‹ Dictionnaire infernal, ou Recherches et anecdotes sur les démonsChapitre 281 sur 319 · SIL · texte numérisé non relu

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perstitions nautiques, qui, malgré son absurdité, s'empare insensiblement, aux heures de calme , des esprits les plus forts et les plus incrédules ; autant vaudrait raisonner avec lia brise capricieuse elle-même que d'essayer de convaincre le matelot anglais que , le vent soufTlant où il lui plaît et quand il lui platt, il ne sert à rien de Tinvoquer. En dépit de la marche des intelligences, lorsque Pair manque à la voile , toujours le marin sifflera '. »

Sigéani, — esprit qui, dans le royaume d'Âva , préside à I ordre des éléments et lance la foudre et les éclairs.

Signe de croix. — Un juif qui se rendait à Fondi , dans le royaume de Naples, fut surpris par la nuit, et ne trouva pas d'autre gite qu'un temple d'idoles, où il se décida, faute de mieux, à attendre le matin. 11 s accommoda comme il put dans un coin , s'enveloppa dans son manteau et se disposa à dormir. Mais, au moment où il allait fermer l'œil, il vit plusieurs démons tomber de la voûte dans le temple , et se disposer en cercle autour d'un autel. Le roi de l'enfer descendit aussi, se plaça sur un trône, et ordonna à tous les diables snbalternes de lui rendre compte de leur conduite. Chacun fit valoir les services qu'il avait rendus à la chose publique ; chacun fit l'exposé de ses bonnes actions. Le juif, qui ne jugeait pas comme le prince des démons, et qui trouvait leurs bonnes actions un peu mauvaises , fut si effrayé de la mine des démons et de leurs discours, qu'il se hâta de dire les prières et de faire les cérémou'es que la synagogue met en usage pour chasser le.< esprits malins. Mais inutilement : les démons ne s'aperçurent pas qu'ils étaient vus par un homme. Le juif^ ne sachant plus à quoi recourir, s'avisa d'employer le signe de la croix. On lui avait dit que ce signe était formidable aux démons; il en eut la preuve, dit le légendaire , car les démons cessèrent de parler aussitôt que le juif commença de se signer. Après avoir regardé autour de lui , le roi de l'enfer aperçut l'enfant d'Israël. Allez voir qui est là , dit-il à un de ses gens. Le démon obéit ; lorsqu'il eut examiné le voyageur, il retourna vers son maître. C'est un vase de réprobation , dit-il , mais il vient de s'appuyer du signe de la croix. Sortons, reprit le diable. Nous ne pourrons plus bientôt être tranquilles dans nos temples. En disant ces paroles , le prince des démons s'envola ; tou.-( ses gens disparurent, et le juif se Gt chrélien.

Sîlèaet. — On donnait ce nom aux satyres lorsqu'ils étaient vieux. On entendait aussi

> Le capitaine BmII HaU.

quelquefois par silènes des génies familiers, tels que celui dont Socrate se vantait d'ôlre accompagné.

Slmagorad,— Grimoire. Voy. Charles YI.

Sknon-le-MiigMMtt. — Ce Simon, qui n'est connu que pour avoir voulu acheter aux apôtres le don de faire des miracles, et pour avoir donné son nom maudit à la Simonie , joue ua grand rôle dans les livres des démonomanes. Voici quelques-uns des récits qu'on a faits de ses talents magiques ; car n'ayant pu traiter avec les saints, il traita avec les démons. H avait à sa porte un gros dogue qui dévorait ceux que son mattre ne voulait pas laisser eritt'er. Saint Pierre, voulant parler à Simon, ordonna à ce chien de lui aller dire , en langage humain , que Pierre, serviteur de Dieu, le demandait ; le chien s'acquitta de cette commission au grand étonnement de ceux qui étaient alors avec Simon. Mais Simon, pour leur faire voir qu'il ne savait guère moins que saint Pierre , ordonna à son tour au chien d'aller lui dire qu'il entrât ; ce que le chien , dit-on , exécuta au8.sitôt. — Simonie-Magicien disait que, si on lui tranchait la léte , il ressusciterait trois jours après. L'empereur le fit décapiter ; par ses prestiges il supposa la tète d'un mouton à la place de la sienne , et se remontra le troisième jour. Il commandait à une faux de faucher d ellemême, et elle faisait autant d'ouvrage que le plus habile faucheur. — Sous le règne de l'empereur Néron , Simon-le-Magicien parut un jour en l'air, comme un oiseau , assis sur un char de feu. Mais saint Pierre, plus puissant que lui, le fit tomber, et il se cassa les jambes. On a écrit cette aventure sous le titre de Combat apoêtolique ; on a souvent mis cet écrit sous le nom d'Abdias de Babylone. — Simonle-Magicien n'était donc qu'un imposteur. Il eut des disciples, et on le croit le premier chef des gnostiques. Il attribuait la création aux Eons ou esprits ; il affirmait que les plus parfaits des divins Eons résidaient dans sa personne; qu'un autre Eon très-distingué, quoique de sexe féminin, habitaii dans sa maîtresse Hélène» dont il contait des choses prodigieuses ; que lui , Simon , était envoyé de Dieu sur la terre pour détruire l'empire des esprits qui ont créé le mondo matériel) cl surtout pour délivrer Hélène de leur puissance. Saint Justin dit que Simon, après sa mort , fut honoré comme un dieu par les Romains, et qu'il eut une statue.

Stmim de Vhwèa , — auteur d'un recueil d'histoires de quelques célèbres astrologaes et horonoes doctes, qu'il dédia au roi Charles Vllf.

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]) ne parait paà que ce livre ail été imprimé *.

Sîmonîde. — Un jour qu'il soupaitchez un de ses amis, on vinl l'avertir que deux jeunes gens étaient à la porte, qui voulaient lui parler (l'une affaire importante. Il sort aussitôt, ne trouve personne; et, dans l'instant qu'il veut rentrer à la maison , elle s'écroule et écrase les convives sous ses ruines. II dut son salut à un hasard si singulier, qu'on le regarda, parmi le peuple , comme un trait de bienveillance de Castor et Pollux, qu'il avait chantés dans un de ses poèmes.

9MB«rcii«, — oiseau fabuleux que les Arabes nomment Anka , et les rabbins Jukhneh , et que les Perses disent habiter dans les montagoes de Kaf . Il est si grand qu'il consomme pour sa subsistance tout ce qui croît sur plusieurs montagnes. Il parle , il a de la raison , en un mot c'est une fée qui a la figure d'un oiseau. Étant un jour interrogé sur son âge, la Simorgue répondit: « Ce monde s'est trouvé sept fois rempU de créatures , et sept fois entièrement vides d'animaux. Le cycle d'Adam , dans lequel nous sommes, doit durer sept mille ans , qui font un grand cycle d'années ; j'ai déjà vu douze de ces cycles, sans que je sache combien il m'en reste à voir. » La Simorgue joue un grand rôle dans les légendes de Saloraon.

Biogei. — Ces animaux étaient vénérés en Egypte. Chei les Romains , au contraire , c'était un mauvais présage de rencontrer un singe en sortant de la maison.

Bîrath. — Cesl le nom que donnent les musulmans au pont que les âmes passent après leur mort, et au-dessous duquel est un feu éternel. Il est aussi mince que le tranchant d'un sabre ; les justes doivent le paf^ser avec la rapidité de l'éclair, pour entrer dans le paradis.

9irob«da, — démon qui a tout pouvoir sur les animaux

i^ — plante qui , selon Aristote , se trouvait dans le Scamandre , ressemblait au pois chiche, et avait la vertu de mettre à l'abri de la crainte des spectres et des fantômes ceux qui la tenaient à la main.

SUtSm, — démon indien qui habite les bois sous Ta forme humaine.

Skalda , — voy. Nornes.

giwaic. — Les anciens, qui trouvaient les grandes qualités surhumaines, ne les croyaient

> SiBgttlafitiéi hîBtAii^uM et littéraires de D. Urim, t. !•», p, 313.

pas étrangères à Pessence des démons. Il est vrai que tes démons chez eux n'étaient pas pris tous en mauvaise part. Ausî'i disaientils que Socrate avait un démon familier ; et Procliis soutient qu'il lui dut toute sa sagesse *. Peut-être les hommes trouvaient-ils leur compte à cet arrangement. Ils se consolaient d'être moins vertueux queSocrate, en songeant qu'ils n'avaient pas un appui comme le sien.

Soleil , — voy. Danse ou Soleil.

SomnambaUf. — Des gens d'une imagination vive, d'un sang trop bouillant, font souvent en dormant ce que les plus hardis n'osent entreprendre éveillés. Bardai parle d'un professeur qui répétait la nuit les leçons qu'il avait données le jour, et qui grondait si haut, qu'il réveillait tous ses voisins. Johpston rapporte , dans sa Thaumatographia Naturalis, qu'un jeune homme sortait toutes les nuits de sont lit, vêtu seulement de sa chemise ; puis, montant sur la fenêtre de sa chambre, il sautait à cheval sur le mur, et le talonnait pour accélérer la course qu'il croyait faire. Un autre descendit dans un puits et s'éveilla aussitôt que son pied eut touché Teau , qui était très-froide. Un autre monta sur une tour, enleva un nid d'oiseaux , et se glissa à terre par une corde, sans s'éveiller. — Un Parisien, de même endormi , se leva , prit son épée , traversa la Seine à la nage , tua un homme que la veille il s'était proposé d'assassiner; et, après qu'il eut consommé son crime, il repassa lu rivière , retourna à sa maison et se mil fTu lit sans s'éveiller. — On peut expliquer te somnambulisme comme une activité partielle de la vie animale , disent les philosophes. L*organe actif transmet ainsi l'incitation sur les organes voisins : et ceux-ci commencent également, par l'effet de leurs relations avec la représentation qui a été excitée, à devenir actifs et à coopérer (c'est très-clair); par là, l'idée de l'action représentée devient si animée que , niême les instruments corporels nécessaires pour son opération , sont mis en activité par les nerfs qui agissent sur eux (vous comprenez?) ; le somnambule commence môme à agir corporellement, et remplit l'objet qu'il s'est proposé , avec la môme exactitude que s'il était éveillé ; avec cette différence néanmoins qu'il n'en a pas le sentiment gé néral , parce que les autres organes de la vie animale, qui n'ont pas participé à l'activité, reposent, et que par conséquent, le sentiment n'y a pas été réveillé. Voilà. — Gall a connu un prédicateur somnambule qui, très-souvent,

' Proclns, de Anima et dœmone. Naudë, Apologie.

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ayant un sermon à faire , se levait la nuit en dormant, écrivait son lexle ou en faisait la division, en travaillait des morceaux entiers, rayait ou corrigeait quel |ues passages, en un mot, qui se conduisait comme s'il eût été éveillé, et qui cependant en s'éveillant n'avait aucun sentiment de ce qu'il venait de faire '. Libre à vous de douter. La Fontaine a composé , dit-on , sa fable des deux pigeons en dormant. Vous n'èles pas obligé à le croire. — Nous en aurions trop à dire, si nous voulions parler du somnambulisme magnétique.

On prétend qu'une personne magnétisée s'endort profondément et parle aussitôt pour révéler les choses secrètes, prédire l'avenir et lire dans les cœurs, par un prodige inexplicable. Mais ce prodige ne s'établit par aucun fait vraiment sérieux.

Songes. — Le cerveau est le siège de la pensée, du mouvement et du sentiment. Si le cerveau n'est point troublé par une trop grande abondance de vapeurs crues, si le travail ne lui a pas ôté toutes ses forces, il engendre des songes excités par les images dont il s'est vivement frappé durant le jour, ou par des impressions tontes nouvelles , -que produisent dans le cerveau les atfections naturelles ou accidentelles des nerfs, ou la nature du tempérament. C'est aussi limpide que ce qu'on a lu sur le somnambulisme. — Les songes naturels viennent des émotions de la journée et du tempérament. Les personnes d'un tempérament sanguin songent les festins, les danses, les divertissements, les plaisirs, les jardins et les fleurs. Les tempéraments bilieux songent les disputes , les querelles , les combats , les incendies, les couleurs jaunes, etc. Les mélancoliques songent l'obscurité , les ténèbres, la fumée, les promenades nocturnes, les spectres et les choses tristes. Les tempéraments pituiteux ou flegmatiques songent la mer, les rivières, les bains, les navigations, les naufrages, les fardeaux pesants, etc. Les tempéraments mêlés , comme les sanguins-mélancoliques, les sanguins-flegmatiques, les bilieux-mélancoliques, etc., ont des songes qui tiennent des deux tempéraments ; — ainsi le dit Peucer. — Les anciens attachaient beaucoup d'importance aux rêves ; et l'antre de Trophonius était célèbre pour celle sorte de divination. Pausanias nous a laissé, d'après sa propre expérience , la description des cérémonies qm* s'y observaient. — « Le chercheur passait d'abord plusieurs jours dans le temple de la bonne fortune. Là il faisait ses expiations, observant d'aller deux fois par

jour se laver. Qtiand les prêtres le déclaraient purifié , il immolait au dieu des victimes ; cette cérémonie finissait ordinairement par le sacrifice d'un bélier noir. Alors le curieux était frotté d'huile par deux enfants, et conduit à la source du fleuve, où on lui présentait une coupe d'eau du Léihé, qui bannissait de Tesprit toute idée profane , et une coupe d'eau de Mnémosyne, qui disposait la mémoire à conserver le souvenir de ce qui allait se passer. Les prêtres découvraient ensuite la statue de Trophonius , devant laquelle il fallait s'incliner et prier; enfin, couvert d'une tunique de lin et le front ceint de bandelettes, on allait à l'oracle. Il était placé sur une montagne, au milieu d'une enceinte de pierre qui cachait une profonde caverne, où Ton ne pouvait descendre que par une étroite ouverture. Quand, après beaucoup d'efforts, et à l'aide de quelques échelles , on avait eu le bonheur de descendre sans se rompre le cou, il fallait passer encore, de la même manière, dans une seconde caverne, petite et trèâ*obscure. Là on se couchait à terre, et on n'oubliait pas de prendre dans ses mains une espèce de pâte , faite avec de la farine, du lait et du miel : on présentait les pieds à un trou qui était au milieu de la caverne, et dans le même instant, on se sentait rapidement emporté dans l'antre ; on s'y trouvait couché sur des peaux de victimes récemment sacrifiées, enduites de certaines drogues dont les prêtres seuls connaissaient la vertu ; on ne tardait pas à s'endormir profondément : c'était alors qu'on avait d'admirables visions, et que les temps à venir découvraient tous leurs secrets. » — Hippocraie dit que, pour se soustraire à la malignité des songes, quand on voit , en rêvant , .pâlir les étoiles, on doit courir en rond; quand on voit pâlir la lune, on doit courir en long; quand on voit pâlir le soleil , on doit courir tant en long qu'en rond.... — On rêve feu et flammes quand on a une bile jaune; on rêve fumée et ténèbres quand on a une bile noire ; on rêve eau et humidité , quand on a des glaires et des pituites , à ce que dit Gallien. — Songer à la morl, annonce mariage, selon Artémidore; songer des fleurs, prospérité; songer des trésors , peines et soucis ; songer qu'on devient aveugle, perte d'enfants.... Ces secrets peuvent donner une idée de VOftéirocritique d'Artémidore , ou explication des rêves. — Songer des bonbons et des crèmes , dit un autre savant, annonce des chagrins et des amertumes ; songer des pleurs , annonce de la joie ; songer des laitues , annonce une maladie ; songer or et richesses , annonce la misère.... Il y a eu des hommes assez super-

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stitieux pour faire leur tertament. pjrcc qu'ils avaient vu un médecin en songe ; ils croyaient que c'était un présage de mort. — Explication de quelques-uns des principaux songes , suivant les livres connus, — Aigle. Si on voit en songe, voler un aigle, bon présage ; signe de mort , s'il tombe sur la tète du songeur. Ane, Si on voit courir un âne, présage de malheur ; si on le voit en repos , caquets et méchancetés ; si on Tentend braire , inquiétudes et fatigues. Arc-en^ieL Vu du côté de Torient, signe de bonheur pour les pauvres ; du côté de Toccident , le présage est pour les riches. Argent trouvé, chagrin et pertes ; argent perdu , bonnes affaires. — Bain dans Teau claire, bonne santé; barn dans Teau trouble, mort de parents et d'amis. Belette Si on voit une belette en songe, signe qu'on aura ou qu'on a une méchante femme. Boire de Tcau fraiche, grandes richesses; boire de l'eau chaude, maladie ; boire de l'eau trouble, chagrins. Bois, Être peint sur bois dénote longue vie. Boudin. Faire du boudin, présage de peines; manger du boudin, visite inattendue. Brigands. On est sûr de perdre quelques parents ou une partie de sa fortune , si on songe qu'on est attaqué par des brigands. — Cervelas. Manger des cervelas , bonne santé. Champignons, signe d'une vie longue. Chanter, Un homme qui chante, espérar.ce ; une femme qui chante , pleurs et gémissements. Charbons éteints, mort ; charbons allumés, embûches; manger des charbons, pertes et revers. Chat-huant, funérailles. Cheveux arrachés , pertes d'amis. Corbeau qui vole, péril de mort. Couronne. Une couronne d'or sur la tête présage des honneurs ; une couronne d'argent, bonne santé ; une couronne de verdure» dignités; une couronne d'os de morts annonce la mort. Cygnes noirs ^ tracas de ménage. — Dents. Chute de dents, présage de mort. Dindon, Voir ou posséder des dindons, folie de parents ou d'amis. — Enterrement, Si quelqu'un rêve qu'on l'enterre vivant, il peut s'attendre à une longue misère ; aller à l'enterrement de quelqu'un , heureux mariage. Étoiles, Voir des étoiles tomber du ciel, chutes, déplaisirs et revers. — Fanlàme blanc, joie et honneurs; fantôme noir, peines et chagrins. Femme. Voir une femme, infirmité; une femme blanche, heureux événement; une femme noire, maladie; plusieurs femmes, caquet. Fèves, Manger des fèves , querelles et procès. Filets. Voir des filets, présage de pluie. Flambeau allumé, récompense; flambeau éteint, emprisonnement. Fricassées, caquets de fenimes. Gibet, Songer qu'on est condamné à être pendu, heureux succès. Grenouilles^

indiscrétions et babils. — Hannetons, importanités. Homme velu de blanc, bonheur ; vêtu de noir, malheur; homme assassiné, sûreté.

— Insensé. Si quelqu'un songe qu'il est devenu insensé , il recevra des bienfaits de son prince. — Jeu, Grain au jeu , perte d'amis. — Lait. Boire du lait , amitié. Lapins blancs , succès ; lapins noirs , revers ; manger du lapin, bonne santé; tuer un lapin, tromperie et perte. Lard. Manger du lard , victoire. Limaçon, charges honorables. Linge blanc, mariage; linge sale, mort. Lune. Voir la lune, relard dans les affaires ; la lune pâle , peines ; la lune obscure , tourments. — Manger à terre, emportements. Médecine. Prendre médecine , misère ; donner médecine à quelqu'un, profit. Meurtre. Voir un meurtre, sûreté. Miroir, trahison. Moustaches. Songer qu'on a de grandes moustaches , augmentation de richesses. — Navets, vaines espérances. Nuées^ discorde. — Œufs blancs, bonheur; œufs cassés , malheur. Oies. Qui voit des oies en songe, peut s'attendre à être honoré des princes. Ossements, traverses et peines inévitables.

— Palmier, palmes, suœes et honneurs. Paon, L'homme qui voit un paon aura de bi'aux enfants. Perroquet, indiscrétion, secret révélé.

— Quenouille, pauvreté. — Rats, ennemis cachés. Roses, bonheur et plaisirs. — Sauter dans l'eau, persécutions. Scorpions, lézards, chenilles, scolopendres, etc., malheurs et trahisons. Soufflet donné , paix et union entre le mari et la femme. Soufre, présage d'empoisonnement. — Tempête, outrage et grand péril. Tête blanche, joie ; tête fondue, tromperie ; tête chevelue, dignités; tète coupée, infirmité ; tète coiffée d'un agneau, heureux présage. Tourterelles y accord des gens mariés; mariage pour les célibataires. — Vendanger y santé et richesses. Violette, succès. Violon. Entendre jouer du violon et des autres instruments de musique, concorde et bonne intelligence entre le mari et la femme, etc., etc. Telles sont les extravagances que débitent les mterprètes des songes ; et l'on sait combien ils trouvent de gens qui les croient! Le monde fourmille de petits esprits qui, pour avoir entendu dire que les grands hommes étaient au-dessus de la superstition, croient se mettre à leur niveau en refusant à Tâme son immortalité , et à Dieu son pouvoir, et qui n'en sont pas moins les serviles esclaves des plus absurdes préjugés. On voit tous les jours d'ignorants esprits-forts, de petits sophistes populaires, qui ne parlent que d'un ton railleur des saintes Écritures, et qui passent les premières heures du jour à chercher l'explication d'un songe insignifiant, comme ils passent les

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moi^eDt^ do soir à inlerroger les cartes sur leurs plus minces projets ^ — U y fi des songes, au reste, qui ont beaucoup emtnrrassé ceux qui ne veulent rien voir d'inexplicable. Nous m pouvons passer sous silence le fameux songe des ^eux Arcadiens. Il est rapporté p^r V^lère-Maxime et par Cicôron. ^- Deux Arcadiens, voyageant ensemble, arrivèrent ^ Mégare. L'un se rendit chez un ami qu'il av^it en cette ville ; Fautre alU loger à l'auberge. Après que le premier fut couché , il vit en songe son cooipagnon , qui le suppliait de venir le tirer des maips de raubergiste, i^r qui ses joiirs étaient menacés. Cette visio(i l'eveilie en sursaut , i| s'babiUe à la hâte, ^1^ et 9^ dirige vers l'auberge où était son ami. — Chemin fiaisant, il réfléchit sur sa démarche , la trouve ridicule , condamne sa légèreté à agir ainsi sur la foi d'uu songe ; et, après po moment d'ipcerti^ude , il retourne sur ses pas e\ se remet au lit. Mais à peine a-t-il de nouveau fermé l'œil, que son ami se présente de nouveau à son imagination , non tel q^il Tavait vu d'abord, mais mourant, mais souillé de sang, couvert de blessures, et

. lui adressant c^ discours : « Ami ingrat, puisque tu 9s {négligé de me secourir vivant, ne refuse pas au moins de venger nia mort. J'ai succombé sous les coups du perfide auber-

. giste ; et^ ppur cpçber les traces de son crime,

,i\ a enseveli mon corps, coupé en morceaux, dans un tombereau plem de fuipier, qu'il eoo-

. duilàla porte de la ville. » — Celui-ci, troublé de ce^te nouvelle vision , pKis effrayante que la pr^iôre, épouvante par ledisiX)qrsc)e son ami, se lève derechef, vole à la por^^ de la ville, et y trouve le tombereau désigné, daas lequel il reco.nnait les tristes restes de son compagoon de voyage. 11 arrête a^ssitôt l'assassin et le livre à la justice. — Cette aventure étonnante peut pourtant s'expliquer. Les deux amis étaient fort liés et p^turellemeat inquiets I'ue^ pour l'autre ; V^tubi^rge pouvait avoir un piauvais renom : dès lors , le premier songe n'a rien d'extraordinaire. Le second en est Ip conséquence dans Tiq^ginplion çigitée dq premier des deux voyageurs. Les détails du tomber^u sont plus forts; il peut se faire (jju'ils soient uu e£iet des pressenti-

< Il y a ifi^ cens qrt\ ne cKoi^nt 4 rkn, et qui mettent i la loterie sur la signification des songes. Mais qui pept leur eiiToyer des songes, s'il n'y a pas de Dieu!... Comment songeot*Us quand leur corps est assoftpl, s'ils A*ont point d'âme! Deux savetiers s'entretenaient sous l'empire de matières de religion. L'un prétendait qu'on mit eu raisçn de réia^lif le culte ; lUu,t^e, au c^ni^s^ , qu'on avait eii turt. u M ai^s, dit le premier, je vois bien

' qine tu n es pés foncé dans la poUtiquerie; ce n'est pis

. pour 9»Qi tu'on a^ relais Dieu danf ses foncUçns, ce n'est pas pour toi non plus ; c'est jiour le peuple. » — Ces deax

'«avifUer^, avec tout leur iesprit. se faisaient tirer tes

,. carl^'s et «(^ r/icontaient leur« B^mgfiê^

ments, ou d'une anecdote du temps, ou une reoeoBlre du hasard. Mais il y a des choses qui sont plus ine&plicables et qu'on ae paut p0Mr(antcontester.-^« Alexaader ab Alexan- 4ro raconte, cbap- 4 4 du l*" livre de ses Jours Géniaux, qu'up sien fidèle serviteur, homme sincère et vertueux, couché dans son Ht, dormant profondément, commença à se plaiodre, soupirer et lamenter si fort, qu'il éveilla tous ceux de la maison. Son maître, après Tavotr éveillé , lui demanda la cause de son cri. Le serviteur répondit : « Ces plaintes que vous ave^ entendues ne soot point vaines, car lorsqiie je m'agitais ainsi , il me semblait que je voyais le corps mort de ma mère passer ée- ' vant mies yeux, que l'on portait en terre. 9 — On fit attention à rheure , au jour, è h saison où cette vision était advenue , pour savoir si cette vision aaooneerait quelqi«e désastre au garçon ; et l'on fut tout étonné d'apprendre la mort de cette femme quelques jours après ; s'étant informé des jour et heure , on trouva qu'elle était morte le même jour et à la oièrae heure qu'elle s'était présentée morte à soa ûis. *— Saint Augustin^ livre 42, chap* 47, sur ki Genèse, raconte l'histoire d'un frénétique qui revient un pe^ à ce songe. Quelques-uns étant dans la maison de ce frénétique, ils entrèrent en propos d'une femme qu'ils connaissaient, laquelle était vivante et Avisait bonne obère , sans aucune appréhension de qial. Le frénétique leur dit : « Comment parlez- vous de cette femme? Elle est morte, je l'ai vue passer comme on la portait en ^rre. » £t un ou deux jours après» la prédiction fut conûr^iéa ^ » Voy. Cassivs, liYMBaA, Ani^i^OAs, Diàçius, etc.

Soroîen , — gens qui , avec le secours des puissances infernales, peuvent opérer des choses surnaturelles en conséquence d'un pacte fait avec le diable. — Ge n'étaient en général que des tmpo^urs , des charlatans , des fourbes, des maniaques, des fous, des hypocondres , ou des vauriens qui , désespérant de se donner quelque importanoe par ieuf propre mérite, se rendaient remarquables par les terreurs qu^ils inspiraient. Chez tous les peuplas on trouve des sorciers. On les appelle naagtoiens forsqu'ils opèreat des prodiges , el devins lorsqu'ils devinent les choses «aehéee. *^ Il y avait à Fans, dn temps de Charles IX, trente mille sorcioM, qu>n ehassa à^ la ville. On en comptait plus de cent mille en France sous le roi Henri HL Chaque vMie, chaque bourg, chaque vîHsge, chaqoe ha«> meau avait les siens. On les p^irsuivit sous Heurt IV et sous Louis XHI ; le nombre de ces

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misérables ne commença à diminuer qiro sous Louis XIY. L'Angleterre n'en était pas moins infestée. Le roi Jacques l*"^, qui leur faisait la chasse très-durement, écrivit contre eux un gros Kvre, sans éclairer la question. Un fait est constant , c*esl que presque tous les sorciers étaient des bandits qui prenaient un masque diabolique pour faire )e mal : c'est que la plupart de leurs sortilèges étaient des empoisonnements, et leurs sabbats d'affreuses orgies. Ces sorciers étaient encore des restes de bandes hérétiques, conduits d'aberrations en aberrations à l'adoration toute crue du démon. — î.es sorciers sont coupables de quinze crimes , dit Bodin : 4® ils renient Dieu ; 2® ils le bhisphement ; 3» ils adorent le diable; |o ils lui vouent leurs enfants; 5« ils les lui sacrifient souvent avant qu'ils soient baptisés*; 6^ ils les consacrent à Satan dès le ventre de leur mère; 7<> ils lui promettent d'attirer tous ceux qu'ils pourront à son service; 8° ils jarent par le nom du diable, et s'en font honneur; 9*» ils ne respectent plus aucune loi et commettent des incestes: 10* ils tuent les personnes, les font bouillir et les mangent; 44» ils se nourrissent de chair humaine et même de pendus ; 4 î'» ils font mourir les gens par le poison et les sortilèges; 43*» ils font crever le bétail ; 4 4« ils font périr ^es fruits, et causent la stérilité; 45" ils se font en tout les esclaves du diable. — Sando- ▼al dans son Histoire de Charles-Quint, raconte que deux jeunes filles, Tune de onze ans, et Taulre de neuf, s'accusèrent eHes-mèmes, comme sorcières, devant les membres du conseil royal de Navarre : elles avouèrent qu'elles s'étaient fait recevoir dans la secte des sorciers, et s'engagèrent à découvrir tontes les femmes qui en étaient si on consentait à leur faire grâce. Les jnges l'ayant promis, ces deux enfants déclarèrent qu'en voyant l'œil gauche d'une personne elles pourraient dire si elle était sorcière ou non ; eflfS indiquèrent l'endroit où l'on devait tronver iiii grand nombre de ces femmes, et où elles tenaient leurs assemblées. Le conseil chargea wtk œmmlssaire de se transporter sur les lieux «vec ces deux enfants , escortés de cinquante earvah'ers. En mrrvant dans ehaqtie bourg ou ▼lltege, il devait enfermer tes deux jeunes filles dans deoic maisons séparées, el faire eoftdttÎFe devant elles les femmes suspecta tfe magie, afin d^épronver le mwen qu'dhpâ avaient indiqué. !l résulta de Texpérience fjue celles de ces femmes qui avaient été signalées par teà élWx filles comme sorcières Kéteient

, ' Spranger condamna à mort une sorcière qui avait int teottrir quarante et un petits enfants.

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réellement. Lorsqu'elles se virent en prison , elles déclarèrent qu'elles étaient plus de cent cinquante ; qne lorsqu'une femme se présentait pour être reçue dans leur société, on lui faisait renier Jésus-Christ et sa religion. Le jour où cette cérémonie avait lieu, on voyait paraître, au milieu d'un cercle, un bouc noir, qui en faisait plusieurs fois le tour ; à peine avait-il fait entendre sa voix rauque, que toutes les sorcières accouraient et se mettaient à danser; après cela, elles venaient toutes baiser le bouc au derrière, el faisaient ensnitc un repas avec du pain, du vin et du fromage. Lorsque le festin était fini, chaque sorcière s'envolait dans les airs, pour se rendre aux lieux où elle voulait faire du mal. D'après leur propre 'confession , elles avaient emporsetinô trois ou quatre personnes, pour obérr anx ordres de Satan, qui les introduisait dans les maisons en leur ouvrant les portes et les fe^ nêlres, qu'il avait soin de refermer quand le maléfice avait eu son etfei. Toutes les nuits qui précédaient les grandes fôtes de l'anoée, elles avaient des assemblées générales, où elles faisaient des abominations et des impie-* tés. Lorsqu'elles assistaient à la mease , eHes voyaient Thostie noire; Oïdis, si elles avaient déjà forn)é le propos de renoncer à leurs fira* ti(:{ues diaboliques, elles la voyaient blanebe. — Sandoval ajoute que le commiseatre , vou-^ tant s'assurer de la vérité des faits par sa propre expérience, fit prendre one vieille sorcière, et lui promit sa grâce, à condition qu'elle ferait devant lui toutes ses opérafioné de sorcellerie. La vieille, ayant accepté kl proposition, demanda la boite d'ongBent qu'on avait trouvée sur elle, et monta dans une tour, avec le bommissaire et un grand nombre de personnes. Elle se plaça de\^nt une fenêtre el se frotta d'onguent la paume de la mam pauche, le poignet, le nœud d» coude, le dessous du bras, l'aine et le côté gauche ; ensuite elle cria d'une voix forte : Es^iu là ? Tous les spectateurs entendirent ddfiS les ahrs ime y&t% qui répondit : Oui, ms vokd. La sorcière se mit alors à descendre le long de la tour, la tète en bas , se servant de ses pieds et de ses mains à la manière des Ié23rds. Arrivée au milieu de la hauteur, elle prit son vot dam \(fs airs devant les assistants, qui ne ces«aè* yetu do la voir que lorsqu'elle eut âéfmté ■l'horrzon. Dans l'étonnement m ce piidige avait plongé tout le monde, le comimsffiise fk put>lier qu'il donnerait une somnie d*ârrgent considérable à qaicoiique lui ramènerayf la sorcière. On la lui présenta au boot de ^mx jours qu'elle fut arrêtée p«r des bergers. Le cofflflMâsaire M demanda f9«rq«oi eile ft'a-^

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vait pas volé assez loin pour échappCi à ceux qui la cherchaient. A quoi elle répondit que son maître n'avait voulu la transporter qu'à la distance de trois lieues, et qu*il l'avait laissée dans le champ où les bergers l'avaient rencontrée. — Le juge ordinaire ayant prononcé sur l'affaire des cent cinquante sorcières , ni l'onguent ni le diable ne purent leur donner des ailes pour éviter le châtiment de deux cents coups de fouet et de plusieurs années de prison qu'on leur fit subir. — Boquet, qui avait tant de zèle pour l'extinction de la sorcellerie, a rois à la fin de son Discours des sorciers une instruction pour un juge en fait de sorcellerie. Cette pièce curieuse, publiée en 4601, est divisée en quatre-vingt-onze articles. On la connaît plus généralement sous le titre de Code des sorciers ; en voici le précis : — Le juge du ressort instruit l'affaire et la juge, sans suivre, en cas pareil, les formes ordinaires. La présomption de sorcellerie suffit pour faire arrêter le suspect; Tinterrogatoire doit suivre l'arrestation, parce que le fiable assiste les sorciers en prison. Le juge doit faire attention à la contenance de l'accusé, voir s'il ne jette point de larmes, s'il regarde à terre, s'il barbette à part, s'il blasphème; tout cela est indice. Souvent la honte empêche le sorcier d'avouer; c'est pourqu'oi il est bon que le juge soit seul, et que le greffier soit caché pour écrire les réponses. — Si le sorcier a devant lui un compagnon du sabbat, il se trouble. On doit le raser afin de mettre à découvert le sort de taciturnité. — II faut le visiter avec un chirurgien, pour chercher les marques. — Si l'accusé n'avoue pas, il faut le mettre dans une dure prison, et avoir gens affîdés qui tirent de lui la vérité. — Il y a des juges qui veulent qu'on promette le pardon, et qui ne laissent pas de passer à l'exécution; mais cette coutume me parait barbare. — Le juge doit éviter la torture, elle ne fait rien sur le sorcier; néanmoins il est permis d'en user. — Si l'accusé se trouve saisi de graisses, si le bruit public l'accuse de sorcellerie, ce sont de grandes présomptions qu'il est sorcier. Les indices légers sont les variations dans les réponses, les yeux fixés en terre, le regard effaré. Les indices graves sont la naissance: comme si, par exemple, le prévenu est enfant de sorcier, s'il est marqué, s'il blasphème. — Le fils est admis à déposer contre son père. Les témoins reprocbables doivent être entendus comme les autres. On doit aussi entendre les enfants. Les variations dans les réponses du témoin ne peuvent faire présumer eu faveur de Tinnoceoce du prévenu , si tout l'accuse d'être sorcier. — La peine est le sup-

plice du feu ; on doit étrangler les sorciers et les brûler après; les loups-garous doivent être brûlés vifs. — Oa condamne justement sur des conjectures et présomptions; mais alors on ne brûle pas, on pend. — Le juge doit assister aux exécutions, suivi de son greffier, pour recueillir les dépositions — Ce chef-d'œuvre de jurisprudence et d'humanité, ouvrage d'un avocat, reçut dans le temps les suffrages des barreaux. Boguet le dédia à Daniel Romanez, avocat à Salins. — Notre siècle n'est pas encore exempt de sorciers. Il y en a dans tous les villages. On en trouve à Paris même, où le magicien Moreau faisait merveilles il y a vingt ans. Mais souvent on a pris pour sorciers des gens qui ne l'étaient pas. — Mademoiselle Lorimier, à qui les arts doivent quelques tableaux remarquables , se trouvant à Saint-Flour en 4844 avec une autre dame artiste , prenait , de la plaine , le plan de la ville, située sur un rocher. Elle dessinait et faisait des gestes d'aplomb avec son crayon. Les paysans, qui voient encore partout la sorcellerie, jetèrent des pierres aux deux dames, les arrêtèrent et les conduisirent chez le maire, les prenant pour des sorcières. Vers 4778, les Auvergnats prirent pour des sorciers les ingénieurs qui levaient le plan de la province, et les accablèrent de pierres. — Le tribunal correctionnel de Marseille eut à prononcer, en 4820, sur une cause de sorcellerie. Une demoiselle, abandonnée par un homme qui devait l'épouser, recourut à un docteur qui passait pour sorcier, lui demandant s'il aurait un secret pour ramener un infidèle et nuire à une rivale. Le nécromancien commença par se faire donner de l'argent, puis une poule noire, puis un cœur de bœuf, puis des clous. Il fallait que la poule, le cœur et les clous fussent volés; pour l'argent il pouvait être légitimement acquis } le sorcier se chargeait du reste. Mais il arriva que, n'ayant pu rendre à la plaignante le cœur de son amant, celle>ci voulut au moins que son argent lui fût restitué ; de là le procès, dont le dénoûmeat a été ce qu'il devait être : le sorcier a été condamné à l'amende et à deux mois de prison comme escroc. — Voici encore ce qu'on écrivait de Yalognes en 4844. On jugera des sorciers passés par les sorciers présents , sous le rapport de l'intérêt qu'ils sont dignes d'inspirer : — a Notre tribunal correctionnel vient d'avoir à juger des sorciers de Brix. Les prévenus, au nombre de sept, se trouvent rangés dans l'ordre suivant : Anne-Marie, femme de Leblond, dit le Mat" quis^ âgée de soixante-quinze ans ( ûgure d'Atropos ou d'une sorcière de Macbeth ); Leblond, son mari, âgé de soixante-onze ans

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Chartes Lemonnier, maçon , âgé de vingt-six ans; Drouet , maçon, âgé de quarante- quatre ans; Thérèse Leblond, dite la Marquise, âgée de quarante-huit ans ( teint fiévreux ou animé par la colère ] ; Jeanne Leblond , sa sœur , également surnommée la Marquise , âgée de trente-quatre ans , femme de Lemonnier; et Lemonnier, mari de la précédente, équarriàseur, âgé de trente-trois ans, né à Amfreville, tous demeurant à Brix. — Divers délits d'escroquerie à Taide de manœuvres frauduleuses leur sont imputés; les témoins, dont bon nombre figurent parmi les dupes qu'ils ont faites, comparaissent successivement et reçoivent une ovation particulière à chaque aveu de leur crédulité. — Les époux Halley, dit Morbois, et leur frère et beau- frère Jacques Legouche, des Moitiers-en-Bauptois, se croyaient ensorcelés, et même encore ils ne savent trop aujourd'hui s'ils ne Tout pas été. Or il n'était bruit à dix lieues à la ronde que des Marquis do Brix. On alla donc les supplier d'user de leur pouvoir en faveur de braves gens dont la maison, remplie de myriades de sorciers, n'était plus habitable. Le vieux Marquis se mot aussitôt en route avec sa fille Thérèse, et commande des tisanes. Mais il en faut bientôt de plus actives, et la société, composée de ses deux filles et des frères Lemonnier, qui se sont entremis dans la guérison, appoi teiit des bouteilles tellement puissantes que toute la famille li'S a vues danser dans le panier qui les contenait. — Il faut en effet de bien grands remèdes pour lever le sort que le curé, le vicaire et le bedeau de la paroisse ont jeté sur eux, au dire des Marquises. Il faut en outre du temps et de l'argent. Deux ans se passent en opérations, et avec le temps s'écoule l'argent. Mais enfin une si longue attente , de si nombreux sacrifices auront un terme, et ce terme, c'est la nuit de Pâques fleuries, dans laquelle le grand-maître sorcier viendra débarrasser les époux Halley des maléfices qu'ils endurent. Ce qui avait été promis a lieu ; non pas précisément la guérison, mais l'arrivée de plusieurs membres de la compagnie de Brix. Que s'est-il passé dans la maison? c'est ce que des voisins assignés ne peuvent nous dire, parce qu'ils n'ont osé ni regarder ni entendre. Un seul rapporte, lorsque les sorciers sont repartis, avoir ouï une voix s'écrier ; « Il faut qu'ils soient plus bétes que le cheval qui nous traîne ! a — D'autres racontent la ruine de celte maison qui date des fréquents voyages de la compagnie. Les Halley et les Legouche étaient dans une parfaite aisance avant qu'il fût question de les désensorceler. Leurs meubles, leurs ^tiaux, leur jardin, leur peu de terre, il^

ont tout vendu ; leurs hardes, parce qu'elles étaient ensorcelées comme leur personne, ils les ont données; ils ont arraché jusqu'à leur plant de pommiers pour en faire un peu d'argent et rassasier l'hydre insatiable qui les dévorait; 2,000 fr., tel est peut-être le chiffre des sommes que l'accusation reproche aux prévenus d'avoir escroquées à ces pauvres gens — Cependant ceux-ci avouent à peine 250 fr. qu'ils auraient pu remettre pour prix de médicaments qui les ont, disent-ils, radicalement guéris. Ils ne confessent aucuns détails , n'accusent personne. Ils rendent grâce au contraire du bien qu'on leur a fait. Les malheureux tremblent encore en présence de ceux qu'ils ont appelés auprès d^eux , et dont le regard semble toujours les fasciner ! — Un nommé Henri Lejuez, deFlottemanville-Hague (arrondissement de Cherbourg), vient ensuite raconter avec la même bonne foi et le même air de simplicité les tours subtils de magie dont il a été victime. Chevaux et porcs, chez lui tout mourait : ce n'était point naturel ; mais aux grands maux les grands remèdes. Il se mit donc en recherche de les trouver, a Un jour, dit-il, que j'étais à l'assembléede Vasteville, je trouvai un homme qui me dit que je ferais bien d'aller à Brix , chez un nommé le Marquis. J'y allai ; or, quand je lui eus dit mon affaire et qu'il eut lu deux pages dans un livre que sa femme alla lui chercher dans l'armoire , il me repondit : « Ce sont des jaloux ; mais je vais vous bulter ça ; baillez-moi 5 fn 50 c. pour deux bouteilles de drogues , et je ferai mourir le malfaiteur. — Nenni, que je lui dis, je n'en demande pas tant; domptezle seulement de façon qu'il ne me fasse plus de mal , c'en est assez. » Quinze jours après, j'y retournai , et j'apportai vingt-cinq kilogrammes de farine , deux pièces de 5 francs, et environ deux kilogrammes de filasse que sa bonne femme m'avait demandés. Il n'y avait point d'amendement chez mes avers, et je le lui dis en le priant de travailler comme il faut l'homme qui m'en voulait. Enfin , après un autre voyage que je fis encore, îf fut convenu que sa fille Thérèse viendrait à la maison. Elle y vint donc et fit sa magie avec une poule qu'on happa sans lui ôter une plume du corps. Sur le coup elle la saignit, et quand elle eut ramassé son sang dans un petit pot avec le cœur, elle le fit porter à la porte de l'homme que nous soupçonnions. Pendant que le sang s'égoutterait notre homme devait dessécher , à ce qu'elle disait. Après cela elle nous demanda vingt-cinq aiguilles neuves qu'elle mît dans une assiette et sur laquelle elle versa de l'eau, Autant \\ y en aurait qui s'aSburcbe^

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raient les unes sur les autres, mitanl il y aurait d'ennemis qui nous en voudraient. Il s'en trouva trois. — Toui cela fait, elle emporta la poule , et revint quelques jours après avec Jeanne sa sœur. Mais il se trouva qu'il leur manqua quelque chose pour arriver à leur définition : c'était des drogues qu'avec 25 fr. que je leur donnai et que j'empruntai en partic, ellesallèrent quérir à Cherbourg, etqu'ellcs devaient rapporter le soir, avec deux mouchoirs que ma femme leur prêta ; mais elles ne revinrent plus. Pour lors j'eus l'idée qu'elles n'étaient pas aussi savantes qu'on le disait. Pour m'en assurer, j'allai consulter une batteuse de cartes du Limousin , et je l'amenai chez Thérèse. Là-dessus les deux femelles se prirent de langue : la Limousine traita la Marquise d'c^rippeuse et le Marquis d'agrippeur. Ça fit une brouille et les affaires e-n restèrent là. A quelque temps de là cependant, ma femme la revit dans une boutique à la Pierre-Butée, avec Charles Lemonnier, qu'elle appelait son homme» Elle lui parla de ce qu'elle lui avait donné , de trois chemises que j'oubliais, de deux draps de lits, d'un canard et d'une poule que je lui avais portés moi-même ; elle lui demanda aussi ce qu'était devenue la poule qu'elle avait saignée pour sa magie. Sur-le-champ Thérèse répondit qu'après l'avoir fait rôtir elle s'était dressée sur table et avait chanté trois fois comme un coq. a C'est vrai , reprit Charles Lemonnier, car quand je l'ai vue, ça m'a fait un efl^t que je n'ai pas osé en manger. » — Les Marquis et compa gnie n'appliquaient pas s^eulement leurs talents à la guérison des sorts , mais encore à la découverte des trésors. — Tels sont les principaux faits qui amènent les différents prévenus devant le tribunal , et auxquels on pourrait ajouter celui relatif au vol de deux pièces de fil et de deux livres de piété , imputé à la même Thérèse , lors de sa visite, au pn^udice de la femme HcUand , et celui d'escroquerie reproché au vieux sorcier le Marquis, à raison de ses sortilèges sur la fille d'un nommé Yves "Adam , de Brix. —rM. le substi^tut Desmortiers rappelle les fâcheux antécédents^ d'abord de Thérèse, condamnée par un premier jugement , pour vol, à un an et un jour d'emprisonnement , par un second jugement de la cour d'assises de la Manche , en sept années de travaux forcés; de sa sœur, ensuite condamnée pareillement en six anné^ de la même peine ; de Leblond père , dit le Marquis. y, qui a subi deux condas^^nations cor-^ rectionnelles dont la durée de l'une a élé de neuf ans; de £>rouet enfii^, condamné à un an et un joue de prifQp.. te tribunal, après

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