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ÏYII
sur le port de Mordant, les trois pintes de via et le pain, dernier repas du patient, fraternellement partagé par le bourreau, jusqu'aux onze jours de garde et de nourriture de la truie , à huit deniers parisis chaque. »
TuUîe. — Vers le milieu du seizième siècle , on découvrit un tombeau près de la voie Appienne. On y trouva le corps d'une jeune fille nageant dans une liqueur inconnue. Elle avait les cheveux blonds , attachés avec une boucle d'or; elle était aussi fraîche que si elle n'eût été qu'endormie. Au pied de ce corps , il y avait une lampe qui brûlait et qui s'éteignit d'abord que l'air s'y fut introduit. On reconnut à quelques inscriptions que ce cadavre était là depuis quinze cents ans , et on conjectura que c'était le corps de Tuilie , fille de Cicéron. On le transporta à Rome et on l'exposa au Capitole, où tout le monde courut en foule pour le voir. Comme le peuple imbécile commençait à rendre à ces restes les honneurs dus aux saints, on les fit jeter dans le Tibre. Voy, Lampes merveilleuses.
Turlupîm, — secte de libertins qui allaient tout nus et qui renouvelaient en France , en Allemagne et dans les Pays-Bas, au quatorzième siècle , les grossièretés des anciens cyniques. Ils disaient que la modestie et les mœurs étaient des marques de corruption , et que tous ceux qui avaient de la pudeur étaient possédés du diable.
Tttrpîn, — voy. Charlemagne. On met la vision qui suit sur le compte du bon Turpin. — « Moi, Turpin, archevêque de Reims, étant à Vienne (en Dauphiné), après avoii- chanté la messe dans ma chapelle, et y avoir célébré les saints mystères, comme j'étais resté seul pour réciter quelques psaumes, et que j'avais commencé le DeuSj in adjutorium meum intende, j'ouïs passer une grande troupe d'esprits malins, qui marchaient avec beaucoup de bruit et de clameurs. Sur-le-champ je mis la tôte à la fenêtre pour voir ce que c'était, et je remarquai une multitude de démons, mais si nombreux qu'il n'était pas possible de les compter; et, comme ils marchaient tous à grands pas, j'en remarquai un moins haut que les autres, dont néanmoins la figure faisait horreur. Il était suivi d'une troupe qui venait après lui à quelque distance. Je le conjurai de me déclarer au plus tôt où ils allaient. « Nous allons , dit-il , nous saisir de l'âme de Charlemagne , qui venait de sortir de ce monde. — Allez, lui répondis-je, et, par le même ordre que j'ai déjà employé, je vous conjure de repasser ici pour me rapporter ce que vous aurez fait. » Il s'en alla donc et suivit
sa troupe. Dès qu'il fut parti , je me mis à réciter le premier psaume ; à peine l'avais^je fini que j'entendis tous ces démons qui revenaient : le vacarme m'obligea de regarder par la même croisée., et je les trouvai tristes, inquiets et chagrins. Alors je demandai à celui qui m'avait déjà parié de me déclarer ce qu'ils avaient fait et quel avait été le succès de leur entreprise. — Très-mauvaise, me répondit-il : à peine fûmes-nous arrivés à notre rendez - vous , que l'archange Michel vint avec la légion qui est sous ses ordres pour s'opposer à notre dessin ; et comme nous voulions nous saisir de l'âme du roi, il se présenta deux hommes sans tète , saint Jacques de Galice et saint Denis de France. Ils mirent dans une balance toutes les bonnes œuvres de ce prince. Ils y firent entrer tout le bois et les pierres employés aux bâtiments et ornements des églises construites par lui , et généralement tout ce qui contribue à la gloire de Dieu. Nous ne pûmes rassembler assez de maux et de péchés pour l'emporter. A l'instant, ravis de nous voir honteux et cod< fus, pleins de joie d'ailleurs de nous avoir enlevé l'âme du. roi, ils nous ont fustigés si fort, qu'ils nous ont causé la tristesse et le chagrin où vous nous voyez, autant pour la perte que nous venons de faire que pour le mal que nc.us avons reçu. — Ainsi moi, Turpin, je fus assuré que l'âme du roi, mon maître, avait été enlevée par les mains des anges bienheureux, par les mérites de ses bonnes œuvres, et par la protection des saints qu'il a révérés et servis pendant sa vie. Aussitôt je fis venir mes clercs; j'ordonnai de faire sonner toutes les cloches de la ville, je fis dire des messes, je distribuai des aumônes aux pauvres, enfin je fis prier pour l'âme du prince. Alors même je témoignai à tous ceux que je voyais que j'étais assuré de la mort de l'empereur. Au bout do dix jours, je reçus un courrier par lequel on m'en marquait tout le détail , et son corps fut inhumé dans l'église que lui-même avait fait bâtir à Aix-la-Chapelle*. » Voy. Vetim. Malheureusement pour le conte , il paraît que l'archevêque Turpin était mort en 794, et Charlemagne mourut en 8H.
Tybilenvf, — nom du mauvais génie chez les Saxons.
Tympanon, — peau de bouc dont les sorciers font des outres où ils conservent leur bouillon. Voy. Sabbat,
Tyre, — sorte d'instrument dont les Lapons
^ Visio Tiirpini Rem^nsis arcbiepiscopi, qaaiiter animam Karoli Magni dœmonibus abstuleruntduoacephalii beatiis scilicet Jacobns apostolus, et Macliarias areopagita Dionysius. Maquscr. Bibl. réf. n" 2W7, p. 134.
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se servent pour leurs opérations magiques. Scheffer nous en fournil la description : Cette tyre n'est autre chose qu'une boule ronde, de la grosseur d'une noix ou d'une petite pomme, faite du plus tendre duvet, polie partout et si légère qu'elle semble creuse. Elle est d'une couleur mêlée de jaune, de vert et de gris ; le jaune y domine. On assure que
les Lapons vendent cette tyre ; qu'elle est comme animée, qu'elle a du mouvement ; en sorte que celui qui l'a achetée la peut envoyer en qualité de maléfices sur qui il lui plaît. La tyre va comme un tourbillon. S'il se rencontre en son chemin quelque chose d'animé , celte chose reçoit le mal qui était préparé pour une autre.
Ukobaoh, — démon d'un ordre inférieur.
Il se montre toujours avec un corps enQammé ; on le dit inventeur des fritures et des feux d'artifice. H est chargé par Beizébulh d'entretenir l'huile dans les chaudières infernales.
Uphîr, — démon chimiste, très-versé dans la connaissance des simples. Il est responsable aux enfers de la santé de Beizébuth et des grands de sa cour. Les médecins l'ont pris pour leur patron, depuis le discrédit d'Esculape.
vpien j — uoy. Vampires.
Urda, — voy. NORNES.
Urine. — L'urine a aussi des vertus admirables. Elle guérit la teigne et les ulcères des oreilles, pourvu qu'on la prenne en bonne sanlé. Elle guérit aussi de la piqûre des serpents, des aspics, et autres reptiles venimeux. — Il parait que les sorcières s'en servent pour faire tomber la pluie. Delrio conte que, dans le diocèse de Trêves, un paysan qui plantait des choux dans son jardin avec sa fille, âgée de huit ans , donnait des éloges à cet enfant sur son adresse à s'acquitter de sa petite fonction. « Oh 1 répondit l'enfant , j'en sais bien
d'autres. Retirez- vous un peu, et je ferai descendre la pluie sur telle partie du jardin que vous désignerez. — Fais , reprend le paysan surprisse vais me retirer. » Alors la petite fille creuse un trou dans la terre , y répand de son urine, la mêle avec la terre, prononce quelques mots, et la pluie tombe par torrents sur le jardin. — Qui t'a donc appris cela? s'écrie le paysan étourdi. — C'est ma mère, qui est très-habile dans cette science.» Le paysan effravé fit monter sa fille et sa femme sur la charrette^ les mena à la ville, et les livra toutes les deux à la justice.
Urotopégnîe , — chevillemcnt. Delancre dit qu'il y a un livre de ce nom dans lequel on voit que les moulins, les tonneaux, les fours, etc., peuvent être liés ainsi que les hommes. Foy. Ligatures.
Uierpen , — t'Ot/. Merlin.
utéieture, — espèce de magie pratiquée chez les Islandais; on en fait remonter l'usage jusqu'à Odin. Ceux qui se trouvent la nuit hors de leur logis s'imaginent converser avec des esprits qui, communément, leur conseillent de faire le mal.
Vaooîne. — Quand l'inoculation s'introduisit à Londres, un minisire anglican la traita en chaire d'innovation infernale, de suggestion diabolique, et soutint que la maladie de Job n'était que la petite-vérole que lui avait inoculée le malin '. — Des pasteurs anglais ont traité pareillement la vaccine. Des médecins
> M. Saignes, des Erreurs et des préjugés, etc,, t. III, p. 84.
français ont écrit que la vaccine donnerait aux vaccinés quelque chose de la race bovine ; que les femmes soumises à ce préservatif s'exposaient à devenir des vaches comme lo. Fby. les écrits des docteurs Vaume , Moulet, Chapon, etc.
Vaohe. — Cet animal est si respecté dans i'Indoustan, que tout ce qui passe par son corps a , pour les Indiens , une vertu sancti-
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fiante et médicinale. Les brames donnent du râ aui vaches, puis ib en cherchent les grains entiers dans leurs excréments, et font avaler ces grains aux malades^ persuadés qu'ils sont propres à guérir le corps et à purifier l'âme, lis ont une vénération singuKère pour les eeiw dres de bouse de vache. — Les souverains ont à leur cour des officiers qui n'ont point d'autre fonction que de présenter le matin, à ceux qui viennent saluer le prince, un plat de ces cendres détrempées dans un peu d'eau. Le courtisan trempe le bout du doigt dans ce mortier, et se fait , sur différentes parties du corps, une onction qu'il regarde comme salutaire. Voy. Vaïcarani. — Chez les Hébreux, on sacrifiait une vache rousse pour faire de SCS cendres une eau d'expiation destinée â purifier ceux qui s'étaient souillés par Tattourhement d'un mort. C'est de là sans doute que vient, dans le midi, l'opinion qu'une vache rousse est mauvaise.
Vàde. — La légende de Vade ou Wade et de son fils Véland, le forgeron, est célèbre dans la littérature Scandinave. La voici, telle que MM. Depping et Francisque Michel, guidés par les monuments de la Suède et de l'Islande , l'ont exposée dans leur Dissertation sur une tradition du moyen âge, publiée à Paris en 1833 : — a Le roi danois Wilkin ayant rencontré dans une forél , au bord de la mer, une b3lle femme qui était une haffru ou femme do mer, espèce d'êtres marins qui , sur terre, prennent la forme d'une femme, s*unit avec file, et le fruit de cette union fut un fils géant, q-ii fut appelé Vade. Wilkin lui dofma douze lierres en Seelande. Vade eut à son toar on fils appelé Veland ou Vanlund, Quand ce dernier eut atteint l'âge de oeuf ans, son père le conduisit chez un habile forgeron de Hunaland, appelé Mimer, pour qu'il apprit à forger, tremper et fciçonner le fer. — Après l'avoir laissé (rois hivers dans le Hunaland , le géant Vade se rendit avec lui à une montagne appelée Kallova , dont l'intérieur était habité par deux nains qui passaient pour savoir mieux forger le fer que les autres nains et que les hommes ordinaires. Ils fabriquaient des épées, des casques et des cuirasses; ils savaient aussi travailler l'or et l'argent, et en faire toute softe de bijoux. — Les nains , pour un noare d'or, rendirent Veland le plus habile foi^eroit de te terre ; néanmoins ce dernier tua ses mal* tnes, qui voulaient profiter d'une tempête dans* hwfaelle Y^té^ avait péri pm»r mettre à mort leur élève. — Veland s'empara alors des outils, chargea un cheval d'autant d'orei d'à rgafnt qu'il pouvait en porter, et reprit leebeimn 4» Danenarak^ il arr fvft prè»4'uD fleu va bob-
mé Visara ou Vîser-Aa ; il s*arrôt»sur la rive, y abattit un arbre , le creusa , y déposa ses trésors et ses vivres, et s'y pratiqua une demeure tellement fermée que l'eau ne pouvait y pénétrer. Après y être entré il se laissa flotter vers la mer. — Un jour, un roi de Jutland, nommé Nidung, péchait avec sa cour, quand les pêcheurs retirèrent de leur filet un gros tronc d'arbre singulièrement taillé. Pour savoir ce qu'il pouvait contenir , on voulut le mettre en pièces ; mais toutr-à-coup une voix, sortant du tronc, ordonna aux ouvriers de cesser. A cette voix, tous les assistants prirent la fuite, croyant qu'un sorcier était caché dans l'arbre. — Veland en sortit; il dit au roi qu'il n'était pas magicien , et que, si on voulait lui laisser la vie et ses trésors, il rendrait de grands services : le roi le lui promit. Veland cacha ses trésors en terre et entra au service de Nidung. Sa charge fut de prendre soin de trois couteaux que l'on mettait devant le roi à table. — Le roi ayant découvert l'habfteléde Veland dans l'art de fabriquer des arme», consentit à ca qu'il luttât atec son forgeron ordinaire. Celui-ci fil une armare qfa'il croyait impénétrable, mats que Vetand fendit aa daax d'un seul coup de l'épée d'or qu'il avait fabriquée en peu d'heures. Depuis lors, Veland fut en grande faveur auprès du roi ; mai» ayant été mal récompensé d'un message pénible et dangereux, il ne songea plus qu'à se vei^r. Il tenio d'empaiaanaer le roi ^ qui s'en aperçut , et lui fit couper les jarrets. Furieux de cette injure , Veland feignit du repentir, et le roi consealit à lui laiaser une forge ai le» outils nécessaires pour conifK>ser de balles armures et des bijoux précieux. -^ Afor» le vindicaty artisan sut attirer chex lui k% deax fils du roi ; il les tua, et offrit à leur ^re deux coupes laites avec le crâne de ses eafaols. Après quoi il se composa des ailes, s'envola sur la tour la plus élevée, et cria de toutes ses forces pour que le roi vînt et lui parlât. En entendant sa voix, le roi sortit. « Veland, ditil, est-ce que lu es devenu oiseau? — Seigneur, répondit le forgeron, je suis maintenant oiseau et homme à la fois ; je pars , et tu ne me verras plus. Cependant, avant de partir, je veux t'apprendre quelques secrets. Tu m'as fait couper les jarrets pour m'einpécher de m'en aller; je m'en suis vengé : je t'ai privé da tes fri», que j'ai égorgés de noa main : maia tu trouveras leurs ossements dans les vasea garnis d'or et d'argent dont j'ai orné ta tabta. » Ayaak dit ces mots, Veland déparât dan» les air8.»^-Ce récit est la forma la plos eamfiièta qu'ait reçue la légende de Vade et de son (ils dans les monuments de la littérature scandi-