‹ Dictionnaire infernal, ou Recherches et anecdotes sur les démonsChapitre 297 sur 319 · UM · texte numérisé non relu

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cidenl; ces prophéties prélendent que les Turcs et les païens seront défaits par lui dans une bataille sanglante, près de Cologne, et qu'il ira reconquérir la Terre Sainte. Jusqu'au jour Bxé par le destin, le grand empereur s'est retiré dans le château de Kiffhaùsen, au milieu de la forêt d'Hercynie ; c'est là qu'il vit à peu près de la vie des habitants de la caverne de Montésinos, telle que Cervantes nous l'a décrite. Il dort sur son trône ; sa barbe rousse a poussé à travers la table de marbre sur laquelle s'appuie son bras droit, ou, selon une autre version, ses poils touffus ont enveloppé la pierre comme l'acanthe enveloppe un chapiteau de colonne. — On trouve en Danemarck une variante de la même fiction , arrangée d'après la localité, où il est dit que Holger Dansvre, dont les romans français ont fait Ogier le Danois, est endormi sous les voûtes sépulcrales du château de Croncnbourg. Quelqu'un avait promis à un paysan une forte somme s'il osait descendre dans le caveau et y rendre visite au héros assoupi. Le paysan se laissa tenter; au bruit de ses pas, Ogier, à demi renversé , lui demanda la main ; le paysan présenta à Ogier une barre de fer. Ogier la saisit et y laissa Tempreinte de ses doigts. « C'est bien! » ajoula-t-il, croyant avoir pressé le poignet de l'étranger et éprouvé sa force : « C'est bien , il y a encore des .hommes en Danemarck. » Cela dit, Ogier retomba dans son sommeil. — Frédéric Barberousse aime la musique et il l'écoute volon-* tiers. Il y a quelques années qu'une troupe de musiciens ambulants crut faire une bonne œuvre en donnant une sérénade au vieil empereur : se plaçant donc sur son rocher tumulaire, ils se mirent à exécuter un air de chasse au moment 011 l'horloge de l'église de Tilleda sonnait minuit. Â la seconde aubade , on vit des lumières autour du rocher, élincelant à travers les feuilles du taillis et illuminant les troncs gigantesques des chênes. Bientôt après, la fille de l'empereur s'avança gracieusement vers les musiciens ; elle leur fit signe de la suivre, la roche s'ouvrit et les artistes entrèrent dans la caverne en continuant leur concert. On les reçut à merveille dans la chambre impériale , où ils jouèrent jusqu'au matin. Frédéric leur adressa un sourire plein de dou» ceur, et sa fille leur offrit à chacun une branche verte. Le cadeau était un peu trop champêtre pour des artistes modernes, qui n'avaient peut-être pas entendu dire que les vainqueurs des jeux olympiques ne recevaient d'autre récompense qu'une couronne de laurier. Mais, tout en trouvant qu'on payait mal !a bonne musique chez le défunt monarque, leur respect

pour sa sépulcrale majesté les empêcha de refuser. Us s'en allèrent sans murmurer , et quand ils se virent de nouveau en plein air , tous , à l'exception d'un seul , jetèrent dédaigneusement les rameaux qui leur avaient été si gracieusement donnés par la fille de Tem- ^ pereur. Le musicien qui conserva son rameau ne l'emportait chez lui que comme un souvenir de cette aventure; mais, lorsqu'il fut près de sa maison, il lui sembla que la branche devenait plus lourde dans sa main : il regarde, et voit chaque feuille briller d'un éclat métallique Chaque feuille était changée en un

ducat d'or. Ses compagnons, ayant appris sa bonne fortune , coururent aux rochers où ils

avaient jeté leurs rameaux Hélas I il était

trop tard ; ils ne les trouvèrent plus , et s'en revinrent honteux de leur dédain pour la munificence impériale. — Les paysans normands croient qu'il existe une fleur qu'on appelle Vherbe maudite : celui qui marche dessus ne cesse de tourner dans un même cercle, et il s'imagine qu'il continue son chemin sans avancer d'un pas au delà du lieu où l'herbe magique Ta enchaîné. Nous avons sans doute marché nous-même sur cette herbe en commençant cet article ; car nous pensions avoir dit adieu aux gobelins, et nous voilà encore avec eux. L'empereur Frédéric, avec ses branches aux feuilles d'or, n'est, selon quelquesuns, que le démon gardien d'un de ces trésors du moyen âge dont la recherche devenait un métier pour certains charlatans de cette époque, prototypes du Dousterswivel de l'illustre romancier d'Ecosse. Ces adeptes faisaient surtout des merveilles dans les pays de mines , où ils ont encore des successeurs. Chacun d'eux avait sa manière d'opérer : c'était d'abord le théurgiste qui priait et jeûnait jusqu'à ce que l'inspiration lui vint. — A côté de lui venait le magicien de la nature. Le seul talisman dont il armait sa main était une baguette de coudrier, qui lui révélait , par une sorte d'attraction magnétique, tantôt les sources d'eau vive • , tantôt les métaux ensevelis

' La baguette divinatoire n'est plus employée à la découverte des trésors; mais ou dit que, dans les mains de certaines personnes, elle peut indiquer les sources d'eau vive. Il y a cinquante ans environ que lady Newark se trouvait en Provence dans un château dont le propriétaire, ayant besoin d'une source pour l'usage de sa maison, envoya chercher un paysan qui promettait d'en faire jaillir une avec une branche de coudrier ; lady Newark rit beaucoup de l'idée de son hôte et de l'assurance du paysan; mais, non moins curieuse qu'incrédule, elle voulut du moins assister à l'expérience, ainsi que d'autres voyageurs anglais tout aussi philosophes qu'elle. Le paysan r.e se déconcerta pas des sourires moqueurs de ces étrangers; il se mit en marcha suivi de toute la société, puis tout à coup s'arrêtant, il déclara qu'on pouvait creuser la terre. On le fit; la source promise sortit, et elle coule encore. Cet homme était un vrai paysan, sans éducation : il ne pouvait

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sous left oottches épaisses de la iefrè. « tllusioDS 1 s'écriait l'éèéve de CorneMus Â^^rippa ; toute la science est dans ce livre du grand philosophe : heureux qui sait y Ure pour ap^ prendre à dMrnier le roiroir dont la gtaee miraculeuse vous montre, sous les cliosats les plus kHiHakis, les personnes que la mer et les déserts sépareai de vous. Veaez , vous qui osez Y ^^^ ^ y^^ • ^ miroir «agique a été enterré trois jours sous un gibet où pendait un voleur; et j'ai ouvert les tombeaui pour présenter son cristal à la faoe d'un mort, qui s'est agile convulsivement !» — Si vous allif» consulter It cabaliste espagnol ou italien, il voue recevait paré de son costume, qui n'existe plus que dans les mascarades de notre carnaval : une ceinture particulière lut ceignftit les reins ; vous ne oomprenies rien à ses telesmes et à ses pentacles. 11 s'aidait aussi des idoles constellées, dont l'anecdote suivante vous révélera la merveilleuse action. — Un cabaliste savait que, s'il pouvait se procurer un certain métal , qui était peut-être le platine, et profiter de l'aspect favorable des planètes pour en faire la figure d'un homme avec des ailes, cette Sgure lui découvrirait tous les trésors cachés. Après bien des recherches, il est assez heureux pour trouver le talisman, et il le confie à un ouvrir qui , peu à peu , le convertit en la forme astrale , ne travaillant avec ses outils que les jours que lui indique le maitre , qui consultait avec soin pour cela les tables alfoasines. Or , il arriva que l'ouvrier, étant laissé seul avec la statue presque achevée, eut la bonne inspiration de lui don'^ ner la dernière maia dans un moment où tou*

expliquer quelle était la vertu dont il était doné, ni celle du talisman; mais il assurait modestement n'être pas le seul à qui la nature avait donné le pouvoir de s'en servir. Les Anglais pressants essavèrent sans succès. Quand vint le tour de lady Newark, elle fut bien surprise de se trouver tout aussi sorcière qu(B le paysan provençal. A son retour en Angleterre, elle n^osa faire usage oe la baguette dUvinatoiro qu'en secrei, de peur d'être tournée en ridicule. Mais en lt}03, lorsque le docteur Hulton publia les Recherches d'Ozanam, où ce prodige est traité d'absurdité (tom. IV. p. 2601, lady Kewark lui écrivit une lettre signée X. Y . Z., pour lui raconter les faits qui étaient à sa connaissance. Le docteur répondit, demandant de nouveaux renseignements à son correspondant anonyme. Lady Newarlt le satisit, et alors le docteur désira être mis en rapport direct avec elle. Lady Newark alla le voir à Wuoiwich, et, sous ses yeux, elle découvrit une source d'eau dans un terrain où il faisait construire sa résidence d'été. C'est ce même terrain que le docteur Hu'ton a vendu depuis an coUége de Woolwicb. avec un bénéfice considérable 4 cause de la source. Le docteur ne put résister A l'évidence lorsqu'il vit, à l'approcbe de l'eau, la baguette «'animer tout à coup pour ainsi dire, s'agiter, se ployer, et même se briser dans les doigts de lady Newark. On cite encore en Angleterre sir Charles H. et miss Feawich comme étant doués de la même faculté qiie lady Kewark, et è un degré plus élevé encore. Cette faculté inexplicable est tout 4 fait indépendante de la volition ; rlle a une grande ana'ogie avec celle qui distingue les Zahories espagnols; mais ceux-d ne ee servent pas de la baguette de coudrier.

les las coMteliations étaient d'accord pour lu douer de ses propriétés magiques. En effet, à peine avait-elle reçu le dernier conp de marteau, que Timage s'écbappe de Tenclume et saule sur le plancher de l'atelier. Aucun effort ne put l'en arracher ; mais Torfévre, devinant la nature de l'influence attractive, creusa sons Sa statue et découvrit un vase rempli d'or qui avait été caché là par qu^ue ancien propriétaire de la maison. Il est facile de deviner le bonheur de l'artiste : « Me voici donc maître de tous les trésors de la terre, s'éeria* t-il ; mais hàtons^nous avant que le cabaliste ne vienne réclamer sa statue. » Résohi de s'approprier le talisman , l'orfèvre l'emporte et s'embarque sur un navire qui mettait justement à la voile. Le vent était favorable, et en peu de temps on fut en pleine mer. Toet à coup , le navire ayant passé sur un abime où quelque riche trésor avait été perdu par l'efifet d'un naufrage, le talisman obéit à son irrésistible influence , et se précipita de lui* même dans les vagues , au grand désappoin* tement de l'orfèvre. — Ce n'est pas la seule légende qui porte avec elle sa moralité. L'avarcie humaine nous y est représentée courant après l'or et le demandant à l'enfer comme au ciel : son vœu est^il exaucé , c'est au prix d'une malédiction qui en corrompt la jouissance ; mais plus souvent la destinée la tour* mente, comme Tantale, par une continuelle, déception. Voy. Colonnb du Diable, Muraille du Diable, Pont du Diable, Tour, etc.

Trajan, — empereur romain qui, selon Dion-Cassius, se trouvant à Ântioche lors do ce terrible tremblement de terre qui renversa presque toute la ville, fut sauvé par un démon , lequel se présenta subitement devant lui, le prit entre ses bras, sortit avec lui par une fenêtre et l'emporta hors de la ville.

TraBtm&gratlen des ànMi. — Plusieurs an* ciens philosophes, comme Empédocle, Pytha* gore et Platon , avatOnt imaginé que les âmes après la mort passaient du corps qu'elles venaient de quitter dans un autre corps, afin d*y être purifiées avant de parvenir à l'état de béatitude. Les uns pensaient que ce passage se £stsait seulement d'un corps humain dans un autre de même espèce. D'autres soute» naient que certaines âmes entraient dans le corps d'un animal ou dans celui d'une plante. Cette transmigration était nommée par les Grecs métempsycose et nsetensomaiose. C'est encore aujourd'hui un des principaux articles de la croyance des Indiens. — Ce dogme ab^ surde leur fait considérer les maux de cette vie, non comme une épreuve utile à la vertu,

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tnaàâ ccHnine la punition des crimes commis dans un autre corps; n'ayant aucun souvenir de ces crimes, leur croyance ne peut servir à leur en faire éviter aucun. Elle leur inspire de rhorreur pour la caste des parias, parce qu'ils supposent que ce sont des hom~ mes qui ont commis des crimes affreux dans une vie précédente. Elle leur donne plus de charité pour les animaux même nuisibles que pour les hommes, et une aversion invin* cible pour les Européens , parce qu'ils tuent les animaux. Enfin, la multitude des transmigrations leur fait envisager les récompenses de la vertu dans un si grand éloignement, qu'ils n'ont plus le courage de les mériter ^

Tramille. ^ Tibère, étant à Rhodes, voulut satisfaire sa curiosité relativement à l'astrologie judiciaire. Il fit venir Tun après l'autre tous ceux qui se mêlaient de prédire l'avenir, sur une terrasse élevée de sa maison an bord de (a mer. Un de ses affranchis, d'une taille haute et d*une force extraordinaire, tes lui amenait à travers les précipices. Si Tibère reconnaissait que rastrologuc n'était qu'un fourbe, l'affranchi ne manquait pas, à un signal convenu , de le précipiter dans la mer. — Il y avait alors à Rhodes un certain Trasulle, homme habile dans l'astrologie et d'un esprit adroit. It fut conduit comme les autres à ce lieu écarté, assura Tibère qu'il serait empereur et lui prédit beaucoup de choses futures. Tibère lui demanda ensuite s'il connaissait ses propres destinées et s'il avait tiré son propre horoscope. Traswlle, qui avait eu quelques soupçons en ne voyant revenir aucun de ses confrères , et qui sentit redoubler ses craintes en considérant le visage de Tibère, l'homme qui l'avait amené et qui ne le quittait point, le lieu élevé où il se trouvait, le précipice qui était à ses pieds, regarda le ciel comme pour lire dans les astres; bientôt il s'étonna, pâlit, et s'écria épouvanté qu'i! était menacé d'une mort instante. Tibère, ravi d'admiratioti , attribua à l'astrologie ce qui n'étaft que de la présence d'esprit et de l'adresse , rassura Trasulle en l'embrassant , el te regarda depuis comme un oracle.

TrèfU à Quatre feuillef. — Herbe qui

croit sous les gibeLs arrosée du sang des pendus ; un joueur qui la cueille après minuit le premier jour de la lune, et la porte sur soi avec révérence , est sûr de gagner à tous les jeux.

Tnkm» *- Nos anciens regardaient le nomr bre treize comme un nombre fataj, ayant re-

f B6fg!er,'Diclionii. de théologie.

marqué que de treize personnes réunies à la même table, il en meurt une dans laonée; ce qui n'arrive jamais quand on est quatorze.

Tremblemento de terre. — Les Indiens des montagnes des Andes croient, quand lu terre tremble , que Dieu quitte le ciel |iour passer tous les mortels en revue. Dans celte persuasion , à peine sentent-ils la secousse la phrs légère, qu'ils sortent tous de leurs huttes, courent, sautent, et frappent du pied efi s'écriant : Nous voici ! nous voici M — Certains docteurs musulmans prétendent que hi (erre est portée sur les corors d'un grand bœuf; quand il baisse la tète, disent-ils, il cause des tremblements déterre*. Les lamas de Tartane croient que Dien , après avoir formé la terre , l'a posée sur le dos d'une immense grenouille jaune , et que toutea tes fois que cet anin^ prodigieux secoue la tète ou allonge les pattes , il fait trembler la partie de la terre qrd est dessus*.

Tréftort . — On croîl dans TÊcosse qu'il y a sous les montagnes des trésors souterrains gardés par des géants et des fées ; en Bretagne on croit qu'ils sont gardés par un vieillard, par une vieille, par un serpent, par un chien noir ou par de petits démons, hauts d'un pied. Pour se saisir de ces trésors, il faut, après quelques prières , faire un grand trou sans dire un mol. Le tonnerre gronde , l'éclair brille, des charrettes de feu s'élèvent dans les airs, un bruit de chaînes se fait entendre; bientôt on trouve une tonne d'or. Parvient-on à l'élever au bord du trou , un mot qui vous échappe la précipite dans l'abîme à mille pieds de profondeur. — Les Bretons ajoutent qu'au moment où Ton chante Tévangile des Rameaux, les démons sont forcés d'étaler leurs trésors en les déguisant sous des formes de pierres, de charbons, de feuillages. Celui qui peut jeter sur eux des objets consacrés les rend à leur première forme et s'en empare *.

Voy. ARGENT.

Tribunal leorei. — Sur le tribunal secret de Westphalie , qu'on appelle aussi la Cour Vehmique , This oire ne nous a conservé que des notions peu satisfaisantes, parce que les francs-juges qui le composaient s'engageaient par un serment terrible à la discrétion la plus abiolue, el que ce tribunal était si redouté qu'on Oàuil à peine prononcer son nom. On a fait ce conte absurde sur son origine. Charle-

t Voyages au Pé ou faits en 1791, 17»4, par les PP» Manuel Sjbre Vieta et Barcelo.

' Voyagé 4 Constant inople, 1600.

3 Voyage de J. Bell d'Antermoni, etc.

■ * Cambry, Voyage dans le FinistAre, t. Il, p. 15.

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magne , vainqueur des Saxons , envoya , diton , un ambassadeur au pape Léon III pour lui demander ce qu'il devait faire de ces rebelles, qu'il ne pouvait dompter. Le saintpère, ayant entendu le sujet de Tambassade, se leva sans répondre et alla dans son jardin, où, ayant ramassé des ronces et de mauvaises herbes, il les suspendit à un gibet qu'il venait de former avec de petits bâtons. L'ambassadeur, à son retour, raconta à Chnrlemagne ce qu'il avait vu; et celui-ci institua le tribunal secret dans la Westphalie pour forcer les païens du Nord à embrasser le christianisme et pour faire mourir les incrédules ' . — C'est une fausseté ; car dans ses lois contre les Saxons, Charlemagne permit toujours à ceux qui ne voulaient pas se soumettre de sortir du pays. — Le tribunal secret qu'il institua connut par la suite de tous les crimes , et môme des fautes, de la transgression du décaiogue et des lois de l'Église , des irrévérences religieuses, de la violation du carême, des blasphèmes , etc. Son autorité s'étendait sur tous les ordres de l'Etat : les électeurs , les princes, les évoques même y furent soumis et ne pouvaient en être exemptés que par le pape ou par l'empereur. Mais il y avait du bon dans cet établissement , puisque plusieurs princes le protégèrent. Toutefois ce tribunal se rendit par la suite coupable de bien des excès de sévérité. Les francs-juges étaient ordinairement inconnus. Ils avaient des usages particuliers et des formalités cachées pour juger les malfaiteurs; et il ne s'est trouvé personne à qui la crainte ou l'argent aient fait révéler le secret. Les membres du tribunal parcouraient les provinces pour connaître les criminels dont ils prenaient les noms ; ils les accusaient ensuite devant les juges secrets rassemblés; on les citait, on les condamnait, on les inscrivait sur un livre, et les plus jeunes étaient chargés d'exécuter la sentence. Tous les membres faisaient cause commune, quand bien même ils ne s'étaient jamais vus, ils avaient un moyen de se reconnaître qui est encore pour nous un mystère ^ Quand le tribunal avait proscrit un accusé, tous les francsjuges avaient ordre de le poursuivre jusqu'à ce qu'ils l'eussent trouvé, et celui qui le rencontrait était obligé de le tuer. S'il était trop faible pour se rendre maitre du condamné, ses confrères étaient obligés en vertu de leur

' Scriptorum Brunswick, t. III.

> On prétend que les mots qui faisaient connaître les affiliés da tribunal secret étaient ceux-ci : Stoc, Stein, Gras, Orein : bâton, pierre^ herbe, pleurs. Au reste le secret qu'on gardait dans la société des invisibles était si bien gardé, dit Mœser, que Tempereur lui-même ne savait pas pour quels motifs le tribunal secret f aisait exécuter un coupable.

serment de lui prêter secours. — Quelquefois on sommait l'accusé de comparaître par quatre citations. Souvent aussi on le condamnait sans le citer, sans l'entendre. Un homme absent était légalement pendu ou assassiné sans que l'on connut ni le motif, ni les auteurs de sa mort. Il n'était point de lieu qui ne pât servir aux séances du tribunal secret, pourvu qu'il fiH caché et à Tabri do toute surprise. Les sentences se rendaient toujours au milieu de la nuit. Ceux qui étaient chargés de citer l'accusé épiaient dans les ténèbres le moment favorable pour afficher à sa porte la sommation de comparaître devant le tribunal des invisibles'. Les sommations portaient d'abord le nom du coupable, écrit en grosses lettres, puis le £;enre de ses crimes ; ensuite ces mots : A'oMs, les secrets vengeurs de l Étemel, les juges implacables des crimes et les protecteurs de r innocence, nous te citons d'ici à trois jours devant le tribunal de Dieu. Comparais! comparais! — La personne citée se renJait à un carrefour où aboutissaient quatre chemins. Un franc-juge masqué et couvert d'un manteau noir s'approchait lentement en prononçant le nom du coupable qu'il cherchait. H l'emmenait en silence et lui jetait sur le visage un voile épais pour l'empêcher de reconnaître le chemin qu'il parcourait. On descendait dans une caverne. Tous les juges étaient masqués et ne parlaient que par signes jusqu'au moment du jugement. Alors on sonnait une cloche; le lieu s'éclairait; l'accusé se trouvait au milieu d'un cercle de juges vêtus de noir*. On lui découvrait le visage et on procédait à son jugement. — Mais il était rare qu*on citât de la sorte, hormis pour les fautes légères. Il était plus rare encore que la personne citée comparût. Celui que les francs-juges poursuivaient se hâtait de quitter la Westphalie ', trop heureux d'échapper aux poignards des invisibles. Quand les juges chargés d'exécuter les sentences du tribunal avaient trouvé leur victime, ils la pendaient avec une branche de saule au premier arbre qui se rencontrait sur le grand chemin. Poignardaient-ils, ils attachaient le cadavre à un tronc d'arbre et y laissaient le poignard , afin qu'on "sût qu'il n'avait pas été assassiné, mais exécuté par un franc-juge. — Il n'y avait rien à objecter aux sentences de ce tribunal ; il fallait les exécuter sur-le-

' Les francs juges se nommaient aussi les Intrisiblet et les Inconnus. Ils tenaient leurs séances partout cl nulle part ; et leurs bras se trouvaient en t»iiB lieux.

* Dans le procès de Conrad de I^ngen , il se troara au tribunal secret plus de trois cents francs-Juges.

3 Le tribunal secret désignait la Westphalie sous le nom symbolique de la (erre rouge»

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