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péré, Bonard fit signer un pacte au maréchal qui se donnait au diable. A la suite de ces menées, la Dupin fut trouvée assassinée. On en accusa le maréchal. Le pacte fut produit au procès. Lesage déposa que le maréchal s'était adressé au diable et à lui pour faire mourir la Dupin. Les assassins de cette fille avouèrent qu'ils l'avaient découpée en quartiers, et jetée dans la rivière par les ordres du maréchal. La cour des pairs devait le juger; mais Louvoîs, qui ne l'aimait pas , le fit enfermer dans un cachot. On mit de la négligence à instruire son procès ; enfin on lui confronla Lesage et un autre sorcier, nommé Davaux, avec lesquels on l'accusa d'avoir fait des sortilèges pour faire mourir plus d'une personne. — Parmi les imputations horribles qui faisaient la base du procès , Lesage dit que le maréchal avait fait un pacte avec le diable pour pouvoir allier un de ses fils avec la famille de Louvois. Le procès dura quatorze mois. 11 n'y eut do jugement ni pour ni contre. La Voisin, la Vigoureux et Lesage, compromis dans ces crimes, furent brûlés à la Grève. Le maréchal de Luxembourg fut élargi, passa quelques jours à la campagne, puis revint à la cour, et reprit ses fonctions de capitaine des gardes.
Iiuxembourg (la m.\kéciule de). — «Madame la niaicciiale de Luxembourg avait pour valet de chambre uu vieillard qui la servait depuis long-lcmps, et auquel elle était altcichée. Ce \ieillard tomba tout à coup dangereusement malade. La maréchale était dans l'inquiétude. Elle no cessait d'envoyer demander des nouvelles de cet homme, et souvent allait elle-même en savoir. Se jortant très-bien, elle s'éveille au milieu de la nuit avec une agitation singulière ; elle veut sonner pour demander ce que fait son valet de chambre ; elle ouvre les rideaux de son lit ; à l'instant, l'imagination fortement frappée, elle croit apercevoir dans son appartement un fantôme couvert d'un linceul blanc; elle croit entendre ces paroles: — «Ne vous inquiétez point de moi, je ne suis plus de ce monde, et avant la Pentecôte vous viendrez me rejoindre. » La fièvre s'empara d'elle , et elle fut bientôt à toute extrémité. Ce qui contribua le plus à augmenter sa terreur, c'est qu'à l'instant môme où elle fut frappée de cette vision, l'homme en question venait effectivement d'expirer. La maréchale a cependant survécu à la prédiction du fantôme imaginaire, et cette résurrection fait furieusement de tort aux spectres pour l'avenir '. »
^ Hist. des revenants ou prétendus tels, 1. 1, p. 174.
Xiyoanthropîe , — transformation d'un homme en loup. Le lycanthrope s'appelle communément loup-garou. Les loups- .:^arous ont été bien long-temps la terreur des campagnes, parce qu'on savait que les sorciers ne pouvaient se faire loups que par le secours du diable. Dans les idées des démonographes, un loup-garou est un sorcier que le diable lui-même transmue en loup, et qu'il oblige à errer dans les campagnes en poussant d'affreux hurlements. L'existence des loups-garous est attestée par Virgile, Solin, Strabon, Pomponius Mêla, Dionysius Afer, Varron, et par tous les jurisconsultes et démonomanes des derniers siècles. A peine commençait-on à en douter sous Louis XIV. L'empereur Sigismond fit débattre devant lui là question des loups-garous , et il fut unanimement résolu que la transformation des loups-garous était un fait positif et constant — Un garnement . qui voulait faire des friponneries , mettait aisément les gens en fuite en se faisant passer pour un loup-garou. Il n'avait pas besoin pour cela d'avoir la figure d'un loup , puisque les loups-garous de réputation étaient arrêtés comme tels, quoique sous leur figure humaine. On croyait alors qu'ils portaient le poil de loup garou entre cuir et chair. — Pencer conte qu'en Livonie, sur la fin du mois de décembre , il se trouve tous les ans un bélître qui va sommer les sorciers de se rendre en certain lieu ; et , s'ils y manquent , le diable les y mène de force , à coups si rudement appliqués que les marques y demeurent. Leur chef passe devant, et quelques milliers le suivent, traversant une rivière , laquelle passée, ils changent leur figure en celle d'un loup, se jettent sur les hommes et sur les troupeaux , et font mille dommages. Douze jours après , ils retournent au même fleuve et redeviennent hommes. — On attrapa un jour un loup garou qui courait dans les rues de Padoue ; on lui coupa ses pattes de loup, et il reprit au même instant la forme d'homme, mais avec les bras et les pieds coupés, à ce que dit Fincel. — L'an 1 588, en un village distant de deux lieues d'Apchon , dans les montagnes d'Auvergne , un gentilhomme, étant sur le soir à sa fenêtre, aperçut un chasseur de sa connaissance, et le pria de lui rapporter de sa chasse. Le chasseur en fit promesse, et, s'étant avancé dans la plaine, il vit devant lui un gros loup qui venait à sa rencontre. Il lui lâcha un coup d'arquebuse et le manqua. Le loup se jeta aussitôt sur lui et l'attaqua fort vivement. Mais l'autre, en se défendant, lui ayant coupé la patte droite avec son couteau de chasse , le loup estropié s'enfuit et ne revint plus. Comme
la nu il approchait, le chasseur gdg;}a la ipijiison de son ami , qui lui demanda s'il avait fait bonne chasse. Il lira de sa gibecière la patte qu'il avait coupée au prétendu loup; mais il fut bien étonné de voir cette patte convertie en main de femme , et à l'un des doigts un anneau d'or que le gentilhomme reconnut être celui de son épouse. U alla aussiiôt la trouver. Elle était auprès du feu , et cachait son bras droit soqs son tablier. Comme elle refusait de l'en tirer, il lui montra la main que le chasseur avait rapportée; cette malheureuse éperdue avoua que c'était elle en effet qu'on avait poursuivie, sous la figure d'un loup-garou ; ce qui se vérifia encore en confrontait Ja main avec le bras dont elle faisait partie. Le mari courroucé livra sa femme à la justice; elle fut brûlée. — On ne sait trop que penser d'une telle histoire , qui est rapportée par Boguet , comme étant de son temps. Était-ce une abominable trame d'un mari qui voulait, comme disent les Wallons, être quitte de sa femme ? — Les loups-garous étaient fort communs dans le Poitou ; on les y appelait la bête bi^ gourne qui court la galipode. Quand les bon nés gens entendent, dans les rues, les hurlements du loup-garou, ce qui n'arrive qu'au milieu de la nuit, ils se gardent de mettre la léte à la fenêtre, parce que, s'ils le faisaient, ils auraient le cou tordu. — On assure dans cette province qu'on peut forcer le loup-garou ^ quitter sa forme d'emprunt en lui donnant un coup de fourche entre les deux yeux. — On sait que la qualité distinclive des loups-garous est un grajDd goût pour la chair fraîche. Detancre assure qu'ils étranglent les chiens et les enfants; qu'ils les mangent de bon appétit; qu'ils marchentà quatre pattes; qu'ils hurlent comme de vrais loups, avec de grandes gueules, des yeux étincelants et des dents crochues. — Bodin raconte sans rougir qu'en 4542 on vit un matin cent cinquante loups-garous sur une place publique de Conslanlinople. — On trouve dans le roman de Persilès et Sigismonde , le dernier ou vrage de Cervantes, des îles de loupsgarous et des sorcières qui se changent en louves pour enlever leur proie; comme on trouve dans Gullivçr une lie de sorciers. Mais au moins ces livres sont des romans. — Delancre propose * , comme un bel exenjple , ce trait d'un duc de Russie, lequel, averti qu'un sien sujet se changeait en toutes sortes de bétes, l'envoya chercher, et, après l'avoir enchaîné, lui commanda de faire une expérience de son art; ce qu'il fU, se transformant en
* Tableau de rineonstancedes maurais anges, liv. iv, p. 904.