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reposerez pas ; vous marcherez tant que le monde durera , et au jugement dernier vous me verrez assis à la droite de mon père. »
— Le cordonnier prit aussitôt un bûlon à la main et se mit à marcher sans pouvoir s'arrêter nulle part. Depuis dix-huit siècles il a parcouru toutes les contrées du globe, sous le nom du Juif errant. Il a affronté les combats, les naufrages, les incendies. Il a cherché partout la mort et ne Ta pas trouvée. Il a toujours cinq sous dans sa bourse. Personne ne peut se vanter de Tavoir vu ; mais nos grandspères nous disent que leurs grands-pères Font connu, et qu'il a paru, il y a plus de cent ans, dans certaines villes. Les aïeux de nos grandspères en disaient autant , et les bonnes gens croient à l'existence personnelle du Juif errant.
— Ce n'est pourtant qu'une allégorie ingénieuse , qui représente toute la nation juive , errante et dispersée depuis Tanathème tombé sur elle. Leur race ne se perd point, quoique confondue avec les nations diverses, et leurs richesses sont à peu près les mêmes dans tous les temps aussi bien que leurs forces. La religion qu'ils professent les a jusqu'ici distingués des autres hommes , et en fera toujours un peuple isolé au milieu du monde.
Juîft. — Indépendamment de ce coup de foudre qui marque partout les Juifs et les fait partout reconnaître ; il y a sur eux plusieurs signes de l'abandon où les a jetés la malédiction de Dieu. Tant qu'ils ont été le peuple fidèle, ils ont conservé intact le dépôt des saintes écritures. Depuis leur crime, les enseignements de Moïse sont étouiïés chez eux par les incroyables absurdités du Thalmud et le sens n'est plus avec eux. — La Terre-Sainte, qui était le plus fertile et le plus beau pays du monde, maudite avec la nation qu'elle portait, est devenue si horrible, qu'elle ne nourrit plusses rares habitants. Partout en exécration, les Juifs, qui avaient massacré et torturé les chrétiens toutes les fois qu'ils avaient été les plus forts , se sont vus en tous lieux haïs et mal tolérés. On vous dira que souvent on les poursuivit pour des crimes imaginaires ; mais on ne prête qu'aux riches, et leur histoire est sérieusement pleine de crimes trop réels. On les chassa violemment deTEspagne, qu'ils voulaient dominer ; mais sans les mesures violentes des rois chrétiens , la Péninsule serait aujourd'hui la proie des Juifs et des Maures.
— Quelquefois sans doute on mit peu d'humanité dans les poursuites exercées contre eux ; mais on ne les bannissait pas sans leur donner trois mois pour s'expatrier, et ils s'obstinaient à demeurer dans les pays où leurs tètes étaient proscrites. Parmi les moyens que
l'on employait pour les découvrir, il en est un singulier que rapporte Testât^ dans son livre des Démons ; c'était une tête d'iiirain , une androïde qui, en Espagne, dit-il, révélait les Juifs cachés — Ils faisaient l'usure et dépouillaient largement les chrétiens dans les contrées où ils étaient soufferts ; puis, quand ils avaient tout ravi , les princes qui avaient besoin d'argent les faisaient regorger avec violence. Dans de tels cas, ils essuyèrent surtout de grandes vexations chez les Anglais. Le roi Jean fit un jour emprisonner les riches Juifs de son royaume pour les forcer à lui donner de l'argent ; un d'eux , à qui on arracha sept dents l'une après l'autre , en l'engageant de la sorte à contribuer, paya miWe marcs d'argent à la huitième. Henri III tira d'Aaron, juif d'York, quatorze mille marcs d'argent, et dix mille pour la reine. Il vendit les autres Juifs de son pays à son frère Richard , pour le terme d'une année , afm que ce comte éventrât cjbux qu'il avait déjà écorchés, comme dit Mathieu Paris,... — En général, lorsqu'on tolérait les Juifs, on les distinguait des autres habitants par des marques infamantes. Philippe-le-Hardi les obligea en France à porter une corne sur la tète : il leur était défendu de se baigner dans la Seine ; e^ quand on les pendait , c'était toujours entre deux chiens. — Le jour de la fête de Pâques, c'était un vieil usage à Toulouse de donner un soufflet à un Juif de la ville. On raconte qu'Aymeric, vicomte de Rochechouart, accompagné de Hugues son chapelain , se trouvant à Toulouse , le dimanche de Pâques , les chanoines chargèrent Hugues de cette cérémonie. Le chapelain donna un coup si violent au Juif, qu'il lui fit sauter la cervelle; ce malheureux tomba mort: ce qui est faux. Les Juifs de Toulouse l'enlevèrent de la cathédrale el l'inhumèrent dans le cimetière de leur synagogue sans oser se plaindre , ajoute Dulaure ' , qui était un menteur. Le vrai de ce fait, et nous sommes loin de l'excuser, c'est que le soufflet renversa le Juif. Voy. Bohémiens. — « Avant de quitter Jaffa , je vous parlerai d'une coutume que vous ignorez peut-être et qui est établie chez les Grecs de cette ville. Chaque soir, pendant le carême, les petits enfants des familles grecques vont à la porte des maisons chrétiennes, et demandent avec des cris monotones, qu'on prendrait pour une coinpiaio^^< du bois ou des paras (demi -cents) pour acheter du bois : « Donnez , donnez , disent- » ils ; et Tan prochain vos enfants seront ma- » ries; et leurs jours seront heureux; et vous » jouirez long-temps de leur bonheur. » l^
« Dttlaure, Principaux Ueux d« Fnuice, t, 11/ P- *^