‹ Dictionnaire infernal, ou Recherches et anecdotes sur les démonsChapitre 306 sur 319 · VIR · texte numérisé non relu

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veilleux de Virgile , tradiiion du moyen âge , que tous les vieux chroniqueurs ont ornée à l'envi, et qui nous présente comme un grand magicien celui qui ne fut qu'un grand poète. Est-ce à cause de Tadmiration qu'il inspira? Est-ce à cause de sa quatrième églogue, qui roule sur une prophétie de la naissance de Jésus-Christ? N'est-ce pas pour l'aventure d'Aristée et les descriptions magiques du sixième livre de V Enéide? Des savants l'ont pensé. Mais Gervais de Tilbury, Vincent de Beau vais, le poète Adenès, Alexandre Neeckam , Gratian du Pont , Gauthier de Metz et cent autres racontent de lui de prodigieuses aventures, qui semblent une page arrachée aux récits surprenants des Mille et une Nuits. — Nous croyons avoir trouvé l'origine de celle légende surnaturelle. De même qu'on a con~ fondu le docteur Faust , ce grand magicien , avec l'inventeur de l'imprimerie ; de môme on a pu mêler un contemporain de Peppin-le- Bref, Virgile, évêque de Salzburg, avec le poète de la cour d'Auguste. Ce qui nous parait de nature à consolider notre assertion , c'est que les légendaires font du beau, de l'élégant Virgile , un petit homme bossu ; or , l'évêque Virgile était contrefait ; il avait beaucoup d'esprit : né en Irlande , selon les uns , dans les Ardennes, selon les autres, il parvint par son seul mérite à la haute dignité de l'épiscopat. Ce fut lui qui soutint qu'il y avait des antipodes ; et , comme il s'occupait d'astronomie et de sciences physiques, il laissa un renom de sorcier profondément attaché à sa mémoire. Le savant évoque portait le même nom que le grand poète; on a pu faire des deux un seul homme ; le temps s'est chargé du reste. Une raison encore de ce que nous disons, c'est qu'une des légendes de l'auteur de V Enéide est intitulée : les Faits merveilleux de Virgile, fils d'un chevalier des Ardennes ; cette légende est celle qui présente le plus de choses extraordinaires. — Nous allons rassembler ici un précis de cette légende bizarre, qui était de l'histoire pour nos pères, il y a cinq cents ans. Elle avait encore tant de croyants au dix-septième siècle , que Gabriel Naudé, dans son Apologie pour les grands personnages accusés de magie, se crut obligé de la réfuter sérieusement. Elle est toujours vivace à Naples, où le peuple en raconte des lambeaux avec bonne foi. — Virgile, suivant les traditions historiques , naquit à Andes, petit village près de Mantoue, Tan de Rome 684 , soixante-dix ans avant Jésus- Christ. Suivant les autorités du onzième et du douzième siècle, on ne peut pas fixer exactement le lieu de sa naissance. Mais presque

tous les légendaires s'accordent à dire qu'il était fils d'un vaillant chevalier, aussi habile magicien que redoutable homme de guerre.

— La naissance de Virgile fut annoncée par un tremblement de terre qui ébranla tout dans Rome; et quelques-uns l'expliquent en disant que le chevalier dont il était Ois n'était autre chose qu'un démon incube ; tels furent le père de l'enchanleur Merlin et le père de Robertle- Diable. — Comme le petit enfant se montra, dès ses plus tendres années, subtil et ingénieux, ses parents l'envoyèrent à l'école, où il apprit toutes les sciences alors connues. Quand il fut devenu grand , un jour qu'il se promenait seul à l'écart, songeant à sa mère devenue veuve (car le chevalier de qui il tenait le jour avait disparu , sans que l'on sût où il était allé) , il entra dans une grotte profonde, creusée au pied d'un vieux rocher. Malgré l'obscurité complète, il s'avança jusqu'au fond. Il entendit une voix qui l'appelait; il regarda autour de lui; et, dans les ténèbres qui l'en* touraient, il ne vit rien. Mais la voix, se faisant entendre de nouveau, lui dit ; a Ne voistu pas devant toi cette pierre qui bouche une étroite ouverture? » — Virgile la heurta du pied et répondit : « Je crois la voir en effet.

— Olc-la , reprit la voix , et laisse-moi sortir.

— Mais qui es-tu, toi qui me parles ainsi? — Je suis le diable , ({u'une main puissante a enfermé ici jusqu'au jugement dernier, à moins qu'un homme vierge ne me délivre. Si tu me tires d'ici, comme tu le peux, je t'apprendrai la magie; tu seras maître de toutes les richesses de la terre , et nul être ne sera aussi puissant que toi. — Apprends-moi d'abord la magie et le secret de tous les livres occultes, dit l'écolier; après cela, j'ôterai la pierre. »

— Le diable s'exécuta de bonne grâce. En moins d'une heure, Virgile devint le plus bavant homme du monde et le plus habile magicien. Quand il sut tout ce qu'il voulait, il poussa la pierre avec son pied ; et , par l'ouverture qui n'était pas plus large que les deux mains, il sortit dans une fumée blanche un très-gros homme qui à l'instant se mit debout.

— Le jeune adepte ne comprit pas d'abord qu'un corps ?i énorme eût pu passer par une ouverture si étroite, c II n'est pas possible , dit-il, que tu aies passé par ce trou. —Cela est vrai cependant, dit le diable. — Tu n'y repasserais pas assurément! — J'y repasserais le plus aisément du monde. — Je gage que non !» — Le diable piqué voulut le convaincre. II rentra dans la petite ouverture. Aussitôt Virgile remit la pierre; et le prisonnier eut beau prier, l'écolier s'en alla, le laissant dans son obscur cac)iot. — En sortant de la ca-

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