‹ Dictionnaire infernal, ou Recherches et anecdotes sur les démonsChapitre 172 sur 319 · INV · texte numérisé non relu

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vieille me recommauda de prendre de mon sang, et de m'en servir pour écrire sur du papier que j'engageais mon âme à Lucifer, comme à son maître et à son souverain ; de porter cet écrit au lieu où j'avais fait mes invocations, et, pendant que je le tiendrais à la main , de répéter mes anciennes paroles : je fis tout ce qu5 m'avait été recommandé , mais foujours sans résultat. — Mé rappelant alors tout ce qui venait de se passer, je raisonnai ainsi : S*il v avait des diables, et s'il était vrai qu'ilé désirassent de s'emparer des âmes humaines, il serait impossible de leur en offrir une plus belle occasion que celfe-ci , puisque j'ai véritablement désiré de leur donner la mienne. ïl n*est donc pas vrai qu'il y ait des démohs; le sorcier et la sorcière n'ont donc fait aucun pacte avec le diable , et ils ne peuvent être que des fourbes et des cliar*latans l'un et Tdutre. » — Telles étaient en tobsCaBce les raisons qui avaient fait apostasier l'artisan Jean Pérez. Il les exposa, en confessant sincèrement son péché. On enlre* prit de lui prouver que tout ce qui s était passé kie prou va jt rien contre Texistence des démons , mais faisait voir seulement que le diable avait manqué de se rendre à l'appel ^ Dieu le Iifi défendant quelquefois, pour ré* compenser le coupable, de quelques bonnes œavrés qu'il a pu faire avant de tomber dans l'apostasie. Il se soumit à tout ce qu'on voulut, reçut l'absolution et fut condamné à une année de prison , à se confesser et à communier aux féteà de Noël , de Pâques et de la Pentecôte , pendant le reste de ses jours , sou$ la conduite d'un prêtre qui lui serait donné pour directeur spirituel; à réciter une partie du rosaire et à faire tous les jours des actei de foi, d'espérance, de charité, de contrition, etc. Tel fut son châtiment. — Voici maintenant l'histoire d'un autre épouvantable auto-da-fé, extraite du Voyage en Espagne pendant les années 4786 et 4787, par Joseph Fownsend , recteur de Pewsey : — « Un mendiant, nommé Ignazio Rodriguez, fut mis en jugement au tribunal de l'inquisition pour avoir distribué des philtres amoureux dont les ingrédients étaient tels que l'honnétsté itf permet pas de ks désigner. En administrant le ridicule remède (il parait que le prédicant anglais n'est pas $évère) , il prononçait quelques palrolès de nécromancie. Il fut bien constaté que la poudre avait été administrée à des personnes de tout rang. Rodriguez fut condamné à être conduit dans les rues de Madrid , monté sur un âne , et à être fouellé. On lui im[)Osa de plus quelques pratiques de religion et l'exil "de la capitale pour cinq ans.

La lecture de la sentence fut souvent interrompue par de grands éclals de rire, auxquels se joignait le mendiant lui-môme. Le coupable fut, en effet, promené par les rues, mais non fouetté ; pendant la route , on lui offrait du vin et des biscuits pour se rafraîchir..,. » — Nous pourrions rassembler beaucoup de traits pareils, qui peindraient l'inquisition tout autrement que ne la montrent des livres menteurs. Voy. Ïribunal secret.

Inseiif îbîlîté. — On prétendait que le diable rendait les sorciers insensibles à la question ou torture. Mais ce fait ne s'est jamais vu , du moins avec certitude.

Xoierdît, — censure de TÉglise qui suspend les ecclésiastiques de leurs fonctions , et qui prive le peuple de lusage des sacrements , du service divin et de la sépulture en terre sainte. L'objet de l'interdit n'était, dans son origine, que de punir ceux qui avaient t:ausé quelque scandale public , et de les ramener au devoir en les obligeant à demander la levée de l'interdit. — Ordinairement Tinterdit arrêtait les dérèglements des monastères , empêchait les hérésies dé s'étendre , était un frein aux seigneurs tyranniques, aux criminels puissants, aux perturbateurs de la paix publique. Ainsi, après le massacre des vêpres siciliennes, Martin IV mit en interdit la Sicile et les états de Pierre d'Aragon. Grégoire VII, qui fit grand usage de l'interdit, sauva plus d'une fois par celte mesure la cause de Thumanité. — L'interdit doit être prononcé dans les mêmes formes qne l'excommunication, par écrit, nommément, avec l'expression de la cause et après trois moniiions. La peine de ceux qui violent l'interdit est de tomber dans l'excommunication.

XftTMSbilité. — Pour être invisible, il ne faut que mettre devant $oi le contraire de la lumière; un mur, par exemple*. — Mais le petit Albert et les Clavicules de Salomon nous découvrent des secrets importants pour l'invisibilité. On se rend invisible en portant sous 5on bras droit le cœur d'une chauve-souris, celui d'une poule noire Ou celui d'une grenouille; ou bien, disent ces infâmes petits livres de secrets stupides, volez un chat noir, achetez un .pot neuf, un miroir, un briquet , ilne pierre d'ngate , du charbon et de l*ama dou, observant d'aller prendre de l'eau an coup de minuit à une fontaine; après quoi allumez votre feu , mettez le chat dans le pot , et tenez le couvert de fe main gauche sans jamais bouger ni regarder derrière vous, quelejne bruit que vous entendiez ; et après l'avoir

' Le comte de Gabalis.

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fait bouillir vingt -quatre heures, toujours sans bouger et sans regarder derrière vous , mettez-le dans un plat neuf, prenez la viande et la jetez par-dessus l'épaule gauche, en disant ces paroles : Accipe quod tibi do et nihil amplius; puis mettez les os Tun après l'autre sous les dents , du côté gauche , en vous regardant dans le miroir ; et si l'os que vous ifh nez n'est pas le bon, jetez-le successivement, en disant les mêmes paroles jusqu'à ce que vous l'ayez trouvé; sitôt que vous ne vous verrez plus dans le miroir, retirez- vous à reculons. — On peut encore , pour se rendre invisible, faire cette opération que l'on commence un mercredi avant le soleil levé : on se munit de sept fèves noires, puis on prend une tête de mort ; on met une fève dans la bouche, deux dans les narines, deux dans les yeux et deux dan^ les oreilles; on fait ensuite sur cette tête la figure d'un triangle , puis on l'enterre la face vers le ciel ; on l'arrose pendant neuf jours avec d'excellente eau-de-vie, de bon matin , avant le soleil levé. Au huitième jour, vous y trouverez un esprit ou démon qui vous demandera, Que fais-tu là? vous lui répondrez , J'arrose ma plante. Il vous dira, Donne-moi cette bouteille, je l'arroserai moi-même ; vous lui répondrez que vous ne le voulez pas. Il vous la demandera encore , vous la lui refuserez jusqu'à ce que, tendant la main, vous verrez dedans une figure semblable à celle que vous avez faite sur la tête ; vous devez être assuré que c'est l'esprit véritable de la tête : n'ayant plus de surprise à craindre, vous lui donnerez votre fiole, il arrosera lui-même et vous vous en irez. — Le lendemain, qui est le neuvième jour, vous y retournerez ; vous y trouverez vos fèves mûres, vous les prendrez , vous en mettrez une dans votre bouche , puis vous regarderez dans un miroir : si vous ne vous y voyez pas, elle sera bonne. Vous en ferez de même de toutes les autres; celles qui ne. vaudront rien doivent être enterrées où est la tête. — Pour cette expérience, ayez toutes les choses bien préparées avec diligence et avec toutes les solennités requises.... Soyez sûr qu'il y a de malheureux niais qui croient à ces procédés. Voy, Anneau.

Znvooatîont. — Agrippa dit que , pour invoquer le diable et l'obliger à paraître, on se sert de paroles magiques : Dies mies, jesquet benedo efet douvema enitemaiis ! Mais Pierre Leloyer dit que ceux qui ont des rousseurs au visage ne peuvent faire venir les démons, quciqu'ils les invoquent. Voy. Évocations et

COAHîRATIONS.

Zo. — Cette femme que Junon changea en génisse est traitée de sorcière dans les démonographes. Delancre assure* que c'était une magicienne qui se faisait voir tantôt sous les traits d'une femme, tantôt sous ceux d'une vache avec ses cornes.

Zpèt ou Ayperot, — prince et comte de l'enfer; il apparaît sous la forme d'un ange, quelquefois sous celle d'un lion , avec la tète et les pattes d'une oie et une queue de lièvre ; il connaît le passé et l'avenir, donne du génie et de l'audace aux hommes, et commande trente-six légions •.

Zrlande. — Parmi beaucoup d'opinions poétiques ou bizarres, les Irlandais croient qu'une personne qui doit mourir naturellement ou par accident , se montre la nuit à quelqu'un, ou plutôt son image, dans un drap mortuaire. Celte apparition a lieu dans les trois jours qui précèdent la mort.

z«, — ville bretonne, gouvernée par le roi Gralon ; toute espèce de luxe et de débauche régnaient dans cette opulente cité. Les plus saints personnages y prêchaient en vain les mœurs et la réforme. La princesse Dahut, fille du roi, oubliant la pudeur et la modération naturelle à son sexe , y donnait l'exemple de tout genre de dépravation. L'heure de ia vengeance approchait : le calme qui précède les plus horribles tempêtes, les chants, ia musique, le vin, toute espèce de spectacle et de débauche enivraient , endormaient les habitants endurcis de la grande ville. Le roi Gralon seul n'était pas insensible à la voix du ciel; un jour le prophète Guénolé prononça d'une voix sombre ces mots devant le roi Gralon : a Prince , le désordre est au comble , le bras de l'Ëternel se lève, la mer se gonfle, la cité d'Is va disparaître : partons. » Gralon monte aussitôt à cheval , et s'éloigne à toute bride; sa fille Dahut le suit en croupe.... La main de l'Éternel s'abaisse ; les plus hautes tours de la ville sont englouties, les flots presrsent en grondant le coursier du saint roi, qui ne peut s'en dégager ; une voix terrible se fait entendre : « Prince, $i tu veux te sauver, renvoie le diable qui te suit en croupe, » La belle Dahut perdit la vie, se noya près du lieu qu'on nomme Poul-Dahut. La tempête cessa, l'air devint calme, le ciel serein; mais, depuis ce moment , le vaste bassin sur lequel s'étendait une partie de la ville d'Is fut couvert d'eau. C'est maintenant la baie de Douarnenez '.

' T«'ibleau de Tinconstance des démooa^ p. 48.

3 Wiorus, in Pseudomonarchia deem.

3 M. Cumbry, Voyage dans le Finistèi©, t. H, p. 284,

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