‹ Dictionnaire infernal, ou Recherches et anecdotes sur les démonsChapitre 221 sur 319 · MGR · texte numérisé non relu

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el du jeune Cinq-Mare, et qu'il fixa , à quel* quc'S légèf'es différences près, le jour et l'heure où moururent le cardinal de Richelieu et le connétable de Lesdiguières. On lui attribue à tort la réponse adroite de cet astrologue qui, interrogé par Louis XI s'il connaissait lui-* même l'époque de sa propre mort, répondit : « Oui, prince, trois jours avant la vôtre. »

Morin ( SiMON ) , — visinnnnlro fanatique du dix*septiéme siècle, né vers 4633, qui voulut rétablir la secte des Illuminés. Il fit quelques prosélytes ; mais à la suite de plusieurs détentions à la Bastille, il fut condamné à être brûlé , après avoir fait amende honorable comme accusé de conspiration contre le roi ; il monta sur le bâcher le 4 4 mars 4663. C'était un agitateur qui eût bien voulu une petite révolution.

Mort. — a La mort, si poétique parce qu'elle touche aux choses immortelles, si mystérieuse à cause de son silence, devait avoir mille manières de s'énoncer pour le peuple. Tantôt un trépas se faisait prévoir par le tintement d'une cloche qui sonnait d'ellemême; tantôt rhomme qui devait mourir entendait frapper trois coups sur le plancher de sa chambre. Une religieuse de Saint-Benoît , près de quitter la terre, trouvait une couronne d'épine blanche sur le seuil de sa cellule. Une mère perdait-elle son fils dans un pays lointain , elle en était instruite à l'instant par ses songes. Ceux qui nient le pressentiment ne connaîtront jamais les roules secrètes par ou deux cœurs qui s'aiment communiquent d'un bout du monde à l'autre. Souvent le mort chéri, sortant du tombeau, se présentait à son ami , lui recommandait de dire des prières pour le racheter des flammes et le conduire à la félicité des élus ' . » — De tous les spectres de ce monde, la mort est lo plus effrayant. Dans une année d'indigence , un paysan se trouve au milieu de quatre petits enfants qui portent leurs main^ à leurs bouches, qui demandent du pain, et à qui il n'a rien à donner.... La démence s'empare de lui; ij saisit un couteau ; il égorge les trois aînés ; le plus jeune , qu'il allait frapper aussi , se jette à ses pieds et lui crie : a Ne me tuez pas^ je n*ai plus fain^. » — Dçins les armées des Perses , quand un simple soldat était malade à l'extrémité, on le portait dans quelque forêt prochaine, avec un morceau de pain, un peu d'eau et un bâton , pour se défendre contre les bêtjps sauvages tant qu'il en aurait la forcé. Ces, malheureux étaient ordinairement dévorés. S'il en échappait quelqu'un qui re-

I M. de ChAteanbrland, Génie du clirisiianismc.

vint chez soi, tout le monde fuyait dsvant lui, comme si c'eût été un démon ou un fantôme ; et on ne lui permettait de communiquer avec personne qu'il n'eût été purifié. On était per* suadé qu'il devait avoir eu de grandes liaigons aVec les démons, puisque les botes ne l'avaient pas mangé, et qu'il avait recouvré ses forces sans aucun secours. — Les anciens attachaient tant d'importance aux cérémonies funèbres , qu'ils inventèrent les dieux Mânes pour veiller aux sépultures. On trouve , dans la plupart de leure écrits, des traits frappants qui nous prouvent combien était sacré, parmi eux , ce dernier devoir que l'homme puisse rendre à l'homme. Pausanias conte que certains peuples de l'Ârcadie , ayant tué inhu* mainement quelques petits garçons qui ne ne leur faisaient aucun mal, sans leur donner d'autre sépulture que les pierres avec lesquelles ils les avaient assommés, et leurs femmes , quelque temps après , se trouvant atteintes d*une maladie qui les faisait toutes avorter, on consulta les oracles, qui commandèrent d'enterrer au plus vite les enfants ai cruellement privés de funérailles. — Lee Égyptiens rendaient de grands honneurs aux morts. Un de leure rois, se voyant privé d'hé* ritiers par la mort de sa filka unique, n'épargna rien pour lui rendre les dernière devoira , et tâcha d'immortaliser son nom par la plus riche sépulture qu'il pût imaginer. Au lieu de mausolée, il lui fit bÂtir un palais ; et on ensevelit le corps de la jepne princesse dans un bois incqrruptible , qui représentait une génisse couverte do lames d'or et revêtue de pourpre. Cette figure était à genoux, portant entre ses cornes un soleil d'or massif, au milieu d'une salle magnifique et entourée de cassolettes où brûlaient continuel lemept des parfums odoriférants. — Les Égyptiens enn baumaient les corps et les conservaient précieusement; les Grecs et les Romains les brûlaient. Cette coutume de brûler les nior|iS est fort ancienne. — Les Égyptiens, avant de rendre à leure rois les honneure funèbres, les JMgeaient devant le peuple, Qt les privaient de sépulture s'ils s'étaient coqduits en tyrans. — Quand le roi des Tartares mourait, on met? tait son corps embaumé dans un chariot , et <)» le promenait dans teqtes ses provinces. Il était permis à chaque gouverneur de lui faire quelque oiilrage, pour se venger du tort qu'il en avait reçu. Par exemple, ceux qui n'avaient pu obtenir audience maltraitaient les oreilles, qui leur avaient été formées ; ceux qui avaient été indignés contre ses débauches, s'en prenaient aux cheveux, qui étaient sa principale beauté , et lui faisaient mille huées . après

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ravoir rasé, pour le rendre laid et ridicule; ceux qui se plaignaient de sa trop grande délicatesse lui déchiraient le nez, croyant qu'il n'était devenu efféminé que parce qu'il avait trop aimé les parfums. Ceux qui décriaient son gouvernement lui brisaient le front , d'où étaient sorties toutes ses ordonnances tyran* niques ; ceux qui en avaient reçu quelque violence lui mettaient les bras en pièces. Après qu'on l'avait ramené au lieu où il était mort, on le brûlait avec une de ses femmes , un *échanson , un cuisinier, un écuyer, un palefrenier, quelques chevaux et cinquante esclaves *. — Quand un Romain mourait, on hii f ermait les yeux pour qu'il ne vit point l'affliction de ceux qui Tentouraient. Quand il était sur le bûcher, on les lui rouvrait pour qu'il pût voir la beauté des deux qu'on lui souhaitait pour demeure. On faisait faire ordinairement la figure du mort, ou en cire, ou en marbre, ou en pierre; et celte figure accompagnait le cortège funèbre , entourée de pleureuses à gages. — Chez plusieurs peuples de l'Asie et de l'Afrique, aux funérailles d'un homme riche et de quelque distinction , on égorge et on enterre avec lui cinq ou six de ses esclaves. Chez les Romains , dit Saint- Foix, on égorgeait aussi des vivants pour honorer les morts ; on faisait combattre des gladiateurs devant le bûcher, et on donnait à ces massacres le nom de jeux funéraires. — En Egypte et au Mexique, dit le même auteur, on faisait toujours marcher un chien à la tète du convoi funèbre. En Europe, sur les anciens tombeaux des princes et des chevaliers , on voit communément des chiens à leurs pieds. >— Les Parthes, les Mèdes et les Ibériens exposaient les corps, ainsi que chez les Perses, pour qu'ils fussent au plus tôt dévorés par les bêtes sauvages, ne trouvant rien de plus indigne de rhomnne que la putréfaction. Les Bactriens nourrissaient, pour ce sujet, de grands chiens dont ils avaient un soin extrême. Ils se faisaient autant de gloire de les nourrir grassement, que les autres peuples de se bâtir de superbes tombeaux. Un Bactrien faisait beaucoup d'estime du chien qui avait mangé son père. — Les Barcéens faisaient consister le plus grand honneur de la sépulture à être dévorés par les vautours ; de sorte que toutes les personnes de mérite et ceux qui mouraient en combattant pour la patrie , étaient aussitôt exposés dans des lieux où les vautours pouvaient en faire curée. Quant à la |)opulace, on l'enfermait dans des tombeaux , ne la jugeant pas digne d'avoir pour

* Miirt't, I>- s cér^monlrs funèbres.

sépulture le ventre des oiseaux sacréi. — Plusieurs peuples de l'Asie eussent cru se rendre coupables d'une grande impiété en laissant pourrir les corps ; c'est pourquoi, aussitôt que quelqu'un était mort parmi eux , ils le mettaient en pièces et le mangeaient en grande dévotion avec les parents et les amis. C'était lui rendre honorablement les demîeri devoirs. Pythagore enseigna la métempsycose des âmes ; ceux-ci pratiquaient la métempsycose des corps, en faisant passer le corps des morts dans celui des vivants. — D'autres peuples j tels que les anciens Hiberniens, les Bretons et quelques nations asiatiques, faisaient encore plus pour les vieillards ; ils les égorgeaient dès qu'ils étaient septuagénaires, et en faisaient pareillement un festin. C'est ce qui se pratique encore chez quelques peuplades sauvages. — Les Chinois font publier le convoi, pour que le concours du peuple soit plus nombreux. On fait marcher devant le mort des drapeaux et des bannières, puis des joueurs d'instruments, suivis de danseurs revêtus d'habits fort bizarres , qui sautent tout le long du chemin avec des gestes ridicules. Après celte troupe , viennent des gens armés de boucliers et de sabres , ou de gros bâtons noueux. Derrière eux, d'autres portent des armes à feu dont ils font incessamment des décharges. Enfin , les prêtres crient de toutes leurs forces, marchent avec les parents, qui mêlent à ces cris des lamentations épouvantables ; le cortège est fermé par le peuple. Cette musique enragée et ce mélange burlesque de joueurs, de danseurs, de soldats, de chanteuses et de pleureurs, donnent beaucoup de gravité à la cérémonie. On ensevelit le mort dans un cercueil précieux , et on enterre avec lui , entre plusieurs objets , de petites figures horribles, pour faire sentinelle près de lui et efi^rayer les démons. Après quoi on célèbre le festin funèbre, où l'on invite de temps en temps le défunt à manger et à boire avec les convives. — Les Chinois croient que les morts reviennent en leur maison, une fois tous les ans, la dernière nuit de l'année. Pendant toute cette nuit , ils laissent leur porte ouverte, afin que les âmes de leurs parents trépassés puissent entrer ; ils leur préparent des'lits et mettent dans la chambre un bassin plein d'eau , pour qu'ils puissent se laver les pieds. Ils attendent jusquà minuit. Alors, supposant les morts arrivés, ils leur font compliment, allument dçs cierges, brûlent des odeurs, et les prient, en leur faisant de profondes révérences , de ne pas oublier leurs enfants et de leur obtenir des dieux la force , la santo , les biens et une longue vie. — Les

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Siamois brûlent les corps et mettent autour du bûcher beaucoup de papiers où sont peints des jardins , des maisons , des animaux , des fruits ) en un mot, tout ce qui peut être utile et agréable dans l'autre vie. Ils croient que ces papiers brûlés deviennent réellement ce qu'ils représentent. Ils croient aussi que tout être, dans la nature, quel qu'il soit, un habit, une flèche, une hache, un chaudron, etc., a une âme , et que cette àme suit dans Tautre monde le mailre à qui la chose appartenait dans ce monde-ci. On aurait dit sérieuse-ment pour eux ces vers burlesques :

J'aperçus Tombre d'un cocher Qui , tenant l'ombre d'une brosse , En frottait l'ombre d'un carrosse '.

— Le gibet, qui noua inspire tant d'horreur, a passé chez quelques peuples pour une telle marque d'honneur, que souvent on ne raccordait qu'aux grands seigneurs et aux souverains. Les Tibaréniens , les Suédois , les Goths suspendaient les corps à des arbres et les laissaient se défigurer ainsi peu à peu, et servir de jouet aux vents. D'autres emportaient dans leurs maisons ces corps desséchés, et les pendaient au plancher comme des pièces de cabinet •. Les Groënlandais, habitant lo pays du monde le plus froid, ne prennent pas d'autres soins des morts que do les exposer nus à l'air, où ils se gèlent et se durcissent aussitôt comme des pierres ; puis, de peur qu'en les laissant au milieu des champs ils ne soient dévorés par les ours, les parents les enferment dans de grands paniers qu'ils suspendent aux arbres. — Les Troglodites exposaient les corps morts sur une éminence, le derrière tourné vers les assistan's ; de sorte qu'excitant, par cette posture, le rire de toute l'assemblée , on se moquait du mort au lieu de pleurer ; chacun lui jetait des pierres , et quand il en était couvert , on plantait audessus une corne de chèvre et on se relirait.

— Les habitants des îles Baléares dépeçaient le corps en petits morceaux, et croyaient honorer infiniment le défunt en l'ensevelissant dans une cruche. — Dans certains pays de l'Inde , la femme se brûle sur le bûcher de son mari. Lorsqu'elle a dit adieu à sa famille, on lui apporte des lettres pour le défunt, des piè?es de toile, des bonnets, des souliers, etc. Quand les présents cessent de venir , elle demande jusqu'à trois fois à l'assemblée si Ton n'a plus rien à lui apporter et à lui recommander, ensuite elle fait un paquet de tout et l'on met le feu au bûcher. — Dans le.

I De Ch. Perrault, attribues mal à propos à Scarron. * Muret, Des cérémonies fapèbreS; etc.

royaume do Tonquin , il est d'usage , parmi les personnes riches, de remplir la bouche du mort de pièces d'or et d'argent, pour ses besoins dans l'autre monde. On revêt l'homme de sept de ses meilleurs habits, et la femme de neuf. Les Galates mettaient dans la main du mort un certitlcat de bonne conduite. -^ Chez les Turcs , on loue des pleureuses qui accompagnent le convoi , et on porte des rafraîchissements auprès du tombeau, pour régaler les passants, qu'on invite à pleurer et à pousser des cris lamentables. — Les Gaulois brûlaient, avec le corps mort, ses armes, ses habits , ses animaux , et même ceux de ses esclaves qu'il avait paru le plus chérir. Quand on découvrit le tombeau de Childéric , père de Clovis, à Tournay, on y trouva des pièces d'or et d'argent , des boucles , des agrafes , des filaments d'habits, la poignée d'une épée, le tout d'or ; la figure en or d'une tète de bœuf, qui était, dit-on, lidole qu'il adorait; les os. lo mors, un fer et quelques restes du harnais d'un cheval, un globe de cristal dont il se servait pour deviner, une pique, une hache d'armes, un squelette d'homme en entier, une autre tète moins grosse , qui paraissait avoir été celle d'un jeune homme, et apparemment de l'écuyer qu'on avait tué, selon la coutume, pour accompagner et aller servir là-bas son mailre. On voit qu'on avait eu soin d'enterrer avec lui ses habits, ses armes, de l'argent, un cheval, un domestique, des tablettes pour écrire, en un mot, tout ce qu'on croyait pouvoir lui être nécessaire dans l'autre monde. (Quelquefois même on enterrait avec les grands personnages leur médecin. La belle Austregilde obtint en mourant du roi Goniran , son mari, qu'il ferait tuer et enterrer avec elle les deux médecins qui l'avaient soignée pendant sa maladie, a Ce sont, je crois, les seuls, dit Saint-Foix , qu'on ait inhumés dans le tombeau des rois ; mais je ne doute pas que plusieurs autres n'aient mérité le même honneur. » — On observait anciennement, en France, une coutume singulière aux enterrements des nobles; on faisait coucher dans le lit de parade qui se portail aux enterrements un homme armé de pied en cap pour représenter le défunt. On trouva dans les comptes de la maison de Polignac : Donné cinq sous à Biaise, pour avoir fait le chevalier mort, à la sépulture de Jean, fils de Randonnet" Armand , vicomte de Polignac. — Quelques peuples de l'Amérique enterraient leurs morts assis et entourés de pain , d'eau , de fruits et d'armes. — A Panuco, dans le Mexique, on regardait les médecins comme de petites divinités, 9 cause qu'ils procuraient la santé ,

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