, à quelle époque le tribunal de l'inquisition commença à prononcer la peine de mort. Mais peu nous importe ; il nous suffît de savoir, ce qui e&t incontestable, qu'il ne put acquérir ce droit qu'en devenant royal, et que tout jugement de mort demeure, par sa nature, étranger au sacerdoce. » — La teneur des jugements établit ensuite que les confiscations étaient faites au profit de la chambre royale et du fisc de Sa Majesté, (( Ainsi , encore un coup, le tribunal est purement royal , malgré la fiction ecclésiastique, et toutes les belles phrases sur l'avidité sacerdotale tombent à terre ^ i» Ainsi l'inquisition religieuse n'était , dans le fond , comme dit Gamier, qu'une inquisition politique'. Le rapport des Cortès de 4812 appuie ce jugement. — 0 Philippe II , le plus absurde des princes, dit ce rapport, fut le véritable fondateur de l'inquisition. Ce fut sa politique raffinée qui la porta à ce point de hauteur où elle était montée. Les rois ont toujours repoussé les avis qui leur étaient adressés contre ce tribunal , parce qu'ils sont, dans tous les cas , maîtres absolus de nommer, de suspendre ou de renvoyer les inquisiteurs, et qu'ils n'ont, d'ailleurs, rien à craindre de l'inquisition , qui n'est terrible que pour leurs sujets.... » — Ainsi tombent ces contes bleusi de rois d'Espagne qui s-'apitoyaient sur des condamnés sans pouvoir leur faire grâce, quand il est démontré que c'étaient ces rois eux-mêmes qui condamnaient. — On a dit

» Joseph de Maistre, Lettres à un gentilhomme russe SUT l'inquisition espagnole.

> Id., ibid.

3 Hist. de François I«r, t. II, chap. 3.

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que depuis trois siècles l'hisloire élait une vaste conspiration contre le catholicisme. On ferait un volume effrayant du catalogue des mensonges qui ont été prodigués dans ce sens par les historiens. La plupart ^viennent de la réforme; mais les écrivains catholiques les copient tous les jours sans réflexion. C'est la réforme qui la première a écrit l'histoire de l'inquisition; on a trouvé commode de transcrire son odieux roman , qui épargnait des recherches. Vous trouverez donc partout des faits inventés qui se présentent avec une effronterie incroyable. Nous en citerons deux ou trois. — « Si Ton en croit quelques historiens , Philippe III , roi d'Espagne , obligé d'assister à un auto-da-fé (c'est le nom qu'on donné aux exécutions des inquisiteurs) , frémit, et ne put retenir ses larmes en voyant une jeune Juive et une jeune Maure de quinze à seize ans qu'on livrait aux flammes, et qui n'étaient coupables que d'avoir été élevées dans la religion de leurs pères et d'y croire. Ces historiens ajoutent que l'inquisition fit un crime à ce prince d'une compassion si naturelle ; que le grand inquisiteur osa lui dire que pour l'expier il fallait qu'il lui en coûtât du sang , que Philippe III se laissa saiguer, et que le sang qu'on lui tira fut brûlé par la main du bourreau.... » — C'est Saint-Foix qui rapporte ce tissu d'absurdes faussetés, dans ses Essais sur Paris , sans songer qu'aucun historien ne rapporte vraiment ces faits ; qu'ils ont été imaginés quatre-vingts ans après la mort de Philij>pe III; que Philippe III était maître de faire grâce et de condamner; que l'inquisition ne brûlait pas les Juifs et les Maures , coupables seulement d'avoir été élevés dans la religion de leurs pères et d'y croire; qu*elle se contentait de les bannir pour raisons politiques , etc. — Vous lirez ailleurs que le cardinal Torqueraada , qui remplit dix-huit ans les fonctions de grand-inquisiteur, condamnait dix mille victimes par an , ce qui ferait cent quatre-vingt mille victimes. Mais vous verrez pourtant ensuite qu'il mourut ayant fait dans sa vie six mille poursuites, ce qui n'est pas cent quatre-vingt mille; que le pape lui fit trois fois des représentations pour arrêter sa sévérité ; vous. trouverez dans les jugements assez peu de condamnations à mort. Les auto-da-fé ne se faisaient que tous les deux ans ; les condamnés à mort attendaient longuement leur exécution, parce qu'on espérait toujours leur conversion; et vous regretterez de rencontrer si rarement la vérité dans les livres. — Un savant ouvrage qui vient de paraître (le Dictionnaire universel de la Géographie et dé l'Histoire) porte â

cinq millions le nombre des personnes que l'inquisition a fait périr en Espagne. C'est, do plus de quatre millions et neuf cent mille , une erreur, — pour ne pas dire plus. — Rapportons maintenant quelque procédure de 1 inquisition. Le fait qui va suivre est tiré de rhistoire de Tinquisition d'Espagne, faite à Paris sur les matériaux fournis par D. Llorente, matériaux qu'on n'a pas toujours employés comme Llorehte l'eût voulu ; car on a fait de son livre un pamphlet. — a L'inquisition faisait naturellement la guerre aux francs-maçons et aux sorciers. A la fin du dernier siècle , un artisan fut arrêté au nom du saint-office pour avoir dit dans quelques entretiens qu'il n'y avait ni diables, ni aucune autre espèce d'esprits infernaux capables de se rendre maîtres des âmes humaines. Il avoua , dans la première audience, tout ce qui lui était imputé, ajouta qu'il en élait alors persuadé pour les taisons qu'il exposa , et déclara qu'il était prêt à détester de bonne foi son erreur, à en recevoir l'absolution , et à faire la pénitence qui lui serait imposée, a J'avais vu (dit- il en se justifiant) un si grand nombre de malheurs, dans ma personne, ma famille, mes biens et mes affaires, que j'en perdis patience, et que, dans un moment de désespoir, j'appelai le diable à mon secours : je lui offris en retour ma personne et mon àme. Je renouvelai plusieurs fois mon invocation , dans l'espace do quelques jours , mais inutilement, car le diable ne vint point. Je m'adressai à un pauvre homme qui passait pour sorcier; je lui fis part de ma situation. Il me conduisit chez une femme , qu'il disait beaucoup plus habile que lui dans les opérations de la sorcellerie. Cette femme me conseilla de me rendre, trois nuits de suite, sur la colline des Vistillas de saint François , et d^àppeler à grands cris Lucifer, sous le nom d'ange de lumière, en reniant Dieu et la religion chrétienne , et en lui offrant mon âme. Je fis tout ce que celle femme m'avait conseillé , mais je ne vis rien : alors elle me dit de quitter le rosaire, le scapulaire et les autres signes de chrétien que j'avais coutume de porter sur moi , et de renoncer franchement et de toute mon âme à Ta foi de Dieu , pour embrasser le parti de Lucifer, en déclarant que je reconnaissais sa divinité et sa puissance pour supérieures à celles de Dieu même; et, après m'étre assuré que j'étais véritablement dans ces dispositions, de répéter, pendant trois autres nuits , ce que j'avais fait la première fois. J'exécutai ponctuellement ce que cette femme venait de me prescrire; cependant Vange de lumière ne m'apparut point. La

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