‹ Dictionnaire infernal, ou Recherches et anecdotes sur les démonsChapitre 22 sur 319 · ANE · texte numérisé non relu

ANE

cet animal était honoré dans TArabie. — Certains peuples trouvaient quelque chose de mystérieux dans cette innocente bète, et on pratiquait autrefois une divination dans laquelle on employait une tête d'âne. — Voy. KÉPHALONOMANciE. — Ce n'cst pas ici le lieu de parler de la fête de l'âne. Mais relevons une croyance populaire qui fait de la croix noire qu'il porte sur le dos une distinction accordée à l'espèce , à cause de l'ânesse de Belhphagé. C'est un fait singulier. Mais Pline, qui était presque contemporain de l'ânesse qui porta notre Seigneur, et qui a rassemblé avec soin tout ce qui concerne l'âne, ne parle d'aucune révolution survenue dans la distribution de la couleur et du poil de cet animal ; on doit donc croire que les ânes ont toujours porté cette marque. — Chez les Indiens du Maduré , une des premières castes, celle des cavaravadouks, prétend descendre d'un âne ; ceux de cette caste traitent les ânes en frères, prennent leur défense, poursuivent en justice et font condamner à l'amende quiconque les charge trop ou les bat et les outrage sans raison. Dans les temps de pluie., ils donneront le couvert à un âne et le refuseront à son conducteur, s'il n'est pas de certaine condition ^. — Voici une vieille fable sur l'âne : Jupiter venait de prendre possession de l'empire ; les hommes, à son avènement, lui demandèrent un printemps éternel , ce qu'il leur accorda ; il chargea l'âne de Silène de porter sur la terre ce présent. L'âne eut soif, et s'approcha d'une fontaine; le serpent qui la gardait, pour lui permettre d'y boire, lui demanda le trésor dont il était porteur, et le pauvre animal troqua le don du ciel contre un peu d'eau. C'est depuis ce temps, dit-on, que les vieux serpents changent de peau et rajeunissent perpétuellement. — Mais il y a des ânes plus adroits que celui-là : à une demi-lieue du Kaire se trouvait, dans une grande bourgade, un bateleur qui avait un âne si instruit que les manants le prenaient pour un démon dé^ guisé. Son maitre le faisait dafnser ; ensuite il lui disait que le Soudan voulait construire un bel édifice, et qu'il avait résolu d'employer tous les ânes du Kaire à porter la chaux, le mortier et la pierre. Aussitôt l'âne se laissait tomber, roidissait les jambes et fermait les yeux comme s'il eût été mort. Le bateleur se plaignait de la mort de son âne, et priait qu'on lui donnât un peu d'argent pour en acheter un autre. — Après avoir recueilli quelque monnaie : « Ah 1 disait-il , il n'est pas mort, mais il a fait semblant de l'être parce qu'il

' Saint-Foix, t. II des Eaaaisftttr Paris.

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